‹ Espagne (volume 2)Chapitre 25 sur 70 · LE CHEF DES ALMORAVIDES EST RAP · texte numérisé non relu

LE CHEF DES ALMORAVIDES EST RAP

PELÉ ER AERIQUE PAR LA MORT DE 80V pri,s. — ‘BER.ABÉD EST DÉFAIT PAR LE CID BT RÊCLABIE DE NOUVEAU I.B SECOURS DBS ALMORAVIDES. TOUSSOUP, LEUR EMIR»

donne d'excellentes raisons en faveur des deux opinion», el la lecteur est libre de choisir l'une ou l'aiilre. Quant aux miracles nous les rapportons, mais nous n'eu .garantissons pas l'aulhenticilé.

viMT rom LA SBcoiroK rois tv EsrAGi».

IL UT rORCÉ DE LEVER LE IlÉOE DE

LEIIT ET RETODRSE EK AFRIQUE. — TODSiOOF PAUE FOUR I.A TRUISiÈllE FOIS IB ESFAoas. — IL s’empare SUCCKSSIVKMERT DE GREKADE, DE CORDUUE, DE SEVILLE, d’aI.MÉRIE, de MURCIE, DE VALEECE, DE l’aLOARVE et DE BADAJOZ.

Ben-Abéd, en contractant une alliance avec Alphonse et en lui facilitant la prise de Tolède, avait espéré ii'il obtiendrait une part dans les épouiiles du vaincu. Il avait compté tirer quelque profit de la ruine de la dynastie des Dzy-el-Noun. Il éprouva le mécontentement le plus vif quand il vit le roi de Castille conserver pour lui seul. tout le territoire enlevé au fils d’Al-Mamoun. Il fit entendre quelques plaintes. Alphonse répondit qu’il était prêt à exécuter les conventions intervenues entre lui et l’émir de Séville; qu’il avait seulement promis de le secourir contre tous ses ennemis; u’il ne demandait pas mieu.x que ’accomplir sa promesse, et pour prouver que l’exécution suivrait de près ses paroles , il entra dans les États de Ben-Abêd , et à la tête de 1,500 cavaliers couverts de fer, il courut le rejoindre au fond de l’Andalousie, auprès de Medinn-Sidonia où il se trouvait en ce moment. Le roi maure fut peu satisfait de cette visite, qu'il prit pour une bravade plutôt que pour une offre de service. Néanmoins Alphonse s’inquiéta peu de sa inauvai.se humeur.

Il voulut voir ce fameux détroit qui sépare l’Europe de l’Afrique. Il se rendit à Tarifa, et lorsqu’il eut atteint le rivage il s’avança dans la mer Jusqu’à ce que son chev'al perdît pied. Enfin, s’ecria-t-il , j’ai donc touché l’extrémité de la terre d’Espagne! Toutes ces manifestations de la part du prince, qui venait d’enlever aux Maures la plus forte de leurs places d’armes, devaient inspirer des craintes sérieuses aux moins clairvoyants. Cependant Ben- Abêd ne trouva |ias que le moment de rompre filt en’core venu , et Alpiionse retourna dans ses États pour s’occuper de nouvelles conquêtes.

Deux rois maures, celui de Sara-

gosse et celui de Badajoz, avaient , on se le rappelle, essayé de venir au secours de Tolède. Pour tirer vengeance de eette tentative, Alphonse se niit à faire des incursions dans leurs États.

C’est alors que le roi de Badajoz , trop faihie pour résister à un si puissant voisin , et ne voyant personne en Espagne qui pdt le secourir, écrivit au souverain qui régnait dans le nord de l’Afrique, pour réclamerson assistance.

Ben-Abêd fit bientôt la même démarché ; car l’occasion de rompre entièrement avec Alpiionse n’avait pas tardé à se présenter. Il s’était engagé a payer, chaque année, une somme d’argent aux chrétiens. Des discussions s’élevèrent sur la bonté de la monnaie avec laquelle il voulait acquitter ce tribut.

Pendant la nuit qui suivit cette altercation , le trésorier envoyé par Alphonse pour le percevoir fut poignardé. Le roi de Castille, ayant demandé raison de ce crime, son atiibassadeur fut insulté par Ben-Abéd. La guerre .était devenue inévitable. L’émir de Séville s’adressa donc à Youssouf ben-Taschfyn, émir de Fez et de Maroc, en le conjurant de passer en Europe.

Youssouf ne se rendit pas immédiatement à cette demande. Alors Ben- Abéd convoqua tous les souverains maures de l’Espagne pour qu’ils délibérassent enseniblé sur les moyens de sauver la cause de l’islamisme. Ledan-

f;er commun fit cesser un instant les laines et les jalousies qui divisaient ces petits États , et leurs chefs se réunirent à Séville sous la présidence de Ben-Abêd. L’assemblée presque entière fut d’avis d’appeler Youssoiifben-Taschfyn dans la Péninsule. Le çoiiverneur de Malaga , Ben-Yakoiib, fut seul d’un avis contraire. Soyez unis , dit-il , et vous serez encore assez puissants pour triompher des chrétiens. Alais n’appeiez pas les Afriealos en Espagne, car s’ils vous délivrent d’Alphonse, ce ne sera que pour vous imfio.ser des cliaines plus pesantes.

Comme cela arrive presque toujours dans les assemblées déhiiérantes , la passion l’emporta sur la sagesse. Ben- Yukoub lie put faire prévaloir son opi-

L’UMVERS.

nion. On le déclara mauvais musulman , on l'appela partisan des chrétiens, on rexcommtinia , on le voua à la mort, et Omar-ben-AflIias , roi de Badajoz , fut chargé d’aller réclamer de nouveau le secours de Youssoufben-Taschfyn, prince des Almoravides.

Les Almoravides, dont le nom va souvent se représenter dans l’histoire de la Péninsule , étaient des nuisulinans réformés ou plutôt nouvellement convertis. Sur les contins du Sahara existait la tribu des Lamtounes, qui n’était elle-méine qu’une des soixante et dix familles entre lesquelles se divisait la race des Sanhadjah. Ce sont les Touariks de nos jours qui habitent au nord du désert, au sud d’Alger, de Fez et de Maroc. Ils ont encore conservé les mœurs et le costume des anciens Lamtounes. Comme leurs aïeux, ils ont l’habitude de porter un morceau d’étoffe qui ne laisse que les yeux découverts , qui cache tous le has du visage, et qui tombe Jusque sur la poitrine , sans doute pour que les organes de la respiration restent garantis du sable que le moindre vent soulève. Ces Lamtounes vivaient dans une grossière ignorance, ne connaissant que de nom la loi de Mahomet. Un fakir entreprit de les éclairer. Il s’établit dans un ermitage (/tatuY/en) , où de nombreux disciples vinrent bientôt écouter sa proie. A raison de leur assiduité à fréquenter son ermitage, il les appela Morabites ou Al-Morabites, nom dont les Espagnols ont fait celui d’Almoravides (*).

Le prince de ces nouveaux convertis, partageant leur ardeur fanatique , employa la force des armes pour convertir les autres tribus du désert. Les Almoravides s’emparèrent ensuite de pre.sque toute la côte septentrionale de l’Afrique. C’est au chef de ces hordes barbares et superstitieuses qu’on allait ouvrir la Péninsule.

Youssotif-ben-Taschfyn , avant de consentir à passer en Espagne, voulut

assurer sa retraite pour le cas où le' sort des armes ne lui serait pas favorable. Il exigea qu’on lui remît un des ports les plus importants et l’un des plus voisins de la côte d’Afrique. 11 voulait être certain de pouvoir entrer en Espagne ou sortir de ce pays quand bon lui semblerait. Pour le s,âtisfaire, on lui livra la ville d'Algesiraz. Alors il réunit une armée nombreuse composée, pour la plus grande partie, d'habitants du Sahara. Cette armée, rassemblée aux environs de Ceuta, passa le détroit en peu de Jours, et Youssouf-ben-Taschtyn débarqua luijnéme à Algesiraz , le 15 de rabi-elavval de l’année 479 de l'hégire (30 juin 1086 de J. C.). Il fut accueilli par les émirs espagnols comme un libérateur. Ils vinrent se ranger sous se§ bannières et s’avancèrent avec lui pour aller combattre Alphonse. Ce prince reçut la nouvelle du débarquement des Almoravides et de la ligue des émirs andalous lorsqu’il venait de mettre le siège devant Saragosse. Il leva aussitôt son camp ; demanda des secours au roi d’Aragon, au comte de Bareelone, et rassembla de nouvelles forces dans tous ses États. Il était occupé de ces préparatifs lorsqu'il reçut un message de Youssouf-ben-Taschfyn. Le chef des Almoravides lui éeriva'it pour le sommer de se reconnaître son tributaire, d’embrasser le mahométisme, ou de combattre. Alphonse répondit à cette insolente provocation , que celui qui la lui adressait n’avait pas besoin de se fatiguer à marcher, qu’il allait le trouver, et à l’instant il se mit en route.

Les deux armées se rencontrèrent sur les bords de la Guadiana, à quelques lieues de Badajoz, dans les bois et les plaines appelées de Zalaca (*).

C’est là qu’on en vint aux mains. Les auteurs chrétiens parlent fort peu de cette bataille. Les Arabes , au contraire, sont remplis de détails; mais les circonstances dont ils enlourent les faits principaux sont évidemment fabuleuses et n’ont pas le mérite d’étre

(*) Il y a dans Mariana Caçalla.

(*) Suivant quelques auteurs, ce nom de Morabites aurait une autre signification il voudrait dire dévoués à Dieu.

intéressantes. En éoartant les rêveries astrologiques et les explications de songes dont ces derniers entremêlent leur récit, voici ce qu’il est possible d'en croire :

Quelque temps avant la bataille, une terreur panique s’empara d'un corps de l’armée d’Alphonse, et plusieurs milliers d’hommes prirent la fuite sans avoir été attaqués et sans être poursuivis. Malgré celte déf ction , ses troupes étaient encore fort nombreuses. Du coté des Almoravides , disent les auteurs arabes, il y avait tant de combattants que Dieu seul peut en connaître le chiffre. Les deux armées restèrent quelques jours à s’observer. Enfin la bataille s’eneagea le 11 re.sjeb 479 (22 octobre 1086) (’).

Dans le commencement, l’avantage fut du côté des chrétiens. Les IMaures furent presque tous mis en fuite. Mais Youssouf-ben-Taschfyn étant parvenu par une manœuvre habile à se jeter sur le camp d’Alphon.se, commença à le oiller et à l’incendier. A la viîe des flammes qui dévoraient les tentes, aux cris des femmes et des malades qu’on égorgeait, une partie des chrétiens fit volte-face. Le désordre se mit dans leurs rangs. Alors les Maures qui étaient en fuite se rallièrent, revinrent à la charge : ils firent un horrible carnage. Alphonse lui-même fut bles- (*)

(*) I.es Arabc.v, loiijoiirs prêts à accuser les princes chrétiens de perfidie , avancent qii'.Mplionse avait pniposé aux Almoravides Je necombatlre,ni le vendredi, parce que c’est le jour saint des nialiomcians , ni le samedi, parce que c'esi le joiirsaint des juifs, et que beaucoup de ceux-ci se trouvaient dans les deux armées, ni le dimanche, jour saint des chrétiens , et de livrer la bataille seulement le lundi ; que cependant, malgré cette trêve consentie par les deux généraux, Alphonse avait attaipié les mahomélans le vendredi Il ri'sjeh.l’niir convaincre cette allégation de meu.soiige, il suflit de dire que le 1 1 resjeh ii’clail pas un vendredi , mais bien un jeudi. Au reste , comme il faut être exact eu tout, il e.st juste de dire que pour faire concorder leur coule et la date véritable, quelques auteurs reculent la bataille d'un jour et la placent au la resjeb, i3 octobre.

sé, et il fut contr.iiiit de se retirer en fuynnt jusqu’à Tolède , arcompngné seiilemeiit de qitelqttes cavaliers échappés à ce désastre. Le notnbre des chrétien.s tués dans cette iléplornble affaire futconsiilérable. Quel(|ues auteurs rapportent qu’il s’éleva à plus de vingt mille; d’autres racontent qu’on planta en terre une lance, et qii’autour de cette arme on entassa toutes les têtes des guerriers d’Alphonse tués dans le combat, et que la pyramide ainsi formée de ces horribles trophées dépassait de beaucoup la hauteur de la piipie la plus longue qu’on eût pu trouver dans le camp. Le butin fut aussi con.sidérable, et le.s Maures saluèrent sur le champ de bat.iille Youssouf du titre encore inusité d'emir des émirs d’Espagne.

Le soir même de cette victoire , pendant qu’on .s’occupait du partage des dépouilles, Yoti.ssouf reçut l.i nouvelle de la mort de son fils, qu’il avait laissé malade à Ceuta. Il fut tellement affecté de ce doidoureiix événement, qu'il se déroba au triomphe et aux fêtes qui l’attendaient en Andalousie, et il retourna en Afrique pour assi.ster aux funérailles de l’enfant qu'il avait perdu. Avant de quitter le théâtre de sa victoire, Youssouf ben- Taschfyn choisit pour commander les Almoravides pendant son absence , Scbyr ben-Abou-Bekr, plus connu dans les chroniques espagnoles sous le nom du roi Bucar.

Youssouf était seul l’âme de la ligue des émirs andalous. Dès qu’il fut parti , chacun ne songea plus qu'à ses propres intérêts, la ligue fut dissoute, et l’on ne put tenter aucune grande entreprise. L’armée africaine se contenta de piller les frontières de la Galice. L’émir de Badajoz s’attacha à reprendre les villes que les chrétiens lui avaient enlevées. Ben-Abêd , de son côté, enleva celles qu’il avait données pour la dot de sa fille Za'ide; il désola aussi les environs de Tolède; il revint ensuite dans le royaume de Murcie.

Mais une petite année chrétienne, qui probablenient avait le Cid pour général , l’atteignit , tailla ses troupes en

SàO

Ïiièces dans les environs de Lorca , et e contraignit à se réfugier dans cette ville.

On ne peut dire d’une manière trèscertaine quels furent les hauts faits du Cid. Il paraît que , hieii longtemps avant l'invasion des Almoravides , il était rentré en grâce auprès d'Alphonse. Mais accoutumé à une entière liberté d'action, et ne pouvant se soumettre aux ordres d'un autre chef, il avait mieux aimé faire la guerre seul et avec ses propres ressources. Alphonse le lui avait permis, ^t lui avait donné à titre de seigneurie tout ce u'il pourrait conquérir. Le Cid avait onc été s'établir sur les connus de l’Aragoii et du royaume d’Albaracin.

Il avait construit' un château sur le sommet d'une roche, qui conserve encore aujourd'hui le nom de Roche du Cid ( Peiia dcl Cid). C'est de cette retraite inaccessible qu'il s’élançait pour soumettre ou pour rançonner le pays voisin. Du sommet de son rocher il exerçait une influence qui s’étendait sur les rois maures île Saracosse, d’Albaracin et même de Valence, auxquels il avait, dit-on, vendu souvent le secours de ses armes. A la tête de la petite armée qui lui était dévouée , il s’était avancé à la rencontre de Ben- Abêd, l'avait attaqué, l’avait vaincu, et s'était emparé du château d’Albit ou de I..ébit, dans une position trèsforte, à quelques lieues seulement de Lorca. De cette retraite il se mit à faire tous les jours des incursions sur tes domaines des rois maures. Mais c'était surtout les Etats de Oen-Abêd qu’il prenait à tâche de dévaster, parce que c'était ce prince qui avait appelé les Almoravidei en Espagne. Fatigué de cette guerre acharnée et ne se sentant pas assez fort pour y mettre un terme, Ben-Ahêd passa en Afrique:

il alla trouver Youssouf, pour se plaindre à lui de ce qu’oii laissait les chrétiens se relever du coup qu’il leur avait porté. Youssouf vint donc de nouveau en Espagne. Il convoqua les roisandaloiis; maisces souverains oominençaient à comprendre qu’ils avaient eu tort d'introduire citez eux une race

étrangère. Le danger qui les y avait déterminés s’était éloigné ; Alphonse avait été vaincu, et d’ailleurs celui-ci ne leur semblait plus si redoutable depuis qu'ils avaient pu comprendre combien Youssouf était à craindre.

Le plus grand nombre d’entre eux s'abstint donc de répondre à l'appel qui leur était adressé. Néanmoins Youssouf, avec les troupes africaines qu’il avait amenées , et avec celles de quelques princes qui s’etaient rendus à son camp, alla mettre le siège devant le château de I^bit. Cette place était , à ce qu’on pense , défendue par le Cid lui-même à la tète d'une garnison de 10.000 soldats d'élite. Les attaques du prince almoravide furent inutiles. I.a discorde ne tarda pas à éclater entre les rois qui lui avaient amené des troupes. Abd-el-Azis, roi de Murcie, ayant été insulté par Ben-Abêd et par Youssouf, ne se borna pas à qtiitter l'armée; il commença à courir la campagne et a couper les vivres aux assiégeants.

De son côté, Alphonse, pendant les dix-huit mois qui s’étaient écoules depuis la bataille de Zalaca, avait réuni une armée nouvelle. Il avait reçu des secours de France et il s’avançait pour attaquer Youssouf. Mais celui-ci ne crut pas devoir l'attendre; il retourna en Afrique, le cœur plein de courroux contre les rois andalous qui lui avaient fait défaut. Quant à Alphonse, il se contenta de dégager la garnison qui avait si vaillamment combattu. Il remmena, abandonnant la place, qui, entourée de tous les côtés par des forteresses arabes , ne lui sembla pas pouvoir être utilement conservée.

Youssouf resta une année entière à rassembler des troupes en Afrique, et il débarqua de nouveau en Espagne dans le courant de l’année 483 de l’hégire (I090de Jésus-Christ), mais eette fois sans y être appelé par aucun des princes qui y commandaient. La guerre sainte contre les chrétiens n'était plus pour lui qu'un prétexte. Il convoqua tous les émirs, mais aucun ne vint. li commença cependant une campagne contre Alphonse; mais il ne tarda pas

à dévoiler ses véritables projets. Reçu comme allié par Abd-Allah-ben-Balkiiiben-Badir, roi de Grenade, il fit au bout de deux mois arrêter re souverain et le fit conduire à Agmât en Afrique, avec ses femmes, ses enfants et son frère, et il s’empara de son royaume.

Ben-Abêd comprit alors le sort qui l’attendait et toute l’étendue de l’imprudence qu’il avait commise. Il essaya de la réparer , en se préparant à une résistance désespérée. Ce fut inutilement. Une division des troupes almoravides, sous la conduite de Kasour, s’empara , le S de safar 484 ( 27 mars 1091), de Cordoue, gouvernée par un fils de Ben-Abêd. Ce jeune prince fut inhumainement massacré par le vainqueur, malgré les termes de la capitulation qui lui avait ouvert les portes de la ville. Ronda tomba aussi au pouvoir des Almoravides, et Kasour tua encore de sa propre main un autre fils de Ben-Abêd qui l’avait défendue. Toutes les places qui avaient appartenu à l’émir de Seville lui furent successivement enlevées; il ne lui restait plus que Carmona et Séville. Carmona fut prise d’assaut par Abou-Bekr le 17 de rabia el awal 484 ( le 9 mai 1091 de Jésus-Christ). Alors ce malheureux souverain comprenant qu’il ne pouvait plus résister sans un secour.s étranger, s’adressa à cet Alphonse le Brave contre lequel il avait appelé le vainqueur de Za aca. Alphonse envoya à son secours une armée de vingt mille hommes, commandée, à ce qu’on croit, par le Cid. Mais elle fut repoussée par des forces plus considérables , que le général almoravide avait opp-osées aux chrétiens. Enfin Motamed-ben- Abêd .ayant perdu ce dernier espoir de secours, fut forcé de c.apituler. Il livra Seville dans le courant de septembre 1091. On l’envoya en captivité en Afrique à Agmât, où il vécut encore quatre années dans une telle misère, que les filles de celui qui avait été roi de la plus belle ) artie de l’Andalousie marchaient les pieds nus , et qu’elles étaient réduites à filer pour vivre.

Dans la même année, les Almoravides s’emparèrent de Jaen et de Murcie. 'frois royaumes restaient encore à .soumettre dans l’Espagne méridionale : ceux de Valence, de Badajoz et de l’Algarve. Ce fut d’abord contre celui de Valence que les lieutenants de Youssouf tournèrent leurs eflbrts. On se rappelle que ce royaume avait longtemps appartenu aux descendautsd'Almanzor. Cette dynastie avait étéchassée par Yahya-el-Mamoun en 106.'>. C’était dans cette ville que s’était réfugié Yahva II , apres que le roynitme de 'lolède lui eut été enlevé par Alphonse en 1085. Il s’y défendit courageusement.

Alais le c.a'di de la ville était Ahmedben-Djebaf (*) el-Moaferi, de la race des anciens souverains de Valence. Celui-ci, d’intelligence avec les Almoravides, leur livra les portes de la ville. Ils s'y précipitèrent, y firent un grand carnage, et Yahva reçut le coup mortel en combattant avec Vaillance. Quant à Ahmed-el-Moaferi , pour prix <le .sa trahison, il reçut des vainqueurs le gouvernement de leur nouvelle conquête.

Pendant que les Almoravides travaillaient «à réunir en un seul royaume tous ces petits Étals formés des débris de l’empire des Oinmv.ades, Alphonse avait cherché à raffermir par des alliances sa puissance un moment ébranlée. Thérèse, sa fille, qu’il avaiteue.de son union déclarée illcsii tune a vecXimena Miinos.étaitmariéeà Henri, quatrième filsde Henri deBourgogne et arrièrepetit-fils du roi de France, Robert, l’excommunié. Il avait donné Urraca, née de Sun mariage avec Constance, à Raymond , autre comte bourguignon, et avec l’aide de ses gendres, il avait fait nbisieurs campagnes heureuses en Estrémadure et en Portugal. Le 30 avril 1093, il avait pris Santarem, le 4 mai Lisbonne et le 8 Cintra. Pendant qu'Alphonse s’agrandissait aux dépens du roi de j’Alcarve, les Almoravides, sous la conduite d’Abou-Bekr. s’emparaient du reste de ce royaume. Un

(") Mariana l'appelle Abeiixasa. T)on Uoderic et Ferreras le iiommeiil Àbeu-Jupbat,

L’UNIVERS

seul des rois ondnloiis restnit donc encore debout, c'était celiti de Badajoz, Omar-ben- A l'ihas. Il fut h son tour attaqué par Aboii-Rekr; il livra aux Almoravides un^ bataille où ses troupes furent défaites. Se voyant sans espoir de salut, il offrit de livrer Badajoz, à cond tion qu'on le laisserait sortir de la ville avett ses (ils, ses Mlles et tout ce qu’il possédait. Eu effet , on le laissa sortir; mais quand il fut à quelque distance, oii envoya à sa poursuite un corps de cavaliers lamtoiines qui le tuèrent à coups de lance lui et ses (ils. C’est par cet assassinat que le chef des Almoravides se débarrassa du dernier des rois andaloiis, et qu’il réunit en s s mains tbut ce qui restait aux musulmans dans le midi de la Péninsule. Le roi de Sara;;osse était le seul qu’il n’edt pas osé attaquer.

Quant au roi d’Albaracin, il n’avait conservé son royaume qu’en se reconnaissant vassal de Youssouf. C'était une époque nouvelle qui commençait pour la puissance musulmane en Espagne, Déjà trois fois nous l’avons vue se modifier. Pendant la première période qui n’a duré que 41 ans, depuis la bataille du Guadaleté en 711 jusqu’à l’année 756, l’Espagne a été gouvernée par les lieutenants des califes abnssides.

La seconde période commence à l’arrivée d’Abd-el-Rabman-el-Uaghel qui a établi en Espagne l’empire des Ommyades. Sa dynastie n’a eu que 275 ans d’existence, et l’cannée 1031 a vu tomber du trône Hesebam III, le dernier des califes d’Occident.

La troisième période se compose de ce temps de désordre et d’anarchie où l’ancien empiredes Ommyades est resté divisé en cette foule de petits États, qu’un même homme a pu voir naître et mourir. Après 63 ans seulement , en 1094, un nouveau pouvoir, celui des Almoravides, s’établissait. Une destinée plus longue ne lui était pas réservée.

PBISE DE VAI.EIfCE PAR LE CID. AUPPLICE

u’AnMKT-Kl-MOAFBfU. MORT DE SAITCUO

BAMiAEZ. ~ BATAILLE D*ALCÛAAE. — DOlf

TEDRO CH Aires LES AHMES dVaAGOIT.

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