MALAGA. PRISE DE MALAGA.— 'EL CBICO
REENGAGE A I.IVRER GRENADE AUX CBRK' TIENS DES qu’ils AURONT CONQUIl TOUI
LEi ÉTATS D*SL-CAOAL. CHAHOEMUTTS DAjrS LA CONSTITÜTlOlf AEAGOIfAISi; 1R- TRODUCriOIf DI LA BIRMAITDAD EXT ARA* GOIf. DlSPüSlTlOlfS RELATIVES AUX PA-
GES DR REMERÇA.
Quand les rois Ferdinand et Isabelle eurent apaisé les troubles qui avaient désolé si longtemps la Castille ; quand, par la création de la hermandad , ils eurent pourvu à la répression des délits; lorsqu’enfin l’extension donnée à l’inquisition fut devenue pour eux une source de revenus, ils se préparèrent à cette lutte , qui devait se terminer par la destruction du royaume de Grenade. Les circonstances se montraient aussi favorables que les chrétiens pouvaient le désirer. L’empire des Maures portait le germe de sa destruction. Les dissensions intestines devaient accélérer sa ruine. Les membres de la famille royale étaient divisés entre eux. Mohamined-abu-abd- Allah avait longtemps refusé de reconnaître la suzeraineté de son frère AIuley-Abu’l-Hasan. Ce dernier, d’un caractère cruel et superbe, avait rendu son autorité odieuse à ses sujets, et l’intérieur même de son palais était rempli de troubles et d’intrigues.
Il avait eu, de la sultane Aija , sa première femme et sa cousine, un fils nommé Abu-abd-Allah , que les auteurs espagnols appellent Boabdil , Abo-Abdéli, ouAlcadurbil. Muley était déjà avancé en âge , lorsqu’il" avait épousé une chrétienne renégate, nommée Zoraya , fille de l’alcaîde de Martos; il l’a chérissait et en avait eu deux enfants, Cidi Yahva et Cidi Almayar, auxquels il voufait assurer le trône, au préjudice de son fils atné.
Chacune des deux reines abhorrait sa rivale et cherchait à la perdre. Ces inimitiés ne restaient pas renfermées dans l’enceinte de l’Alhambra. Elles divisaient la ville de Grenade en deux factions. Une partie de la noblesse du royaume avait embrassé le parti de l’infant Abu-abd-Allah, qui, par ses manières affables, savait gagner tous les cœurs. C’est au milieu de ces éléments de ruine et de dissolution que la roi Muley -Abu’l-Hasan commit
l’imprudence d’attaquer les chrétiens.
Sachant que la ville de Zahara , qui avait été enlevée aux musulmans, du temps de Ferdinand l’Honnéte , était mal gardée, il profita de l’obscurité d’une nuit de tempête pour en escalader les murailles. Ceux des habitants qui firent résistance furent massacrés ; tous les autres furent réduits en captivité et emmenés à Grenade. Abu’l- Hasan revint triomphant, et une partie de la noblesse alla au-devant de lui pour le féliciter de sa conquête.
Cependant ces éloges ne furent pas unanimes , et un vieillard nommé Macer fit entendre ces paroles prophétiques : « Les ruines de Zahara retomberont sur nos têtes. Fasse, Allah , queje me trompe; mais il me semble que la fin de notre domination en Espagne est arrivée. » Eu effet la prise de Zahara ne resta pas longtemps sans représailles. 3,000 cavaliers et 4,000 fantassins , sortis de Séville sous les ordres du marquis le Cadix , arrivèrent devant Alliama, le jeudi 27 février 1482, avant la pointe du jour (8 muharrem 887 de l’hégire). Juan Ortega, suivi de plusieurs soldats, escaladaîes murailles de la citadelle, et ouvrit la porte qui donnait sur la campagne, en sorte que tous les chrétiens purent y entrer et en chasser la garnison. Dès que les habitants d’Alhama surent que la citadelle était au pouvoir de leurs ennemis, iis élevèrent des barricades à l’entrée de toutes les rues qui aboutissaient auprès de la porte de cette forteresse, et ils s’y postèrent en grand nombre, bien résolus à se défendre. Aussitôt qu’il fit jour, les chrétiens voulurent pénétrer dans la ville; mais ils furent reçus par une grêle de projectiles. Don Sancho de Avila , alcaïde de Carmone , et Martin de Roxas, alcaide d’Arcos, les premiers qui sortirent de la citadelle, tombèrent frappés de plusieurs balles.
Cependant il ne fallait pas hésiter ; car Alhama n’est qu’à 8 lieues de Grenade, et pourvu qu’on tardât à se rendre maître de la ville, elle devait recevoir des secours. Alors les chrétiens percèrent la muraille de la cita-
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delle en face d’un endroit où les Maures n’avaient pas élevé de retranchements.
Par cette ouverture , ils se précipitèrent dans la ville , et prirent à revers les barricades des habitants. On se battit avec acharnement pendant toute la journée. nuit ne mit pas fin à la lutte. Enfin le courage des chrétiens l’emporta; les défenseurs de la ville furent massacrés ou faits prisonniers.
Quand la nouvelle de cette perte arriva à Grenade , la consternation fut générale. Abu’I-Hasan partit à la tête de 3,000 cavaliers et de 50,000 fantassins rassemblés à la hâte. Pour arriver plus vite, il n’emmena pas d’artillerie, en sorte qu'il ne put forcer l’enceinte d’Alhama , et du haut des murailles, les vainqueurs repoussèrent tous ses assauts. 11 se détermina donc à les y assiéger. De leur côté les chrétiens, attaqués par une armée si nombreuse , firent demander des secours aux gouverneurs de la frontière. Don Enrique de Guzman , duc de Médina Sidonia , et don Rodrigo Giron , maître de Calatrava , s’avancèrent à la tête de 5,000 chevaux et d’une nombreuse infanterie pour attaquer le camp des Maures ; mais ceux-ci ne les attendirent pas , et levèrent précipitamment le siège. On mit dans Alhama une garnison nouvelle; on l’approvisionna abondamment de tout ce qui pouvait être nécessaire à la défense, et l’armée se retira. Elle ne fut pas plutôt éloignée qu’Abu’I-Hüsan vint de nouveau mettre le siège devant cette ville ; en sorte que Ferdinand hésitait à conserver une place qu’on ne pouvait secourir qu’avec peine et à grands frais. Beaucoup de capitaines étaient d’avis qu’on abandonnât .Alhama après l’avoir rasée; mais Isabelle insista pour qu’on la gardât , parce que c’était la première conquête qu’on edt faite sur les musulmans depuis le commencement de son règne. On résolut donc d’aller de nouveau la dégager, et d’aller en même temps assiéger Loxa , ville située sur le Genil, à peu de distance d’Alhama.
Lorsque les secours arrivèrent, les Maures s’étaient déjà retirés. Abu’I-
Hasan avait été obligé de retourner à Grenade, pour apaiser les troubles qui agitaient cette ville. Persuadé que ces désordres étaient fomentés par la sultane Aija et uar son fils Abu-abd-Allah, il les lit arrêter et les fit emprisonner dans la tour de Comarès. La sultane Aija, redoutant la cruauté du roi , et craignant qu’il ne fît périr son fils , parvint , avec l’aide de ses femmes , à faire échapper ce jeune prince. Elles le descendirent avec des cordes par la fenêtre de sa prison.
Aussitôt qu’il fut en liberté, ses partisans le proclamèrent roi. Abu’I-Hasan était détesté ; aussi un grand nombre des habitants embrassèrent-ils le parti d’ Abu-abd-Allah. Les deux factions se livrèrent des combats sanglants et acharnés; elles s’étalent en queluue sorte partagé la cité. Le roi Abu’I-Uasan occupait l’Alhambra , château fortifié qui s’élève au sud-est de Grenade. Abu-abd-Allah s’était emaré d’un autre château appelé l’Alayein , situé à l’extrémité opposée de la ville.
Pendant que la guerre civile déchirait ainsi la capitale des Maures , les chrétiens avaient été mettre le siège devant Loxa ; mais l’emplacement de leur camp était mal choisi ; ils n’avaient pas de forces suffisantes pour une entreprise de cette importance ; la ville était défendue par un vaillant capitaine nommé Aly Athâr; enfin la garnison était nombreuse et expérimentée. Elle faisait des sorties vigoureuses et fréquentes. Cependant elle n’eût peut-être pas suffi pour contraindre les chrétiens à la retraite; mais Abu’I-Hasan vint à son secours. Le 13 juillet 1482 (26 sjumada 1"' 887), il attaqua le camp de Ferdinand , pendant que, de son côté, Aly Athâr faisait une sortie. Les chrétiens, pressés à la fois des deux côtés, firent des pertes considérables , et furent obligés de se retirer. Le maître de Calalràva fut au nombre de ceux qui périrent dans cette malheureuse rencontre.
Abu’I-Ilasan, glorieux de ce succès, alla se présenter devant Alhama ; mais il la trouva trop bien défendue pour
essayer de s'en emparer ; alors il courut attaquer la ville de Canete, dont il se rendit maître. Après cette heureuse expédition, il revenait à Grenade, quand il apprit que son fils Abu-abd-Allah avait profité de son absence pour se saisir de l’Alhambra, que le peuple entier avait reconnu ce jeune prince pour roi , et que beaucoup de villes avaient suivi l’exemple de Grenade. Il fut donc obligé de se retirer à Malaga , qui lui était restée fidèle, ainsi que Guadix et Baza.
Les chrétiens ne tardèrent pas à reprendre Canete; mais ce succès fut bien balancé par un désastre tel que depuis bien longtemps les armes chrétiennes n’en avaient pas éprouvé en Espagne. A la fin du mois de mars 1483 (saphar 888), 2,700 cavaliers, sous les ordres du maître de Saint-Jaques , du marquis de Cadix et du comte de Cifuentès,entrèrentdans l’Axarquia (*) de Malaga; ils ravagèrent toute la campagne, et ils y firent un immense butin ; iis incendiaient les moissons et les fermes ; ils coupaient les arbres et les vignes. Du haut de leurs murailles, les habitants de Malaga voyaient les colonnes de fumée qui s’élevaient de leurs récoltes ou de leurs granges, que la flamme dévorait. Ils prirent la résolution d’aller attaquer les chrétiens, et sortirent sous la conduite d’ Abu-abd-Allah, gouverneur de Cadix, et de Reduan Bénégas. Ce dernier , qui commandait les" arbalétriers , gagna , par des chemins détournés , les montagnes qui entourent la plaine de Malaga , tandis qu’ Abu-abd-Allah , à la tête de la cavalerie , marcha droit aux chrétiens. Ceux-ci , désireux de garder leur butin, voulurent éviter le combat , et se Jetèrent dans les montagnes, dont ils ne connaissaient pas les passages. Ils trouvèrent les hauteurs occupées par les Maures qui les habitaient, et par les arbalétriers que Keduan Bénégas y avait conduits. Ils s’avancaient presque au hasard au milieu d’etroites vallées; bientôt ils ren-
(*) j4xarqma, le levant C’était le nom donné à une partie des environs de Malaga.
contrèrent des obstacles élevés par les Maures pour rendre le chemin impraticable. Ils se virent dans l’impossibilité d'avancer, et la retraite leur était coupée par les cavaliers d’Abuabd-Allah (*). Resserrés dans ces défilés , ils ne pouvaient ni fuir ni combattre , et les Maures , embusqués sur les hauteurs , les tuaient à coups d’arbalètes ou d’armes à feu. Ce ne fut qu’à la nuit que le maître de Saint- Jacques parvint à surmonter les obstacles qui s’opposaient à son passage ; il escalada les hauteurs , et après un sanglant combat, il put regagner Antequera. Le marquis de Cadix , guidé par des transfuges qui connaissaient tous les sentiers de ces montagnes, trouva aussi le moyen de s’échapper d’un autre côté. Le comte de Cifuentès,qui formait l’arrière-garde, fut moins heureux; il fut fait prisonnier.
800 chrétiens fijrent tués dans cette journée. Il resta entre les mains des Maures deux fois autantde prisonniers.
Cette victoire donna au gouverneur de Malaga, qui l’avait remportée, une grande importance parmi les Maures.
On avait surnommé Abu’I-Hasan le Vieux. Son fils avait été surnommé Abu-abd-Allah-el-Zaquir, en espagnol el Chiquito , c’est-à-dire l’enfant ; je mettrais volontiers le bambin. Son oncle, le gouverneur de Malaga, qui portait au.ssi le nom d’Abu-abd-Aliah , fut surnommé el Zagal ; ce qui signifie l’homme dans toute la vigueur de la jeunesse. On répétait qu’Aou-abd-Allah-el-Chiquito était aussi inutile que son vieux père , et qu’Abu-abd-Allahel-Zagal pouvait seul sauver le royaume. Voulant mettre un terme à ces discours , el-Chiquito prit la résolution de faire aussi quelque action d’éclat qui pdt lui mériter les applaudissements de ses partisans. A la tête d’une troupe nombreuse de cavaliers et de fantassins, il se présenta devant Lucena, ville grande et riche, mais très-mal fortifiée; il espérait l’emporter aisément. Il arriva sous les murs de la place le 21 avril 1483 ( 13 rabia
(*) Maiiana l’appelle Jbohardil,
L’tlNÏYERS.
prior 888 ). Diego Fernandez de Cordova, qui en était gouverneur, sachant u’il ne pourrait résister aux attaques es Maures, fit prévenir les villes voisines du danger où il se trouvait, et pour gagner du temps, il se mit à parlementer. Tout en promettant de se rendre, il eut l’adresse de faire traîner ces négociations jusqu’au moment où l’on vit paraître les premiers coureurs des chrétiens qui venaient au secours de Lucena. A leur approche « le roi Abu-abd- Allah, craignantd’avoir à combattre toutes les forces de l’Andalousie, commença à faire retirer son armée. Le comte de Cabra et Gonzalve de Cordoue, son neveu, qui commandaient les chrétiens , se mirent à la poursuite des Maures, et les atteignirent à une lieue environ de Lucena , près d’un petit ruisseau dont les rives sont couvertes de frênes , de saules et de buissons. Aussitôt l’infanterie des Maures , qui avait déjà traversé le ruisseau , fut saisie d’une terreur panique; elle se débanda et se mit à fuir dans tous les sens. Abu-abd- Allah essaya de soutenir le choc des chrétiens avec sa cavalerie; mais Aly Athâr, alcalde de Loxa, ayant été tué d’un coup de lance, et presque tous les cavaliers qui accompagnaient le roi étant morts, ou ayant pris la fuite, ce prince se jeta à bas de son cheval , qui était trop fatigué pour pouvoir le mettre en sûreté. Il essaya de se cacher au milieu des buissons ; mais des fantassins chrétiens qui étaient à la poursuite des fuyards l’ayant aperçu , il déclara qu’il était lê roi de Grenade, et il se rendit à eux.
Lorsque ce désastre fut connu à Grenade , la ville entière fut plongée dans le deuil et dans la désolation. Le vieux roi Abu’l-Hasan se réjouit seul du malheur commun. Il s’empressa de revenir dans sa capitale , et il s’empara de l’Alhambra , sans que les partisans de son fils cherchassent à lui en disputer l’entrée.
Pendant ce temps, le roi Ferdinand , encore tout chagrin de l’échec ‘ éprouvé par les chrétiens dans l’Axarquia de Malaga , pressait de tout son
pouvoir les préparatifs de la guerre ; il s’occupait de ce soin quand il reçut la nouvelle du succès inespéré qui venait de couronner ses armes sous les murs de Lucena. Voulant profiter des circonstances, il se mit aussitôt en route , et vint ravager la campagne de Grenade. Les habitants de cette ville voyaient incendier leurs récoltes, sans essayer de les défendre; ils se bornaient à se lamenter et à maudire le vieux roi qui avait attiré sur les musulmans cette guerre d’extermination.
Celui - ci , connaissant toute la haine qu’on lui portait , n’osait pas aller combattre les chrétiens; il craignait que, s’il sortait de Grenade, on ne l’y laissât pas rentrer. Il se contenta donc de députer des ambassadeurs au roi Ferdinand, pour lui proposer une trêve. Mais encore tout rempli d’orgueil par la victoire de l’Axaruia de Malaga, il eut la prétention e dicter des conditions; aussi Ferdinand répondit-il qu’il n’était pas venu pour recevoir des lois, mais pour en imposer. Abu’l-Hasan fit aussi demander que son fils lui fût livré; il offrait de donner en échange le comte deCifuentès et neuf autres prisonniers.
Mais le roi Ferdinand trouva qu’il serait indigne de lui de livrer Abu-abd- Allah entre les mains de son père; car c’eût été l’envoyer aune mort certaine.
Il pensait d’ailleurs qu'il était plus profitable pour les chrétiens de mettre ce prince en liberté, puisque C’était le moyen de perpétuer les factions qui décbiraient le royaume des Maures. Il traita donc son prisonnier avec générosité, et conclut avec lui un traité, par lequel Abu-abd-Allah-el-Chiquito se reconnut vassal du roi de Castille , et s’engagea à donner en otage son fils aîné et les fils de douze principaux seigneurs de Grenade, pour garantir qu’il ne manquerait pas à sa fidélité envers son suzerain. Il se soumit à l’obligation d’assister aux cortès gén^ raies du royaume toutes les fois qu’il serait convoqué. Il promit en outre de payer un tribut annuel de 12,000 écus, et de délivrer , en l’espace de cinq aas, 400 captifs chrétiens.
Dès que ces conditions furent arrêtées , la sultane Aija envoya au-devant de son fils les seigneurs qui lui étaient le plus dévoués, aGn qu’ils lui servissent d’escorte. Ceux-ci ûrent entrer de nuit Abu-abd-Aliah dans Grenade, et ils parvinrent à s’emparer de l’AJbaycin. Le lendemain matin, quand on sut dans la ville que le roi Chiquito était de retour, une grande partie du peuple se mit à le proclamer de nouveau, en criant : Vive notre roi Abu-abd-Allah ! Les trésors de la sultane, habilement répandus, mirent presque tout le bas peuple dans ses intérêts , et Grenade fut de nouveau livrée à toutes les horreurs de la guerre civile.
Dans l’espoir d’apporter un terme à ces maux, un vieillard qui e.\erçait une grande influence sur les musulmans de Grenade, représenta que le vieil Abu’I-Hasan, accablé par les années, ne pouvait plus veiller aux besoins de l’État; que son Gis Abu-abd-Allali-e/- Chiquilo s’était fait le vassal et le tributaire des chrétiens, ce qui le rendait odieux et suspect à la noblesse du royaume ; que ni l’un ni l’autre ne pouvaient donc rester roi. Que le gouverneur de Malaga , Abu-abd-Allan-ef- Zagal, la terreur des frontières chrétiennes, était seul capable d’apporter un remède aux maux du pays. Abu’l- Masan, touché de ces raisons, ou plutôt dans l’espoir de priver du trône son Gis qu’il abhorrait , consentit à ce qu’Abu-abd-Allah-el-Zagraf fût proclamé roi , et il lui remit l’Alhambra.
Ni le roi Chiquito, ni ses partisans, n’acceptèrent cet arrangement ; et la lutte continua entre les deux factions.
Alors el-Zagal lui proposa de partager l’autorité. El-Zagal serait resté maître de l’Alhambra, et son neveu aurait gardé l’Albaycin, et tous les deux se seraient réunis pour combattre les chrétiens. Abu-abd-Allah-el-Chiquito craignit que cette proposition ne cachât quelque piège. Cependant il fut contraint de se soumettre à un partage qu’il ne pouvait empêcher.
Quant au Vieil Abu’l-Hasan , il fut assez heureux pour ne pas voir la des-
truction de son royaume. Il se retira avec son harem à lllora, et ensuite à Almunecar, où il mourut bientôt. Plusieurs écrivains pensent que son frère el-Zagal le Gt assassiner. Dieu seul le suit , disent les historiens musulmans.
Cependant les chrétiens, favorisés ar les discordes qui leur livraient les taures sans défense , portaient dans le royaume de Grenade le ravage et la désolation. Ils soumirent successivement Alora, Alozayna, Cazaraboneja , Setenil , Cohin et Marbella.
L’importante place de Ronda fut enlevée par eux le 23 mai 1485 (8 sjumada prior 890). C’est au siège de cette place qu’on Gt le premier usage des projectiles creux. Les historiens de cette époque , après avoir décrit les fusées incendiaires dont on se servait, ajoutent : Les canonniers fabriquèrent avec de la fonte de fer une autre sorte de grosses et de petites boules , qu’ils lançaient dans la ville, où elles faisaient d’aiTreux ravages. Les chrétiens tentèrent aussi une expédition contre Moclin. Mais Abu-abd-Allah-el-Zagal marcha au secours de cette place. Il leur Gt éprouver quelques pertes et les contraignit à la retraite.
L’année suivante, ils vinrent mettre de nouveau le siège devant Loxa. Aly- Athâr, ce brave capitaine qui avait défendu la ville lors de la première attaque, n’existait plus. Il était mort dans le désastre de Lucena ; mais ses Gis habitaient encore Loxa , et sa Glle avait épousé le roi Ahu-abd-Allah-el-Chiulto. Ce prince envoya des ambassaeurs à Ferdinand pour demander que cette place , qui lui appartenait , fût épargnée. Il rappela qu’aux termes de leurs conventions les troupes chrétiennes ne devaient pas inquiéter les villes qui reconnaissaient son autorité. Le roi Ferdinand répondit que la ville de Loxa avait été expressément exceptée de cette convention , et que d’ailleurs Abu-abd-Allah en transigeant avec son oncle, pour le partage de l’autorité dans le royaume de Grenade, avait manqué aux obligations qu’il avait contractées comme vassal de la couronne de Castille. Le
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roi Chiquito voulant prouver qu’il ne négligerait rien pour défendre ses domaines , rassembla des troupes , força le camp des chrétiens , et se jeta dans Loxa. Mais ce secours n’empécha pas Ferdinand de presser vivement le siège.
La ville se défendit courageusement et Abu-abd-Allah-el-Chiquito fut plusieurs fois blessé en repoussant les attaques des assiégeants. Mais enfin la place fut obligée de capituler. Les chrétiens reprochèrent a Abu-abd- Allah-el-Chiquito d’avoir violé le traité qu’il avait contracté et d’avoir porté les armes contre son suzerain. Le roi maure allégua, pour se disculper, qu’il n’avait pas été maître d’agir différemment. On avait intérêt à le croire, et on le laissa libre , pour que sa liberté continuât à fomentei les dissensions qui déchiraient le royaume de Grenade. Ferdinand accorda aux assiégés des conditions avantageuses, et il entra dans Loja, le 29 mai 1486 (25 sjumada prior 891 }. Dans le courant du mois suivant, les chrétiens se rendirent maîtres d’Ilora, que les Maures avaient l’habitude d’appeler l’œil droit de Grenade, et de Moclin , qu’ils nommaient son bouclier. La prise de Zagra, de Banos, et de quelques autres places, suivit de peu cte jours la reddition de Moclin. Après ces conquêtes, l’armée chrétienne entra dans la campagne de Grenade pour la ravager. El-Zagal fit de vains efforts pour empêcher ces dévastations; mais ses troupes furent culbutées et poursuivies jusque dans les champs a’oiiviers qui entourent la ville, où l’on se battit de nouveau.
Pendant plusieurs jours la campagne de Grenade fut mise à feu et à sang. Enfin ies chrétiens se retirèrent ; mais leur départ ne rendit pas la tranquillité à la ville. La guerre civile ensanglanta ses places publiques. Les artisans d’el-Zagal, qui occupait l’Alambra , et ceux du roi Chiquito, dont l’Albaycin faisait la demeure, se livrèrent plusieurs combats acharnés , sans que l'un des deux rois pût parvenir à chasser son compétiteur.
L’année suivante, l’armée chrétienne
alla mettre le siège devant Velez-Malaga. El-Zagal chargea Reduan Bénégas de se jeter dans la place et de la défendre. Il lui promit d’aller bientôt en personne pour la secourir. En effet, il rassembla des troupes à la hâte et s’approcha de Velez-Malaga , à la tête de 20,000 hommes. Mais il fut battu ; son armée fut entièrement dispersée, et il retourna à Grenade , accompagné seulement de Quelques cavaliers. Lorsqu’il y arriva, la nouvelle de sa déroute l’avait précédé. Le peuple soulevé accablait le roi vaincu de ses malédictions; les personnes même le plus attachées à sa cause l’abandonnèrent pour embrasser le parti de son neveu. On lui refusa l’entrée de Grenade, et il se retira avec le petit nombre de serviteurs qui lui étaient restés fidèles; il se rendit à Guadix, qui, ainsi qu’ Alméria et que Baza , le reconnaissait encore pour souverain.
Reduan Bénégas défendit courageusement la ville de Velez-Malaga; mais il ne pouvait résister longtemps aux ravages que faisait l’artillerie de Ferdinand ; il rendit la place le 27 avril 1487 (3 sjumada prior 892;.
La ville de Malaga fut assiégée à son tour. Elle avait une garnison composée en partie de troupes africaines , que le gouverneur avait prises à sa solde. Ces ens , féroces et indisciplinés, se méaient des habitants et même de leurs propres officiers. Craignant qu’on ne les livrât aux chrétiens , ils ne voulaient pas entendre parler de négociation. Ils mettaient a mort quiconque cherchait à sortir de la ville. Cependant Malaga, bloquée de tous les cotés, commençait à souffrir de la famine, lorsque le 18 août 1487 (27 sjaban 892), la place fut livrée à Ferdinand par un des principaux habitants, nommé Aly Dordux. Tous les soldats africains qui ne parvinrent pas à gagner le port et à se sauver par mer , furent réduits en e.sclavage. Les transfuges chrétiens, et ils étaient assez nombreux, furent misa mort. Lesjuifs qui, après avoirembrassé la religion chrétienne , avaient apostasié, furent brûlés par l’inquisition. Les autres habitants, juifs ou
maures , purent se racheter pour une hiible rançon.
Abu-abd-Allah-el-Chiquito avait, autant que cela avait été en son pouvoir, contribué à la prise de cette ville; car il avait attaqué et taillé en pièces un corps d’armM que son oncle conduisait au secours de Malaga. Il envoya complimenter Ferdinand de sa conquête, et lui fit demander sûreté pour tous les Maures de son parti. En réclamant cette garantie pour ses sujets , il promit de livrer aux chrétiens la ville de Grenade, trente jours après qu’ils se seraient rendus maîtres des villes qu’occupait encore el-Zagal.
La reddition de Malaga entraîna celle d’un grand nombre de places des environs. Cependant le roi Ferdinand fut un instant distrait des soins de la guerre par des troubles qui éclatèrent en Aragon. Il se rendit à Saragosse avec la reine Isabelle, pour y rétablir l’ordre. On fit, à cette occasion, à la constitution aragonaise, un changement d’une grande importance. Jusqu’à ce jour, les fonctionnaires et les magistrats avaient été élus par le peuple et par le corps municipal ; mais ces élections donnaient presque toujours lieu à quelques troubles. Pour éviter les désordres dont elles étaient le prétexte , on abandonna au roi le soin de faire les nominations. C’était une grave atteinte aux anciennes libertés du pays ; cependant elle provo- Qua peu de réclamations, tandts que rétablissement d’une institution utile éprouva une vive résistance. La hermandad, qui existait depuis plusieurs années en Castille, n’avait pas encore été introduite en Aragon. On l’organisa dans ce royaume; mais les seigneurs dont elle blessait les intérêts , et dont elle compromettait le pouvoir, ne cessèrent de faire des efforts pour la renverser; en sorte que dans les Cortès tenues à Taraçone en 1495, ils obtinrent que la juridiction de la hermandad demeurât suspendue pendant quelques années.
Il existait une lutte continuelle entre les seigneurs qui voulaient étendre leur autorité et les vassaux qui cher-
chaient à s’y soustraire; c'était surtout en Catalogne que se montrait ardente et passionnée cette guerre de la liberté contre les privilèges. On connaissait dans ce pays une classe de vassaux appelés Pages de rachat (Pageses de remença). Le mot page s'explique de lui-mème , il vient du latin pagus, et signifie villageois. On nommait ces gens vassaux, ou pages de rachat , parce que leurs ancêtres , réduits en esclavage par les musulmans, avaient été rachetés à prix d’argent par les seigneurs, qui , par cette raison , les considéraientcomme leurs esclaves, et les avaient assujettis à une foule de redevances aussi onéreuses qu’avilissantes. En 1483, les vassaux de rachat avaient pris les armes pour se soustraire aux vexations de toute nature auxquelles ils étaient ^n butte. Le roi Ferdinand, attentif à maintenir la tranquillité dans ses États, s’efforça d’apaiser cette révolte. Les seigneurs, aussi bien que les pages de rachat, étant convenus de s’en rapporter à son jugement, il abolit, en 1486, toutes les redevances avilissantes auxquelles les pages avaient été soumis; il ordonna qu’ils serviraient à leurs seigneurs une rente annuelle , en témoignage de leur servitude , et il décida u’ ils pourraient , quand ils le vouraient, racheter leur liberté, en payant une somme qu’il fixa d’avance.
SUITE DS LA GUERRE DE GREtlADE. SIEGE