PIN DE LA DOMINATION DES MAURES
Il faut maintenant revenir à la guerre contre les musulmans ; car elle était la principale affaire de cette époque. L’année suivante, Ferdinand con-
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tinua ses conquêtes; il mit le siège devant Vera; mais cette ville ne voulut pas tenter les chances d’une défense , elle se rendit le 10 juin 1488 ( 29 sjumada posterior 893 ). Muxacra, Velez-el-Rubio, Velez-el-Blanco , se soumirent également. Le roi aurait voulu assiéger ensuite Àlmeria ; mais il était nécessaire de prendre auparavant le château de Taberna , élevé dans une position presque inexpugnable.
£I-Zagal accourut au secours de la place avec 1,000 cavaliers et vingt fois autant de fantassins ; mais il ne voulut pas tenter le sort d’une bataille, il se jeta dans les bois environnants.
De là il harcelait sans relâche les chrétiens qui faisaient des courses dans le pays , et jusque dans les environs de Baza. Dans une de ces escarmouches , Philinpe d’Aragon (*), maître de Montesa, fut tué, et Ferdinand , jugeant que son armée n’était pas assez forte pour réduire la place, leva le siège,et se retira à Murcie. Quand les chrétiens furent éloignés , el-Zagal attaqua les places qui lui avaient été enlevées cette année , et , soit par force, soit par persuasion , il les fit rentrer sous son autorité. Au printemps de l’année suivante, les rois Ferdinand et Isabelle, ayant résolu de tenter quelque grande entreprise , réunirent leur armée à Jaën ; elle se composait de 1 3,000 cavaliers, de 50,000 fantassins , et d’une artillerie redoutable. Elle se mit en route , et prit en chemin la ville de Cujar ; mais le but de l’expédition était le siège de Baza. L’armée arriva devant cette place au commencement de juin. Cette ville est située sur le penchant d’une colline , au pied de laquelle passe une petite rivière; de tous les autres côtés elle est entourée d’escarpements, qui en rendent l’approche très-difficile. Elle renfermait une nombreuse garnison , et elle était approvisionnée de vivres pour quinze mois.
Les environs de la place étaient sillonnés par de nombreux canaux d'irri-
(*) fl était fils naturel de Carlos, prince de Viane. 11 se trouvait ainsi le neveu de Ferdinand.
gation. C’étaient autant d’obstacles que les assiégeants avaient à surmonter; aussi faisaient-ils peu de progrès.
Les exhalaisons de ces terres inondées causaient beaucoup de maladies dans l’armée; en sorte qu’un grand nombre de capitaines étaient d’avis qu’il fallait abandonner une entreprise dont le succès paraissait excessivement douteux ; car la garnison se défendait vaillamment, et depuis plusieurs mois que le siège était commencé , on était à peine plus avancé ue le premier jour. Cependant Ferinand , bien déterminé a ne pas reculer, fit, tout autour de la ville, élever un retranchement et creuser un fossé large et profond , pour empêcher les secours qu’on tenterait d’y jeter ; il fit aussi construire neuf forts qui commandaient toutes les avenues de la place. Comme l’hiver approchait, on remplaça les tentes par des maisons de bois , qui formaient comme une ville.
Enfin, pour affermir le courage de ses troupes, et pour leur prouver, aussi bien qu’aux ennemis , qu’il était décidé à ne pas se retirer sans avoir emporté la place , il pria la reine Isabelle de se rendre au camp. Cette princesse y vint, accompagnée de l’infante sa fille. Son arrivée jeta le découragement dans l’esprit des assiégés. Ils avaient éprouvé bien des pertes dans les nombreuses sorties qu^ils avaient faites , et ils ne pouvaient pas espérer qu’il leur vînt des secours de Guadix ou d’Almeria; car les troupes qui se trouvaient dans ces deux villes étaient nécessaires pour les défendre. Ils prirent donc le parti de capituler ; mais avant tout, Cidi Yahya Alnayar et Hacen le Vieux, qui défendaient la ville, firent savoir à Abu-abd-Allali-el- Zagal que, s’il ne venait pas les secourir , ils seraient forcés de se rendre.
El-Zagal éprouva un grand chagrin en recevant ce message.Cependant, comme il n’avait pas de forces suffisantes pour faire lever le siège , il répondit à Cidi Yahya d’agir comme il le jugerait convenable. La ville fut donc remise à Ferdinand, le 4 décembre 1489 (10 muharrem 895 ) , et Cidi Yahya se ren-
dit au camp des chrétiens , avec les principaux de ses officiers. Il était fils de Zelim , second frère du vieux Muley-Abu’I-Hasan ; il se trouvait par conséquent le neveu d’el-Zagal et le cousin d’Abu-abd-Allab-el-Chiquito.
Ferdinand , honorant en lui le descendant d’une race royale , aussi bien que le brave défenseur de Baza, lui fit le plus gracieux accueil, et lui donna la seigneurie de Marchena , avec les villes et les vassaux qui en dépendent. L’infant Yahya fut touché de ces bienfaits, et se dévoua au service d’un prince qui le traitait si généreusement. Il se rendit auprès d’Abu-abd-Allah-el-Zagal , et lui représenta que la ruine de Grenade était consommée; qu’une plus longue résistance était inutile, et ne pourrait avoir d’autre résultat que la désolation du royaume et l’extermination de ses habitants. Il lui fit comprendre que ce qu’il y avait de mieux pour ses intérêts et pour ses sujets , kait de s’en rapporter à la générosité des rois Ferdinand et Isabelle. Ël-Zagal reconnut la sagesse de ce conseil ; il se rendit avec l’infant Yahya au camp du roi chrétien , et il s’engagea à livrer Alméria , Guadix , et toutes les villes qui restaient en son pouvoir; il stipula que tous les Maures qui les habitaient conserveraient leurs biens, leur religion et leur liberté. Le roi Ferdinand lui donna en échange la seigneurie d’Andarax, la vallée d’Alhaurin , avec toutes les fermes, tous les villages et toutes les possessions qui en dépendaient , ainsi que la moitié de la saline de Maleha. Ces conventions furent rendues publiques seulement au moment où les villes furent livrées. Aussi les habitants et les chrétiens eux-mêmes ne pouvaient revenir de leur étonnement. Les habitants des villes soumises , qui s’attendaient à tous les maux , à toutes les horreurs de la guerre , et qui s’en voyaient délivrés , conseillaient aux villes qui n’étaient pas encore conquises de suivre leur exemple. C’est ainsi que Taberna , Seron, Almunecar et Salobrena se rendirent volontairement.
Ces succès remplirent de joie le
cœur des chrétiens ; cependant' ils avaient payé ces brillantes conquêtes par de cruels sacrifices. Le dernier jour de décembre, le roi Ferdinand passa son armée en revue ; elle se trouvait diminuée de 20,000 hommes.
3,000 seulement avaient péri en combattant ; le surplus était mort de maladie (*).
Dès que les rois Ferdinand et Isabelle furent maîtres des États d’Abuabd-Aliah-el-Zagal, ils sommèrent el-Chiquito de leur livrer Grenade , comme il s’y était engagé. L’infortuné souverain reconnut trop tard la faute qu'il avait commise. Il répondit qu’il n’était pas maître d’exécuter ces conveutions , parce qu'il y avait à Grenade un parti nombreux et puissant qui ne le lui permettrait pas. Il priait donc Ferdinand d’agréer ses excuses , et de se tenir pour satisfait des conquêtes que la bonté divine lui avait accordées. Il ne faut pas reprocher trop sévèrement à Abd-abu-Allah ce manque de foi ; car il ne pouvait agir différemment. Tout ce qmil y avait de fanatiques dans les villes nombreuses que Ferdinand avait gagnées depuis neuf années , avait été refoulé dans Grenade. Ces homines,exaspérés par les pertes que leur religion venait de faire, étaient mêlés à la population déjà si turbulente de la capitale. Quand ils virent qu’il était question de livrer aux chrétiens la dernière retraite qui restait aux musulmans sur la terre d’Espagne, iis se soulevèrent, et, accusant leur roi de trahison et d’apostasie , ils coururent eu armes attaquer l’Albaycin. Abu - abd - Allah eut beaucoup de peine à résister aux attaques de ces furieux , et il ne put calmer la révolte qu’en promettant d’opposer aux chrétiens une résistance acharnée.
Au reste, cette défense ne pouvait plus servir à rien. Le terme de la domination des musulmans dans la Péninsule était arrivé; rien ne pouvait retarder la chute de leur empire. Le
(*) Condé indique ces événements comme s’étant passés en 8g6, 1490-1491. C’e^ un paratduroiûsme d’une année.
L’UNIVERS
sultan Bajazet II , dont les Maures de Grenade avaient réclamé l’assistance , envoya au pape deux religieux du Saint-Sépulcre, pour l’engager à détourner le roi Ferdinand de faire la guerre aux Maures. Il menaçait de traiter les chrétiens qui étaient dans ses Etats de la même manière que Ferdinand traiterait les Maures de Grenade. Mais les rois Ferdinand et Isabelle ne furent pas arrêtés par cette crainte ; ils Grent de nouveau sommer le roi de Grenade d’exécuter sa promesse , et celui - ci ayant de nouveau refusé de le faire , l’armée chrétienne partit de Cordoue le 26 mai 1490 (6 resjeb 895), pour aller ravager la campagne de Grenade. Elle incendia les moissons, détruisit tous les fruits de la terre; puis, quand cette œuvre de désolation fut accomplie, elle se retira.
Tant que les chrétiens furent dans la campagne de Grenade, Abu-abd- Allah se tint renfermé dans la ville.
Dès qu’ils furent éloignés , il sortit à la tête de ses troupes, et courut attaquer Alhendin, petit château situé à peu de distance ue Grenade , et dans lequel Ferdinand avait laissé une garnison de 200 hommes; il le prit et le rasa. De tous les côtés il envoya des émissaires , pour engager ceux qui étaient restés Gdèles à la foi de Mahomet, à oublier leurs sujets de discorde et à s’entendre pour repousser les chrétiens; car le salut de l’État dépendait de leur union. Ces prédications ne furent pas sans effet. Andarax et les Alpuxaras se soulevèrent contre el-Zagal , qui leur avait été donné pour seigneur. Des troubles éclatèrent aussi à Guadix. Quelques habitants de Salobrena ouvrirent les portes de la ville aux troupes de Grenade. La garnison chrétienne fut obligée de se renfermer dans la citadelle , dont Abu-abd-Allah-el-Chiquito commença le siège. Dès que Ferdinand fut instruit de ces soulèvements, il envoya des secours sur les points menaces.
Son armée ravagea de nouveau les environs de Grenade. Tout ce qui avait échappé lors de la première expédition
des chrétiens tout ce que la terre avait pu produire depuis cette époque fut détruit. El-Chiquito, sachant que les chrétiens venaient au secours de la citadelle de Salobrena, abandonna précipitamment le siège qu’il avait entrepris, et s’éloigna rapidement, sans oser tenter les chances d’une bataille.
La révolte des Alpuxaras fut apaisée. Néanmoins el-Zagal, qui souffrait impatiemment de se voir sujet dans un pays où il avait été roi , et dégoûté d’ailleurs de ses domaines par la rébellion de ses sujets, vint trouver Ferdinand, et lui demanda la permission de quitter l’Espagne. Le roi consentit à sa demande , et lui remit une somme considérable pour prix des domaines qu’il abandonnait. El-Zagal, usant de la permission qui lui était donnée, se réfugia en Afrique avec sa famille et beaucoup de mahoniétans qui s’étalent attachés à sa fortune.
Ferdinand, après avoir ainsi réprimé les tentatives du roi de Grenade, et l’avoir contraint à se renfermer dans sa capitale, se retira à Cordoue, pour y faire les préparatifs de la campagne suivante.
Au commencement du printemps, le 1 1 avril 1491 (l'' sjumada posterior 896) (*), ce roi partit de Séville, à la tête d’une partie de son armée. Les différentes divisions qui devaient la composer le rejoignirent en chemin , et il posa son camp, le 23 avril, près des fontaines appelées les Yeux de Guetar , qui sont situées à une lieue et demie de Grenade.
Le soir même, le roi envoya le marquis de Villena , avec 3,000 cavaliers , pour courir les montagnes voisines, et il lui promit de le soutenir avec le gros de l’armée pour le cas où les Maures de la Sierra lui feraient une trop vive résistance, et pour assurer ses derrières si les habitants de Grenade
(*) Condé indique le printemps de l'année 897 ; c’est une erreur de cniffre évidente , puisque lui-méme fixe la date de 1a prise de Grenade au ai' jour de la i” lune de 897, c’est-à-dire, à une époque antérieure au printemps de l'aimée 897.
diercbaient à l’inquiéter. Le roi tint parole. Il s’avança jusqu’à Padul, repoussa les Maures qui étaient sortis de la ville. De cette manière, le marquis de Villena put exécuter l’ordre qu’il avait reçu ; il brûla neuf villages qui auraient envoyé des vivres à Grenade, et il revint au camp chargé de butin. Afin d’eiii|^clier que les assiégés ne fissent venir de ces montagnes des vivres ou des secours, on résolut d’en ruiner toutes les habitations.
Ce fut en vain que les Maures cherchèrent à défendre les défilés et à y arrêter l’armée chrétienne , ils furent mis en déroute , et quinze villages furent encore détruits. Après cette expédition, on s’occupa de fortifier le camp; on l’entoura de fossés et |de retranchements , et le roi passa la revue de son armée , qui se trouva composée de 10,000 hommes de cavalerie et de 40,000 fantassins ; elle était accompagnée d’une nombreuse artillerie , et rien de ce qui pouvait assurer le succès de cette entreprise n’avait été négligé. Cependant il était évident que le siège devait être long. Grenade est située en partie dans une plaine , en partie sur deux collines , entre lesquelles passe le Darro. Presque au sortir de la ville, cette rivière se jette dans le Genil. Les murailles étaient fortes et flanquées de plus de mille tours. Tous les musulmans qui portaient en leur cœur la haine du nom chrétien s’étaient réfugiés à Grenade, ui ainsi renfermait un grand nombre e soldats braves et expérimentés. Il ne se passait pas de jour sans que Muza, Vun des principaux chefs de la garnison , sortît dans la plaine de Grenade à la tête de 3,000 cavaliers pour escarmoucher avec les chrétiens , et pour protéger les convois de vivres qu’on amenait. Un autre corps parcourait les montagnes pour repousser les chrétiens qui ne cessaient de brûler des villages. C’était un combat de tous les jours, et, pendant les premiers temps du siège, les Maures, soit par bravade , soit par confiance en leurs forces, ne fermaient pas les portes de la ville.
Tous ces obstacles n’ébranlèrent
81* lÀvraison. (Espaonb.;
point la résolution que Ferdinand avait prise de ne point abandonner le siège; et pour que tout le monde en fût bien convaincu, il fit venir à l’armée Isabelle et ses enfants. La tente du marquis de Cadix était la meilleure et la plus commode qui fût dans le camp. Ce seigneur l'offrit à la reine, et on la dressa auprès de celle du roi.
Si la présence d’Isabelle animait le courage des soldats, elle ne fut
f>as toujours sans inconvénient, et e 10 juin (12 sjaban), une des caméristes de cette princesse s’étant endormie sans éteindre une lumière placée trop près de la toile , le feu y prit et agna les tentes voisines, ainsi que les araques des soldats , en sorte qu’en peu d’instants une partie du camp fut couverte de flammes (*).
Ferdinand, craignant que cet événement ne fût le résultat de quelque trahison , et que les Maures ne cherchassent à profiter du désordre occasionné par l’incendie, sortit de sa tente à moitié nu, mais portant son bouclier et son épée; il monta ainsi à cheval , et il rangea hors du camp une partie de l’armee pour recevoir les Maures s’ils se présentaient; mais ils ne bougèrent
Pas. La reine, ne voulant pas que armée fût une seconde fois exposée au même danger, et désirant que les soldats eussent pour l’hiver des logements plus commodes , ordonna que l’on construisît des maisons de pierre , couvertes de tuiles. Tout le monde applaudit à cette proposition. Chacun se mit à l’ouvrage avec tant d’ardeur, qu’au bout de 80 jours on eut élevé une ville. La reine voulut qu’elle Mt appelée Santafé : c’est le nom qu’elle conserve encore aujourd’hui. Quand les Maures virent à leur porte cette villeennemiequi avait été créée comme par enchantement, ils comprirent qu’il n’y avait plus de salut pour eux , et le découragement s’empara de leur esprit. Les horreurs de ,1a famine com-
(*) Mariana place cet événement à la date du lo juin 1471 (11 sjaban 896); Ferreras indique la date du 14 juillet (7 ramadan).
L’UNIVERS
mentaient aussi à se faire sentir dans la place. Cependant les assiégés ne son* geaient pas encore à se rendre, et chaque jour ils faisaient des incursions dans la campagne pour combattre les chrétiens. Une de ces rencontres leur devint funeste. Isabelle désirait contempler de plus près la ville assiégée.
Ferdinand fit donc sortir de Santaré la plus grande partie de son armée, qui se rapprocha de Grenade ; la reine se rendit à une maison située dans la plaine et se plaça près d’une fenêtre d’où elle pouvait apercevoir toute la ville. Cependant les Maures , voyant l’armée chrétienne qui s’avançait, marchèrent h sa rencontre avec plusieurs pièces d’artillerie. Isabelle avait demandé qu’on évitât d’en venir aux mains ; mais il ne fut pas possible d’éviter la bataille. Dès que la reine vit les deux armées qui se chargeaient, elle se jeta à genoux, et levant les mains au ciel , elle pria Dieu de ne pas permettre que le sang chrétien fût versé. Sa prière , dit-on , fut exaucée , pas un chrétien ne périt; tandis que 600 Maures furent tués; 1,400 furent blessés ou faits prisonniers; enlin l’artillerie, qui était sortie de la ville, tomba au pouvoir des chrétiens. On poursuivit les Maures jusque sous les murs de la ville, et ou parvint inênie à s’emparer de deux tours. A partir de ce moment, IMu/a lit fermer les portes de Grenade, et les assiégés cessèrent de faire des sorties. Cependant chaque jour la famine devenait plus affreuse. F.nfin Abu-abd-Allah se détermina à capituler. Il envoya comme parlementaire Abu’l Cazi'in Abde|-melech (*). Du côté des chrétiens àonzalve de Cordoue et Fernand de Zafra , secrétaire du roi , furent chargés de régler les articles de la capitufation. On en débattit les conditions pendant plusieurs jours ; enlin elle fut
(*) Mariana le nomme Itiilcacim-Mulch.
Ferreras dit que le parlementaire maure se nommait Iiicef-AlxMi-Comija. Il est probable qu’il y eut plusieurs négneialeurs du eolé des miisiilmaiis rumine du rùlé des chrétiens ; (ouïes res énouriations peuvent donc parraitement se concilier.
signée le 35 novembre 1491 ( 39 rauharrem 897 ).
Les Maures fanatiques,et il n’en manquait pas dans Grenade, prêchaient, comme ils l’avaient déjà fait à Malaga , que .Mahomet lui-mèine viendrait au secours de la ville, et qu’il exterminerait les assiégeants. A lin de contenter ceux qui étaient assez simples pour croire à ces promesses, on convint que si la ville n’était pas secourue dans 40 jours, elle serait livrée aux chrétiens. Ce terme expirait le 6 janvier 1492 (5 rabia l‘” 897).
Les principales conditions de ce traité furent que tous les captifs chrétiens seraient mis en liberté sans rançon ; que la ville de Grenade, ses portes, ses forteresses et ses tours, ainsi que les armes, seraient livrées aux chrétiens ; que les Maures conserveraient leurs maisons , leurs meubles et leurs propriétés rurales ; que le libre exercice de leur religion leur serait laissé ; que leurs procès seraient jugés d’après leurs lois, et par des juges de leur nation ; que ceux qui voudraient vendre leurs biens et se retirer en Afrique en seraient entièrement libres.
A l’égard d’Abu-abd-Allah-el-Chiquito, il fut convenu que le roi Ferdinand lui assignerait des terres et des vassaux dans les AIpuxarras , et que si au contraire il préférait quitter l’Espagne , on lui payerait en argent la valeur des seigneuries qui lui auraient été attribuées.
Quand les articles de la capitulation furent connus à Grenade, cette partie de la population , qui n’a d’énergie tie pour la révolte et pour le désorre, mais qui n’est bonne à rien quand il faut combattre l’ennemi, devint furieuse; elle était encore excitée par les fanatiques, dont les prédications annonçaient l’arrivée de Mahomet. Abuabd-Allah , craignant qu’ils ne fussent la cause de quelque désastre, prévint Ferdinand qu’il livrerait la ville avant le jour stipulé dans la capitulation.
En effet, le 2 janvier 1492 (l" rabia rior 897), les rois Ferdin.ind et Isaeile sortirent de Santafé, suivis d'une partie de leur armée , et se dirigèrent
vers Grenade. Le roi Abu-abd-AIlah sortit à leur rencontre à la tête de 50 cavaliers. En abordant Ferdinand , il voulut mettre pied à terre , comme l’avaient fait ceux de sa suite ; mais Ferdinand ne le souffrit pas. Le roi vaincu lui dit alors : Nous sommes en votre pouvoir; je vous remets le royaume. Allah le veut ! J’ai la con- Qance que vous userez de votre victoire avec clemence et avec générosité. Ensuite il lui présenta les clefs de la ville. Ferdinand l'embrassa et lui adressa quelques paroles de consolation.
Alors le comte de Tendilla, nommé gouverneur de la ville , y entra avec les troupes qui devaient en prendre possession. Il trouva les rues désertes: tous les habitants se tenaient renfermés dans leurs maisons. Dès que le comte fut entré à l'Alhambra , le cardinal de IMendoza , qui l'accompagnait, arbora la croix sur la tour (le Comarez. De leur côté, les comtes de Tendilla et de Cardenaz étaient montés sur d’autres tours , où ils plantèrent l’étendard du roi et la bannière de saint Jacques.
Dès que Ferdinaild et Isabelle, qui se tenaient hors de la ville avec le reste de l’armée, aperçurent la croix et les étendards arborés sur l’Alhambra , ils se mirent à genoux et rendirent grdces à Dieu.
Tandis que les chrétiens entraient dans Grenade, Abu-abd-AIlah se rendit auprès de la reine, et lui baisa la main. F'nsuite il prit congé de Ferdinand, et sans vouloir rentrer dans la ville, il jtartit pour l’exil avec sa famille qui l’attendait. Arrivé au sommet d’un coteau qui se trouve à peu de distance de Padul , et d’où l’on aperçoit encore Grenade , il se retourna , e”t en contemplant cette cité qu’il ne devait plus revoir , il ne put retenir ses larmes. Allah huakbarl!
Dieu est grand ! s’écria-t-il en poussant un profond soupir. Pleure-la maintenant comme une femme, lui dit sa mère , pui.sque tu n'as pas su la défendre comme un homme. Le triste souvenir du dernier adieu que ce malheureux prince adressait à son
royaume et à sa patrie , a fait donner à cet endroit le nom qu’il porte encore ; on l’appelle le Soupir (lu Maure. Abu-abd-AIlah se rendit avec sa famille à Purchena , dont la seigneurie lui avait été donnée, ainsi que celle d’Andarax , et de beaucoup d’autres villes dans les AIpuxarras. Mais ne pouvant vivre simple particulier là où il avait été roi , il vendit au roi pour 80,000 ducats d’or les seigneuries qui lui avaient été assurées, et il passa en Afrique avec sa famille dans le courant de l'année 1493. Là , ce prince infortuné, qui n’avait pas su mourir pour la défense de sa patrie et de son trône, se fit tuer en combattant pour un prince étranger.
Isabelle et Ferdinand ne mirent pas ce Jour-là le pied dans Grenade, ils retournèrent à Santafé; ils n’entrèrent dans leur conquête que le 6 janvier 1492 (.5 rallia prior897) (*). Ils firent aussitôt célébrer le sacrilice divin à l'Albambra, et ils remercièrent le Seigneur qui leur avait donné le moyen d’extirper la domination musulmane établie en Espagne depuis près de huit siècles.
DE d’architecture CHEZ I.ES MADRES d'eS-
TAGME. MOItHAIE MOZARABE d'aD-
pnoivse VIII.— LA uiRAi.nA. — l’alcazar
DE .SEVILLE, I.*ALBA1IBHA. TRADI-