SUCCÈDE. BATAILLE DE CI.AVUO
De même que son père et que son aïeul, Al)d-el-Rahman , en montant sur le trône, eut à défendre ses droits contre les prétentions du vieil Abd- A Hall, son oncle. Celui-ci, quoiqu’il fût déjà plus qu’octogénaire, passa d’Afrique en Espagne, à la tête d’une armée ; mais , battu plusieurs fois par son neveu et assiégé dans Valence, il se décida à lui envoyer sa soumission.
Les Catalans, de leur côté, profitèrent de cette occasion pour faire des incursions sur le territoire des Maures.
Abd-el-Ualiman, à la tête de l'armée qsii venait de vaincre Abd-Allah, se mit en marche pour aller repousser les chrétiens; il s'empara d’Urgel, et même, disent les historiens arabes, de Barcelone elle -même, quoique
cela soit hors de toute vraisemblance.
Depuis deux année.s déjà, le commandement de cetle ville avait été confié au comte Bernard. Ce brave guerrier n'eût pas laissé emporter aussi rapidement une place qui avait résisté si longtemps aux armes des Français , et, d’ailleurs, il est constant qu’il resta, sans interruption, gouverneur Jusqu’à l’année 832. On ne sait si ce furent ces succès des Maures, ou quelque autre motif, dont les auteurs contemporains ne nous donnent pas connaissance , ui , en 823, seconde année du règne ’Abd-el-Baliman , déterminèrent le roi de France à envoyer une année dans la Navarre. Les chrétiensde cette partie de l’Espagne, pour repousser cet ennemi, qu’ils redoutaient bien plus encore que les Maures, firent alliance avec Abd-el-Bahman. Fortuno- Garcia , fils de Garci-Iniguez , après avoir régné depuis 802 jusqu’en 815, était mort, laissant pour successeur son fils Sanclio-Garcia. C’est ce prince qui régnait alors et qui s’unit à Abdel-Bahman. L’armée des Français, commandée par Ebles et Aznar, pénétra en Navarre. Ce qu’elle y fit, l’histoire ne le dit pas. Riais elle y resta peu de temps. Attaquée, à son retour, dans les défilés de Boncevaux, elle fut entièment détruite, et les deux généraux qui la commandaient, Ebles et Aznar, f^iirent faits prisonniers. Ebles entra dans la part de butin réservée à l’émir. Aznar, au contraire, étant tombé en partage aux chrétiens, fut épargné par eux à raison, dit un clirnniqueur français , des liens de parenté qui Punissaient aux vainqueurs {*). L’auteur s’exprime trop laconiquement pour qu’on puisse en conclure quelle était cette affinité de sang. Cependant, s'il était permis de tirer la moindre conséquence d’une similitude do noms, on pourrait penser qu'il était de la famille de cet Aznar, qui , nu temps du roi Garci-Iniguez , avait gagné la ville de Jaca, et dont le petit-fils, Ximeno-
(*) Asenario vero , (aiiqiiam qui eos affinitale sanguini.s tangeret , pepercerunt.
L'anonyme astronome.
L’UNIVERS
Aznar, était alors comte d’Aragon (*).
'Jamais la domination française ne s’établit d’une manière serieiise dans la Navarre, la Biscaye, l’Aragon et le pays de Sobrarbe. Elle ne defiieura assise d’une manière plus solide au pied de la partie orientale des Pyiénées qu’en s’appuyant sur la grande quantité de Gotbs qui s'y trouvaient réunis. Cette province était celle que les Gotbs avaient d’abord occupée- C’était aussi celle où il en restait davantage. Aussi prétend -on que le nom de Gothfanrfou Cof/ia-/«;irf/a, terre des Gotbs, lui a été donné , et c’est de la corruption de ces mots que sont venus ceux de Catalans et de Cataluna. Ces anciens dominateurs du pays, dans les endroits où ils se trouvaient resserrés, songeaient alors à se rendre indépendants. Ils supportaient avec une égale impatience la domination des Francs et celle des Arabes. Ils avaient fait déjà quelquestentatives pour atteindre ce but. Le premier gouverneur établi par Louis le Débonnaire après la prise de Barcelone, Bera, était Goth d’origine ,-et avait, à ce qu’il parait, prêté les mains h ces projets. Il avait été accusé de trahison devant le roi de France.
(*) Voici la série des comtes d’Aragon telle qu’on la trouve dans Blancas :
I* Âznar, qui, en 739, a fondé le comté d’Amgon , mort en
2* Gatindo, son fils , qin a construit le château et fondé le comté d’Atar, mort en
3” Ximeno-^znar , fils du précédent.
L'époque de sa mort est incertaine. Il avait un frère, qu'on trouve porté par Zurita au nombre des comtes d'Aragon, sous le nom de Emlregoto Galindez.
4“ Xîmcno-Garcias, oncle du précédent, frere de Galiiido et fils du premier Aznar.
5° Garcias-Aznar, fils du précédent , qui, peu de temps après avoir hérité du comté d'Aragon, lut tué à la même bataille que le roi Sanclio Garcia , eu 83i.
6“ ForUmo-Ximene) , fils du précédent.
Iln'eut qu'une fille unique, tlrraraoii Iniga. Elle fut mariée au roi de .Sobi ai lic, Garcia', fils de Inigo Arisla. Elle eut un lils. Fortiino le Moine, qui confondit sur sa lèle les droits an royaume de Sobrarbe et au comté d'Aragon.
Pour se justifler , il avait, suivant l’usage (le cette époque, réclamé le combat contre son accusateur; mais il avait été vaincti , s'était reconnu coupable, avait été exilé à Rouen, et c’est a cette occasion que le gouvernement de Barcelone était passé entre Iqs mains du comte Bernard. Vers les premières années du règne, d’Abd-el-Rahnian II , les tentatives des Gotbs se renouvi lèrent. Un de leurs compatriotes, que les chroniqueurs appellent Aïzon , s’empara d’une petite ville, s’y fortifia, et bientôt il fut à la tête de forces assez considérables pour tenir la campagne et porter ses ravages jusque sous les murs de Barcelone et deGirone; cependant, comme il ne se trouvait pas assez puissant pour chasser entièrement les Français, il Ht alliance avec Abd el Rahman , qui lui envoya des secours. Le roi de France, de son côté, envoya une armée pour apaiser ce soulèv-'ment; mais elle se retira après une campagne où elle se borna à rester sjiectati ice de ce qui se passait, sans rien faire et sans rien empêcher. Abd-el-Raliman préparait des armements considérables pour porter la guerre sur les terres des Francs, dont l’empire commençait à être déchiré par des dissensions intestines. Mais les révoltes qui éclatèrent dans son propre État l’empèt hèrent de réaliser ce projet. Les impôts dont il avait été forcé de surcharger le peuple pour subvenir aux dépenses de la guerre, portèrent les villes de Mérida et de Tolède à se soulever. Il fut obligé de les assiéger, et elles se défendirent pendant plusieurs années.
Parmi les chefs de la rébellion , il s’en trouvait un nommé Moliammed-ben- Abd-el-Djebir. Il demanda au roi Alphonse le Chaste un asile pour lui et pour un parti assez nombreux à la tête duquel il se trouvait. Ce prince consentit à le recevoir dans ses États, et à lui donner une résidence dans la Galice. Cette protection accordée à un proscrit, et probablement aussi les secours et les encouragements donnés en secret aux révoltés, déterminèrent Abd-el-Rahman à entrer sur les terres
des chrétiens; mais ses troupes furent repoussées, et il ne put tirer vengeance de Mohaniined. Au reste ce chef, qui avait été rebelle envers son souverain, se montra peu reconnaissant envers celui qui l'avait accueilli ; après avoir joui tranquillement, pendant plusieurs années, de l’hospitalité qui lui avait été accordée, il voulut, en 8fiO , se faire dans la Galice un État indépendant. Il s’empara du château de Santa-Christina, situé à deux lieues de Lu"0, et il appela les autres musulmans d’Espagne à son aide. Mais Alphonse rassembla ses troupes, courut l’attaquer, et les Maures furent mis en déroute. Mohammed fut tué dans le combat. Il y a des historiens qui portent à cinquante mille le nombre des musulmans qui périrent dans cette circonstance; c’est là une folle exasération.
Du côté des Pyrénées , les Arabes furent moins malheureux. Le gouverneur, ou, comme dit Blancas , le viceroi iregulus), qui commandait à Saragosse, était un nommé ISluza, de race gothique, qid avait abjuré la religion chrétienne pour embrasser la foi de Mahomet. A la tête d’une armée nombreuse, il s’apprêtait à traverser les montagnes pour faire une incursion en France, Il espérait réussir à la faveur de la guerre qui existait entre Pépin, roi d’Aquitaine, et son père Louis le Débonnaire. Mais ces deux princes s’étant monientasément arrangés, il n’osa probablement plus exécuter son projet. Il revint sur ses pas, et se jeta sur la Navarre (*). Il prit Pampelune et plusieurs autres villes importantes. Sancho - Garcia , quatrième roi de Sobrarbe, vint lui livrer bataille; mais, enveloppé par l’armée des Maures, bien supérieure en nombre à la sienne, il périt dans le combat avec Gard-Aznar, cinquiè-
(*) Blancas dit üii’ll fut arrclé par les présents que lui envoya Charles le Chauve, Mais il y a ici conriivion avec une autre expedhiun qui parait avoir eu lien en 8Sa, l'année même de la seconde bataille livrée près d’.AIvelda. Hii 8ta, Charles le Chauve n'avait que 9 ans , et n’était pas encure roi.
me comte d’Aragon, qui fut, dans cette circonstance, non-seulement son compagnon de gloire, mais encore d’infortune (*).
Sancho-Garcia ne laissait pas d'héritiers , et le royaume de Sobrarbe fut désorganisé par sa mort et par sa défaite. Il resta sans souverain jusqu’à l’élection d'Inigo-Arista, qui n’eut lieu que trente-six ans plus tard, en 868.
Les Nüvnrrais se séparèrent de l’Aragoii et de Sobrarbe. L’Aragon resta sous le gouvernement du comte Fortuiiio-Ximenes , lil.s de Garci-Aznar.
Les Navarrais, qui ne [xissédaient plus que quelques positions au pied des Pyrénées, élurent pour roi Ximeno- Garcia qui, selon Mariana, était frère de gancho-Garciu, et qui mourut bientôt, ditZurita, sans laisser de postérité (**).
Tout ce qui a trait au roy'aume de Sobrarbe est excessivement obscur ; aussi les écrivains, qui se donnent par excellence le nom d’bistoriens critiques, aiment mieux nier son existence, avec un superbe dédain , que de porter la lumière au milieu de ces ténèbres. Pour nous, qui n’avons pas la prétention de faire de la critique, nous pouvons nous borner à rapporter les traditions, et nous laisserons à d’autres le soin d’éclaircir ces questions si difficiles. Si nous présentons quelques observations, c’est pour l’acquit de notre conscience, et pour mettre seulement nos lecteurs en garde contre l’outrecuidance avec laquelle quelques auteurs rejettent, comme apocryphe, tout ce qui n’entre pas dans leur cadre.
Les Sarrasins se sont rendus maîtres de la Gaule narbonnaise peu de temps après leur invasion en Espagne.
Ils ont donc dü mettre tous leurs efforts à s’emparer de la contrée située sur le versantméridional des Pyrénées, puisque les ports de ces montagnes
(*) Ac vere qiiidein tinn honoris (antiim sed et calambntis coim-s ac S(iriu$'a|ipellnndiis. Blancas, Rerum aragoncnsluiii coiiimeolai'ii.
("j Blancas prétend an contraire qu’il fut père de l&igo Âriata, élu en 868.
étaient des points paï lesquels il fallait nécessairement qu’ils passassent pour se rendre dans leurs possessions de France. Si, malsré l’importance ii’il y avait pour eux à rester maîtres e ce pays , leur domination y a toujours été contestée ; s’ils y ont eu à soutenir une guerre continuelle, une guerre de tous les jours, constatée par tous les écrivains arabes ou chrétiens, c'est qu’ils y trouvaient un Etat organisé, qu’elle qu’en fût la forme, monarchique ou républicaine. En effet , pour soutenir une guerre, il faut une organisation. Il n’y a pas d’armée , pas de bande qui puisse exister sans un chef. Quels étaient donc les chefs de ces hommes qui , vaincus en 722 par Abd-el-Raliman, se trouvaient déjà assez puissants en 733 pour écraser l’armée d’Abd-el-Meleck ? Les auteurs aragonais et la tradition nous répondent ; ce sont les rois de Sobrarbe. Les auteurs critiques disent que ces rois n’ont pas existé. Que faut-il donc mettre à leur place? car, enfin , il n’y a pas (le victoire, et surtout de durée dans la guerre, sans une tête qui dirige , et nous voyons une guerre continuelle, soutenue au pied des Pyrénées ; les historiens font foi des victoires remportées en cet endroit sur les Maures.
I.es rois de Sobrarbe,’ disent les critiques , n’ont pas existé. Les Chartres nombreuses, recueillies dans les couvents et qui portent leurs noms , sont falsifiées. Celles de Saint-Jean de la Pena sont fausses; celles du couvent de Leyra sont fausses; celles trouvées par Blancas, dans les archives de Barcelone, sont fausses. Mais au moins faut-il convenir que tous les moines, qui faisaient de faux privilèges pour leurs couvents, eu.ssent été bien stupides, si, voulant se créer des titres qui eussent l’apparence de la vérité, ils avaient été invoquer l’existence d’un royaume imaginaire, et tout à fait inconnu de leur temps. Us ont bien pu inventer des donations , des contrats, en se trompant sur des dates, mais ils n’ont pas pu inventer une série de rois , car ils n’avaient nul inté-
rêt à le faire, et l’invention de ces faits, s’ils eussent été entièrement contraires aux traditions admises de leur temps , eût démontré trop évidemment leur fraude. D’ailleurs, comment ces faussaires de Saint-Jean de la Pena, de Leyra, de Barcelone, d’Overa, divisés d’intérêts, écartés les uns des autres, écrivant à diverses époques, auraient-ils pu s’entendre pour créer tous la même fable? On ne
fieut expliquer cette concordance entre es fausses Chartres qu’en reconnaissant que ceux qui les ont fabriquées ont suivi les croyances historiques généralement admises de leur temps; et si tous ces diplômes ne font pas foi de ce qu’ils contiennent, ils prouvent au moins que la tradition existait à une époque très-reculée.
On dit encore qu’aucun auteur contemporain n’a parlé (te ce royaume.
P’abord jamais le silence ne peut être considéré comme preuve de la fausseté ou de la vérité d’une allégation ; ensuite il est inexact de dire qu’aucun historien ne fasse mention d’un royaume chrétien établi au pied des Pyrénées. Nous avons vu déjà qu’un historien arabe cité par M. Romey ( page 304, IIP volume ) signale un second roi chrétien , qui , avec Alphonse le Chaste, a pris part à la bataille de Lodos. Mais, dit-on, le continuateur de la Chronique de Biclar, qui écrivait en 724, Isidore de Beja, dont la Chronique va jusqu’en 7,‘>4 , Sébastien de Salamanque , qui datait de 886 , F.(iloge, qui a voyagé dans le nord de l’Espagne en 844 , gardent tous le silence. Cela est vrai ; mais le silence ne prouve rien, et d’ailleurs il peut facilement s’expliquer. Le continuateur de la Chronique de Biclar terminait son ouvrage en 724. Cette année est précisément celle de la foiidatioii du royaume de Sobrarbe. Il ne pouvait donc pas raconter un événement qui, probablement, n’était pas encore accompli, et qui, dans tous les cas, devait encore être ignoré dans le couvent où il vivait.
La Chronique d’Isidore de Beja n’est pas le seul ouvrage écrit par cet
auteur; il en avait composé un autre plus détaillé, intitulé : Dierum secvli, des Jours du siècle; il traitait avec plus de détail des événements C0Dten)]K)raitis. En l'absence de cet ouvrage qui a été perdu, et qu’Isidore composait pour combler les lacunes de sa première Chroniquè, on ne peut raisonnablement se faire un argument des omissions qui s’y trouvent. Voici, au reste, à l’égard d’Isidore de Beja , l’opinion de Ferreras (*) : « Si le «silence d’Isidore devait servir de rè- «gle à ceux qui écrivent l'histoire
• d'Espagne , il faudrait omettre bien
• des faits et nier entièrement les rè- «gnes de don Pelage, de don Favila
• et de don Alphonse le Catholique,
« dont cet auteur ne parle pas. Au « surplus , le même Isidore déclare « qu’il a composé deux autres livres ,
• I un des guerres que les mahométans « se firent entre eux en Espagne , et « l’autre des Jours du siècle; et com- « me ces deux ouvrages n’ont point « paru ou ont péri , l’on ignore s’il a « parlé ou non de l’érection du nou- « veau royaume des chrétiens en la « prsonne de Pélage; par conséquent
• i'argument négatif d’Isidore est dé-
• fectueux. »
Euloge , qui a voyagé dans le nord de l'Espagne en 844, ne fait pas mention des rois de Sobrarbe, par l'excellente raison qu’en 832 le quatrième de ces rois, Sancho-Garcia , avait été tué. Depuis douze ans , le trône était vacant ; il n’a été occupé de nouveau par Inigo-Arista qu’en 868.
En 886 , Sébastien de Salamanque parle de la Navarre et de l’Aragon comme de provinces soumises au roi des Asturies. Les rois asluriens pouvaient avoir la prétention d’étendre leur domination sur toutes les populations chrétiennes de l’Espagne, et Sébastien de Salamanque , animé déjà de cette jalousie qui , de tout temps , a existé entre l’Aragon et la Castille , a pu soutenir ces prétentions ; mais on doit se rappeler que du temps de Froïla, les Navarrais aimèrent mieux ren-
j“) iv' partie, sicde viir, année 718.
dre aux Maures la ville de Pampelune que Garci-Iniguez venait de conquérir, et qu’ils ne pouvaient pas garder, plutôt que de se soumettre au roi des Asturies.
On dit enfin que les noms Garci- Ximenez, Garci-Iniguez sont des noms trop modernes, et qu’on ne trouve dans les Chartres de cette époque que Simenus , Garceanus , Ennecus. On ne trouve, cela est vrai, que ces noms dans les Chartres, parce qu’elles sont toutes écrites en un latin plus ou moins barbare; mais, nous l’avons déjà dit, si le latin était la langue des couvents et des actes, il y avait à la même époque une autre langue qu’on parlait et qu’on n’écrivait pas. On peut sans doute contester cette proposition pour quelques points de la Péninsule; mais il est hors de doute que longtemps avant l’entrée des Romains en Espagne , on parlait dans les Pyrénées et dans le pays environnant la langue basque qu’on y parle encore. Or, il est ucstion de rois qui ont régné au pied es Pyrénées, et leurs noms sont précisément des mots basques. Si on veut se reporter à ce que nous avons dit sur cet idiome (*), on verra que la syllabe ez est un article qui indique la provenance. Ainsi, Garci-Ximen ez , c’est Garci provenant de Ximen , ou descendant de Ximen. Cette terminaison ez a été adoptée absolument dans le même sens par les Espagnols : Sancho-Sanchez, Lope-Lopes, c’est Sancho, (ils de Sancho, Lope, fils de Lope. Tous ces noms étaient dès cette époque en usage, et, s’il y a quelque altération, c’est dans les chroniqueurs qui ont latinisé des mots de la langue vulgaire.
Ôn voit qu’il y a des réponses pour toutes les objections faites contre l’existence du royaume chrétien des Pyrénées. Nous lie nous flattons pas cependant d’avoir entièrement réfuté tous les arguments; nous croyons seulement que la question est douteuse , et nous laissons à de plus Judicieux le soin de la décider.
(*) La note du f 35.
L’UNIVERS
C'est en 832 que mourut sans descendants le quatrième roi de Sobrarbe, et, par sa mort, son rovaume fut désorijanisé. Alphonse le Chaste, qui n'avait pas d'enfant ,- averti peut-être par cet exemple, voulut pourvoir à la sûreté du royaume. En 835, il fit reconnaître Rainire, fils de Bermiide , comme devant lui succéder. Néanmoins Alplionse ré^na encore huit ans, et ce ne fut qu'a la fin de 843 qu’il mou- ' rut. Ramire était en ce moment éloigné d'Oviedo : il avait été pour se marier sur les confins de la Biscave.
Un seigneur nommé Népotien profita de son absence pour se faire proclamer roi. Ramire accourut en toute - hâte, rassembla drg troupes à Logo, et marcha pour attaquer son compétiteur.Celui-ci, abandonné par son armée, qui, presque tout entière, passa du côte de Ramire, fut forcé de prendre la fuite ; mais vivement poursuivi par des cavaliers du parti ennemi, il tomba entre leurs mains. On lui creva les yeux et on le renferma dans un couvent.
Le nouveau roi se montra d’une grande sévérité. Des voleurs désolaient la campagne; il fit crever les yeux à tous ceux qui furent pris. Il se montra plus rigoureux encore à l’égard des individus accusés de sorcellerie, qui furent condamnés au feu. Ramire était au reste un prince guerrier et plein de courage. F.es Normands ayant de son tem|is fait une descente dans la Galice, il leur livra bataille, leur tua beaucoup de monde, et leur fit un grand nombre de prisonniers. Il mit le feu à une partie de leurs vaisseaux; ceux qui ne furent pas brûlés se hâtèrent de lever l’ancre et de s’éloigner à force de voiles. Ramire fit aussi la guerre aux Arabes. Parmi les victoires qu’il remporta sur eux, il en est une surtout qui est demeurée célèbre : c’est celle de Clavijo. Ramire s’était avancé le jong de I Èbre dans le pays appelé aujourd'imi la Bioja, qui était encore au pouvoir des Maures. Il rencontra l’armée ennemie près d’une ville nommée Alvelda ou Albayda, c’est-à-dire la blanche, à raison de la couleur de ses
murailles. C’est sur son territoire que se donna la bataille. La victoire rut vivement disputée; mais les chrétiens eurent dans cette journée un désavantage bien marqué, il ne fallut rien moins que le courage de leurs généraux pour les empêcher de fuir. Quand la nuit eut mis fin au combat, les chrétiens se réfugièrent dans leur camp et s’efforcèrent Je s’y fortifier. Ramire, après avoir fait panser les blessés, se retira dans sa tente. Le lendemain, de tres-giand matin , il réunit les chefs de l’armée, et leur raconta une vision qu'il .avait eue pendant son sommeil.
Saint Jacques lui était apparu , lui avait pris la main, en l’exhortant à ne pas desespérer de la victoire, et en lui promettant qu’il combattrait en personne dans les rangs des chrétiens. La promesse de cette intervention céleste ranima le courage abattu des Espagnols : ils se pvécipitèrent avec intrépidité sur les Maures. On vit, dit-on, saint .lacques à la tête des escadrons chrétiens charger les infidèles. Il était monté sur un cheval blanc, tenant à la main une bannière blanche où était
fieinte une croix rouge. La perte que es Sarrasins firent en cette circonstance fut considérable. Les historiens portent. à soixante mille le nombre de ceux qui périrent sur le champ de bataille, indépendamment des fuyards qui furent tués dans les chemins. On trouve encore, dit Mariana, beaucoup de débris d’armes dans les champs de Clavijo, où la bataille a été donnée.
Alvelda, Clavijo et Calahona furent le fruit de cette victoire. Ramire, plein de reconnaissance pour le secours qu’il avait reçu de saint Jacques, promit de faire "payer par chaque mesure de terre ou de’ vigne une redevance annuelle de blé ou de vin à l’église de Compostelle. Il ordonna aussi qu’à l’avenir , dans le partage du butin , saint Jacques fût toujours compté pour un solilat de cavalerie, et que sa part fut remise à son église.
Le miracle de Clavijo a trouvé beaucoup d’incrédules parmi les historiens.
Quel'pies-ui>s d’entre eux ont pensé que la bataille, elle-même, était pure-
ment imaginaire. Un acte, connu sous le nom de Diploma de! voto, produit au commencement du dlx-septlèine siècle pour prouver le vœu de Ramire I", a été généralement considéré comme un acte forgé. Cependant la redevance à l’église de Saint Jacques a été payée pendant longtemps; mais il paraît qu’elle aurait eu une autre origine. La chronique d’Iria Flavia rapporte qu’en 938, c’est-à-dire un siècle plus tard que l’époque dont nous nous occupons , Ramire II, étant sur le point de partir pour aller combattre Abd-el-Raliman III, de Cordoiie,alla d’abord visiter le tombeau de saint Jacques, et s’engagea, s'il était vainqueur, à faire payer à l’église Saint- Jacques une mesure de blé ou de vin sur la récolte da chaque pièce de terre ou de vigne. Ayant été vainqueur à Simancas, il accomplit le vœu qu’il avait fait. Il est probable que la charte, qui constatait dans le principe les droits attribués à l’église de Saint- Jacques, ayant été perdue, on en a fabriqué une pour la remplacer.
Si le règne de don Ramire fut glorieux, il fut de pieu de durée. Ce prince mourut, en 850, sept ans après être monté sur le trône. Depuis trois ans déjà, il avait, du consentement des grands du royaume, associé au gouvernement Ordono, son fils , qui fut reconnu pour son successeur presque sans opposition. Cependant les premiers temps de son règne furent troublés par une guerre qu’il eut à soutenir contre les Basques, qui ne voulaient pas se soumeUre à son autorité. Au reste, elle fut courte et heureuse.
L’émir de Cordone, Abd-el-Rahman II, mourut deux années seulement après don Ramire, le 29 de sapbar 23S de l'hégire, 20 août 8.50.
Les historiens de sa nation le vantent comme un prince juste et magnilique.
Les Espagnols, au contraire, ne voient en lui qu un tyran odieux. Sous son règne , en effet, les chrétiens de Cordoue furent persécutés, et plusieurs d’entre eux , encouragés par Euloge, prêtre chrétien , qui vivait à Cordoue,
ne se contentèrent pas de persister dans leur croyance, ils se répandirent puhliquement* en injures contre la foi de Mahomet, et bientôt ils souffrirent le martyre. L’Église espagnole honore comme les plus célébrés de ces saintes personnes deux vierges chrétiennes du nom dp Flore et de Marie. Euloge luimême obtint, sous le règne suivant, l’honneurqu’il ambitionnait avant tout, de mourir pour sa foi.
RÈÜIVK D’ORmiIfO !*'■. ■ — DE MOHAMMED
RÉVOLTE DE MUZA ET d’aBEW- LOPK.—
BATAILLE d’aLVELDA. — MORT d’oRDÜHO.
RÈOHE d'aLPHOHSE ICI DIT LE GRAND.