DE CATALOGNE. GUERRE CONTRE LA
FRANCE RELATIVEMENT A LA POSSESSION DU ROUSSILLON ET DE LA CERDaGNE.
Le prince qui gouvernait la Navarre n’avait cessé d’exciter en Castille le trouble et le désordre; il était juste
L’UNIVERS, la
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qu’à son tour il éprouvât les maux qu'il avait fait éprouver aux autres :
ce châtiment du ciel ne lui manqua pas. Il avait de son prejnier mariage , trois enfants ; Léonor , mariée au comte. Gaston de Foix; Blanche , dont l’union avec le prince des Asturies resta treize ans stérile, et fut cassée, en 1453 , pour impuissance respective des époux. Il avait aussi un fils , don Carlos, prince de Viane , que les cortès de Navarre avaient reconnu comme héritier de la couronne. Lorsque la reine Blanche mourut, en 1441 , elle consacra encore par son testament le droit de son fils ; elle recommanda seulement à don Carlos de ne pas prendre la couronne, sans l’agrément et sans la bénédiction de son père.
Don Juan se prévalut de ce conseil renfermé dans les dernières volontés de la reine, pour conserver le trône qui appartenait à son fils. Le prince de Viane supporta d’abord patiemment cette usurpation. Mais , en 1447, le roi don Juan se remaria ; il épousa dofia Juana, fille de don Fadrique Enriquez, amirauté de Castille , et , dès cette époque , la mésintelligence commença à régner entre le ^re et le fils. La Navarre, était divisée entre deux familles puissantes , les Beaumont et les Agramont(*). La première était attachée au prince de Viane ; la seconde, au contraire, soutenait le roi don Juan. Mais toutes les deux excitaient le père et le fils l’un contre l’autre , en sorte qu’une guerre civile ne tarda pas à éclater. Don Juan , indépendamment des ressources que lui présentait la faction des Agramont , tirait encore des troupes de l’Aragon, dont il était gouverneur, pendant que son frère , Alphonse V, combattait en Italie. Le prince de Viane, pour qui beaucoup de villes s’étaient déclarées , était encore soutenu par le roi de Castille. On en vint aux mains près de Tafalla. La fortune fut défavorable au prince de Viane; il fut fait prisonnier.
(*) C’est, dit-on, de celle souche qu’est •ortie la famille des Gramont.
Le roi de Castille et les cortès d’Aragon adressèrent des représehfationà à don Juan; ils demandèrent que don Carlos fût mis en liberté, que la principauté de Viane lui fût rendue , et que les revenus de l’État fussent partagés par moitié entre le père et le fils. Don Juan refusa d’abord de consentir à cet arrangement; mais craignant de mécontenter les Aragonais , il promit tout ce qu’on demandait. Il mit son fils en liberté. Mais ce fut le seul point delà convention qu’il exécuta, en sorte que la guerre civile recommença bientôt.
Alors don Juan appela à son secours le comte de Foix, son gendre. Le prince de Viane ne put résister à leurs forces réunies ; il fut forcé de quitter la Navarre, et il se retira en Italie, auprès d’Alphonse V, son oncle. Celui-cî voulut s’entremettre pour terminer le différend entre le père et le fils ; mais la mort vint le frapper le 27 juin 1458, avant qu’il eût pu accomplir ce projet.
Alphonse V, que l’on a surnommé le Savant, et aussi le Magnanime, était, à ce que disent les historiens de cette époque, un prince accompli. Guerrier intrépide, administrateur habile, il aimait les beaux-arts et cultivait les lettres. Un jour, on citait devant lui l’opinion d'un roi qui prétendait que les princes avaient bien autre chose à faire que de s’occuper de la littérature. Ce n’est pas là, reprit-il, une parole de roi , mais une parole de bœuf. Il recevait à sa cour un grand nombre d’écrivains distingués, et les admettait dans son intimité. Il eut pour amis Lorenzo Valla et Antonio de Palerme.
Ce dernier a même écrit un recueil des mots spirituels qu’Alphonse V laissait continuellement échapper. On ne reproche à ce prince qu’un seul défaut, c’est de s’être adonné au culte de Vénus, encore plus qu’à celui des Muses.
Il ne laissa pas d’enfants légitimes, mais seulement un fils naturel , nommé Ferdinand , auquel il légua par son testament le royaume de Naples, qu’il avait gagné à la pointe de son épée.
Quant aux autres États qu’il avait reçus de Ferdinand l'Honnéte , il les
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L’UNIVERS
transmit à son frère don Juan. Ce prince prit donc comme roi, à partir de cet instant, l'administration de l’Aragon , qu’il avait eue jusqu’à ce jour seulement comme gouverneur.
Le prince de Viane crut que son
Sère , maître des royaumes d’Aragon , e Sicile , de Mayorque , de Minorque, de Valence, et de la principauté de Catalogne , se déterminerait plus facilement à lui rendre la Navarre. Il vint donc se mettre à sa merci , et il sollicita son pardon. Don Juan promit d’oublier tout le passé ; mais il ne rendit pas encore la Navarre, et bientôt il suffit du premier dissentiment pour faire disparaître cette réconciliation ui n’était bien sincère ni de part ni 'autre. Don Juan voulait marier son fils à l’infante de Portugal. Don Carlos préférait l’alliance de la Castille, et recherchait la main de dona Isabelle, sœur de don Enrique l’Impuissant. Le roi d’Aragon s’irrita de ne pas trouver, dans le prince de Viane, une aveugle obéissance à toutes ses volontés. Il lui fit donner l’ordre de se rendre aux cortès de Catalogne , qui étaient réunies à Lerida. Don Carlos s’empressa d’accourir; mais il ne fut pas plutôt arrivé, que son père le fit arrêter.
Cette conduite injuste et violente révolta tous les esprits. Les Catalans réclamèrent aussitôt, en disant que c’était une violation manifeste de leurs privilèges; car une personne, convoquée pour faire partie des cortès , ne pouvait pas être arrêtée pendant la tenue de l’assemblée. Les cortès d’Aragon joignirent leurs plaintes à celles des Catalans. Les députés envoyés
fioiir réclamer que le prince fût mis en iberté ne furent pas reçus par le roi. Alors le peuple de Barcelone prit les armes et s'empara de Fraga. Beaucoup de personnes, dans les royaumes d’Aragon et de Valence , se déclarèrent pour le prince de Viane. En Navarre, les Beaumont, qui avaient reçu de Castille un secours de 1,000 lances, se présentèrent sur la frontière de l’Aragon ; en sorte que le roi, craignant une révolte générale, consentit a délivrer don Carlos. La reine dona
Juana Enriquez elle-même fut chargée d’aller à Morella tirer le prince de sa prison et de le remettre entre les mains des Barcelonais. Elle s’acquitta de cette commission, et les Catalans reurent avec joie de ses mains le prince e Viane ; mais regardant la jeune reine comme l’auteur des persécutions que son beau-fils avait eues a souffrir, ils ne voulurent pas permettre qu’elle entrât dans Barcelone. Ils ne s’arrêtèrent pas là ; ils exigèrent que don Carlos , fils aîné du roi , fût reconnu héritier de la couronne; qu’on lui remit immédiatement le gouvernement de la Catalogne, et qu’il fût nommé lieutenant général des autres parties du royaume. Don Juan consentit à tout ce qu’on demandait, et le 24 juin 1461, don Carlos fut proclamé heritier présomptif de tous les États de son père; Mais trois mois ne s’étaient pas entièrement écoulés que. Te 23 septembre, don Carlos , atteint d’une violente maladie, mourait à Barcelone. Cette fin si imprévue , en privant les Catalans du chef qu’ils s’ étaient donné , ne rendit pas la tranquillité au pays. A tort ou a raison, l’opinion s’accrédita que le rince de Viane était victime d’un omble forfait , et que don Juan l’avait fait empoisonner à la sollicitation de Juaiia Enriquez, pour assurer le trône au fils qu’il avait eu de son second mariage. En effet, don Ferdinand, qui était né le vendredi 10 mars 1452 , de son union avec la fille de l'amirantede Castille, fut reconnu héritier présomptif de la couronne, dans les cortès d'Aragon , tenues à ôlatayud. Cependant cette cérémonie ne calma pas les discordes. Les Catalans avaient horreur de retomber sous le gouvernement d’un roi qui avait les mains teintes du sang de son propre fils. Ils songèrent d’abord à s’ériger en république; ensuite ils firent offrir au roi de Castille la principauté de Catalogne. Don Enrique accepta d'abord. Il fit passer des troupes à Barcelone. Plus tard , pour terminer tous ses différends avec le roi d’Aragon, il convint de s’en raj^rter à l’arbitrage du roi de France. La décision, qui fut prononcée par Louis XI,
mécontenta également toutes les parties. Néanmoins, comme il était dit dans la sentence que don Rnrique devait renoncer à toute prétention sur la Catalogne, le roi de Castille retira ses troupes de la principauté, et fit exhorter les Catalans à rentrer sous l’obeissance de leur souverain légitime.
Abandonnés par le prince dans lequel ils avaient placé leur confiance , les Catalans ne perdirent pas courage, et regardant don Juan comme indigne du trône , ils cherchèrent un chef parmi ceux qui avaient disputé la couronne à Ferdinand l’Honnête.
Isabelle, fille aînée du comte d'Urel, avait été mariée, en 1428, à on Pedro, fils du roi de Portugal. Il était sorti un fils de cette union : c’était don Pedro , connétable de Portugal, qui était alors occupé en Afrique a faire la guerre aux Musulmans. Les Catalans appelèrent ce petit-fils du dernier comte d’Urgel au trône de Catalogne et d’Aragon. Ce prince , ayant accepté le rang qu’on lui offrait, fut proclamé roi à Barcelone, le 21 janvier 14C4. Il lutta pendant 18 mois contre les forces de don Juan ; mais au commencement de Juin 1466, il fut saisi par une fièvre violente, et mourut le 29 de ce mois, laissant de nouveau les insurgés sans chef.
Ceux-ci, fidèles au principe qu’ils avaient adopté, choisirent encore parmi les anciens prétendants de la couronne. Louis d’Anjou , duc de Calabre, n’existait plus; mais il avait laissé un frere heritier de ses droits. Les Catalans offrirent donc la couronne à René d’Anjou , qui l'accepta, Pt qui, en 1467, Ut passer en Catalogne son fils Jean , duc de Lorraine.
Cet adversaire était le plus redoutable ui eût encore disputé le trône à don uan. Il était allié à la maison royale de France, et Louis XI avait ouvertement promis de favoriser son entrepcise. Le chagrin que cette élection causa au roi d’Aragon ne fut pas le seul qui vint le frapper. Des infirmites se joignirent aux inquiétudes que ce nouvel ennemi lui causait. A la suite
des fatigues de la guerre, il avait complètement perdu la vue. A la vérité, son fils Ferdinand l’aidait à supporter le poids des affaires, et dans les Cortès réunies à Saragosse en 1468, don Juan avait nommé son fils roi de Sicile , et il l’avait associé au gouvernement du royaume. Mais Ferdinand n’avait encore que seize ans; et quoique la prudence parût chez lui devancer l’âge, les circonstances étaient si difficiles, qu’il pouvait bien seconder son père , mais non pas le remplacer.
Un médecin de Lerida, nommé Abiabar , entreprit de rendre la vue au roi. A l’aide d’une aiguille, il ôta la cataracte qui lui couvrait l’oeil droit, et cette opération ayant parfaitement réussi , le médecin la recommença un mois plus tard sur l’œil gauche , avec le même succès. Une semblable cure devait, à cette époque, paraître miraculeuse. Aussi, dans le peufile, on l’attribua à un pouvoir surnaturel. On répéta que le roi avait été guéri , parce que ses yeux avaient été touches avec le clou de sainte Engracia. Rendu à la lumière, don Juan s’occupa plus activement de 1a guerre. Néanmoins il ne put, l’année suivante, empêcher le duc de Lorraine de s’emparer enfin de Giroiie, qu’il avait assiégée deux fois inutilement. Le comte de Foix, sachant son beau-père engagé dans une guerre dont on ne pouvait prévoir l’issue, voulut aussi tirer partie des embarras dans lesquels il le voyait plongé. Il réclama pour sa femme la couronne de Navarre. Le prince de Viane avait, en mourant, déclaré que la couronne, qui lui appartenait, devait passer, après lui, à Blanche, sa sœur. Mais, dès que Blanche avait été héritière du trône de Navarre, don Juan avait reporté sur elle la haine qu'il avait eue pour don Carlos. Il l’avait fait arrêter, et avait confié sa garde au comte de Foix. Cependant il n'avait pas réfléchi que celte princesse était le seul obstacle qui séparât la femme du comte de Foix de la couronne de Navarre. Aussi, Blanche mourut -elle le 2 décembre 1464, après trois ans seulement de captivité , et les historiens les plus ju-
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dicieux s’accordent presque tous à dire que cette malheureuse princesse mourut empoisonnée.
Dona Leonor , femme du comte de Foix, était donc le seul représentant de don Carlos le Noble. Gaston , après avoir attendu pendant cinq années que son beau-père se déterminât à lui abandonner la Navarre, protita , en 1469 , des circonstances , pour exiger que ce royaume lui fût remis. Don Juan , qui ne soutenait qu’avec peine la lutte contre le duc de Lorraine, ne voulut pas s’attirer un nouvel ennemi.
U fut donc forcé d’acquiescer aux demandes de son gendre. Il lui abandonna l’administration et les revenus de la Navarre , et ne conserva pour lui que le titre de roi. Mais Gaston ne jouit pas longtemps des concessions qu’il avait arrachées ; il mourut au bout de trois ans. On eût dit que la couronne de don Juan était l’arche sainte, et ue tous ceux qui y portaient la main evaient périr en peu de temps. Le prince de Viane était mort trois mois après avoir été proclamé par les Catalans. Don Pedro de Portugal n’avait conservé que dix-huit mois le titre de roi. Le duc de Lorraine résista plus longtemps. Pendant trois années, il fit la guerre avec des fortunes diverses ; mais il mourut le 16 décembre 1470, laissant encore une fois les Catalans sans chef. Dès lors, l’insurrection, qui manquait de but et de direction, ne fit plus que s’affaiblir. L’année suivante, Girone ouvrit ses portes au roi don Juan. Barcelone ne se rendit que par capitulation , et après que le roi se fut engagé de nouveau à maintenir les fueros et privilèges de la Catalogne, et après qu’il eut déclaré qu’en faisant la guerre contre son souverain , cette ville n’avait préjudicié en rien à la fidélité, attendu la juste cause qu’elle avait eue de se soulever. La reddition de Barcelone mit fin à la rébellion; mais elle ne procura cependant pas encore la paix au pays. Les troupes françaises occupaient le Roussillon et la Cerdagne , qui, au commencement de la révolution , leur avaient été livrés comme
garantie de la somme de deux cent mille écus d’or, que don Juan s’était engagé à payer à la France, pour un secours de sept cents lances , qui lui avait été envoyé pendant qu’il faisait la guerre contre le prince de Viane.
Mais avec le temps , les choses avaient bien changé de face, et dès que les Catalans avaient élu René, non-senle- ' ment le roi de France n’était pas resté l’allié du roi d’ Aragon , mais il était devenu son ennemi.
Les habitants d’Elne et de Perpignan, qui regrettaient la domination catalane, se soulevèrent, et don Juan s’empressa d’accourir à leur secours.
Il s’enferma dans Perpignan , qui était menacé par l’armée française; et pour rassurer les habitants, effrayés par les préparatifs de Louis XI, il les rassembla dans l’église cathédrale, et fit en public le serment solennel de rester avec eux jusqu’à la fin du siège, d’en partager les travaux et les dangers. I.es habitants, animés par celte résolution, résistèrent à toutes les attaques , et Ferdinand étant venu au secours de la ville , obligea les assiégeants à se retirer. On conclut une trêve de six mois. Mais au bout de ce temps, les Français vinrent de nouveau assiéger la ville. Les habitants .se défendirent avec une telle opiniâtreté, qu’ils souffrirent la famine Jusqu’à se nourrir de cadavres. Enfin, après huit mois , ils furent forcés de se rendre.
DOIT ElTRIQUB IV ÉPOUSE DORA JUAITA , IIT*