‹ Espagne (volume 2)Chapitre 39 sur 70 · TEMPLIERS. MORT DE FERDINAND · texte numérisé non relu

TEMPLIERS. MORT DE FERDINAND

l’ajourné.

Pour échapper aux intrigues et aux soulèvements que les partisans de l’Aragon et de la Castille excitaient dans la Navarre, la veuve de Henri s’ était réfugiée à la cour de Philippe le Hardi. La jeune reine Jeanne avait été élevée à Paris; aussi, le 15 aodt 1284, dès qu’elle fut en âge d’être mariée, on Funit à Philippe le Bel. Ce fut cette alliance qui mit la couronne de Navarre sur la tête d’un petit-fils de saint Louis; et lorsque Jeanne mourut, le 4 avril 1305 , elle laissa pour héritier son Ois, le roi de France, Louis Hutin. L’ Aragon vit ainsi passer entre les mains d’un prince voisin cette Navarre qu’i' convoitait, cette Navarre démembrée des États d’Alphonse le Batailleur; mais une large compensation lui était réservée. Le roi d’Aragon don Pedro avait, en 1262, épousé Constance, fille de Mainfroi, prince de Tarente. roi de Sicile ; il avait reçu pour dot 50,000 onces d’or, et cetie alliance ne devait pas tarder à lui donner des droits au trône des Deux-Siciles. Mainfroi, son beau-père, chef du parti des Gibelins, avait été excommunié par le pape.

L’investiture de son royaume avait été donnée par le souverain pontife à Charles d’Anjou, frère de saint Louis. La fortune des armes ne lui avait pas été favorable : vaincu par les Français dans une bataille qu’il leur livra en 1265 près de Bénévent, il était resté au nombre des morts. Son neveu Conradin avait, après lui , essayé de disputer la couronne à Charles d’Anjou ; mais ayant livré bataille dans le comté de Tagliacozzo, il avait été vaine, ti

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Fait prisonnier près d’Astura, quelques jours après sa défaite, il avait été condamné à mort ; et du haut de l’échafaud où la hache du bourreau allait le frapper, il avait lancé son gant à la foule , en déclarant qu’il léguait son royaume à celui qui se chargerait de sa vengeance. Le fils de Maiufroi ayant été |)ris par Charles d’Anjou et étant mort danssa prison, Constance, d’après les règles de la nature (*). était seule héritière du trône de Sicile. Il est vrai ue Charles d'.Anjou l’occupait et par roit de conquête et en vertu de l’investiture du pape; mais le joug qu’il avait imposé aux Siciliens leur était tellement insupportable, sa tyrannie leur était si odieuse, qu’ils résolurent de s’y soustraire. Un seigneur sicilien nommé Procida (**) fut l’agent le plus actif de cette conjuration. Il vint, diton, apporter à don Pèdre le gant que Conradin avait jeté du haut de son échafaud en signe d’investiture, et il lui offrit la couronne, de Sicile. Don Pedro hésitaîl à accepter ce dangereux présent. Il alléguait que pour cette entreprise une flotte était indispensable, et qu’il manf|uait d’argent pour l’armer. Procida lui lit prêter par l’empereur Paleologue les fonds tpii lui étaient nécessaires. Au reste, les Siciliens n'attendirent pas, pour se soulever, oue les voiles catalanes parussent sur leurs côtes. Tout le monde sait comment ils chassèrent Charles d'Anjou ; tout le monde connaît les vêpres

(*) Coin adiii était pelit-fiU de l’empemir Frédéric U et de Con.slaiice, sœur de don Pt; li'o It; Callmlitpie. Ainsi litm Pedro le Gland pouvait piélendic au troue de Sicile, suit comme issu de germain de Conradin , .soit comme gtMidre de Mainiroi.

(’*) Ixs lii.stonens ne sont pas d’accord sur le nom de cet agent de la révoliiliuii sicilitrnoe. Len chrooiqueurs français ou catalans , sans doute pour rendre la priuionclallon du c italien, l’appellent Jean Procliita. La versinn laline de PandnII'o Coleimccio le nomme Pntcida. Procula Saleru ’UnmiSy qui Manji'edi medtcus fuerat, i/iito cum Sicutis consitio, insulam eam ex GtUlovum servilule iti iihertatem viudicare r/e* crevit.

siciliennes. Messine et Palerme avaient reconquis leur liberté, et don Pedro, dont cependant la flotte était prête , hésitait encore à accepter la couronne qu’on plaçait sur sa tête, lorsque les Palermitains lui députèrent deux des principaux d'entre eux pour l’engager a venir prendre possession du royaume.

Alors, bien assuré des dispositions des Siciliens, il vint jeter l’ancre à Trapani. Les victoires que don Jayme, son fils, et Roger de Lauria, son amiral, remportèrent sur la flotte de Charles d’Anjou, achevèrent de lui asssurer la possession de cette île.

Cependant le pape, dévoué aux intérêts des Français, fulmina l’excommunication contre don Pedro. De son côté, Charles d'Anjou crut réparer ses défaites en adressant un cartel à son vainqueur. Cette provocation ridicule fut acceptée; ou convint que le U'juin 1283 les deux rois, accompagnés chacun de cent chevaliers, se rendraient à Bordeaux (lour y combattre en champ clos. .Mais le défi resta .sans effet; le roi d’.Aragon trouva que la grande quantité de troupes rassemblées en Guyenne par le roi de France rendait le lieu du combat peu sür. Au reste; c’eût ete de sa part une folie insigne d’aller risquer dans une semblable lutte le fruit des victoires qu’il ne cessait de remporter. En 1284, Roger de I.auria battit encore une flotte commandée P ir le prince de Salertie, Charles le Boiteux; il fit même ce prince prisomiier. La victoire se montra si constante pour ses armes, que la valeur et l'adresse des Catahiits étaient devenues pro'erbiale.s en Sicile; à Naples, trois siècles )ilus tard, on disait encore un coup de lance catalane pour un coU|) mortel. On trouve plusieurs fois cette locution employée dans le Pentamerone d’Abhattutis (*).

(*) Giovan P.atlUta Basilio , comte de Toronv, a laissé d'assez nombreux ouvrages eu dialecte napolitain , ut etilre autre» le Pentameroae, o cuiito de U cunte, publié pour la pceiuieie fois à Naples, eu 16^7 , sous le pseudonyme de Gian Alesio Abbattutis. C'est daiu cet ouvrage plein de verve

Le pape, irrité de ce que don Pedro avait ose porter la main sur un royaume qui relevait directement du saintsiège, fulmina de nouveau contre lui l’anathème. Il le déclara déchu du trône d’Aragon, et donna l’investiture de son royaume à Charles de Valois, fils du rofde France Philippe le Hardi. 11 fit prêcher la croisade contre le souverain excommunié.

Le danger qui menaçait don Pedro devait lui faire rechercher l’alliance du roi don Sancho de Castille. Il eut donc avec lui une entrevue à Ciria, et don Sancho promit de l’aider à repousser les attaques des Français, pourvu que lui-même ne fût pas contraint d’occuper ses armes contre Abu-Yousouf.

Il y avait alors à peu près une année qu’Alphonse le Savant était mort, et que don Sancho s’était emparé de sa succession. Toutefois ce n’était pas sans contestation qu'il avait recueilli son héritage. Son frère, l’infant don Juan, avait voulu faire valoir le testament de son père , et réclamer le royaume de Séville qui lui avait été légué. Mais les habitants de cette ville avaient eux mêmes repoussé ses prétentions. Don Juan avait été obligé de les abandonner, et de reconnaitre la souveraineté de son frère.

Un autre ennemi tout aussi dangereux avait aussi commencé à troubler le royaume. C’était don Juan Nunez de Lara. 11 s’était retiré en Navarre, et venait d’entrer, à la tête d’un corps de troupes , sur les terres de la Castille. 11 y avait porté le ravage et la désolation. Les troupes castillanes s’étalent mises à sa poursuite; mais au lieu de retourner en Navarre, il s’était retiré avec tout son butin dans la ville d’Albaraçin. Cette ville, que les anciens appelaient Lobetum, et, disent quelques autres, Turia , s’élève dans les montagnes inaccessibles où leTage, le Guadalaviar et le Jiloja prennent leur source, l.ors de l’arrivée des Alraoravides, l’émir d’Albaraçin fut un des princes musulmans de l’Espagne

itde gaieté que Perrault a puisé la plupart des sujets de ses contes.

orientale qui, a l’aide des Beni-Hud de Saragosse, purent conserver le. titre de souverains. Kn 1171, cette ville dépendait des domaines de Ren-Sad, qui, ayant reçu de grands services de Pedro Ruiz‘ de Azagra, la lui donna en tonte souveraineté. Le roi de Castille Alphonse le Noble et Alphonse II d'Aragon prétendirent également que cette ville devait faire partie de leurs domaines, et que Pedro Ruiz de Azagra devait leur rendre hommage pour ce fief; mais ce seigneur répondit qu’il ne tenait son domaine ni de l’Aragon, ni de la Castille; qu’il ne le devait qu’à lui seul, et qu'il ne rendrait hommage à personne. Les deux rois pensèrent à employer les armes pour contraindre Ruiz de Azagra à reconnaître leur suzeraineté; mais quelques différends survenus entre eux les détournèrent de cette entreprise, et don Pedro Ruiz de Azagra resta squverain indépendant de cette ville. Après sa mort, elle passa à son frère Hernando Rodriguez de Azagra. Celui-ci la transmit à son fils Pero Fernandez de Azagra, ' qui eut plusieurs enfants : Pero Fernandez, Garci Fernandez , dona Thereza et don Alvaro de Azagra. Ce fut ce dernier qui hérita de l’État d’Albaraçin. Quand il mourut, il le transmit à sa fille unique dona Thereza, mariée à Juan Nunez de. Lara. C’est dans cette ville que don Juan Nunez venait de se réfugier. La place, construite dans une position extrêmement forte,* était encore défendue par d’épaisses et de hautes murailles. Il croyait donc pouvoir y braver la colère de don Sancho et celle de don Pedro. Une des premières conventions intervenues entre les deux souverains de Castille et d’Aragon fut que ce dernier assiégerait la ville d’Albaraçin, sur laquelle don Sancho lui abannunna toutes ses prétentions. Les troupes de don Pedro commencèrent donc le siège, qui fut poussé avec énergie, et bientôt, malgré le courage des défenseurs , la ville commença à se trouver étroitement serrée. Nunez de Lara sortit de la place pour aller chercher des secours; mais n’ayant pu réunir une ar-

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inée assez nombreuse pour oser entreprendre de faire lever le siège, il fit dire aux défenseurs de capituler, et ils se rendirent le jour de la Saint-Michel , 29 septembre 1284.

Tout en faisant cette conquête, don Pedro ne s’en préparait pas moins à soutenir la guerre contre le roi de France, qui s’était chargé d’exécuter le décret de déchéance prononcé par le pape. Il avait fait demander à aon Jayme, son frère, de lui amener des secour.s ; mais celui-ci avait contre don Pedro des sujets de mécontentement.

Dés le commencement de son règne , le roi d'Aragon avait exigé qu’il lui rendit hommage, comme son vassal, à raison du royaume de Majorque et des autres domaines que leur père lui avait laissés. Don Jayme s’était soumis à In nécessité; mais il n’avait pas renoncé à tirer vengeance de ce qu’il regardait comme un affront et comme un acte de tyrannie. Loin de venir au secours de son frère, il embrassa le parti des Français; il leur servit de guide.

Don Pedro avait fait garder les ports des Pyrénées. Don Jayme leur indiqua, par la vallée de Vanul, un passage qui n’était pas défendu, et l’armée française, commandée par Philippe le Hardi et par le connétable Jean d’Harcourt, pénétra en Catalogne. Elle prit Roses, Ampurias, et vint mettre le siège devant Girone, que le comte de Cardone défendait. Quant à don Pedro, ne pensant pas qu’il lui fût possible de tenir en rase campagne contre l’armée française, et ne voyant pas arriver les troupes castillanes sur lesquelles il avait compté, il licencia une partie de son armée; il ne garda que l’élite de ses chevaliers, et se Jeta avec eux dans les montagnes, pour harceler sans cesse les Français et pour les affamer en coupant leurs communications, en enlevant leurs convois. Il fut heureusement secondé dans cette entreprise par sa flotte , qui remporta deux fois l’avantage sur celle de Philippe le Hardi.

Néanmoins, la ville de Girone, vivement pressée par les Français , fut obligée de se rendre le 7 septembre 1285. Mais ce siège avait occupé toute

la belle saison. La grande quantité de morts abandonnés dans les campagnes avait infecté l’air. Les maladies s’étaient mises dans l’armée. Il fallut donc songer à la retraite. On laissa une bonne garnison dans Girone, et on reprit la route du Roussillon. Philippe le Hardi lui-même était atteint de l’épidémie qui décimait ses troupes.

On le reporta dans une litière Jusqu’à Perpignan, où il mourut le 6 octobre

A peine les Français furent-ils éloignés, qùe don Pedro se représenta devant Girone, et la garnison laissée par Philippe le Hardi ne tarda pas à rendre la ville. Ainsi délivré du danger qui le menaçait, le roi d’Aragon sonea à tirer vengeance de la conduite e son frère. Il résolut de lui enlever le royaume de Majorque. Ce fut l’infant don Alphonse, son fils aîné, qui fut chargé de tenter cette expédition , et qui alla mettre le siège devant Majorque. Ce prince était à peine parti que son père tomba malade, et mourut le 10 novembre 1285, laissant par son testament le royaume d'Aragon à don Alphonse, et la Sicile à son second fils, don Jayme, les substituant l’un à l’autre en cas de mort sans enfant. Alphonse reçut la nouvelle de la mort de son père 'pendant qu’il achevait le siège ue Majorque. Il ne quitta pas son entreprise, et prit immédiatement le titre de roi d’Aragon. Ce fut de la part des Aragonais l’objet de vives réclamations. Ils lui représentèrent qu’il n’avait le droit prendre le titre de roi et d’en exercer l'autorité qu'après avoir Juré de respecter les fueros et les linertés de la nation. Alphonse ayant donc achevé la conquête qu’il avait commencée, se rendit à Saragosse, ou il prêta le serment qu’on exigeait des rois à leur avènement au trône.

Pendant que ces événements s’accomplissaient, don Sancho vivait au milieu de craintes continuelles et d'éternelles révoltes. En portant sur la couronne de son père une main sacrilège, il avait donné à ses sujets l’exemple de la rébellion ; il leur avait appris que l’autorité royale n’était pas sacrée;

qu’on pouvait l’attaquer et la détruire. Il se soutenait non comme un roi , mais comme un chef de parti en s'appuyant sur des intrigues. Il lui fallait payer les services de ceux dont le crédit avait favorisé ses prétentions, ou bien acheter la tranquillité des autres; il lui fallait gorger les Haro d’honneurs et de pouvoirs; il lui fallait apaiser les Lara. Un des seigneurs qui avaient le plus contribué à le faire nommer roi était don Lope de Haro.

Il le combla de faveurs ; il l’allia à la famille royale en lui donnant son propre frère, l’infant don Juan , pour gendre. Sa générosité ne servit qu’à accroître les exigences et l’orgueil de don Lope, qui ne tarda pas à devenir odieux aux autres seigneurs avec lesquels il agissait comme s’il eût été leur souverain. Son arrogance ne respectait pas le roi lui-même. Dans une discussion qu’il eut avec lui, il s'emporta au point de rouler son manteau autour de son bras , en forme de bouclier, de tirer son épée et de se précipiter sur don Sancho; mais les gardes se jetèrent sur lui : l'un d’eux lui abattit le poignet droit d'un coup de sabre; un autre le renversa à terre d’un coup de masse d’armes, et, quand il fut tombé , on acheva de le tuer. L’infant don Juan , qui avait imité la colère de son beau-père et qui, comme lui, avait tiré son épée , fut forcé de chercher un refuge auprès de la reine. Cette

ftrincesse lui sauva la vie. Il fut seuement arrêté et renfermé dans le château de Burgos. La mort de Lope de Haro, loin de rendre la tranquillité au pays , ne Ot qu'augmenter le trouble.

Toutes les villes qui appartenaient soit à lui, soit à ses partisans, se soulevèrent; un grand nombre de seigneurs se retirèrent en Aragon auprès du roi don Alphonse. Ce prince avait déjà quelques sujets de mécontentement contre don Sancho; il embrassa la cause de ceux qui se réfugiaient auprès de lui. Depuis treize ans, on tenait les infants de la Cerda renfermés dans le château de Xativa ; on les y avait soigneusement gardés comme un moyen d’allumer la guerre civile en

Castille. Alphonse ne se borna pas à les mettre en liberté : au commencement du mois de décembre 1288, il fit proclamer, à Jaea, Al|)honse de la Cerda roi de Léon et de (iastille. Il ne se contenta pasd’unevaine cérémonie :

il lui donna une armée avec laquelle le prétendant alla porter la guerre dans les Etats de Sancho. Néanmoins ces forces étaient insuffisantes, ou bien les généraux qui les commandaient manquaient de talent, et les Cerda ne firent rien de profitable ; tous leurs avantages se bornèrent à occuper quelques villes, et la guerre se continua sans qu’il se passât rien d’intéressant. Elle aurait depuis trois années, lorsque le roi don Alphonse d’Aragon mourut à Barcelone. Il ne laissait pas d’enfant ; ce fut don Jayme, son frère, roi de Sicile, qui fut appelé à lui succéder. Ce prince remit donc le gouvernement de cette île à sa mère Constance et à son frère Frédéric, et il vint réclamer l'héritage d'Alphonse, qui ne lui fut disputé par personne.

Au moment où la mort avait frappé le roi d’Aragon , ce prince était sur le point de terminer, par un traité, ses différends avec le roi Charles d’Anjou et avec Charles de Valois ; mais sa mort avait tout remis en question. Le roi don Jayme craignit de voir se renouveler la guerre avec la France, et voulant s’assurer la tranquillité du côté de la Castille, il fit demander la paix à don Sancho. Celui-ci , qui redoutait toujours les entreprises des infants de la Cerda , fut trop heureux de la lui accordef, et les deux souverains , pour cimenter davantage la bonne harmonie qui s’établissait entre eux , convinrent que don Jayme épouserait Isabelle, fille de don Sancno, bien qu’elle ne fût encore âgée que de neuf ans.

Tranquille du côté de l’Aragon, don Sancho s’occupa de la guerre contre, les musulmans. Depuis l'instant où âlohammed II avait appelé en Espagne les armes des Betli-Merines , Yacobben-Yousouf était resté maître d’Algéciraz et de Tarifa; il profitait de la possession de ces deux villes pour ve ■

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nir faire en Andalousie de fréquentes invasions. Don Sancho résolut de lui enlever Tarifa , et il parvint à s’en emparer après un siège long et dillicile.

Cette conquête fut confiée à la garde du maître de Calatrava qui, plus tard, fut remplacé dans ce commandement par Alphonse Ferez de Guzman. Le roi Abu-Yousouf fut très-i:bagrin de la perte de cette ville. Il s’occupait à faire des préparatifs pour la recouvrer, lorsque l’infant don Juan arriva en Afrique. Ce prince, mis en liberté par don Sancho , s’était montré peu reconnaissant de cet acte de clémence; il avait quitté son pays et venait à Maroc lui chercher des ennemis. Il offrit ses services au roi Abu-Yousouf, et promit de faire rentrer Tarifa sous son autorité, pourvu qu’on lui donnât 5,001) cavaliers et quelques troupes d’infanterie ; avec ces forces il attaqua la ville; mais il fut toujours repoussé. Outré de ne pouvoir réussir dans son entreprise, il fit amener au bord du fossé un fils de Ferez de Guzman qui était tombé entre ses mains, et ayant fait appeler le gouverneur , il le menaça de faire décapiter sous ses yeux ce malheureux enfant, si la ville n’était pas livrée. Ferez de Guzman ne répondit pas; il tira seulement son épée et, du haut des créneaux, la jeta aux musulmans. Les assiégeants furieux exécutèrent leur menace: ils égorgèrent cette innocente victime, et lancèrent sa tête sur les remparts. Mais ils ne tirèrent aucun profit de cet acte de férocité; le courage de la défense ne se démentit pas , et ils ne tardèrent pas à être forcés à la retraite. Cet héroïsme de Ferez de Guzman a justement été célébré comme égalant les plus belles actions de l’antiquité. Il faut ajouter que ce courage de la défense, porté presque jusqu’au fanatisme, est un des traits du caractère espagnol , et di1t-on m’accuser de me répéter, je ne saurais m’empêcher de rappeler ici celte glose de Lo|>ez de Tovar : Mira valde istam legem quæ permittit homicidium filil , potins qitam traditionem ca.stelH. Faites bien attention à cette loi qui permet de tuer

son fils plutôt que de rendre la place. Cette action fit donner au défenseur de Tarifa le nom de Guzman te Bon.

Vous comprenez bien que le mot de bon ne signifie pas ici, en espagnol, cette tendresse de l’âme qui fait qu’on aime autrui et qu’on se plaît à robliger; bon signifie ce qui est bien , ce qui est généreux , et certes Guzman méritait ce surnom.

Don Sancho , atteint d’une maladie dont il ne devait pas guérir, fit son testament; il institua pour son successeur son fils Ferdinand, qu’il avait déj<à fait reconnaître par les cortès , et il mourut, le 25 avril 1295, laissant à son héritier et à sa veuve une autorité contestée et un royaume rempli de troubles.

Tandis que l’incertitude sur le droit de succession au trône remplissait la Castille d’agitation et de misère , l’Aragon , fort par sa constitution , qui empêchait toutes les usurpations en même temps qu’elle réglait tous les droits, devenait chaquejour plus florissant et plus riche. Le pape avait, à la vérité, élevé la ridicule prétention de changer à son gré les princes de ce pays; il avait donné l’investiture du royaume d’Aragon à Charles de Valois; mais les armes de la France n’avaient pu faire exécuter cette sentence.

Néanmoins on vivait dans l’appréhension continuelle d’une guerre, et la paix était désirée. Déjà, sous le règne d’Alphonse, on avait été sur le point de la conclure. Enfin , le 21 juin 1295. elle fut arrêtée entre don Jayme, Charles de Valois et Charles de Naples.

Un mariage entre Blanche , fille de Charles de Naples, et don Jayme, fut la première condition de cette transaction. Don Jayme avait, on se le rappèle , été fiancé avec Isabelle , fille de don Sancho de Castille ; mais cette union, que le roi d’Aragon avait pu désirer lorsque Sancho était sur le trône, ne lui présentait plus aucun intérêt ; le degré de parenté qui existait entre les fiancés , et pour lequel le saint-siège avait refusé des dispenses , était une excuse suffisante : don Jayme épousa donc Blanche , qui lui apporta en dot

ESPAG.VE.

soixante mille livres d’argent. Charlo.s de Valois renonça à rinveslitnre dn royaume d’Aragon prononcée à son profit par le pape; enfin, le souverain ■pontife promit de donner an roi d’Aragon l’investiture des îles de Corse et de Sardaigne.

De son côté , don Jayme s’engagea à mettre en liberté le prmeede Salerne et les autres prisonniers qu’il conservait comme otages. Il rendit à son oncle le royaume de .Majorque, dont celui ci avait été dépouillé; il fit l’abandon de tout ce üue les Catalans avaient pris dans la Calabre et dans la Sicile ; ■I fut même convenu que si les Siciliens ne voulaient pas adhérer à ce traité, don Jayme prêterait le .secours de ses armes’pour les y contraindre.

Cette condition du traité se réalisa ; don Frédéric fut choisi pour roi par les Siciliens à la place de .lavme, et, soit courage et bonheur de son côté, soit mollesse et connivence de la part de son frère, qui ne le combattait qu’à regret, il sut .se maintenir sur le trône et le transmit à .ses descendants.

Ces événements, ou du moins le traité dont ils étaient la conséquence, avaient suivi de peu de, temps la mort de don Sancbo. Ce prince, comme on l’a vu, n’avait laissé qu’un royaume déchiré par les factions. Non-seulement on disputait la couronne à son tll.s , on allait jusqu’à lui dénier le titre d’enfant légitime. Don .Sancbo avait épousé doua Mari.i, fille d’Alphonse de Molina. Ce mariage avait été censuré our cause de parenté. Cependant don ancho n’avait jamais voulu consentir à se séparer de sa femme. Il en avait eu plusieurs enfants : don AI|)bonse, qui était décédé avaht lui ; don Ferdinand, son héritier, qui était a peine âgé de dix ans; don Pedro, doti Philippe et deux infantes , dofia Isabelle et doua Beatrix. Lorsqu’il fut mort, son frère don Juan, se prévalant de ce que le mariage avait été déclaré nul , prétendit que don Ferdinand n’était pas enfant légitime et ne pouvait pas hériter; il réclama donc le trône comme étant Je parent le plus proche du roi qui vc'nait de mourir.

I.’infant don F.nrique, frère d’Alphonse le Savant, celui qu’on a vu chercher un refuge en Afrique et passer ensuite en Italie, y avait embrassé le parti de Conradin. Livré à Charles d’Anjou par l’abbé d’un monastère où il s’etait réfugié après la bataille de Tagliacozzo , il avait été jeté dans une prison dont il n’était sorti qu’en 128(5, et sept années plus tard il était rentré en Espagne. Il y avait été bien accueilli par son neveu don' Sancbo; mais ni son âge, ni sa longue captivité , ni son exil plus long encore, n’avaient pu calmer son caractère ambitieux et remuant. Il exigea que la régence et la tutelle lui fussent conférées. La veuve de don Sanclio fut obligée de les lui abandopiner et de ne conserver pour elle que la garde de la jpersonne de son fils. Tout le [lays était déchiré par les factions. Don Diego Lo|)ez de Haro, fils de don Lopc, soutenait que la Biscaye formait l'héritage de son père; il s'en était emparé les armes à la main. L’infant don Jnan, de son côté , quand il eut été forcé d’abandonner ses prétentions au trône , réclama la Biscaye comme devant lui revenir du chef de sa femme , héritière de Lope de H.iro. Alphonse de la Cerda combattait toujours pour obtenir la couronne, et s’efforcait de dctacber le roi d’Aragon don Jayme de l’alliance de la Castille. Pour prix des services qu’il attendait de lui, il lui abandonnait le royaume de Murcie. Afin de gagner à son parti l'infant don Juan, il lui donnait le royaume de Léon. Le roi de France aussi, Philippe le Bel, éleva des prétentions au trône de Castille; il soutint que petit-fils de Blanche, fille d’Alphonse le Noble, il avait seul des droits à la couronne.

Ce fut une chose merveilleuse que le jeune Ferdinand ait pu se maintenir au milieu de tous ces partis; (|u’enlouré des Haro, des Lara, des infants don Juan et don Emique, qili ne songeaient qu’à leurs seuls intérêts et jamais à celui de l’État , il n’ait pas succombé sous les attaques dont il était le but. Cependant avec le temps il acquit plus d’autorité. En 1305, Alphonse de

L’üNIVERSv

la Cerda , abandonné de l’Aragon et d’une grande partie de ses partisans , fut obligé de se retirer en France et de nommer des arbitres pour transiger sur ses droits aussi bien que sur les difficultés qui existaient entre l’Aragon et la Castille. On décida que le roi d’Aragon conserverait la partie du royaume de Murcie qui se trouve au nord de la rivière de Segura , à l’exception de la ville de Murcie et de ses dépendances ; que tout le reste de ce royaume serait rendu à la Castille.

Quant à don Alphonse de la Cerda, on décida qu’il cesserait de prendre le titre de roi de Castille et d’en porter les armes; qu’il écartèlerait son écu du blason de sa mère qui était celui de France; qu’il remettrait toutes les places qu’il avait en son pouvoir , et qu’en échange on lui en donnerait d’autres de manière à lui assurer une existence conforme à sa naissance. Alonzo de la Cerda refusa d’abord de ratifier cette sentence; mais comme ses res- -sources étaient épuisées, il fut bientôt forcé de s’y soumettre.

C’est pendant ce règne déjà si rempli de révoltés que s’accomplit la suppression des Templiers. Ces chevaliers avaient acquis tant de puissance et tant de richesses, qu’ils inspirèrent des craintes sérieuses à l’autorité royale.

Ce fut là sans doute le plus réel de leurs crimes , mais ce ne fut pas celui dont on les accusa. Liés entre eux par des serments qui n’étaient pas connus du vulgaire, ils portaient des signes de reconnaissance dont le sens n’était révélé qu'aux seuls initiés; ainsi, ils avaient la croix à trois branches qu’ils appelaient baphomet, c’est-à-dire, je baptême de l’intelligence. Ces mystères, ces appellations singulières servirent de texte aux accusations portées contre eux. On leur reprocha d’avoir adopté les principes des gnostiques, de s’être livrés aux rêveries de l’astrologie, de renier le Christ. Le savant M. de Hammer a récemment publié , dans les Mines de l’Orient, une longue dissertation pour démontrer que les Templiers étaient réellement coupables. Malgré tout le mérite de cet

écrit, malgré toutes les recherches qu’on a faites, leur crime ou leur innocence sont encore un problème qu’il n’est plus donné à personne de résoudre. Mais ils étaient menaçants pour l’autorité du chef de la nation. L’intérêt public voulait qu’ils fussent détruits; aussi on les condamna. En France, ils furent brûlés; en Espagne, on les traita moins rigoureusement.

Ferdinand, pour exécuter une bulle du pape, s’empara des biens qu’ils possédaient dans ses États. Ceux qui avaient des commanderies en Aragon se renfermèrent dans les places qu’il y possédaient; mais désespérant de pouvoir s’y maintenir, ils les remirent au roi et demandèrent à être jugés. On instruisit contre eux dans toutes les parties de l’Espagne. Don Rodrigo Ibanez, grand commandeur des Templiers d’Espagne, et les principaux dignitaires.de l’ordre, comparurent devant les prélats assemblés à Salamanque, et le concile les déclara innocents des crimes dont s’étaient souillés les autres membres de l’ordre établi en France.

On leur laissa donc la liberté. On déclara que leur foi et que leur honneur étaient purs; mais on ne leur rendit pas leurs biens, qui furent partagés entre les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et les ordres de Saint- Jacques , d’Alcantara et de Calatrava.

En Aragon, ils servirent à fonder l’ordre de Saint-Georges de Montesa. Les troubles que ces événements avaient occasionnés étaient apaisés. Don Ferdinand, âgé de plus de vingt-six ans, commençait à tenir les rênes de l’État d’une main plus ferme. En paix avec l’Aragon, tranquille du côté de l'infant delalGerda, il faisait avec succès la guerre contre les Maures de Grenade, uand un de ces événements qu'il n’est onné à l’intelligence humaine ni de prévoir, ni de comprendre, vint replonger la Castille dans tous les maux dont elle sortait. Deux jeunes seigneurs du nom de Carvajal vivaient retirés à Martos; on les accusait d’avoir assassiné à Palencia Juan Alonzo de Benavidez au moment où il sortait du palais du roi. En se rendant à son armée ,

ESPAGJSE.

qui faisait le siège d’AIcaudete , don Ferdinand fut obligé de passer par Martos. Il fit saisir les frères Carvajal , et convaincu de leur crime, sans vouloir écouter leur justification , il ordonna de les précipiter du haut des murailles de la ville. Pendant qu’on les conduisait au supplice , les deux condamnés protestèrent de leur innocence et déclarèrent qu’ils ajournaient le roi à comparaître dans trente jours devant le tribunal de Dieu.

Le dimanche, 17 septembre 1312, le roi, qui se trouvait alors à .laën, après avoir pris son repas, se jeta sur son lit et s’endormit pour ne plus se réveiller. Lorsque ,ses domestiques, étonnés de la longueur de son sommeil , entrèrent dans sa chambre, ils le trouvèrent mort. C’était le trentième jour après le supplice des Carvajal; c’était le terme de l’ajournement qu’ils lui avaient donné. Cette coïncidence frappa tous les esprits ; on y trouva quelque chose de surnaturel ; et ce prince reçut le nom de Ferdinand l’Ajourné.

ABU-TOUSOITF REJYD T.A YfF.LE dVlGECIRAZ K

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