‹ Espagne (volume 2)Chapitre 29 sur 70 · DERNIERS DÉBRIS UES ALMORAVIDES SE RU- TIRENT A UATORQUE · texte numérisé non relu

DERNIERS DÉBRIS UES ALMORAVIDES SE RU- TIRENT A UATORQUE

Les Almohades venaient former un nouveau parti au milieu des partis nombreux (|ui déjà se disputaient les dépouilles des Almoravides; mais ils ne purent pas, comme le vain()ueur deZalaca, signaler leur entrée dans la Péninsule par une victoire éclatante.

Ils ne purent pas, comme l’avait lait You.ssnuf, se suh.stituer immédiatement à tous les petits souverains qui s’étaient partagé le pays. Ils n'abattirent pas toutes les factions, seulement ils s’élevèrent un peu au-dessus des autres. Cependant , dès les premiers jours de leur arrivée, ils avaient vu Ben Quosay et Sidi-Ray se joindre à eux. AIgsciraz s’était rendue après un siège de quelques jours ; Xérès leur avait ouvert ses portes; Gibraltar avait suivi cet exemple. La partie occidentale de l’Espagne musulmane se trouvait donc en leur pouvoir ; il n’en était pas de même dans la partie orientale. La mort de Seïf-al-Dawlah avait, à la vériié, fait disparaître la faction de ce chef; mais ses États s’étaient partagés entre la faction de Ben-Hanidain de Cordoueet celle deBen-Ayad de Valence. Ce dernier, ayant été tué dans une expédition contre les chrétiens, avait été remplacé par Abu-Abd-AIlah-.Mohammed-ben-Saïd (*). Le qua- (*) C’est celui que Ferreras apjielle Mohamet-Abeu-Zal , ou le roi I.oup.

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trièiiie parti qui disputait la possession du pays était celui de Zachariaben-Gania/ Il avait pour lui tout ce qui restait des Almoravides. Il occupait encore les environs de Séville et de Cordoue; mais il ne se sentait pas assez fort poiir résister aux Alinoliades ; il n’avait aucun secoprs à espérer de l’Afrique, où la puissance des Almoravides n'existait plus. Les chrétiens pouvaient seuls lui prêter un appui efficace : il réclama donc leur alliance. L’empereur Alphonse lui envoya des troupes, et scs guerriers, unis aux Almoravides, après avoir enlevé Andujar et Baëza , allèrent attaquer Cordoue qui était occupée par la faction de Ben-Uamdain. Pendant ce temps, les Almohades s’avançaient de leur côté : ils mettaient le siège devant Séville, en sorte que les deux villes les plus importantes de l’Andalousie se trouvèrent attaquées en même temps par deux armées qui , bien qu’ennemies l’une de l’autre et séparées seulement par une distance' de vingt-deux lieues, ne cherchèrent pas à se livrer bataille et se laissèrent tranquillement achever les sièges qu’elles avaient entrepris. Les Ahnohades entrèrent dans Séville le 12 de sjaban 541 de l’hégir» ( 17 janvier 1117); vers la fin du même mois, les ehrétiens prirent Cordoue, et Raymond , archevêque de Tolède , consacra la mosquée au vrai Dieu ; mais ce fut une prise de possession trop précipitée. Malgré le désir qu’éprouvait l’empereur de conserver cette ville, il n’y était entré que comme allié de Ben-'Gania , et il ne pouvait sans perfidie dépouiller celui-là même qu’il était venu défendre. Il se retira donc après que Ben-Gania se fut reconnu son vassal et lui eut juré fidélité sur le Coran. C’est sans doute à l’occasion de ce serment que les historiens arabes ont dit que la copie du Coran , écrite de la main d’ülhman, apportée à Cordoue par Abd-el-Rahman-El- Dagliel , avait été profanée par les chrétiens. Alphonse ne conserva pas Cordoue; mais pour s'indemtiiser des frais de la guerre il garda Baëza, dont

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la défense fut Confiée au comte Jlanrique.

L’empereur ne borna pas là ses conquêtes. On se rappelle qu’il existait chez les musulmans d’Espagne une association de guerriers qui prenaient le nom de rabits (ermites) (*). Ils se consacraient à l’état des armes. Leurs seules occupations étaient de prier Dieu etde combattre les chrétiens. L’antique ville d’Oretuin , qui a pris d’eux le nom de Calatrava (Calat-Rabit, la hauteur des Ermites), leur servait de principale retraite. C’est de là qu’ils partaient pour aller faire des courses dans le royaume de Tolède. L’empereur Alphonse s'empara de celte ville dans le courant de 1147. Après avoir délivré ses États des incursions de ces pirates de terre , il résolut de faire le siège d’Almérie. Le port de cette ville servait de retraite à une foule de corsaires musulmans qui exerçaient des ravages continuels sur les côtes de la Catalogne, de la France et de l’Italie. Avec le concours de la jSavarre et de i’Aragon, il alla placer son camp sous les murs de cette ville. Une Hotte puissante, formée de vaisseaux fournis par le comte de Barcelone, par celui de Montpellier, par les républiques de Bise et de Gênes, vint bloquer Almérie par mer. La ville, ainsi étroitement serrée de tous les côtés , se rendit le 17 octobre. 1 147 (20,sjumada prior 542 de l’hég.). Chaque année était signalée par quelque victoire des chrétiens. I.e dernier jour de l’année 1148, le comte Ramon Berenger enleva Tortose aux musulmans. L’année suivante, il prit Lèrida, et cette ville de Fraga rendue célèbre par la mort d’Alphonse le Batailleur.

Les Almohades, de leur côté, poursuivaient sans relâche ce qui restait des Almoravides. Ils avaient mis le siège devant Cordoue. Ben Gania, vivement pressé, était sorti de la ville

Pour aller réclamer des secours de empereur Alphonse, dont il s’etait reconnu le vassal. Il avait jusqu’à son retour laissé le commandement à l’un

(*) Voir fol. aao.

L’UNIVERS

de ses lieutenants nommé Yahya-ben- Ansa. Celui-ci ne défendit la place que pendant peu de jours, et il Capitula sous la condition que les Almoravides se retireraient librement à Carmona.

Les Almohades entrèrent donc à Cordoue, et leur chef envoya en Afrique le Coran copié par Othman, comme le plus beau présent qu'il pût offrir à Abd-el-Mouiueii. Ce prince dépensa, dit on, des sommes énormes 'pour le couvrir d’ornements. On le conservait dans une caisse de bois de senteur, recouverte de lames d’or. Des rubis, des émeraudes y formaient d’élégants dessins. Au milieu de chaque lame se trouvait un rubis taillé comme une fleur du tussilage, et de grandeur naturelle. La couverture du livre était d’une étoffe de soie verte , brochée d’or, semée d’émeraudes, de rubis et d’autres pierres d’une valeur inestimable. I.e tout était -enveloppé dans du drap d'or, brodé de perles fines.

Les Onimiades d’Espagne et les princes qui leur avaient succédé sur le trône de Cordoue s’étaient plu à décorer ce livre de tout ce qu'il y a de plus précieu.x. Lorsque Abd-el-Müumen allait à la guerre, ou lorsqu’il montait à cheval pour quelque grande cérémonie, il faisait porter cette châsse devant lui, sur une riche litière, aux côtés de laquelle on tenait quatre étendards.

Après cette conquête, les Almohades s'emparèrent de Carmona , puis ils entrèrent dans le royaume de Jaën.

Zacliaria-ben-Gania , ayant pour auxiliaire un corps de chevaliers chrétiens, commandés par le comte Maurique, marcha au-devant des Almohades. Son lieutenant Yahya-ben-Aasa, peut-être pour s’excuser de n’avoir pas mieux défendu Cordoue, vantait a toute occasion la valeur et l’adresse des guerriers almohades, et par ses paroles Jetait le découragement dans l’armée.

Ben-Cania, regardant comme une trahison ces éloges donnés à ses ennemis, tira .son cimeterre, et d’un seul coup il lui abattit la tête. oVoilà, dit-il, ce que j’aurais dû faire au lieu de te confier la défense de Cordoue. » Après

plusieurs escarmouches, où l’avantagé fut indécis, les armées se livrèrent bataille dans la campagne de Grenade, le vendredi 28 sjaban 543 (11 janvier 1149) (*). La victoire fut courageusement disputée; mais, dans le combat, Zacharia-ben-Gania tomba mortellement frappé de plusieurs coiipsde lance.

Sa perte fut vivement sentie par toute son armée, car il était un brave capitaine ; c’était lui qui avait gagné, contre Alphonse le Batailleur, la b.ataille de Fraga. Il fut en Espagne le dernier des généraux almoravides , car ceux qui prirent le commandement après lui méritent à peine d’être cités.

L’année suivante 1150, l’empereur Alphonse entra dans l’Andalousie, et, bien qu’il connût la mort de Ben-Gania son allié, il se déclara le protecteur de la cause des Almoravides. A la tête d’une nombreuse armée, il alla mettre le siège devant Cordoue. Néanmoins, il ne put entrer dans la ville, et, comme la mauvaise saison arrivait, il se retira en saccageant le pays. Il entra dans Jaën qu’ii livra au pillage.

L’année même de cette expédition d’Alphonse contre les Almohades, le roi de Navarre, don Garcia, étant à 1a chasse, dans les environs de Lorca , le jeudi 21 novembre 1150, veille ‘de la Sainte-Cécile, fit une chute de cKeval dont il mourut. Il eut pour successeur son fils Sancho. Il laissait aussi deux filles : Marguerite qui fut mariée à Guillaume, roi de Sicile, surnommé le Mauvais; Blanche, dont l’union avec le fils aîné de l’empereur fut célébrée le 4 février suivant. I.’empereur Alphonse avait été marié , en 1 1 28, à dona Berenguela , sœur du comte de Barcelone, Ramon Berenger IV. Cette princesse était morte après vingt et un ans de mariage, laissant deux fils, Sancho et Ferdinand ; elle avait eu d'autres enfants qui paraissent être morts en bas âge. Elle avait aussi deux filles : dona Sanrha qui épousa, en 1153, le roi de Navarre Sancho. L’autre se nommait, suivant quelques auteurs,

(*) Suivant d’aulre.s auteurs, le jeudi lo sjaban 543 (a4 décembre 1148).

Constance', suivant d’autres, Isabel ou Élisabeth, et probablement elle portait ces deux noms. En 1155, le roi de France, Louis le Jeune, ayant répudié sa femme Éléonore , qui ne lui avait pas donné d’enfants mâles, demanda [a main de la seconde ülle de l’empereur. Elle lui fut accordée, et, dans le cours de l’année suivante, Louis le Jeune fit avec sa femme un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. A son retour, il passa par Tolède, où son beau-père le reçut avec magnificence.

A cette époque, l’empereur Alphonse était remarié; il avait épousé dona Rica, fille de Ladislas II de Pologne, lien avait une fille nommée Sanclin, qui dés sa naissance avait été fiancée aa jeune fils de la reine Pétronille d’Aragon et du çomte Ramon Bereiiger.

Avant de se remarier avec dona Rica, à une date que les historiens ne peuvent déterminer d'une manière tien certaine, l’empereur Alphonse avait fait entre ses deux fils le partase de sas États. L’aîné, Sancho, fut reconnu comme devant lui succéder dans les royaumes de Tolède , de Castille et de Biscaye. Ferdinand, le plus Jeune, eut le royaume de Léon, la Galice et les Asturies.

On a peine à s’expliquer la persistance avec laquelle les abus se perpétuent. Il semble que les leçons de l’expérience n’nuraieiit pas dil être perdues pour un prince aussi éclairé que l’était Alphonse VU, et qu’il aurait dtl apprendre, par l’exemple de ses prédécesseurs, combieii de semblables partages sont nuisibles à la puissance des États et au bonheur des peiqdes. Ce morcellement des États laissés par Alphonse le Brave devait paraître d’autant plus sensible, que déjà le Portugal s’en était séparé pour former un royaume indépendant. Cette partie de ses domaines avait été donnée par Alphonse le Brave, seulement à titre de comté relevant de sa couronne, à don Henri de Bourgogne, mari de sa fille ’lliérèse. Ce comte de Portugal était mort en 1112 à Astorga, où il avaitété au secours de la reine Urraca,

attaquée par Alphon.se le Batailleur.

Son (ils don Alphonse Enriquez profita des embarras qui accompagnèrent les commencements db règne d’Alphonse VII, pour se rendre indépendant. Il eut assez de bonheur pour repousser les troupes envoyées contre lui, et, lors d’une victoire qii’il remporta sur les musulmans, il fut salué par son armée dm titre de roi (*).

Tant que l’empereur vécut, cette diminution de force ne fut pas sensible. Alphonse était à lui seul plus puissant que chacun des antres princes de la Péninsule; et, s’il avait de son vivant donné à ses fils le titre de rois de Léon et de Castille, il conserva seul en réalité la souveraineté de ces États. Il fit donc encore plusieurs incursions dans le pays des musulmans. En 1147, les Almobades ayant réuni un grand nombre de troupes, Alphonse (te son C(3té rassembla son armée; il entra en .Andalousie, livra bataille aux ennemis et les vainquit. Puis, se sentant sans doute atteint de la maladie qui devait l’enlever, il laissa une partie de l’armée à son fils Sancho, pour qu’il recueillît les fruits de la victoire, et, à la tête du reste des troupes, il se mit en marche pour rentrer en Castille.

Près du port de Miiradal, dans un lieu appelé Fr('snada,’il se trouva si mal qu’il s’arrêta sous un rbône et voubit qu’on y plantât sa tente. Après avoir reçu les derniers sacrements de la main de l’archevêque de Tolède qui l’accornp.ignait, il mourut le 21 aofit 1157, âgé (le cinquante et un ans cinq mois et vingt et un jours. Il fut regretté de tous ses sujets ; car, s'il gagnri par sa bravoure le ecrur de ses soldats, il mérita l’atnour du peuple en faisant respecter les personnes et les

(*) Tout cc qui concerne, le Portugal doit faire la nialicre d'uii autre vuluiue. (|ui doit èln- écrit par M. l’erdiuand Denis, si .s.avanl dans tout ce (pii louche la lilté’rature et l’histoire de ce pays. Nous ne rapporte rous doue que les faits liés à Thi.stoire d’Pspague d’une manière trop intime |>our q(t il soit possible de les passer sous siience.

L’UNIVERS

propriétés, en protégeant les bourgeois et les laboureurs contre les gens de guerre naturellement enclins au pillage et à la violence. On raconte . que, ilans les premières années de son règne, un guerrier de sang noble, un de ceux qu'en Espagne on appelle ordinairement infançons, se confiant en ce que son manoir, situé au fond de la Galice, se trouvait éloigné de la résidence du roi , et en ce qu’on vivait dans des temps de trouble, s’empara de la propriété d’un laboureur. Engagé, par le gouverneur de la province ;i restituer ce qu’il avait usurpé, il ne tint nul compte de cet averlissement.

, Le roi dissimula pendant quelque ■ temps ; puis il partit secrètement pour la Galice, se déguisa pour faire la route, afin qu’on ne pilt être averti de sa venue; et, dès qu’il fut arrivé, il fit subitement investir le château de l’infançon. Celui-ci, qui n’était pas prépare à se défendre, essaya inutilement de fuir. Il fut arrêté, fut pendu à la porte de son manoir, et cet exemj)le de sévérité apprit au peuple qu’il pouvait compter sur la justice de son roi.

Alphonse ne fut pas plutôt mort que les musulmans reprirent courage.

Us recouvrèrent les villes d’Andujar et de Baëza. Depuis l’année 1152, ils avaient fait d’inutiles efforts pour reprendre Almérie. Ils la reconquirent dans l’année qui suivit la mort de l’empereur. Ce qui restait d’Almoravides , privé de l’appui d’Alphonse, ne put , résister longtemps à l’ascendant des Almohades. En l'année 557 de l'hegire (1161 de J. C.), Grenade fut prise par les troupes d’.Abd-el-Moumen , et les derniers déhris des Almoravides se retirèrent à Majorque où la prévoyance de Ben Gania leur avait ménagé une retraite. Defiuis la bataille de Zalaea, qui avait établi leur domination, jusqu’à la prise de Grenade, il ne s’etait Moulé que les trois quarts d’un siècle, et cette puissance, si redoutaMe à son début, s’évanouit comme elle s’était formée, à la voix d’un fourbe ou d’un fanatique.

RÈGIIE ET MORT DI SAKCEO LE RECRETré.

TROUBLES DARS LE ROTADHE A I.’oC-

CA5I0H DK LA HIHORITÉ d’aLTEORSE VIII.

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