GONAIS. — ELECTION DE INIGO ARISTA
RÈGNES DE GARCI XNIGO , DE FORTUN LE MOINE. — SECOND INTERREGNE. — ELEC- TION DE SANCBÜ ABARCA.
Pour ne point interrompre le récit du règne d’Alphonse le Grand, nous avons omis de rapporter ce qui se passait dans la partie de l’Espagne soumise aux Maures , dans le comté de Barcelone, et ce qui a trait au royaume fondé au pied des Pyrénées. Il est donc nécessaire de se reporter un instant en arrière. Aben-Lope et Muza, comme on l’a vu , s’étaient déclarés indépendants de l’émir de Cordoue. Aben- Lope avait été chassé deTolède, malgré l’assistance qu’Alphonse lui avait prêtée. Muza , au contraire , se maintenait à .Saragos.se et dans toute l’Espagne orientale, quelques efforts que l’émir de Cordoue ait pu faire pour l’en chasser (*).
Une autre faction bien plus redoutable encore que celle de Muza vint troubler l’Espagne orientale. Un homme d’une origine obscure et du nom d’Hafsoun vivait à Honda du travail de ses mains. Mécontent de son sort , il passa à Tnixillo pour y chercher de quoi vivre. N’y trouvant point de ressources, il se fit voleur de grand chemin avec quelques compagnons dont son intrépidité le rendit le chef. Il résista aux iiaschefs(**): c’est ainsi qu’on appelait une milice instituée par les souverains de Cordoue pour assurer la sûreté des grandes routes et des campagnes. Lui et SIS compagnons s’acquirent beaucoup de célébrité dans
(*) Nom emprunterons à l'cxculleiile liisloirc de M. Roûiey tous les détails que nous donnons sur la faction d'Uafsoim.
(”) Kascliefs, découvreurs.
cette vie d’aventures et de périls; ils parvinrent même à se rendre maîtres d’un château fort et à s’y maintenir.
Cependant, en 861, ne pouvant résister en Andalousie. Hafsoun se réfugia avec ses bandes dans les vallées centrales des Pyrénées.
Deux siècles de séjour dans la Péninsule n’avaient pas suffi pour effacer les différences de race qui existaient entre les peuples qui l’avaient conquise. Les tribus venues de l’Asie, les Arabes, les Syriens, se regardaient comme bien supérieurs aux Berbers.
Parmi les tribus africaines il y en avait de Juives ou de païennes , qui étaient presque proscrites : celles-là avaient été en grande partie établies au pied des Pyrénées. Hafsoun y trouva de nombreux partisans. Les juifs le reçurent dans une de leurs principales forteresses de cette frontière : c’était Routâh-el-Yekoud , Roda des juifs, château fort presque inexpugnable posé au sommet d’un amas de rochers qu’entourait une rivière. Beaucoup de chrétiens de ces contrées ne tardèrent pas à se joindre à lui. Abd-el-âleleck , gouverneur de Lerida, lui livra cette place. Hafsoun occupa encore un grand nombre de villes et de châteaux forts, en sorte qu’il se trouva bientôt assez puissant pour parcourir impunément le pays, et qu’il osa même porter ies ravages jusqu’aux environs d’Alcaniz, dans ces plaines qui s’étendent si riches et si fertiles le long de la rive droite de l’Èbre. Mohammed rassembla des troupes pour exterminer l’auteur de ces foigandages. Les tribus arabes et syriennes de l’Andalousie, les hommes d’armes de Murcie et de Valence furent réunis sous le commandement de Zeïd-ben-Kasem, petitfils de l’émir.
Craignant de ne pouvoir résister à des forces si considérables, Hafsoun eut recours à la ruse. Il fit par lettres sa soumission à l’émir , prenant la terre et les cieiix à témoin que tout ce qu’il avait fait n’était qu’artilice pour confondre plus sûrement les ennemis de l’islam en tournant contre eux ses armes à l’improviste; que rien n’etait
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perdu; que si l’émir voulait lui prêter le secours des troupes de Valence et de Murcie, qui marchaient contre lui Hafsoun , il surprendrait les chrétiens dam leurs possessions au sud de la Sèreetqu'il y anéantirait leur puissance;
» protestait d'ailleurs qu’il n'avait jamais cessé d'étre un bon et sincere musulman. Il Gt de si belles promesses enGn, et d’un si grand air de bonne foi, que l’émir crut à tout, et promit de lui donner le gouvernement d’Huesca, et même celui de Saragosse, dès qu’il aurait réuni sous l’autorité deCordoue les pays qu’il se vantait de pouvoir y ramener d’un seul coup, et il s’engagea de son côté à l’aider de toutes ses forces dans cette entreprise. A ussitdt Mohammed Ut prendre à son armée la routede la Castille pour se réunir à celle qui, sous les ordres d’Kl-Mundhir, y combattait contre les chrétiens, et il chargea Zeld-ben-Kasem de l’expédition projetée de concert avec Hafsoun.
Les troupes que commandait le petit-fils de Mohammed , Zeïd-ben-Kasem, tirent peu après rencontre de celles d'Uafsoun dans les champs d'AIcaniz, entre Guadalupe et le Martine.
Elles campèrent sans crainte près de cellcs-ci, qu’elles regardaient comme des alliées. Kt Zeïu ben Kasem fut traité, par Hafsoun et les siens, avec beaucoup de considération et de marques d'amitié; mais dans la nuit, pendant que les soldats de Valence et de Murcie reposaient sans déliance, ceux d’Hafsoun et d’Abd-el-Meleck tombèrent sur eux et en massacrèrent le plus grand nombre avant que ceux qu’ils assassinaient eussent pu se mettre en défense. Peu échappèrent à ce désastre. Parmi ceux qui succombèrent des premiers fut le jeune Zeïd-ben- Kaseni, qui périt en combattant vaillamment. Il n’avait pas accompli sa dix-huitième année.
Lorsque l'émir apprit cette trahison, il fut transporté de fureur, et il aiyiela fur-le-champ tous ses chefs militaires à une guerre à mort contre le rebelle Hafsoun. Kl - Mondhir fut lui-méme rappelé des frontières de Castille pour mener à fin cette guerre de vengeance.
12' Livraison. (Espac.ne.)
Il parcourait l’Alava avec son armée , lorsqu’il reçut les dépêches de son père. Il en Gt aus‘sitôt donner lecture à toute son armée, qui partagea le ressentiment qu’elles exprimaient, et qui demanda à marcher incontinent contre le rebellé coupable d’une si noire perfidie. Le plus vaillants d’entre les Syriens et les Arabes d’Andalousie composaient l’armée d’El-Mundhir. Il les mena tout bouillants encore de colère contre les rebelles rassemblés dans les vallons et les rochers des environs de Routhâhel-Yehoud. Là, on en vint aux mains avec acharnement. Les compagnies d'Hafsoun, commandées par ce chef et par l'intrépide Abd-el-Meleck, soutinrent vigoureusement l’attaque. Cependant la victoire resta aux soldats d'El- Mundhir. Abd-el-Meleck s’échappa blessé , avec cent vaillants comnanons , et se renferma dans le fort e Routhâh-el-Yehoud ; mais le lendemain Kl-Mundhir Gt investir la forteresse de tous les côtés, et telles étaient l’ardeur et la soif de vengeance dont ses troupes étaient animées, qu’elles forcèrent les tours de ce lieu réputé jusque-là inaccessible. Abdel-Meleck se défendit jusqu’à la mort et tomba couvert de blessures. El- Mundhir fit couper la tête de son cadavre et l’envoya à Cordoue comme le plus beau truphée de sa victoire. La prise de Routhfih-el-Yehoud entraîna celle de Lerida et des autres forteresses des révoltés. Hafsoun n’osa pas continuer cette lutte inégale; il se réfugia dans un des escarpements des Pyrénées les plus inaccessibles , après avoir distribué ses trésors à ses aniis, et leur avoir promis de revenir parmi eux dès qu’il jugerait le moment nivorable.
Toutes les tentatives faites pour abattre la puissance de Mousa étaient restées inutiles. Cependant Kl-Mundhir voulant faire rentrer l'Espagne orientale tout entière sous la domination de l'émir de Cordoue , vint, en 257 de l'hégire (870 de J. C. ), mettre le siège devant Saragosse. Mousa se démndit courageusement, mais un matin il fut trouvé mort dans son lit. On pensa qu'il avait été étranglé par
L’ÜNIVERS.
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quelqu’un de ses serviteurs vendu aux assiégeants. Cette mort amena la reddition de la ville; mais El-Mundhir n’en tira aucun avantage réel ; car les fils de Mous.i restèrent en possession des cités dont ils étaient maîtres sur les bords de l’Èbre, et l’un d’eux succéda à son père dans le gouvernement de Saragosse. M. Romey lui donne le nom d'Ismaël ; il est appelé Zimnël par Ferreras, et Aben-Alt'axe par Blanras et par d’autres auteurs espagnols.
C’est sans doute quelque surnoui qu'il aura pris suivant l’usage des Arabes.
Il fit construire à l’ouest de Saragosse un château qui prit de lui le nom de Afaxeria (*).
Hafsoun, comme il l’avait annoncé aux siens, reparut bientôt. En 877 El- Mundliir était à faire la guerre sur les bords du Duero. Hafsoun descendit de ses montagnes, recommença ses incursions et devint pins redoutable encore qu’auparavant El-Mimdliir accourut alors pour le combattre, et parvint en 882 à le forcer à livrer bataille. Hafsoun , dangereusement blessé, se retira au milieu des montagnes où il mourut de ses blessures; mais avec lui ne mourut pas la faction dont il était le chef. Son fils Kaleb-ben Hafsoun réunit ses partisans, et devint bientôt plus puissant qu’Hafsoun ne l’avait jamais clé.
C’est dans cet état que se trouvaient les choses de l’Espagne, quand, au mois de muharrem ou de sapliar 273 de riiéÿire (août 886 de J. C.) , Mohammed mourut, laissant pour successeur El-Mundbir. que deux ans auparavant il avait fait reconnaître par les principaux chefs de la nation. A peine le nouvel emir fut-il proclamé, que Kalebben-Hafsoun reu>sitdans uneentreprise plus hardie qu’aucune de celles que Jusqu’alors il avait tentées, lls’élait rendu maître de presque toute l’Espagne Orientale , soit qu’il eût vaincu les
(*) Ce cbileau a élé rebâti sous 1rs rois clirétieiis. Il ne reste plus de raiicieiine coustrurlion des Maures que reniplarement et le nom ; encore le nom a-l-d élé altéré, car on l’appelle aujaurd'biii Aljareria.
chefs de la unissante famille de Mousa, soit qu’il s'en fût fait des alliés et dea subalternes. Il rassembla un corps dç dix mille cavaliers et se présenta devant Tolède, où il fut reçu aux acclamations du peuple.
El-Mundhir s’empressa d’accourir à la tête de ses troupes ; mais pendant deux années la guerre se fit sans aucun avantage imporlant. Enfin , un Jour qu'El-iMundliir s'avançait suivi seulement d’un faible corps de cavalerie, il aperçut l’armée de Ben-Hafsoun et se précipita imprudemment sur les escadrons ennemis. Il fut accablé par le nombre et périt dans la mêlée, percé de plusieurs coups de lance. •
A la nouvelle de sa mort, on proclama pour émir Abd-Allah son frère.
Le nouveau souverain eut aussitôt à réprimer de nombreuses révoltes. Kaleb-hen-Hafsoun ne fut pas le seul qu’il eut à combattre. La ville de Mérida se souleva; des partisajis d’Haf^oun formèrent une faction pui.ssante dans les Alpiixarras ; enfin deux de ses frères, et l’aîné de ses fils , son propre fils Mohammed , prirent les armes contre lui et lui firent la guerre dans le midi de l’Andalousie. Mais iis furent battus; et Mohammed ayant été fait prisonnier, fut conduit à Cordoue et renfermé dans un cachot où il mourut nu bout de peu de Jours. On prétendit que son pere l’avait fait périr par le poison; et malgré toute rinvraisemblance d’un crime qui non-seulement répugne à la nature, mais qui était inutile, on donna à Mohammed le surnom de l'assassiné (el-mactoul). Çe qui démontre au reste toute l’absurdité de cette supposition, c’est la tendresse avec laquelle Abd-Allah éleva le fils de Mohammed. Cet enfant, nomme Abd-el- Rahman, n’avait que quatre ans lors de la moit de son père. Abd-Allah surveilla son éducation avec une affection toute paternelle, et quand il sentit ue sa (lu ap[irochait, bien qu'il eût ’autres enfants, ce fut son petit-fils qu’il désigna pour son successeur.
Aussi , en 912, dès que la moit l’eut frappé, on proclama pourémirde Cordoue Abd-el-Rahman-Bcn-el-Mactoul.
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Ce fut à peu près a cetfe epoque que le comté de Barcelone devint indépendant de la couronne de France.
Quand, en 801, Louis le Pieux eut enlevé cette ville aux Maures, il en conlia la garde au comte Bera. Celui-ci ayant été accusé de trahison et ayant été vaincu dans le combat qu'il avait réclamé pour prouver sou innocence, avait, en 812, été remplace dans le gouvernement par Bernard, Mis de Guillaume, comte de Toulouse. Viiif;t ans plus tard , lorsque les fils de la première femme de Louis le Débonnaire se révoltèrent contre leur père , Bernard, mêlé à toutes les intrigues et à toutes les discordes qui avaient divisé la famille royale et désolé l'État, fut accusé de plusieurs crimes; mais pour sejustilier il offrit le combat, et personne n’ayant osé accepter son gage de bataillé , il fut déclaré innocent.
Néanmoins il fut privé de ses charges, et Birenger fut nommé à sa place comte de Barcelone. Lelui-ci conserva pendant quatre ans seulement ce comté, qui, en 836, fut rendu à Bernard. Le gouverneinent conlié ;i ce seigneur ne se bornait pas à la ville de Barcelone; il s’étendait encore sur tout le Languedoc. Aussi Bernard songeait, dit-on, à s'y rendre indépendant, lorsque Charles le Chauve, dont il s’était attiré l'inimitié, le lit arrêter, le smmiit au jugement d’une assemblée de seigneurs qui le déclarèrent coupable du crime de lese-ni,ajesté , et le cundamiierent à avoir la tête tranchée.
Sa mort est racontée d’une manière difl'érente par plusieurs écrivains. Charles le Chauve, disent-ils, ayanlconvoqué les états près deToulouse, y manda le comte Bernard, et lui lit donner l’assuraiiee qu’il pouvait y venirsans aucune crainte. Bernard obéit sans difliculté.
Étant entré dans l’assemblée, il se prosterna pour baiser hrmain du roi.
Au moment où il se relevait, Charles le .saisit avec la main gauche . et de la droite , ayant tiré uu poignard, il le lui enfonça dans le cœur.
De quelque manière, 'au reste, que la chose se soit passée , le comte Guillauine son fils jura de venger
sa mort. Il rassembla ses soldats, s’empara de Toulouse; puis ne se croyant pas eu sûreté dans cette ville, il passa en Espagne, où il fit alliance avec Abd-el-Raliman II. A l’aide des in-* telligences qu il avait dans Barcelone, il parvint à pénétrer dans cette ville, et meme à prendre le comte Alédran, ui en avait été nommé gouverneur epuis la mort de Bernard. Cependant il ne jouit de son succès que |>endivit peu de temps. En 850, il fut assailli et tué pur les partisans d’Alédran, qui reprit le gouvernement de la ville. On ne sait pas Jusqu'à quelle époque il le conserva ; mais son succe.sseur fut AVifred, que quelques écrivains nomment Hunfrid, et qued’autres appellent Hiinric. Saluinon gouverna ensuite jusqu’en 872.
Eu cette année le comté de Barcelone passa entre les mains de Wifred le velu , que les Catalans appellent Grifa Pclos. C’était un prince plein de courage. Il se distingua pendant les guerres que Charles le Gros eut à soutenir contre les Normands. Ou raconte qu’ayant été dangereusement blessé dans une bataille sur les bords de la Loire, il reçut dans sa tente la visite de l’empereur. Charles, voyant le sang couler abondamment des blessures du comte, y trempa les doigts de la main droite et les traîna sur l’écu d’or de ce vaillant guerrier de manière à y tracer depuis le haut jusqu’au bas qliatre raies parallèles. Voilà, lui dit-il, quatre paux glorieux. Ce serontdésormaisvosarmes et celles de vosdescendanls(*). Cette origine des armoiries du comté de Bnrcefoiie est assez généralement considérée comme une fable. Mais ce qui ne parait pas douteux, c’est que le comte VVifre4 le Velu posséda Barcelone à titre de souverdin indépendant, soit qu’il ait obtenu cette entière indépendance comme prix des services qu’il avait rendus, soit que pour se l’arroger, il ait profité de l'état de trouble et de faiblesse où se trouvait à cette époque
(’) Ces armes sont aujourd’hui celles d’Aragou , qui porte d’or à quatre paux de gueules.
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L’UNIVERS
la monarchie française. Aussi les historiens catalans et aragonais considèrent-ils Wifred le Velu comme le premier des comtes de Barcelone , et passent-ils sous le silence tous les autres qui n’ont été que des tenanciers dépendant de la France. Ce souverain mourut dans la même année que l'émir Ahd-Ailah et qu’Alplionse le Grand, c’est-à-dire en 912. Après lui, son fils, le comte En-Mir, recueillit le comté de Barcelone à titre d'héritage.
Maintenant, pour achever le récit des événements qui se sont accomplis dans le neuvième siècle, il faut encore retourner en arrière et nous occuper du royaume de Sohrarhe. La défaite de Sancho-Garcia l’avait laissé sans roi et totalement désorganisé. Après un tiers de siècle, les habitants chrétiens de cette partie de l’Espagne songèrent de nouveau à se choisir un souverain; mais, avant de l’élire, ils voulurent donner a leur pays une constitution qui pût assurer son indépendance.
Cette précaution n’était pas nécessaii e dans les Asturies, où la couronne était élective. Elle devenait indispensable chez les peuples de l’Espagne orientale, où le principe héréditaire avait prévalu. Ils rédigèrent donc les fameux fueros de Sobrarbc, base première des libertés aragonaises. Oiheiiart, on se le rappelle, nie que le royaume de Sobrarbe ait jamais existé; il doit, |ibur être eonséquent, nier aussi l’existence des fueros de Sobrarbe; aussi dit-il qu’ils ne diffèrent en rien de ceux de la Navarre. Il suffit d’avoir jeté un coup d’œil sur les fueros navarrais , recueillis par Arinendariz , pour .se convaincre qu’il n’existe aucune ressemblance entre les deux législations. D’autres auteurs ont été plus loin qu’Oihenart. Ils ont prétendu que ces fueros étaient supposés et créés seulement pour donner plus de relief à la constitution aragonaise. Cela peut être; mais il faut avouer alors que la fraude remonterait déjà à une époque bien éloignée, car De Marc.i, dans son histoire des vicomtes de Béarn, tout en adoptant l’opinion d’Oilienart, avoue qu’à Toulouse, dans la biblio-
thèque du collège de Foix, il existe un manuscrit de ces fueros, qui remonte au moins au treizième siècle Dans tous les cas , ces fueros méritent d’être cités. En voici le texte :
« Gouvernez le royaume avec douceur et justice, et travaillez à rendre nos lois meilleures.
CI Que tout ce qu’on reprendra sur les Maures soit partagé, non-seulement entre les riches nommes, mais encore entre les soldats et les gentilshommes, et que nul étranger n’y prenne part.
« Il est défendu au roi de faire des lois sans le concours de ses sujets.
O Le roi doit se garder d’entreprçndre la guerre, de faire la paix, de consentir des trêves, ou de traiter des affaires d’un grand intérêt, sans le concours des anciens.
•> Pour- garantir nos lois et nos libertés de tout dommage et de toute atteinte, qu’il y ait un juge intermédiaire devant lequel il soit permis de déférer les actes du roi qui blesseraient quelque citoyen, ou de poursuivre les violations de la loi qui porteraient préjudice à la chose publique (**). »
Ce magistrat, placé entre le roi et ses sujets, n’avait d’autre charge que de surveiller les actes du pouvoir et d’empêcher tout empiétement sur les libertés publiques ; mais, par la même raison , il protégeait le pouvoir contre les empiétements de la dé.mocratie ;
(*) De Marca, liv. ri , cli. 7 , f* 167.
(**) «In paee et jiistiliâ rrgmiiii regito, nobisquc foros melinres irrogalo.
« E Matiris vindicahtimla ilividiinlor inter riccüs honiines non modo, scd etiam inter milites ac infanticnes ; peregriiius aulem homo niliil iiidè rapilo.
"Jura direre régi nefas esto, nisi adhibilo siibdilorum coiisilio.
" Beiliim aggrcdi, parem iiiire, indticias agere, reiiive aliain magni moineiiti pertraclare, caveto rex, prælcrquam seniorum anmiente roiisensii.
« Ne qiiid autem damni leges aut libcrtates nostiæ patiaiiliir, Judex quidam médius adeslo ,ad qiieiii a rege provucare si aliquem læsei'it. injuritis arcere si qiias forsan rei publicæ iiituleril , jus fasque esto. •
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et plus d’une fois les rois eux-niémes ont eu recours à son intervention. Ce magistrat était la justice suprême du pays; aussi les Aragonais l’ont-ils appelé le justicia; et ce ne serait pas rendre le sens de ce nom que de le traduire, comme l’ont fait plusieurs écrivains français, par le mot Justicier. Il était la Justice elle-même. Il n’avait aucun droit d’agir, mais il empêchait défaire. C’est à lui que s’adressaient les citoyens lésés par l’autorité royale. Le yusti’cia examinait leurs griefs, et, s’il lui paraissait qu’il y eût violation des franchises, il délivrait des lettres (Tîrmrtsjqui suffisaient pour arrêter l’esécution des ordres donnés par le roi.
Toute cette organisation fut décrétée avant qu’on pensât à faire le choix d’un prince; c’est ce qui fait dire, avec fierté, par Blancas: Nous avons eu des lois avant d’avoir des rois (*). Cependant, il ne faut pas croire que ces institutions aient reçu dès les premiers Jours toute la perfection qu’elles devaient acquérir par l’usage, ni qu’elles aient toutes pu être mises immédiatement en pratique. Blancas avoue qu’il n’a pu découvrir le nom d’aucun magistrat qui ait exercé cette charge de /usticia avant 1114.
Les fueros, en imposant au prince l’obligation de consulter la volonté de ses sujets sur toùtes les affaires impoi^ntes, le mettaient dans la nécessité de les convoquer souvent : ces assemblées prirent le nom de cortès.
Sans doute elles ne se réunirent pas dans le principe avec toute la solennité qu’on y apporta depuis, mais voici, dans lesdermers temps, comment elles se composaient : elles comprenaient les quatre états, où, comme nn dit en Aragon, les quatre bras (brazos) du royaume. Le premier était le bras ecclésiastique, composé des principaux prélats aragonais; ils tenaient le droit d’y siéger, de la dignité QU’ils occupaient dans l’Eglise. Mais dans les premiers temps, les ecclésias-
(*) Apiid nos leges conditas priiisqiiam rege» u-eatos. . .
tiques n’étaient pas admis dans ces assemblées; ce n’est même qu’en l’année 1301 qu’ils entrèrent pour la première fois dans les cortès. Le second s’appelait le bras noble : il se formait des riches hommes. Venait ensuite celui des chevaliers et des gentilshommes appelés infançones. C’est de leur naissance qu’ils recevaient le droit d’y assister. Les femmes qui possédaient , une seigneurie , pouvaient s’y présenter, soit en personne , soit par mandataire : les mineurs Joui.vsaient aussi de la faculté d’être remplacés par des procureurs. Le quatrième bras se formait des représentants des communes (*).
Quant aux laboureurs, aux artisans, ils n’étaient pas admis dans ces assemblées; il suffisait même d’exercer un commerce pour en être exclu; ce qui prouve, soit dit en passant, que ces constitutions n’étaient pas si libérales qu’on a bien voulu le dire depuis qu’elles ont cessé d’exister.
Les cortès étaient générales, quand elles comprenaient les députés des provinces de Catalogne, de Valence, des îles de Majorque et de Minorque; particulières, lorsqu’elles se composaient seulement des quatre bras du royaume d’Aragon. Ces dernières étaient, dans les premiers temps, réunies chaque année à Saragosse, dans le courant du mois de décembre; mais, lors des cortès générales, tenues, en 1307, à Alagon , par don .layme II, il fut décrété qu’elles ne s’assembleraient plus que tous les deux ans.
Elles s'occupaient à corriger les lois, à pourvoir aux points qui n’étaient pas réglés par les fueros; elles votaient
(*) Voici les villes qui avaleni le droit d’èlrc reprc.senlées atu eorlés d’Aragon : Çaragnça, Hiiesca, Taraçona, Jaca, Itarbaslro, Calalayiid, Darora, Terurl, Rorja, Albarazin, Alcaûiz, Fraga, Monlalvan , Monçoii, Sarlùeiia, Sant Eslevan de Lilera, Tamaril , Magallon , Boira, Alqiiezar, Ayusa, I.oliarre, Mosqueziirla , Murillo, Berbegal, Almiidevar , Alagon , Canfranrb. On Irouve en outre les comimmes (communidades) de Tmiel, Calatayud et Uaroca déjà nommée* comme villes.
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les subsides. Des commissions, choisies dans leur sein, étaient chargées d’examiner les comptes des dépenses publiques , et de vérifier l’emploi des sommes accordées. Elles constituaient encore un souverain tribunal devant lequel se débattaient les différends survenus entre les grands corps de l’État.
Enfin, elles connaissaient des plaintes qui leur étaient adressées pour atteintes portées aux franchises nationales.
Les rois ne pouvaient exercer aucune autorité, ni même prendre le titre de roi, avant d’avoir prété serment de respecter les lois et les libertés de la nation. Ce serment était ordinairement fait entre les mains dujicsé/cio. Cependant, cet usage n’était pas constamment suivi; car plusieurs princes ont iiiré entre les mains de l’archevêque de Saragosse. La formule prononcée en cette circonstance est très-longue , et contient en substance que le prince , pour lui et pour ses successeurs , promet et donne sa parole royale, sans tromperie et sans arrière-pensée, de garder, par lui-méme et par ses officiers, et faire inviolablement garder les lois, privilèges, libertés, usages et coutumes du royaume d’Aragon, de n’y contrevenir, ni en public, ni eu secret, ni par lui, ni par personne interposée.
Pour prêter ce serment, le roi se tient debout, la main droite étendue sur une croix d’or placée sur le livre des saints Évangiles. Pendant la prononciation de la formule, lejw.s/icia reste à genoux. Il est assisté par les députés des quatre bras, et par les jutais de Saragosse. Cet usage de faire promettre aux rois de respecter la loi, remonte aux premiers souverains de la monarcliie. Il est une autre coutume beaucoup plus récente, c’est celle du serment prêté par les Aragonais à leurs princes. S’il faut en croire une tradition qu’on ne trouve cependant consacrée par aucun écrivain antérieur à la fin du seizième siècle, ceux qui élurent Garci-Ximenès, au lieu de prêter un serment, lui auraient adressé ces paroles arrogantes : o Nous qui valons autant que vous et qui pouvons plus
que vous, nous vous faisons roi , à la condition que vous conserverez nos lois et nos libertés, et qu’il y aura, eatre vous et nous, quelqu’un qui pourra plus que vous: sinon, iion(*).
D’autres auteurs vont plus loin encore : ils prétendent que le justicia d’Aragon prononçait ces paroles au coiironuement de chaque nouveau roi.
Il y a beaucoup de motifs pour dquter de la véracité de cette allégation. Ces mots « nous vous faisons roi » ne peuvent s’appliquer qu'à un roi que l’on élit, et la couronne en Aragon était héréditaire. Pas un seul écrivain antérieur à la lin du seizième siècle n’a parlé de cette formule que les Aragonais auraient employée en jurant fidélité à leur roi ; et il y a cela de remarquable , que le premier auteur qui en ait fait mention était Français. C’est le jurisconsulte François Hotman qui l’a rapportée dans son ouvrage intitulé Franco-OalUa ,, invprimé en 1.575. Si on considéré qu’Hotman , partisan de la religion réformée, ennemi des Guises, professe souvent dans ses écrits les princijies d’une Idiertéevagéree, on ne s’étonnera pas que, pour faire germer dans les e.^prits des idées d'indépendance et de souveraineté populaire, il ait pu donner comme un fiiit constant , et se renouvelant à l’avénement de chaque roi d’Aragon , une allocution quia pu être prononcée lors de l’élection du premier souverain de Sobrarbe , mais dont cependant l’authenticité parait fort douteuse. Antonio Peroz(**), dans ses relations écrites en 1598, a répété la même version, qui a été acceptée ensuite sans contrôle par uae foule d’écrivains. Cependant Blancas, en 1585, à une époque où les libertés aragonaises existaient encore, a publié un Traité spécial des couronnement;'. des rois d’Aragon , ainsi que des serments qu'ils prêtent et de ceux
(*) Nos que vulpmos tanto como vos y podemos mais que vos, os eiejimo.s rey con lal lie nus guardeis niieslros t'iieros y Itbcrta-. es, Y entre >os y nos un que manda mas que vo-S ; sino , no.
(*•) Reluciones de Antonio Perez, édit, de Genève, 164^*, P* 143.
ESPAGJSE.
qu’ils reçoivent Je leurs sujets. Nonseulement il ne fait pas mention de la formule citée par Hotman et par Antonio Perez , mais encore il ajoute qu’en Aragon l’usage de prêter serment au prince ne remonte pas au delà de 1214. Voici les circonstances qui l’ont fait introduire. Après la mort de don Pèdre II , les frères de ce roi , proGtant de la jeunesse de Rn Jaynie, son ûls , tentèrent de s’emparer de la couronne et commencèrent à exciter des troubles dans le royaume. C'est alors que, pour assurer la tranquillité, les cortès générales réunies à Lérida jurèrent à En Jaynie, qui n’avait encore que six ans, de le défendre comme leur roi et seigneur, et de le sernir jusqu'à la mort en bons et fidèles vassaux.
Ci't usage s’est maintenu; et même, afin de prévenir par la suite les difficultés qui pourraient s’élever sur la succession à la couronne , les cortès adoptèrent l’usage de prêter serment à l'néiitier présomptif du trône, qui, lui-même, jurait auparavant de garder les lOis et les libertés de la nation. Il était dressé acte de chacune de ces cérémonies. Blancas a rédigé son ouvr.ige d’après les procès-verbaux qui , depuis 1214, avaient tous été conserves. Voici comment il donne la formule du serment :
« Les quatre bras et états du royaume «d’Aragon, réunis en cortès généra- « les, après en avoir conféré ensemble > et après une mûre délibération , ju- « rent pour eux et pour leurs succes- * seurs, qu’ils tiennent et tiendront le «roi, auquel ils font serment, pour « leur roi et seigneur naturel ; qu’ils « lui obéiront et le respecteront comme « tel tant qu’il vivra , et lui garderont « la fidélité et vasse.lage que doivent à « leur roi et seigneur naturel de fidèles « et loyaux sujets et vassaux (*). »
(*) «Losqualro braços y eslados del reyno de Aragon ajiinlados a coi te general , aviilo entre si aciierdo , y prerediendo niadura deliberacioii, por si y por sus successures jiii an que tienen y lendran e! rey, por su rey y senor iiatural al que asi jurau , y le obe-
II y a bien loin de cefte formule, pour j’esprit et pour les termes, à cette autre qu’on a tant répétée; mais si l’autre est pins piquante , celle-ci est plus vraie. Cependant il faut dire qtte, dans la réalité, le serment des Aragonais était autrefois conditionnel, et un de leurs fueros, qu’ils appelaient celui de l’union, était ainsi conçu : « Que « si jamais le roi violait leurs fueros ,
<1 ils avaient le droit d’élire à sa place « celui que bon leur semblerait, fdt-il « païen (*). »
Après avoir arrêté les termes de cette constitution , les chrétiens de Sobrarbe furent encore quelque temps sans pouvoir s’entendre sur l’election de leur roi. Ils s’étaient réunis à Aragnez, dans le but de conférer sur cet objet. Les Arabes n’eurent pas plutôt connaissance de cette assemblée, qu’espérant abattre d’un seul coup tous les principaux chefs chrétiens de ces contrées, ils vinrent mettre le siège devant la ville où ils délibéraient, et la pressèrent vivement. Ainsi que nous l’avons déjà dit . pendant que le rovaiime de Sobrarbe était désorganisé, les Navarrais avaient toujours conservé des souverains. On ne connaît pas la liste de res rois d’une manière bien exacte, mais on a vu que Mousa avait donné sa fille à uïi Garcia , chef des Navarrais. Celui qui gouvernait alors était Inigo, fils de Ximenez, qui lui-même avait été roi. Inigo avait mérité le surnom d’Arista, qui , dans la langue escuaraz, de même qu’en'grec, signifie le plus brave. Inigo Arista vint au secours des assiégés, et remporta sur les Maures une victoire signalée.
Ce succès fit cesser les incertitudes, et toutes les voix se reportèrent sur Inigo, le plus brave. Il fut proclamé roi de Sobrarbe, comme il l'était déjà
deceran , y acalaran como a (al , miéntras viviere, y le gnard, iran la fidriilad y vasallaje que los fieles y leales siibdito.'i y va.'Sillov dfveii y son tenidos a su rey y seûor nalural. •
(*) ■■ Que siempre qiieel rey les qnebrautasse sus fueros , pndiesscii eligir otro rey eiicara que sea pagano. •
L'U.MVKRS.
de Pampelune. Voici comment les vieux chroniqueurs espagnols rapportent le cérémonial qui devait avoir lieu à l’avénement du roi.
O Qu’il entende la messe dans l’église; qu’il fasse une offrande de pourpre et d’argent, et qu’ensuite il communie.
« Qu’à l’élévation , il monte sur son pavois, porté par les riches hommes, et que tous crient par trois fois : Réal! Réal! Réal!
<1 Alors , qu’on jette de sa monnaie au peuple jusqu’à concurrence de cent sous.
n Et, pour montrer que nul roi de ce monde n’a de pouvoir sur lui , qu’il se ceigne lui-méme son épée , faite en forme de croix.
« Que les douze riches hommes jurent au roi, sur la croix et sur les saints Évangiles, de défendre sa personne et ses États, et de l’aider à maintenir les fueros. Le peuple doit faire le même serment, et tous doivent lui baiser la main(*). »
L’élection d’Inigo-Arista eut lieu dans le courant de 868. Durant un règne de douze années, ce prince livra de nombreux combats aux Maures.
On rapporte que, pendant une de cæs { batailles, il vit dans le ciel une croix < blanche, présage de la victoire; et que, en mémoire de ce signe céleste, il uitta l’écu qu’il portait, rouge semé ’épis d’or, et prit pour armes une croix d’argent en champ d’azur (**). Il
(*) « Que oya su misa en la iglesia , e que ofresca porpora , e de su moneda e que despues comulgue.
• Que al levanlar siiba sobre su escudo , teuiendolo ricos oms , e clamando lodos, très vezes : Real ! Real ! Real !
« Eslonz se panda su moneda sobre las gens, enirea a cicn sueldos.
« Que por entender que ningim oiro l'ey lerrenal noaya poder sobre eyll, cinga se cyll mismo su es|)ada, que es a semblanle de cruz.
« Que los doze ricos oms deveii jiirar al rey sobre la cruz et los sanlos Evangclios dcciirarli el cuerpo e la lierra, e clpiicblo liaga lo mismo, el ayudarli a mantencrlos fueros, e deven bcsar su mano. »
(**) Il n’est pas besoin de rcpéler que
mourut en 880, et fut remplacé par Garci-Inigucz, son fils, qui avait pour femme Urrnea, fille de Fortunio-Ximenez , sixième comte d’Aragon. Celui-ci , étant mort sans enRints , le comté se trouva , de cette manière , réuni au royaume de Sobrarbe. Il y avait déjà cinq années qu’il régnait, lorsque, se rendant avec la reine à Saint-Jean de la Pena , il tomba près de Larumbe, ville de la Navarre, dans une embuscade que lui avaient dressée les mahométans. Il y fut tué ainsi que .sa femme, qui était alors enceinte, et cette circonstance doit être remarquée, car l’enfant qu’elle portait encore dans son sein , sauvé par une espèce de prodige, fut, au dire des historiens aragonais, appelé par la suite à monter sur le trône.
Garci-Iniguez eut pour héritier Fortun, son fils ; mais les anciens auteurs ne nous apprennent presque rien sur son règne; plusieurs meme d’entre eux, etTomich est de ce nombre, ne le comptent pas au nombre des rois.
'Ils le remplacent par un interrègne de seize ou dix-huit ans. Cependant Garribay a produit des pièces assez nombreuses et assez authentiques pour que presque tous les auteurs qui ont écrit depuis lui aient parlé du règne de ce fils de Garci-Iniguez. Au reste, il parait que son administration ne fut pas heureuse, et que, de son temps, les Maures reprirent aux chrétiens beaucoup de villes del’Aragon et de la Navarre. En- Gn , en 904 , ce prince abdiqua la couronne et se retira dans un couvent, ce qui lui fit donner le surnom de Fortun le Moine.
L’année suivante, les Aragonais s’étanf réunis puurelire un souverain, Sancho de Guevara, un des seigneurs
presque tout ce qu’on raconte relalivement aux origines brraiiliqiies de celle époque, est douteux ou conlroiivé. Ce qui jiarait cependant certain , c’est que pendaiil longtemps et jusqu’à la bataille d’Alcoraz, livrée sous don Pédre !"■, les armes d’Aragon restcrenl d’azur, et au premier raiilon la croix d’argent paltée et terminée à sa branche inférieure en lame de poignard.
qui faisaient partie de l'asseiiibice , se leva et prit ainsi la parole :
« Seigneurs , vous savez tous comment le roi Garci-lniguez fut tué par les Maures, et avec lui la reine, sa femme, lorsqu'ils se rendaient ensemble à Saint-Jean de la Pena. Par bonheur , je passai dans l'endroit où le conflit avait eu lieu, et j’y trouvai le cadavre du roi et celui de la reine; et je vis que, du ventre de la reine, sortait une main d’enfant: et, tant prestement comme j’aperçus cette petite main, je dévalai de mon cheval, et, par la blessure, je tirai l’enfant du ventre de la reine; et je vis que celte jietite créature était un enfant mâle, et incontinent je le fis baptiser et je le nommai Sancho ; et , après , je l’emportai avec moi, et je l’ai fait nourrir, et , maintenant, j’ai amené ici cet infant, et je vous le présente à vous tous comme celui qui doit être votre seigneur. Cependant, s’il y a ici quelque personne ou cavalier, ou autre qui veuille dire le contraire, et prétendre que cela n’est pas ainsi que je le dis, j’offre de combattre de mon corps pour prouver que ce récit est aussi vrai, qu’il est vrai que c’est moi qui viens de vous le dire(*). »
Après ce discours, Sancho le Cesa-
(*) « Seijjors a tots es cert com lo rey Carcia Iniego fu mort e ab cil la reyna sa muller per Moros anant a Saut Jolian île la Pcnya : e per bona venliira yo passi per lo loch bon lo ronflicle era eslat e trobi aqiii la dit rey mort el la reyna su muller; e viu que ael ventre de la reyna rxia una ma de crialura : e tant prestameni coma yo viu la ma de la crialura devalli de mo cavall e ab la s|>asa Iragiii li la criatura dcl rentre : e lin que la crialura era (ill muscle e en continent Gu lu bateiaree qieti li nomSauxo: e apres lo mcn porli en qo del meu c l’Iio fel nodrir e ara yo lie menât aci lo dit inrant e prcsentel a vos alires axi como aquell que es senyor; pcru si aci ha alguna pci'soua, O cavalier que viilla dir lo Contran que no sea axi como jo die :yo offerre lo meu cors a conibaire que les paraulcs por mi reciladas son axi veres coin per mi son estades dilas. » Mossen en Pere Tomicb , Hislorias dels reys de Aragon.
rien (Sanctius Cœso) fut proclamé roi sans opposition.
Pour nous, quoi qu’en ait dit le brave Sancho de Guevara, nous ne sommes pas tout à fait tenus de croire ce récit sur parole, et d’autres écrivains disent que les faits se passèrent d’une façon plus naturelle. Ils rapportent que Fortuit le Moine abdiqua en faveur de Sancho, son frère, sans dire en aucune manière qq’il ait été mis au jour et conservé par une espèce de miracle.
Cependant, les deux versions ont également des partisans , et Blancas dit que si les seigneurs de Guevara ont pris par In suite le nom de Ladron c’est parce qne l’un d’eux avait , pat un pieux larcin, dérobé le fils de leur roi ù la mort.
CONQUeTES DK SAXCHO ABARCA. MORT DK
GARCIA. BATAIT.CE DE SAirrT*ÉTIEITirK
DE GOHMAZ. BATAILLE DE JUITQUERA.— -
MARTYRS DR PÉI.AGE. REGIfE DE FROILA
ÉTABLISSEMEffT DES JUGES DE CASTIT.T.E
BÈGUE D’ALPHOirn LE MOINE. REGNE