I.e roi de Grenade s’avança pour es
sayer de faire lever le siège; mais il n’osa pas attaquer l’armée chrétienne; et les assiégés n’ayant plus de secours à espérer, et d’ailleurs manquant d’eau, rendirent la ville avec les armes et les munitions qu’elle contenait. Ils demandèrent seulement qu'on les laissât se retirer en liberté. Alphonse leur accorda cette capitulation ; et Alcala de Benzaïde, qui prit par la suite le nom d’Alcala la Real , lui fut livrée le 21 saphar 742 (6 août 1341). Après ce.
premier succès, Alphonse alla assiéger Priego, qui ne résista que peu de jours. Il enleva dans la même campagne le château de Carcabuey , celui de Benamexil, et la ville de Bute. Alors le roi -de Grenade lui lit demander la paix, et offrit de lui payer le même tribut qu’Aihumar avait payé à saint Ferdinand. Alphonse répondit qu’il y consentirait volontiers, pourvu que Yusuf renonçât à l’alliance d’Abu’l-Hasan.
Cette condition ne fut pas acceptée , et la guerre continua. Elle mit le prince castillan dans la nécessité de réclamer de ses sujets de nouveaux subsides. Il leur représenta que la ville d’Algéciraz était la position la plus redoutable que les Africains possédassent encore en Espagne; car elle se trouve si voisine de Ceuta , qu’en moins d’un jour une flotte peut aisément faire le trajet d’un de ces ports à l'autre; en sorte que, tant qu’elle resterait entre les mains des Maures, l'Espagne serait menacée de leurs invasions; qu’il fallait la leur enlever, et que cela était d’autant plus urgent, qu’Abu’I-Hasan, pour tirer vengeance de sa dernière défaite, avait reuni une flotte redoutable, et qu’il se préparait encore une fois à couvrir de ses innombrables armées les campagnes de l’Andalousie.
Il fut donc résolu qu’on ferait le siège d’Algéciraz. Neanmoins, ce ne fut u'avec bien de la peine que les maiiataires des villes se déterminèrent à voter les ressources qui étaient nécessaires pour cette grande entreprise.
L’UNIVERS
Pendant que le roi s’occupait des préparatifs de la campagne , il reçut la nouvelle que son aniiral Egidio Bocanegra avait détruit, dans un port d’Afrique, dix galères ennemies. A peu de temps de là , une nouvelle victoire fut encore remportée par don Egidio sur la Hotte des Africains. Le combat fut livré près de l’emboucliure du Guadamelsi ; et non-seulement les chrétiens battirent les Maures, mais ils s’emparèrent de plusieurs galères, et notamment de celle qui portait le trésor destiné h payer la solde de l’armée d’Abu’I-Hasan. Ces succès déterminèrent le roi à commencer le siège d’Algéciraz plus tôt qu'il ne l’avait projeté. Le 2.5 Juillet 1342, il partit de Xérez; et , le 3 août, il alla asseoir son camp sur une hauteur, entre la rivière Palmones et la ville, près d’une tour, qui prit par la suite le nom de tour des Adalides, et dont il commença par se rendre maître. Son armée,’ à cette époque , était moins nombreuse que la garnison qu’il allait assiéger. Elle ne se composait encore que de 2,600 cavaliers et 4,000 fantassins. La ville était défendue par 800 cavaliers choisis parmi les plus braves des Beni-Merines; 12,000 fantassins, sans compter les habitants capables de porter les armes, dont le nombre ne s’élevait pas à moins de 18,000. Enfin, les murailles étaient garnies de machines de guerre de toutes les espèces. On y voyait même des armes sinon inconnues, au moins peu employées jusqu’à cette é|)oque.
C’est la première fois que l’iiistoire ait fait mention de l’usage des armes à feu (*).
(*) Condc dit , d'après des maniisorils arabes , que les Maures s’étaient déjà servis de canons au siège de Tarifa : « Principieron a combolirla con maquinas é ingenios de truenos que lauzaban bnîas de bierro grandes cou r.afta , cansando grau dcstrucion en sus bien torreados muras. » Ils commencèrent à la battre avec des maebines et des engins de tonnerre qui, au moyen du napbte, lançaient des boulets de fer et qui causaient de grands dég.âts dans ses murs bien garnis de tours.
J'ai déjà relevé les fréquentes erreurs
Le passage de la chronique d’Alphonse qui décrit leur effet est assez curieux pour être cité ('). « Ils lançaient aussi avec les tonnerres des boulets de fer dont les hommes avaient une grande frayetir , car en quelque membre qu’ils vous atteigtiissent , iis l’emportaient net comme si on l’eüt coupé avec le couteau. Pour peu que quelqu’utt fût blessé par le boulet, c’était un homtne mort ; et il n'y avait pas de chirurgien qui le pût guérir , d’abord parce que le boulet venait en brûlant comme du feu , ensuite parce que les poudres qu’ils employaient pour les lancer étaient de telle nature, que les boulets ne faisaient pas de blessures qui ne devinssent mortelles. »
Pendant les premiers temps , les chrétiens eurent donc de rudes combats à soutenir; mais chaque jour il leur arrivait des renforts, et bientôt ils purent se rapprocher de la ville. Cependant avant de commencer à battre les murailles, le roi, prévoyant que le siège durerait longtemps, s’occupa d’assurer ses communications d’une manière commode. Voulant qu’on pût apporter facilement des vivres à son camp , et que pendant l’hiver la crue des rivières n’arrêtât pas les convois , il fit construire des ponts et rétablir les chaussées. C’est pendant ces travaux , et dans le courant du mois de septembre, que mourut le maître de Saint-Jacques Alonzo Mendez de Gusman. Les treize chargés de l’élection du nouveau maî-
Je cbi'oiiologie commises par les auteurs arabes consultés par Condé. Le nombre de CCS erreurs me fait considérer ces ouvrages comme rédigés longtemps après les évéïicmcnis, et sur des documents mozarabes dont on ne peut aujourd'hui apprécier l'exactitiide. Ils méritent donc moins de créance que les chroniqueurs, qui, ainsi que X'illazan, étaient presque contemporains des faits qu'ils rapportent ; et d'ailleurs on se rappelle que les chrétiens avaient pris le camp d'Abu'I-Hasan. S'il s'y fût trouvé des armes à feu, ils les eussent prises, et les Maures n’auraient pas été les seuls à s’cii servir au siège d’Algèciraz.
(*) Cbruniqiiu d’Alphonse, ch. aga , édition de Madrid, l'Sy, p. 536.
tre conférèrent la maîtrise à don Fadrique, un des Gis que le roi avait eus de sa liaison avec Leonor de Gusman.
La jeunesse du nouveau maître , qui n’avait pas encore le nombre d’années exigé par les statuts de l’ordre, ne fut pas un obstacle , et le pape lui accorda des dispenses d’âge.
Tout l'hiver se passa en combats livrés à la garnison. Il s’écoulait peu de jours sans que des partis maures sortissent de la ville pour venir ruiner les tranchées que les assiégeants creusaient, ou pour détruire les tours de bois qu’ils élevaient. Mais les chrétiens eurent moins encore à souffrir de l’ennemi que des intempéries de la saison. Les pluies furent tellement abondantes, qu’elles détrempèrent les cabanes de terre où les troupes étaient logées. La plus grande partie de l’armée se trouva sans abri , car les vents avaient déchiré et mis hors de service presque toutes les tentes. Au reste , le roi ne se trouva pas mieux traité que ses soldats; il n’y avait pas dans son logement un seul endroit où l’on fût à couvert; et
filusieurs fois il fut obligé de rester evé pendant toute la nuit, parce qu’il pleuvait dans son lit. Tant de souffrances ne rebutèrent pas les chrétiens. Us choisirent , pour asseoir le camp, une position nouvelle dont le sol était plus sablonneux, afin que les chevaux et les bestiaux ne périssent pas dans la boue. Le roi fit apporter par merdes bois avec lesquels on construisit des abris plus solides.
Quand le printemps fut arrivé, plusieurs seigneurs étrangers vinrent en Espagne pour prendre part à cette guerre sainte, et pour mériter les indulgences que le pape avait accordées à ceux qui combattaient les musulmans. Les plus célèbres furent les comtes anglais de Derbi(*) et de Salisberi; Gaston, comte
(*) Henri , comte de Derhi ou Darbi, de la famille royale d' .Angleterre. C’est lui qui fut chargé par Edouard, en liiS, de porter la guerre en Guienne.
La chroiiiqtic d’Alphonse écrit son nom de celte manière : F.l condc De Jirbi.
La chronique de Lopez de .\yala ditainsi :
de Foix et de Béarn ; son frère Bernard , comte de Castilbon ; et enfin le roi Philippe de Navarre. Tous ces renforts, en augmentant considérablement les forces de l’armée, permirent d’investir complètement la ville , en sorte que par terre toute communication fut interdite aux assiégés. La flotte d’Alphonse, à laquelle vinrent passagèrement se joindre dix galères portugaises, sous le commandement de l’amiral Pezano, et dix galères aragonaises , sous celui de l’amiral Moncada , bloquaient étroitement le port. Cependant elle ne pouvait empêcher les Maures, maîtres de Gibraltar, de profiter des vents d’est pour passer pendant la nuit au milieu des escadres chrétiennes, et d’apporter ainsi aux assiégés des vivres et des rafraîchissements.
Afin de les priver de ces secours , on ferma l’entrée du port avec de fortes poutres liées entre elles, en sorte que la barque la plus légère n’y pouvait pénétrer.
Pendant qu’Alplionse pressait ainsi la ville de tous les côtés, le roi de Grenade faisait des efforts pour la délivrer. 11 avait espéré que des incursions sur les frontières des chrétiens feraient une puissante diversion, et détermineraient Alphonse à lever le siège ; mais il avait été partout repoussé, et ce moyen ne lui ayant pas réussi, il avait levé des troupes nouvelles , et s’était avancé pour secourir Algéciraz ; mais à la vue du camp des assiégeants , il avait renoncé à cette entreprise, et ne croyant pas qu’il lui fût possible de le forcer, il avait employé la seule voie
Le duc de Laneastre qui fut comte de Derhi , vint aussi au siège d'Algeciraz. . . . Quand il vint au camp il était comte de. Derhi , ce n'est que plus tard qu'il fut fait comte de Laneastre.
Ou le trouve ainsi désigné dans le vœu du héron :
!.« pren conte d’Brbj a li qnens apein
Et li proie pour Dieu et pour la Trinité,
Que ilveue au hairon son voloir et son g^ré.
Les historiens français écrivent Darhi ou Derhi. C’est par erreur que le traducteur de Ferreras a écrit le comte d'Arbize.
L’UNIVERS
qui lui restât, celle des négociations.
Ses ambassadeurs avaient proposé au roi Alphonse de l’indeniiiiser des frais de la guerre, s’il voulait abandonner le siège. Mais le roi de Castille avait exigé un prix si considérable, que rien n’avait pu se conclure, et que les ambassadeurs s’étalent retirés après avoir obtenu la permission de visiter le camp, qui, établi depuis une année, était devenu presque une ville. Il contenait non-seulement des casernes pour les troupes , des logements pour les officiers et pour les seigneurs , mais on y trouvait encore des rues entières occupées par des boutiques où se vendaient les aenrées nécessaires à la vie , et même de ces objets de luxe qu’on ne rencontre que dans une cité florissante, comme des draps et des bijoux. Les envoyés de Yiisuf-Abu’l Hégiag se retirèrent émerveillés de l’ordre, de l’abondance et de la discipline parfaiteque le roi avait su établir dans son armée, ils commencèrent h désespérer du salut d’Algéciraz. Cependant le siège durait depuis déjà si longtemps, que les finances du roi é,taient épuisées. Le pape, pour l’aider à mener a bien cette grande entreprise, lui avait prété 20,000 florins, le roi de France lui en avait donné
60.000 ; mais ces ressources étaient encore insuffisantes. Alphonse fit fondre son argenterie, et la fit convertir en inomiaie. Les villes lui accordèrent un nouveau subside; enfin l’Fstramadure envoya au camp 6,000 vaches et
20.000 moutons. Mais quelque grands nue fussent ces secours , les dépenses ae l'armée et de la flotte étaient encore plus considérables. Les comtes de Iléarn et de Castilbon se plaignirent de ce que la solde promise à leurs troupes ne suffisait pas pour subsister , et quittèrent le camp au mois d'août 1343. Mariana pense que cette insuffisance de leur solde qu’ils alléguèrent fut un prétexte qu’ils saisirent pour se retirer, parce qu’ils ne pouvaient plus supporter les chaleurs excessives de la saison , qui , jointes aux fatigues , faisaient naître dans le camp une foule de maladies. Déjà les comtes de Üerbi et de Salisberi avaient pris congé du
roi de Castille , en disant qu’Êdouard leur souverain les rappelait en Angleterre. Mais le comte de Salisberi était tombé malade , et avait été obligé de s’arrêter à Séville. Gaston de Foix fut atteint par la maladie dans la même cité ; mais , moins heureux que le comte de Salisberi , il ne guérit pas. Les siens ne reportèrent que son corps dans ses États, et il fut inhumé dans l’abbaye de Bolbonne, où était le tombeau de sa famille.
Le roi Philippe de Navarre tomba aussi malade , et comme il ne voulait rien faire de ce que lui prescrivaient les médecins du roi, son mal ne tarda pas h s’aggraver. Il fut obligé de quitter le camp , et il mourut h Xérès de la Frontera, le 28 sepembre. Après sa mort, la reine Jeanne sa femme, à qui appartenait la couronne, régna encore pendant six ans sur la Navarre.
Ces pertes affaiblirent l’armée d’Al-
fihonse; mais surtout elles relevèrent e courage des Maures. Le roi de Gfenade üt de nouvelles démarchés auprès d’Abu'I-Hasan , pour le déterminer à passer en Espagne afin de secourir les assiégés. Les Africains profitèrent de ce qu’une tempête avait forcé la flotte chrétienne à prendre le large, et le 3 octobre, leurs galères, au nombre de plus de soixante , vinrent aborder au port d’Estepona. Le 7, elles se rendirent à Gibraltar , où toutes les forces des Africains et des Maures de Grenade se concentrèrent. Celte armée resta deux mois dans celte ville sans secourir Algéciraz. Deux fois elle s'avança jusqu’au bord du Palmones ; mais Alphonse avait choisi sur l’autre rive une position si redoutable, que les musulmans n’osèrent pas franchir le fleuve, et qu’ils se retirèrent. Enfin ils revinrent une troisième fois, le 12 décembre 1843, veille de la Sainte-Luce (25 resjeb 744). Ils passèrent le Palmones; mais ils furent complètement mis en déroute, et perdirent l'espoir défaire lever le siège d’Algéciraz. Cependant la ville ne se rendit pas. Elle résista encore pendant tout l’hiver. Ce ne fut nu’après 19 mois et 18 jours de siège , lorsque les défenseurs manquè-
rent de vivres, que le 23 mars 1344 (7 dziilkada 744), un ambassadeur du roi de Grenade vint proposer à Alphonse de faire capituler la ville , à condition qu’il laisserait les défenseurs se retirer avec tout ce qu'ils possédaient ; qu’il accorderait à Abu’l Hasan et au roi de Grenade une trêve de quinze années. Ce dernier offrait, au reste, de se reconnaître vassal de la Castille, et de lui payer chaque année un tribut de 12,000 doubles d’or. Alphonse réduisit la trêve à dix années; mais il accepta les autres conditions.
Quand on fut ainsi tombé d’accord, deux capitaines du roi de Grenade vinrent baiser la main de don Alphonse en signe de vasselage, et les chrétiens prirent possession d’Algéciraz , le 27 mars 1344, veille du dimanche des Rameaux; aussi le roi voulut-il qu’en mémoire de ce jour, la mosquée principale delà ville filt consacrée à Notre- Dame de la Palme.
b Après cette victoire, Alphonsen’ayant plus d’ennemis à combattre , ni dans son royaume ni à l’extérieur, s’occupa du soin de rétablir les finances, épuisées par tant de guerres. Il fit jouir ses sujets d’une paix dont ils étaient privés depuis si longtemps.
soir PEDRO I.E ciRinieiriEux s'EMPEtiE au
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VRàRE. DISCDSSIOaS HELATITEMEaT A
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SE SODI.ÈVE ÉGAI.EHEHT COITI'RE LE ROI.
L’iIfEART DOIT JATME , PRÈRE DD ROI ,
MEDRT EMPOISOHEÉ. l’uEIOH d’aBORO