DE SAINT JACQUES, RÉVOLTE ET DES
TRUCTION d’un FAUBOURG DE CORDOUE.
Les frères d’Hescham n'avaient pas entièrement renoncé a l’espoir de se saisir un jour du pouvoir; et, quand ils le virent tomber en de si jeunes mains , ils pensèrent qu’ils auraient peu d’efforts à faire pour s’en emparer. Cependant , pour rendre plus certain le succès de leur entreprise , ils convinrent qu’Abdallah, qui était à Valence , se rendrait en France pour solliciter l’appui de Charlemagne, tandis que Soleiman, réfugié en Afrique, y rassemblerait une année pour passer en Espagne. Charlemagne s’empressa d’accueillir la demande qui lui était adressée. Abdallah revint donc à Valence pour exciter le dévouement des partisans (ju’il avait dans ce pays.
De son côte, SoleTman, qui avait déjà réuni une armée, passa en Espagne, et les deux frères, ayant réuni leurs forces , marchèrent rapidement vers Tolède , dont ils s’emparèrent. En même temps une armée framyiise était entrée en Catalogne. Elle avait repris Gironne, Pampelunc et Lérida. Un chef arabe nommé Zeid , profitant de la terreur causée par cette invasion nouvelle , s’empara du pouvoir à Barcelone, et se reconnut vassal du roi d’Aquitaine, Louis le Débonnaire, auquel, toutefois , il n’ouvrit pas les portes de la ville.
Al-Hakem rassembla promptement ses troupes et eourut où le danger lui parut le plus pressant. L’invasion de la frontière lui sembla encore plus menaçante que la tentative de ses ondes. Il laissa donc seulement devant
Tolède un corps de troupes sous le commandement d'Amrou, ca'id de Talavera , dont la fidélité lui était connue, et il se porta lui-mème en Catalogne. Il eut dans plusieurs rencontres l’avantage contieies Français, reprit presque toutes les villes qui étaient entre leurs mains, et revint à la tête de son armée victorieuse pour attaquer celle desesoncles.il leur livra plusieurs combats, qui d’abord n’eurent rien de décisif; ensuite il parvint à les repousser Jusque dans le midi de l'Espagne.
Enfin Anirou , après un long siège , s'étant emparé de Tolède, y laissa son fils pour gouverneur, et vint à la tête de son armée rejoindre Al-Hakem.
Alors la guerre fut poussée avec plus de vigueur ; les armées se rencontrèrent , et Soleiman fut tué dans le combat d'un coup de flèche qui lui traversa la gorge. Cette mort jeta le desordre parmi les siens, et bientôt son parti fut mis en déroute. Abdallah , fugitif, se retira à Valence, d’où il envoya sa soumission à son neveu.
Celui-ci lui fit bon accueil : il demanda seulement que les deux fils d'Abdallah lui fussent donnés pour otages. Au reste, il traita ses jeunes cousins avec bonté : il donna même sa propre sœur Kinsa pour femme aEsbaah, l’alné d’entre eux.
Al-Hakem cependant n’en avait pas fini avec tous ses ennemis. I.es Français repomsses un instant par lui avaient de nouveau envahi les Marches de la Catalogne : ils avaient repris Cardone , Casera , Ausone , dont ils relevaient les fortifications.
Ils s'appliquaient à repeupler toutes ces villes; mais, quels que fussent leurs efforts, ils ne purent jamais rendre à la dernière de ces cités son ancienne prospérité. Elle prit le nom de Vicus- Ausona ; le premier de ces deux mots est seul resté, et il a formé le nom de Vieil , qu’elle conserve encore. Le roi d’Aquitaine, après s’étre ainsi établi solidement au pied des Pyrénées orientales , résolut de s'emparer de Barcelone, car Zeid (*) , qui, comme
(*) Ferreras le nomme Zade. Ermoldus Nigellus, dans son poème sur les exploits et
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nous l’avons vu, lui en avait fait hommage, avait refusé de la lui livrer en réalité. Au commencement de l’année 801 , il réunit une armée nombreuse, et la partagea en trois divisions : l’une, sous les ordres du comte Guillaume de Toulouse, tenait la campagne pour empêcher Al-Hakem de venir secourir la ville ; l’autre , sous les ordres du comte de Rostaing, faisait le siège; enfin la troisième , sous le commandement de Louis lui-même, était restée sur la frontière, prête à se porter du côté où quelque danger se présenterait. Les Arabes firent une seule tentative pour délivrer la ville; mais ayant appris que le comte de Toulouse venait au-devant d’eux avec des forces supérieures, ils se retirèrent, et le corps d’année commandé par Guillaume put venir se réunir à celui qui déjà pressait la ville. Des assauts étaient chaque jour donnés à la place. Les avenues surtout en étaient si étroitement gardées, que la disette s’y fit bientôt sentir; elle fut telle, disent quelques écrivains, que les habitants furent réduits à se nourrir de vieux cuirs et de courroies. On doit douter cependant qu’une semblable famine ait pu avoir heu dans une ville qui conservait libres ses communications par mer, car les Français n’avaient pas de flotte dans ces parages. Quoi qu’il en soit, les habitants se défendaient vaillamment ; et comme l’arrière-saison approchait, ils espéraient que l’hiver forcerait les assiégeants à se retirer. Mais le découragement commença à s’emparer d’eux quand ils virent que dans le camp on s’occupait à consolider les baraques construites d’abord assez légèrement, et qu’on travaillait à les transformer en des habitations plus durables, à boucher avec de fétoupe les joints des planches dont ces abris étalent formés, à les enduire de poix et de goudron pour les rendre impénétrables au vent et à la pluie. Enfin, dit-on, le gouverneur de Barcelone, Zeïd, prit le parti d’aller lui- même auprès de
la vie de T.ouis le Débonnaire le nomme Zeïdoun.
Âl-Hakem pour solliciter des secours; il confia le soin de la défense à Ornais son frère , et, pendant une nuit obscure , il s’efforça de traverser le camp français. Mais, trahi par les hennissements de son cheval , il tomba entre les mains des assiégeants, qui l'envoyèrent à Charlemagne. Ce souverain" le reçut très- mal et le condamna à l’exil. Les généraux français connaissant les cruelles extrémités* auxquelles la place était réduite, en donnèrent avis au roi Louis, et sur-le-champ celui-ci accourut à la tête, des troupes qu’il avait conservées. Cet accroissement dans les forces des assiégeants ne décida pas encore Barcelone à se rendre. Cependant on était parvenu à faire quelques brèches aux remparts. Pendant six semaines on ne cessa de donner des assauts; enfin, pendant un de ces combats, un trait que Louis avait luimême lancé , vint s’enfoncer jusqu’à la hampe dans un bloc de marbre , et les Maures émerveillés de ce miracle se déterminèrent à capituler. Ce dernier fait, il faut le dire, nous a grandement l’aird'iinelicence poétique dont Ermoldus Nigellus a embelli le récit
?|u’il écrivait en vers latins des hauts aits de Louis le Pieux. Quoi qu’il en soit, la ville se rendit, et la garnison, traitée honorablement, eut la faculté de se retirer avec armes et bagages où bon lui semblerait. Les portes "furent livrées, et, le lendemain, Louis alla remercier Dieu dans l’antique église de Sainte-Croix. Les Arabes en avaient fait une mosquée; les vainqueurs la rendirent à sa première destination.
Ce désastre ne fut pas le seul que cette année les Maures eurent à délorer. L’armée qu’ils avaient rassemlée à Saragosse, pour aller au secours de Barcelone, n'ayant pas osé attaquer Guillaume de Toulouse, remonta l'Èbre et courut se jeter sur les États d’Alphonse, avec l’espoir de s’y venger des pertes qu'ils éprouvaient dans la Catalogne; mais la aussi la fortune leur fut contraire : ils furent battus et contraints à prendre la fuite.
La victoire d’Alphonse fut suivie
d'un de CCS événements qn'on a peine à s'expliquer. Une révolte éclata parmi ses sujets. Le roi fut renfermé dans un couvent par les conjurés ; mais , après peu de temps, il lut ilélivré par quelques seigneurs qui lui étaient restés Gdèles, sans que cette révolution d’un moment ait laissé d'autres souvenirs dans l'histoire.
Louis, après avoir créé Sera comte de Barcelone, continua ses conquêtes. Il eut peu de peine à s’emparer de Tarraîone, dont les murailles avaient été minées; il n’en fut pas de même de Tortose. Ferreras dit qu’il s’en r.’ndit maître ; cela u’est pas probable, et, dans tous les cas , s’il parvint à y pénétrer, il ne put s'y maintenir, car, à peu de temps de là , on la retrouve au pouvoir d’AI-Hakem. Ce prince, qui s’était montré si lent à venir au secours de Barcelone , ne laissa pas cependant les Français s'établir sans contestation sur le versant méridional des Pyrénées. Il avait réuni à Sarngo.sse une armée nombreuse, avait repris Painpelune et Iluesca. Tout le pays entre l’Èbre et les Pyrénées fut dévasté par les armées franc.iise oti musulmane. Pendant qu’Al-Hakem combatlait ainsi à la frontière, il appritque lesliabitants deTolède s'étaient révoltés contr« le fils d’Amrou, leur gouverneur. Amrou fut lui même chargé d’aller rétablir l’ordre, et, à son arrivée, les troubles cessèrent. Mais Amrou n’en conserva pas moins un vif ressentiment contre les principaux citoyens qui avaient pris part à ce soulèvement, et il ne tarda pas à le prouver par une action atroce. Le jeune Abd-el-Rahman, fils d’Al-Hauem, conduisait à la frontière un corps de cinq mille hommes , et les habitants delà ville, à l'instigation de leur gouverneur, engagèrent le üls de leur émir à se reposer dans leur ville. Abd-el- Rahman y consentit. Sa présence seryit de prétexte à Amrou pour convier à un repas les principaux habitants de la ville, puis, à mesure qu’ils se rendaient à cette invitation, on les saisissait, on les entraînait dans une chambre souterraine, où ils étaient
11' Livraison. (Espagîie.)
décapités , et leurs corps étaient jetés dans une fosse profonde que l’on avait creusée d’avance. Quatre cents des plus notables habitants furent, dit- on, ainsi sacrifiés, et les quatre cents têtes furent le lendemain montrées au peuple, qui resta frappé de stupeur.
Cependant la guerre se continuait entre l’Èbre et les Pyrénées sans avantage bien marqué de part ni d’autre.
Pendant deux années successives , les Français vinrent mettre inutilement le siège devant Tortose. Vers la fin de 810, les Arabes, fatigués de In rude guerre que leur faisaient les Français, se déterminèrent à demander la paix à Ch.arlemagne. Quelques auteurs pensent qu’elle fut conclue en cette année; mais il paraît plus probable qu’il n'y eut encore que des projets d’arrangement, car, au printemps .«uivant, une nouvelle tentative fut dirigée contre Tortose, dont celte fois le gouverneur se reconnut vassal du roi Louis.
Enfin, en 812, ce prince coniluisit une e.xpédition dans la Navarre en franchissant les défilés de Roncevau.v.
Après être restée quelque temps dans le pays, cette armee reprit le chemin par l'enuel elle était venue. Mais pour éviter les dangers de ce passage qui , trente-quatre ans auparavant, avait été si funeste à l’arrière-garde de son
fière, il eut recours à un expédient qui ui réussit parfaitement. Il battit les vallées hautes des Pyrénées , y enleva les femmes et les enfants des montagnards, et fit marcher ces otages dans les rangs de ses soldats jusqu’à ce que l’armée fût arrivée dans un pays où elle n’avait plus d’embfiches à craindre.
Mariana place , mais à tort, en cette année le désastre éprouvé en 778 , par l’arrière - garde de Charlemagne. Il mêle à son récit les hauts fait.s de Bernard del Carpio , que tous les critiques considèrent comme un héros purement imaginaire. Quoique ces aventures ne doivent être regardées que comme un roman agréable, cependant elles sont tellement célèbres en Espagne, que lorsqu’on veut peindre le pays, il n’est pas permis de les passer sous silence.
On se rappelle qu’en 757 Froïla, qui venait d'être élu roi à la place d’Alphonse le Catholique , avait porté la guerre en Navarre. Il y avait rencontré Monime, fille d’Eudes, duc d’Aquitaine (*). Épris de sa beauté, il l’avait choisie pour épouse. Il en avait eu deux entants de caractères bien différents. L’un était Alphonse, dont la femme, dit-on, mourut vierge, et auquel l’histoirea donné le nom de Chaste. L’autre était Ximena, dont on traduit le nom par le mot de Chimène. Tous deux étaient encore bien jeunes lorsque leur père expia, par sa mort, le crime qu’il avait commis en poignardant son frère. Le trône était passé entre les mains d’Aurèle, puis de Silo, de Maurégat et de Bermude; mais, avec le temps, Alphonse, à son tour, avait été élu roi. Avec le temps aussi , Chimène était devenue aussi belle que l’avait été sa mère. Un des plus vaillants chevaliers de la cour de son frère, Sancho Dias, comte de Saldana, lui avait inspiré de l’amour. L’infante et son amant , effrayés par le caractère sévère d’Alphonse , n’avaient osé s’unir qu’en secret. Cette alliance, néanmoins, ne put rester longtemps cachée. La naissance d’un fils vint la révéler au roi , qui , plein de courroux , fit enfermer sa sœur dans un couvent de religieuses. 11 ordonna d’arrêter le comte de Saldana , qui , d’après ses ordres, venait pour lui baiser la main, de le charger de chaînes et de le jeter dans une des prisons du château de Luna. Quant au jeune infant, auquel on avait donné le nom de Bernard, il n'était pas coupable de la faute de ses parents ; soigneusement élevé par les soins d’Alphonse, il devint bientôt un chevalier accompli , digne en tout point de sa noble origine. Cependant il ne la connaissait pas. Le roi avait fait jurer à tous ses chevaliers de ne jamais révéler à Bernard le secret de sa naissance ou le sort de son père;
(’) Celte parenté avec Eudes est fort douteuses La charte d’Alaon , dont nous avons déjà parlé, ne fait aucune menlluii de cette prétendue fille du duc d’Aquitaine.
mais il avait oublié d’exiger le même serment des dames , et une d’entre elles apprit au jeune héros tout ce qu'on voulait lui cacher. Bernard prit alors des vêtements de deuil et alla se jeter aux pieds du roi pour lui demander la liberté de son père. Mais Alphonse le repousa avec colère. » J'ai juré, lui dit-il , que de sa vie votre père ne vous verrait, et je garderai mon serment. »
Bernard espérait qu’à force de bons services et de vaillance il contraindrait le roi à céder à ses prières. Il se montra le plus brave de tous les chevaliers espagnols. A chaque service qu’il rendait, il demandait la même grâce qui lui était toujours refusée; cependant , avec un dévouement inépuisable, il recommençait à servir le roi, croyant toujours qu’il parviendrait à fléchir son ressentiment. Il n’y avait pas de combat , pas de tournoi où Bernard ne méritât d’être a|ielé le meilleur chevalier. Dans une ataille, les Maures ayant tué le cheval d’Alphonse, ce prince se trouvait en grand danger de mort. Bernard vint l’arracher aux mains des ennemis et lui donna son propre coursier.
Enfin, Alfihonse, accablé par l’âge et fatigué par les guerres éternelles qu’il avait à soutenir contre les Maures , et se voyant san.s héritier, offrit son royaume à Charlemagne, s’il voulait venir l’aidera chasser entièrement les ennemis de la foi. La noblesse d’Espagne fut révoltée de cette proposition et Bernard fut chargé de faire des représentations au roi , qui se vit contraint de retirer sa parole. Mais déjà Charlemagne était en marche. Alors les Espagnols se réunirent sous la conduite de Bernard del Carpio, attaquèrent l’armée française dans le défilé de Boucevaux, et Bernard tua de sa propre main le fameux Roland.
■Tant de services n’ayant pu toucher le roi, Bernard del Carpio se retira dans son château et commença à faire une guerre acharnée à son souverain.
Pour obtenir la paix, Alphonse consentit à lui rendre son père. Il accomplit sa parole, dit le Ronaancero, et
ce fut encore une tromperie, car il ordonna qu’on ne mît le comte de Saldana en liberté qu’après lui avoir crevé les yeux.
Mariana raconte différemment le dénodment de cette histoire. Bernard continua à servir l’Etat pendant deux règnes , ceux de Ramire et d’Ordofio.
Sous Alphonse le Grand, il présenta de nouveau sa demande au roi; mais celui-ci lui ayant répondu que ce serait une offense à la majesté royale de revenir sur une décision prise par ses prédécesseurs, Bernard éleva, à quelues lieues de Salamanque, le château el Car[)io, d’où il a reçu son nom. Il se mit à courir les terrés du roi , enlevant les troupeaux et faisant tous les donunages possibles. Effrayé, de ses ravages , le roi réunit les grands à Salamanque pour les consulter. Tous furent a’avis qu’il fallait accorder à Bernardo del Carpio sa demande , pourvu qu’il livrât auparavant son château. Bernard fit ce qu’on exigeait; mais quand on alla pour mettre son père en liberté, on le trouva mort de vieillesse dans la prison où il était renfermé. Mariana ajoute que de son temps on voyait à Aguilar del Campo un tombeau qn’on pensait être celui de Bernardo ilel Carpio. Il n’est pas besoin de répéter que, pour nous, tout ce récit n’est qu’un roman rempli d’invraisemblances et d’impossibilités (*).
(*) D’al>ord il n'est nullement prouvé qu’Alpbonse le Cli.isic ait eu une sœur; mais si cette sœur a existé, comme son père ne s’élait pas marié avant rannee 707, elle pouvait tout an plus avoir ao ans lors de la mort de Roland arrivée en 77.S. A supposer qu'elle eût conçu à la ans, elle ii’aurail pu en 778 avoir qu’un lits de sept ans, qui se serait trouvé nn peu jeune pour eomhallre le plus vaill.ani des douze pairs de (iharlemagiie. Aussi Mariana, poiirreiidre ce roiiiaii pussihle. reculc-l-il la halatlle dcRoiirevaux de 34 ans; c’est nue licence plus hardie encore que csdies d’Eriiioldiis ^îigellus.
Mariana fait vivre le comte .Saricho de Saldafia Jusqu’à 874. Ce comte devait avoir au moins l’ége de sa femme, s’il u’élait pas aon aiué. Or le pere de Cliimène é:aiit mort en 76S , le comte Sancho aurait eu en 874
Il faut revenir maintenant à des faits pins sérieux et plus certains. Sans le secours fabuleux de Bernard, Alphonse remporta des avantages continuels contre les Maures. Mais, parmi les événements de ce règne, il en est un surtout qui eut sur le sort de l’Espagne la plus active influence : c’est la découverte du corps de saint Jacques, fils de Zébédée. Voici comment elle est racontée dans la chronique de Compostelle écrite, au commencement du douzième siècle , par les évêques de Porto et de Mondonedo :
« Dans le lieu où est aujourd’hui bâtie l’église de Saint-Jacques, au royaume de Galice, sur l’ancien diocèse d'Iria Flavia, nommé à présent F.l-Padron, il y avait un bois épais, sur lequel plusieurs personnes, dignes et respectables par leur sainteté , assurent que l'on voyait, toutes les nuits , descendre du ciel des lumières et des anges. Tbéodomir , personnage très-recommandable, qui occupait le siège d’Iria Flavia , en ayant été informé, voulut, par lui-même, examiner la cliose et s’assurer de la vérité. 11 se transporta une nuit près de ce lieu , et il vit de ses propres yeux tout ce qu’on lui avait raconté, il fit sur-le-cliamp abattre le bois par quelques personnes pieuses qu'il avait amené 's avec lui, et il trouva un petit ermitage où était le tombeau qui renfermait le corps du glorieux apôtre.
C’est ainsi que Dieu révéla l’existence de ces restes précieux au saint évêque
an moins 106 ans, ce qui est une assez belle vieillesse. On s’étonne à cet âge de le trouver moi t dans sa prison ; il n'y a cependant pas de quoi rester surpris. Mais au milieu de looirs ces iiivraiseinlilances, le romancero de Bernardo del Carpio a de fort belles strophes, très - patriotiques , et qui , pcnilanl la guerre de 1808, se trouvèrent daus la bouche de tous les F.spagaals :
£1 Francei ba por Tenhira
Esta licrra conquÎAlado ?
Victoria sin sanj^re qtdere?
Mol inieiilras U-ngiuios tnanoi.
Le Frantjais par hasard a-l-il conquis cetle terre? Veut-il la victoire sans qu’elle lui coûte de sang P Nod 1 tant que nous aurons des bras.
L'UNIVERS
Théodomir et à un dij^ne ermite, appelé Pélage , qui vivait dans ces montagnes, en grande opinion de sainteté.
Depuis ce moment la puissance suprême a prouvé par des miracles continuels la gloire du fils de Zébédée. » Théodomir, charmé d’une si heureuse découverte , en donna siir-lechanip avis au roi Alphonse, lui faisant part de toutes les circonstances de cet événement. Le roi accourut aussitôt au lieu où était le corps du saint apôtre , et , après avoir vénéré ses précieuses reliques, il fit bâtir au même endroit une église qui fut faite à la hâte et de simple brique, pour ne point arrêter la dévotion des fidèles ui s’y rendaient en foule, par envie 'honorer ce corps glorieux. C’est en l’année 808 , et du temps de Charlemagne, que cette decouverte eut lieu.
Le roi Alphonse, transporté de joie d’avoir dans ses États un trésor d’un si grand prix , s’occupa de ranimer le culte du patron de l'Espagne ; et, après en avoir obtenu la pennission du pape, il transféra le siège épiscopal d’Iria Flavia à la nouvelle église qu’il venait de fonder. Ce lieu prit par la suite le nom de Compostelie, par corruption, dit-on, des mots Ciacom Postoto, Jacques l’apôtre.
Les effets politiques de cette découverte ne se firent pas attendre, et quand, en 812, Alphonse appela les Galiciens pour faire la guerre aux in- Odèles, il les trouva tout brdlai.tsd’un nouveau zèle pour la religion. C’est à leur tête que, le premier depuis l’invasion des Maures, il pénétra dans la Lusitanie. Lorsqu’en 813 Al-Hakem vint pour ravager ses États, les Galiciens étaient encore au nombre des combattants, et la victoire fut si sanglante, ue le roi maure , épuisé par tant de éfaitps, se détermina à demander une trêve.
Al-Hakem prolita de la paix pour appeler auprès de lui les principaux chefs de la nation, alin de leur faire reconnaître d'avance pour émir Abd el-Rahman , comme son père l’avait fait reconnailre lui -même. Au reste, depuis longtemps déjà Abd-el-Rahman était
chargé du gouvernement de l’Espagne orientale. Quanta Al-Hakem, bien que la paix régnât dans l’intérieur de son royaume, il avwt sans cesse quelques mécontents à punir, quelques murmures à étouffer. La longueur, la gravité des 'guerres qu’il lui avait fallu soutenir, l’avaient mis dans la nécessité de surcharger le peuple d’impôts; aussi ne se passait-il pas de Jour qu’il n’eût à signer quelque condamnation à mort pour réprimer ce qu’il appelait des rébellions.
Al Hakem est le prender, parmi les princes maures d’Espagne , qui , pour assurer en tout temps le maintien de son autorité, ait conservé un corps armé permanent. Il avait notamment une troupe de trois mille cavaliers étrangers, qui lui servaient de gardes du corps , et qui faisaient le service du palais. Ils portaient l’écu, la masse d’armes et l’épée à deux mains. Pour subvenir à l’entretien de cette troupe, il avait mis un droit nouveau sur les marchandises. On ne put en effectuer que difficilement la perception. Il se trouva des individus qui refusèrent de payer. Al-Hakem en fit saisir dix qu’il condamna à être cloués à des poteaux plantés le long du Guadalquivir.
Au Jour indiqué pour le supplice, une collision éc lata entre les habitants du faubourg méridional de Cordoue et la garde de la ville. Les soldats furent poursuivis par le peuple en furie Jusqu’à la porte du palais; alors Al-Ua- Kem, pour châtier cette émeute, fit sortir ses cavaliers étrangers, qui tuèrent beaucoup de inonde , refoulèrent tous les révoltés dans le faubourg. Il tomba entre leurs mains trois cents prisonniers qu’Al-Ilakem fit clouer vivants à des poteaux rangés en file le long du fleuve. Ensuite il abandonna pendant trois Jours le faubourg au pillage de ses troupes; et, après ce pillage, il le lit raser, et bannit impitoyablement tous ceux qui l’habitaient.
Quinze mille de ces malheureux passèrent en Afrique. Huit mille d’entre eux, accueillis par Edris ben-Edris, se fixèrent dans la ville de Fez. Les autres , augmentés de tous les aven-
luriers qu’ils rencontrèrent dans leur marche, suivirent le littoral de l’Afrique, arrivèrent en Éavpte, et, après avoir pillé à leur tour la ville d'Alexandrie , où l'on avait refusé de les recevoir, passèrent dans l'île de Crète, où ils s’établirent.
Os exécutions sanglantes valurent à Al-Hakem le surnom de /tboul-Assi, le Père du mal. Depuis le carnage du faubourg , l’émir était tombé dans un état de maladie étrange; il était attaqué d’une fièvre qui le minait sans re- Idclie. Il était pâle et décharné. Par moment , il semblait avoir devant les veux des gens qui combattaient. Il entendait le cliquetis des armes, les cris et les gémissements de gens qu’on égorgeait. Lorsqu’il était seul, il était saisi de frayeurs subites. Il fuyait dans les salles, sur les terrasses de son palais, appelant ses esclaves, ses gardes.
Enfin, dans le courant de l’année 207 de l’hégire (822 de J. C.), il mourut dévoré par ses terreurs et par ses remords.
>BD-EI.-IIAHHÀI< II EST mOCLAUÉ ÉMIR.
ABD-ALLAH I.OI lïISrCTE I.E POUVOIR.
1ICVAS10N nés frabçais dans i.a havarre.
IÏOÜVEI.I.E DÉFAITE DE ROSCEVAUX.
MORT DE SAKCHO GARCIA. PREMIER Ilf-