‹ Espagne (volume 2)Chapitre 24 sur 70 · RAMON BERENGUER SON FILS · texte numérisé non relu

RAMON BERENGUER SON FILS

Tous les auteurs ne sont pas d’acird sur le nom des épouses qu’Al-

phonse fit successivement nsseoir sur le trône de Castille. La première a été Agnès, Glle du duc d'Aquitaine, avec laquelle il avait été fiancé dès lOCO, mais qu’il paraît n'avoir épousée qu’eu 1074 lorsqu’il fut remonté sur le trône.

En 1078 il se sépara d’Agnès, sans que l'histoire nous fasse connaître les motifs (le ce divorce. Il épousa Ximena Munos , qui était sa cousine au sixième degré. Les représentations du pape le déterminèrent h rompre cette nouvelle union, que l’Eglise regardait comme nulle à cau.se du lien deparenté qui existait entre les époux.

En 1080 il épousa Constance, veuve d’Huiiiies , comte de Chalon-sur- Saône. En 1083, et lorsque Constance vivait encore, il rei^iii presque pour épouse Znïda , fille du roi de Si^ville Ben-Ahéd. Elle se fit chrétienne, et reçut lors de son baptême le nom de Marie, et, disent quelques auteurs, celui d’Isabelle. Après la mort de Constance, elle devint l'épouse légitime d’Alphonse. Ce fut de toutes ses femmes celle que ce roi paraît avoir le plus affectionnée.

Ensuite , en 1095 , Alphonse se maria avec Berte, née en Toscane, et qui avait été répudiée par Henri quatrième, roi de Germanie. Enfin il épousa encore une dame du nom de Beatrix , dont on ne connaît ni la famille ni fl patrie.

En 1085, lorsque la ville de Tolède fut enlevée aux musulmans, la reine était Constance, qui, ainsi qu'on l'a vu, ét.iit d'origine française. Beaucoup de ses conijiatriotes faisaient partie de l’armée qui avait pris c tte capitale, et iinarand nombre d'entre eux s’y étaient établis après la victoire. Plusieurs moines deCiuny avaient également assisté au siège ; enfin Bernard , prieur du couvent (le Sahagun , qui était aussi Français et né dans un village des environs d’Agen, y avait suivi 1a reine Constance , sa protectrice ; après la conquête de Tolède, il avait été nommé par Alphonse archevêque de cette ville.

Ce prélat signala les premiers temps de son épiscopat en violant la capitule* Uvraison. (Espagne.)

lation conclue avec les Maures. On était convenu que |a principale mosquée continuerait à être consacrée à l’exercice de leur culte; mais les chrétiens , jalou.x de voir le plus beau temple de la ville occupé par les musulmans,' s’y rendirent pendant la nuit avec l'archevêque , en brisèrent les portes, s’y établirent, et les réclamations des musulmans, pour obtenir qu’il leur fût restitué , demeurèrent inutiles. Une autre question religieuse, qui pouvait aussi avoir de graves conséquences, fut tranchée par des moyens dont certes on ne s’avi.serait pas aiijourifhui. Dans toute l’Espagne, on Ci-lébrait la messe suivant le rite gotliiiiue, tel qu’il avait élé arrêté par saint Isidore. Les Français et les autresétrangers habitués à répéter l'office de Rome ne pouvaient .s'accuiitumer à cette nouvelle manière de pri-.-r. Un grand nombre d'Espagnols, et surtout ceux qui avaient vécu sous la domination arabe, tenaient a^ec obstination au;( prières que leurs |ières leur avaient enseignées. C’est cette circonstance qui fit donner au Bréviaire réglé par saint Isidore le nom de Missel mozarab(\ On plaida avec chaleur pour le mozarabe et pour le romain ; mais les raisons fournies de part et d’autre n’ayaut pu convertir personne, on convint’ de s'en rapporter au jugement de Dieu. On nomma un champion pour chacun des offices, et ils combattirent en champ clos. Le champion du Bréviaire mozarabe fut Juan Ruiz de los Matanzas. Il eut l’avantage; cependant sa victoire ne fut pas décisive, car il ne put forcer le champion du Bréviaire romain à se reconnaître vaincu. On se détermina donc à recourir a une autre épreuve : celle du feu. On alluma une grande fournaise, et on y Jeta en même temps les deux livres. Le Bréviaire romain sauta hors du feu un peu roussi {chamuscado); quant au Missel mozarabe, il resta longtemps dans la fournaise,dont il fut retiré intact. Le peuple proclamait donc la victoire du Missel mozarabe; mais, ainsi qu'on l’a vu , Constance était Française, et par conséquent portée

L’UNIVERS

pour l’office romain. Tout le monde sait Quelle influence une femme exerce en toute matière sur les déterminations de son mari. Alphonse déclara donc comme juge , que , puisque les deux missels étaient .sortis intacts de l’épreuve, tous deux étaient agréés de Dieu. Il ordonna que le Missel romain fdt adopté dans toutes les églises nouvelles, et que dans 1rs anciennes on pdt conserver l’office mozarabe. Ce fut celte décision , fort sage à notre avis, mais peu en rapport avec le résultat des épreuves , qui donna lieu au proverbe : « Alla van las leyes do qvieren reijes; » « Si veult le roy , ce veult la loy. »

Avec le temps, l'office romain finit par prendre la prééminence. Il est généralement adopté; néanmoins il existe dans la cathédrale de Tolède une chapelle richement dotée par le cardinal Ximenes , où l’on célèbre encore le saint sacrifice de la messe suivant le rite mozarabe. Il y a aussi une chapelle mozarabe à Salamanque, et pendant les dernières années du dix-huitième siècle le cardinal Lorenzana, archevêque de Tolède, a fait réimprimer le missel mozarabe avec beaucoup de soin.

La Péninsule était, du temps d’Alphonse leBrave,coupéeen tant de royaumes que les événements se croisent, s’entremêlent,et, pourn’omettreaucun fait important, on est souvent obligé de se reporter en arrière. On se rappelle

?[u'apres la bataille d'Atapuerca, où ut tué Garcia, le roi Ferdinand l'' de Castille laissa la souveraineté de la Navarre à son neveu Sancho Garcèsi fils du prince qui venait de succomber. Ce jeune roi administra ses Etats avec sagesse; mais il avait un frère nommé Raymond , qui , ambitieux, turbulent et envieux du pouvoir, ne songeait qu’aux moyens de s’emparer du trône. Il n’y pouvait parvenir ue par un fratricide : il ne recida pas evant cet abominable crime. Le 4 juin 1076, Sancho, (pii était un intrépide veneur, était allé chasser dans les environs de Milagro et de Funès. La meute n’avait pas tardé à se ré-

crier ; bientôt elle avait lancé un sanglier. En quittant sa bauge , cet animal prit un grand parti et se mit à percer devant lui , enlevant tous les chiens à sa suite. Soit que le roi eût perdu la chasse et quMI espérât de cette manière la retrouver plus facilement, soit qu’il voulût la voir sans se fatiguer à la suivre, il e.scalada une roche escarpée nommée Penalen , qui domine toute la contrée : elle est d’une grande hauteur, et en quelques endroits elle se trouve taillée a pic. Il s’était approché du bord d’un de ces précipices , pour mieux apercevoir ce qui se passait dans la vallée, quand don Raymond et plusieurs conjurés le poussèrent tout à coup rudement par derrière et le firent tomber du haut du rocher. Ce crime, au reste, ne profita guère à sou auteur. Les peuples eurent horreur du fratricide et refusèrent de le reconnaître pour roi. Deux jeunes fils que laissait don Sancho- Garcès étaient trop Jeunes pour qu’on leur confiât le gouvernement ; ou redoutait le caractère de don Ramire , second frère du roi ; les grands se déterminèrent donc à appeler son cousin germain Sancho-Ramirès , roi d’Aragon. Alphonse à la main trouée, qui était son parent au même degré , prétendit aussi avoir part à sa succession. Il s’avança à la tète d'une armée puissante; mais la guerre n’eut pas lieu : Sancho-Ramirès et Alphonse s’accommodèrent. Toute la partie des États de Sancho-Garcès, qui se trouva sur la rive droite de l'Èbre , fut adjugée au roi de Léon et de Castille. Toute la portion située sur la rive gauche de ce fleuve revint à Sancho- Ramirès , -qui fut proclamé à Fampelune roi de Navarre et d’Aragon. Quant aux meurtriers de Sancho-Garces, on ignore ce qu’ils devinrent; mais plusieurs auteurs sontd’avis qu’ils allèrent chercher à Saragosse un asile auprès d’AI-Moktndir-Bi’llah.

Depuis longtemps nous n'avons pas parlé du comté de Barcelone, et cependant, de mémo que les autres États chétiens de la Péninsule, la Catalogne s’agrandissait aux dépens de l’empire

musulman. Nous avons vu en 1010 le comte Ramon-Borril venir, comme auxiliaired'Al-.Maliadi, combattre dans les environs d'Algeziras contre les Berbères de Soleïinan. Ce prince mourut sept années plus tard, en 1017, lais.sant pour successeur En-Bereiiguer, son (ils, qui était encore sous la tutelle de sa mère la comtesse Ermesindi*. Les commenceinents de ce règne turent malheureux.

L’année même de la mort de Bamoii- Borell, un parti de Maures envahit la Catalogne, pillant et saccageant tout le pays, jusqu’à peu de distance de Barcelone. L’année suivante, aucontraire, la comtesse Ermesinde ayantdemaiidédes secours à Richard , duc de Normandie, qui avait épousé une de scs Ulles, attaqua à son tour les Maures, tira vengeance de l'inxasion qu'ils avaient faite dans ses États, et coKtralgnit le roi de Saragos-e a lui payer un tribut.

Bereuguer régna pendant dix-huit ans et mourut en 1035, laissant de la comtesse Sanxa, qu’il avait épousée en 1023, trois entants : En-R.imon- Berengiier, En-Willelm et En Sanxo.

L’ainé de ces trois (ils , En-Ramon- Berenguer, fut proclamé comte de Barcelone. Il épousa en premières noces dona Beatriz. Il en eut deux fils, l’un appelé En-Pere-Ramon , l'autre En-Berenguer-Ramon. Ces deux enfants, dit dans sa chronique le moine anonyme de Ripoll, étaient une race de vipères. Après la mort de Beatriz, Ramon-Berengiier, qu'on appelle l’ancien parce qu’il est le premier des quatre comtes de ce nom qui se succédèrent sans interruption sur le trône de Barcelone, épousa Airoodis, fille du comte de Limoges; elle avait elle-même été mariée deux fois, en premier lieu au c«mte Hugues de Lesignam, et ensuite à Pons, comte de Toulouse; mais ces deux mariages avaient été annulés pour cause de parenté.

Le régne de Ramon-Berenguer l’ancien (ut signalé par des conquêtes faites sur les Maures, (.es Barcelonais leur enlevèrent Manresa, Prados-del-Rey , Gerbera et quelques autres villes. Mais l’acte de son gouvernement le plus important. celui qui devait avoir le plus

d’influence sur le sort de la Catalogne, fut la promulgation d'un nouveau code de lois. Depuis longtemps les dispositions du Forum Juaicum n’étaient plus en harmonie avec les moeurs ; il était devenu nécessaire de le naodilier. En-Ramon-Berenguer et la comtesse Alin(Mlis eurent l’honneur d’être les législateurs de leur pays. Ils publièrent en (068 un nouveau code sous le nom de Loii usatiquen, ou simplement dUsatiques de Barcelone. Ces lois étaient encore en vigueur au dixhuitième siècle : elles formaient encore le droit commun de la Catalogne.

Publiées d'abord en latin, elle.s ont été traduites en catalan dans les cortès générales tenues à Barcelone par Ferdinand en (413. Dans ces cortès on (it un recueil de toutes les con.stitutions de la Catalogne; on les divisa en chapitres, où Curent classées toutes relies qui avaient trait à la même matière.

Au commencement de chaque division on plaça religieusement les usaiiques qui s’y rapportent; on les mit en tête comme le prinrij» et comme la source de tout le droit catalan. Dans les cortès de 1.585, les constitutions de la Catalogne ont de nouveau été revisées, et les usatiques ont été respectueusement maintenus à la place qu'ils occupaient. Dans ses Commentaires, imprimés à Barcelone en 1639, le jurisconsulte Fontanclla disait : « Dans nos lois , le droit canonique e.st préféré au droit civil ; mais le droit des ii.vatiques l’emporte sur l’un et sur l'autre (*). » Enfin, en 1702, dans les cortès tenues à Barcelone , Philip|>e IV faisait encore reviser ces lois.

Comment se fait-il que les historiens énéraux de l’Espagne, et même ceux e la Catalogne, aient à peine accordé une mention fugitive au code qui a régi

(*) Par le droit civil il faut entendre ici les constllullons volées |i.ar les coriév; caries usatiques avalent également Irail à des matière., civiles, admiiii.siratives ou rrlniinelles.

• Legilms nosli is jus canoiiiciim præponitur civili, jus usalicorum præfertur ulrique.

Page 385, Fontanella , Sarri regii senatus ('.atlialoniœ decisiooes. BareieuDi», 1639,

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cette principnité pendant sept cents ans , et sous l’empire diKjuel elle est devenue la contrée , sinon la plus fertile, au moins la pins industrieuse et la plus active de la Péninsule? C’est un oubli qui ne se comprend pas.

Ces lois sont au nombre de 174. Bien qu’elles se ressentent de l’époque de barbarie à laquelle elles ont été promulguées, cependant on y trouve des dispositions de la plus profonde sagesse. Le caractère de ces temps était la domination de la force brutale : on comprend, en effet, que tout devait se terminer par la force dans un pays où il avait fallu reprendre par les armes chaque pouce de terrain, où celui qui enlevait une ville, un château sur les ennemis, en restait projiriétaire et seigneur. La moindre discussion entre les détenteurs des fiefs, ou bien entre leurs vassaux , se terminait par des combats et par des guerres. Substituer la puissance de la loi à celle des armes , remplacer la violence par le d roit, voilà quelle fut la tendance principale de cette législation. Les usatiques 61, 63, 83, 98, 99, 172, 173, 174 traitent de la paix et de la trêve , pacis et treugæ. Us n'ont d'autre but que de défendre aux seigneurs de se faire Justice par leurs mains.

Pour inspirer le respect de la loi à ses sujets , il fallait que le comte commençât par la respecter lui-même ; aussi*, dans l’usatiqne 124, Ramon- Berenguer, en retraçant les devoirs du prince, lui impose-t-il l'obligation déjuger en droit, c’est-à-dire d’après la loi, et de ne jamais juger en équité; car sous le prétexte de décider d'après l'équité, le juge substitue ses passions et ses préjugés a l'inflexible impartialité du droit. Rien n’est plus contraire à la justice que ces decisions où le magistrat est assez présomptueux pour se croire plus juste et plus éclaire que le législateur. Aussi nisatique dit-il que le prince et ses successeur.s doivent entretenir une cour de justice et Juger suivant le droit : Ço es que tenguessen justicia, e jusïiasseu per dret (*).

1*} 134. Aliiim nauique,etc.

En France , à la fin du treizième siècle, celui qui avait été dépouillé par lu force était autorisé à reconquérir par la force l'objet qu’on lui avait enlevé. Ce fut saint Louis qui proscrivit cet usage.Lacélèbreordonnance connue sous le titre d’Établissements de saint Louis condamne à 60 livres d’amende le gentilhomme qui s'est ressaisi par la force de la chose qui lui appartenait. Et, dit Beaumanoir, en parlant de la réintégrande , ramende est plus forte si je suis baron ou noble puissant; carde tout comme Fhomme est plus fort et plus puissant , de tout fait-il plus grand dépit au roij quand U va contre son établissement qu’il fict pour le quemun profict de son royaume. On a beaucoup vanté la sagesse de cette ordonnance , mais personne n’a dit que depuis déjà deux cents ans Ramon-Berenguer avait établi en Catalogne ce principe, qu’il n’est pas permis de se faire justice par ses mains. L’usatique 154 (*) est ainsi conçu :

« Quiconque aura par la violence « dépouillé quelqu’un de ce qu’il pos- « sédait avant que cela ait été ordonné « par la sentence du juge, lors même « que sa cause serait juste, perdra tout ■< ce qu’il a ainsi repris, et celui qui a « été ‘dépouillé sera remis en posses- « sion de ce qui était entre ses moins « et le gardera en toute propriété.

« Et si celui qui a eu ainsi recours « à la violence s’est emparé de ce. qui « ne pouvait pas lui être attribué par « le juge , il rendra à celui qu’il a dé- « poùillé non-seulement la chose qu'il X lui a enlevée, mais encore une chose « semblable. »

■ Pour prévenir la foule des mauvais procès, l’usatique 87 ("*) condamne l’appelant qui succombe, à payer à son adversaire quatre fois le montant des dépens que celui-ci a déboursés. C’est une dispo.sition tellement sage, qu’il n’est de nos jours personne ayant l’habitude des affaires, qui ne regrette de ne pas trouver dans notre code quelque disposition analogue.

(*) 1.4;. Qiiicnnque violenter, etc.

(**) 8;. Si quando, etc.

Les lois usntiques anrordairnt aux voyageurs et aux ronimerçants nue protection toute spéciale. Elles punissaient sévèrement ceux qui coupaient les arbres, les vignes ou les autres productions de la terre. L'esprit public n'était pas assez avancé pour qu’elles pu'Sent proscrire le combat Judiciaire et les épreuves par le feu ou par l’eau, mais elles tendaient à restreindre le nombre des cas où il était permis d’y recourir. Os usages, malgré les éloges qu'il est juste de leur accorder, avaient au.ssi bien des côtés défectueux ; mais il faut se rappeler l'époque à laquelle ils ont été publiés. L’esclavage y est maintenu, et la loi gradue le taiif des sommes dues à celui qui ramène un oclave fugitif, suivant le lieu où il l’a repris (*).

Celui qui prête un faux témoignage est condamné par l'usatique 8.3 à avoir Je poignet tranché (**); mais il peut se racheter de cette peine par une amende de cent sous d’or. Enfin celui qui est con'aincu d'homicide, lorsqu’il n'n pas voulu ou n’a pas pu s’arranger suivant le droit pour payer le prix du sang, est remis à la merci de l'héritier du mort, ni reste maître de faire ce qu’il voura du coupable , pourvu qu’il ne le tue pas (***).

Ces lois étaient donc assez douces :

elles ne permettaient que rarement de réj.audre le sang. Leur but principal était de substituer le droit à la force. Aussi, quand on les comjiare à ce que nous connaissons des codes en usage au onzième siècle dans les autres parties de l'Europe , on est étonné que les historiens n’aient pas rendu hommage à leur sagesse.

Huit ans après avoir doté son pays de ces lois. Eu -Ramon-Berenguer mourut le 25 mai 1076. Il avait eu de sa première femme deux enfants : £u- Pere-Ramon et Berenguer-Ramon. Il avait de son mariage avec la comtesse Almodis un autre fils appeléEîn-Ramon- Berenguer , que l’épaisseur de sa che-

(*) Us. ii6. Sarracenis, etc.

(**) Us. 85. Precipimus , de.

(**’) Us. 100. De bomicidio.

velure avait fait nommer Cap-d'Estopa , tête d’étoupe. Les enfants de Beatriz , comme le disent les historiens , étaient une race de vipères. Il paraît que l'un d’eux , En-Pere-Ramou , avait, du viv.nit même de son père , attenté à la vie de la comtesse Almodis, et que, chassé de la (Catalogue pour punition de ce parricide, il avait été mourir en pays étranger de honte et de dé.sespoir. (juand Ramon- Berenguer le Vieux décéda . ses ,'euls bériti>'rs étaient Berengucr-Bamon et Cap-d'Esiopa. Ils partagèrent les États de leur père. (îe dernier eut en partage le comté de Barcelone , et obtint bientôt pour épouse Mahalta ou Mathilde, lille de Roûert Guiscard, un de ces chefs normands qui, au retour de la terre sainte , s'étaient emparés de la Sicile et de la Fouille. Cetle alliance avait augmenté la puissance du comte de Barcelone. Respecté des Maures qui redoutaient son courage, adoré de son peuple qu’il s'efforçait de rendre heureux, il ne lui restait à désirer qu’un héritier de .son nom et de sa couronne. Pour l’obtenir, des prières publiques avaient été adressées à Dieu, et Dieu les avait exaucées.

Le 11 novembre 1082, jour de la Saint-Martin, la comtesse Mahalta était accouchée d'un fils. Il y avait vingt-cinq jours que cet heureux événement avait comblé de joie les Catalans et leur souverain, lorsque celui-ci se mit en route pour Girone. Après s’ètre arrêté à San-Celoni , afin d’entendre l’office de saint Nicolas, qu’on fêtait en ce jour, il continuait son voyage , accompagné seulement de quelques chevaliers. A un endroit de la route appelé la Perxa del Esfor, il fut contraint par la difficulté du chemin à ralentir la marche de son coursier.

Tout à coup il pousse un cri : il tombe sur le cou de son cheval, vomissant des flots de sang. Un trait lancé par une main inconnue l’avait mortellement frappé. Le premier soin de ceux qui l’accompagnaient fut de se presser autour de lui , de lui prêter secours ; quand ils songèrent à le venger, il était

L’UNIVKRS.

trop tard , aon assassin avait disparu.

Il serait difficile d’exprimer par eombien de douleur fut accueillie cette nouvelle. Il semblait que la mort du comte fût plus douloureuse encore , parce qu’on ignorait sou meurtrier.

Mul indice ne l’avait fait connaître ; quelques soupçons s’étaient portés sur ilereuguer ' Kuinon.' Ou savait qu'il était jaloux de la puissance de son frè* re, et qu’il se montrait peu content de la part qui lui était échue dans les domaines paternels. Klais ces soupçons étaient vagues, et nulle voix ne s’était élevée pour accuser un homme qu’on regardait comme appelé à gouverner le comté ; car chacun sentait qu’un État continuellement en guerre avec des ennemis puissants comme les Maures, entouré de voisins ambitieux, avait be> soin d’un chef qui pût combattre. Une longue tutelle ne promettait au pays que des malheurs et que des dé.sastres. Le fils de Cap-d'Estopa n’avait que vingt-cinq Jours quand le crime fut commis. T.a couronne était donc bien prés du front de Berenguer. Ce n’est pas, s’il eût existé des preuves de son crime, qu'il eût manqué de voix cou> rageuses pour le déiioucer ; mais en l’absence de preuves on se taisait.

Ne sactiant sur qui venger la mort du comte, on lui préparait en silence de magnifiques obsèques. C’était vers Girone qu’il se dirigeait quand il fut frappé. C’est dans l’église de Girone qu’on lui rendit les derniers honneurs.

Lorsqu’on apporta son corps, le clergé et le peiipleen larmes sortirenttoutentiersde la ville pour le recevoir. Le prêtre, eu approchant du cadavre, était au moment d’entonner, ce verset : Sitccurrile, sancli Dei , occurrile, angeli (*),

(*) Ce double mincie est racotité par presque Iou.h les bisloriens de la Catalogne, par Gorch del Compte, par P. Toinicli; d'antres, au contraire, nient non-seidemeni quecesmiradesaient en lieu , mais iU nient aussi que Kerengiier-Ramoii ait été Passassin de son frère. La tutelle de son neveu lui fut , dil-oii , déférée , et il administra le comté jusqu'en 1091 , époque à laquelle i| partit pour faire le pèlerinage de ta terre sainte. Il mourut pendant ce voyage. On

Mais ses lèvres ne purent le prononcer ; tous ses efforts furent vains; malgré sa volonté, de ses lèvres s'échappèretit ces mots de la Genèse, qui retentirent au loin et glacèrent à la fois les assistants de surprise et d’é|K)uvante : Ubi e»i Abel , f rater tumf ait Üominus ad Chaim. Il voulut se reprendre et pronoticer le capitule que lui indiquait la liturgie : il ouvrit la bouche, et une seconde fois on entendit cette phrase accusatricÆ ; «Où est Abel ton frère?

dit le Seigneur à Caïn. •

C’est Dieu qui désigne le coupable , s'écria le peuple. Berengiier-Ramon est l'assassin de son frère. Le comte protesta en vain de sou innocence. On exigea qu’il jurât sur la croix qu’il était innocent. Le prêtre étendit vers lui le signe de notre rédemption. Bérengiier, sans hésiter, leva la main, ouvrit la bouche pour parler; mais il ne put articuler une parole. Sa langue resta immobile et glacée ; il était muet.

On ne douta plus de son crime. Les barons le bannirent. En horreur à tout le inonde, chargé du poids de l’anathème, privé de la parole, dépouillé de tout ce qu’il possédait , il partit pour la terre sainte , afin d’expier par ce pèlerinage une partie de ses crimes. Le petit-fils de Grifa-Pelos , devenu un pauvre pèlerin , fut réduit à tendre, sur la route. In main aux passants; enfin il expira dans ce pénible voyage, de fatigue, de misère et de désespoir.

Divrsioif EirrRB ALPHORSB BT BER'-ABio.

LKS MADRES D*ESPAGIfE RÉCLANtlTT LE SE- COURS DES ALMORAVIDES. ORIOXIfE DES

ALMORAVIOE5. LES ALUORATIDES PAS-

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