‹ Espagne (volume 2)Chapitre 66 sur 70 · FOUR CISELER LES METAUX. — ARMES EM · texte numérisé non relu

FOUR CISELER LES METAUX. — ARMES EM

floyées par les maures.

La domination des Maures en Espagne a duré si longtemps qu’on retrouve partout , dans ce pays, les traces de leur passage. On y rencontre une foule d’usages qui trahissent une origine tout orientale. A Séville, à Cordoue , à Grenade , et surtout dans le royaume de Valence, on dirait que l’empire des Arabes n’a cessé (jue d’hier. Les immenses travaux qu’ils ont exécutés pour l’irrigation des ter-

(*) Mariana indique le 8 rabia ; c'eit une erreur.

L’UNIVERS

res , les canaui qu’ils ont creusés avec tant d’industrie pour la distribution des eaux , font encore la richesse des pays qu’ils ont cultivés. Les édifices qu’ils ont construits restent aussi comme de précieux témoignages des progrès qu’ils avaient faits dans les arts , et causent l’étonnement des voyageurs. On chercherait en vain dans quelque autre contrée des monuments de cette architecture qui est née et qui est morte en Espagne ; qui n’a point eu de modèle, et qui n’a pas laissé d’imitateurs. Il semble qu’Abdel-Rahman, en fondant un empire séparé de celui des Abassides, ait voulu oublier toutes les traditions du passé.

Il a créé un genre d’architecture nouveau, comme il créait un nouveau royaume. Il voulait construire un temple qui ne le cédât en magnificence ni aux plus belles églises de la chrétienté, ni aux mosquées élevées par les califes de Bagdad. Cependant l’art de suspendre dans l’espace ces voûtes immenses qui donnent à nos basiliques tant de grandeur et tant de majesté n’a jamais été connu des Maures. Pour construire un édifice d’une grande étendue , où la foule des croyants pût se rassembler afin de prier en commun, il en soutint le toit a l’aide de plus de mille colonnes. Il y répandit la lumière en le couvrant d’une multitude de petites coupoles ue les Arabes appelaient des moitiés ’orange ( înedias nararjas ) , et qui donnent à cette construction un air de famille avec les édifices de l’Asie. C’était pour Abd-el-Rahman une réminiscence de son pays. Cette mosquée de Cordone {*) , qu’il a commencée, et que son fils Hescham a finie, forme le premier type de l’architecture mauresque. Elle en a déjà tous les défauts, elle en révèle toutes les beautés. Ce qu’on peut reprocher le plus souvent à l’architecture mauresque, c’est une grande lourdeur dans l’ensemble des monuments; mais il est Juste d’ajouter que cette lourdeur ne la

(*) Elle a déjà élé décrite, p. i56. Voir

auMÎ les gravures 14, li, 16 et 17.

masse est presque toujours rachetée par des détails d’une légèreté , d’une délicatesse, d’une grâce exquise. On peut dire que les Maures d’Espagne se sont montrés médiocres architectes, mais excellents décorateurs. Les murs extérieurs de leurs monuments sont entièrement plats. Rien n’y vient interrompre la monotonie de la ligne droite; on n’y voit aucun relief, aucune corniche. Ils ne savent pas dessiner un profil. Voyez l’extérieur de la mosquée de Cordoue (*), la tour de Comarès (**) , l’entrée de l’Alhainbra(*»), la porte du Jugement ('*), le portail et la vue du Généralif (*^), et la Giralda (*5) elle-même, depuis le bas jusqu’au couronnement ajouté par les chrétiens ; touty est plat. Aussi, lorsque le tem ps ou la main de l’homine a fait disparaître ces revêtements de stuc aux brillantes couleurs, cette broderie de légères arabesques dont les murs sont incrustés, leurs constructions ne présentent le plus souvent, a rextérieur,qu’un lourd amasde murailles. Le palais de l’inquisition de Cordoue qui fut autrefois l’alcazar des souverains de cette ville, a l’aspect d’une vieille forteresse; encore n’y trouverez-vous pas la grâce de nos manoirs du moyen âge. Les créneaux qui surmontent les constructions mauresques ne forment aucune saillie sur le profil du mur. Ils sont rangés sur son sommet comme les dents d’une scie. Au contraire, dans les fortifications chrétiennes de cette époque, les créneaux étaient placés on encorbellement ; cette disposition était préférable. Des jours pratiqués de haut en bas dans la partie du créneau qui se trouvait en saillie permettaient aux assiégés de voir le pied du mur sans se découvrir, et de mire pleuvoir parla les projectiles sur les ennemis.

Pour le coup d’œil , cette espèce de

(*) Planche 14.

Ù'i) PI. 35 et 33.

Çal(»rie qui entourait le sommet des éjifices n’était pas moins préférable.

Regardez l’alcazarde Ségovie(*), paré de son élégante couronne de tourelles et de créneaux, et décidez s’il n’est pas cent fois plus gracieux que l’extérieur de tous les monuments arabes.

Les Maures employaient quelquefois, dans leurs constructions, des pierres de taille et des moellons. Quelquefois aussi ils mettaient alternativement des couches de béton et des couches de pierre. Cependant il n’existe que peu d’exemples de ce genre de maçonnerie. On en voitqnelqncs ruines dans les environs de Grenade; mais comme elles sont très-rares, et qu’elles remontent à une haute antiquité, beaucoup de personnes les ont attribuées aux Phéniciens.

T.e procédé que les Maures employaient le plus souvent consistait à fabriquer un ciment auquel ils mêlaient du gravier et de gros cailloux ronds ; ils versaient ce mortier entre des planches éloignées l'une de l’autre, de manière à laisser entre elles l’épaisseur du mur qu’ils voulaient bAlir.

Quand ce béton s’était solidifié, ils fabriquaient une autre assise, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à la hauteur qu’ils désiraient atteindre. C’est de cette manière qu’ont été élevés presque tous les bâtiments de l’Alhambra et de l’alcazar de Séville. Avec le temps, ce ciment a acquis une excessive dureté. Dans beaucoup d’endroits, il est recouvert d’un enduit très -fin, et quelquefois d’un stuc si merveilleusement composé, que plusieurs siècles n’ont pu en ternir l’éclat, ni en altérer les couleurs.

Les Maures ne donnaient que rarement une forme circulaire à leurs constructions. Presque toutes leurs tours sont carrées. On doit considérer comme des exceptions quelques tours octogones qui leur sont attribuées.

Ces exceptions sont rares , et ces monuments sont mozzarabes plutôt que mauresques ; ainsi les tours qui flanquent la porte des Serranos a Valen-

ce (*), ont été commencées par Pedro le Cérémonieux en 1349, c’est-à-dire cent ans après que les Maures avaient été chassés de Valence.

Les mêmes observations peuvent s’appliquer à la jolie tour de l’église de Saint-Nicolas de Cordoue (**); ni sa forme, ni la galerie qui la couronne ne permettent de la regarder comme une construction entièrement mauresque ; cette tour est probablement un ancien minaret dont l’aspect et la forme ont été considérablement changés par les travaux qu’on y a faits depuis la conquête de Cordoue. Si vous trouvez un monument de forme circulaire, à moins que vous n'ayez des preuves bien claires et bien concluantes de son origine, ne l’attribuez pas à des architectes maures. Ainsi, je penserais volontiers que la construction en forme de demi-lune qui se trouve en avant de la porte principale de l’A- Ihanibra (*>), est de construction chrétienne.

Les monuments mauresques ne portent pas tous également empreint le cachet de leur origine. Le style des constructions arabes s’est modifié suivant le temps, suivant les lieux où les constructions ont été élevées. Comparez les bains mauresques (*^) qui existent dans le couvent de Tordesillas , le cloître qui précède la mosquée de Cordoue (**) , et le jardin entouré d’arcades qui dépend du Généralif (*^).

Ces trois monuments ont la même disposition : ce sont des cours ou des jardins entourés d’arcades. Cependant voyez quelle différence dans l’exécution. A Tordesillas, sur les bords du Duero, dans le royaume de Léon, où la domination arabe a pénétré , mais où elle a duré moins longtemps, où elle a exercé une influence moins profonde et moins durable que dans le midi de la Péninsule, cette architecture s’est presque confondue avec celle

n PI. 44.

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