‹ Espagne (volume 3)Chapitre 27 sur 75 · CID A SAN PEDRO UC CARDENA · texte numérisé non relu

CID A SAN PEDRO UC CARDENA

Au milieu de ces grands événements, les armes du Cid ne restaient pas oisives, et tandis que le roi Alphonse reculait au couchant de la Péninsule les limites de la domination chrétienne, Ruy Dias tentait d’enlever aux Almoravides une de leurs plus riches conquêtes. Il avait été mettre le siège devant la ville de Valence. Agissait-il avec ses propres forces ou bien avaitil, comme le disent quelques auteurs, demandé des troupes au roi de Castiller C’est un fait qu’il n’est guère possible d’éclaircir. Quant à l’allégation qu’il aurait tenté une entreprise aussi hardie avec le concours des rois de Sarago.sse et d’Albaracin, elle est d’une telle invraisemblance qu’il faut la laisser dans les éerivains arabes dont on l’a tirée. Le roi de Saragosse était vivevement pressé par Sancho- Ramirez d’Aragon, par les Catalans et par les chevaliers normands venus en aide au jeune comte de Barcelone, Ramon Berengner, qui était, on se le rappelle, fils de Ca[i-d’Estnpa et de Mahulta, fille de Robert Guiscard. Lorsque les Almoravides étaient débarqués à Algesiraz, il était assiégé dans sa capitale par le roi de Castille, et c’est à leur arrivée qn’il avait dd de ne pas être dépouillé de son royaume. Il ne résistait qu'avec peine aux efforts des chrétiens. Est-il possible qu’il ait, par une attaque ingrate autant qu’imprudente, atliié sur lui la colère du puis.sant Youssouf.’ Quant nu petit roi d’Albaracin, qui n’avait conservé le titre de roi que sous le patronage du souverain de Saragosse et à la charge de se reconnaître vassal des Almornvides, s’il se fiU armé ouvertement contre ceux qu’il venait de reconnaître pour ses suzerains, il eût commis à la fois une in prudence et une félonie. Ni le, roi de Sarago-se ni celui d’Albaracin n’ont donc prêté leur concours pour assiéger Valence. C’est assez que,

satisfaits de voir le Cid s’interposer comme une barrière entre eux et un protecteur dont la trop grande puissance les effrayait, ils n'aient apporté aucun empêchement à nue entreprise dont ils ne pouvaient ostensiblenient désirer la réussite. Le Cid a donc lui seul attaqué Valence, que le cadi Alimed-ben-Djeliaf-el-IMoaferi défendait pour les AInioravides. Aliou-Bekr vint tnutilement au secours de la place assiégée. Il fut vaincu, et Vahnce pressée par la famine fut contrainte de se rendre en sjumada-el-awal 487 (19 mai au 17 juin 1094). El-Moaferi stipula dans la capitulation , que sa charge de cadi lui serait conservée, et que les vainqueurs respecteraient également les propriétés et les personnes. Le Cid lit hommage de sa conquête au roi Alphonse, mais, tant qu’il vécut, il y exerça la souveraine puissance.

Il la traita avec justice et avec bonté. Les Arabes eux-mêmes sont forcés de le reconnaître. Il gouverna, disentils , avec une apparente douceur ; mais après une année, il lit .saisir Ahmetel-Moaferi , et le fit brûler vif sur la place publique de Valence.

C’est un parti pris chez les historiens d’une certaine école , de jeter le blâme sur tout ce que leurs devanciers ont loué; de chercher a flétrir tout ce qu’on a, jusqu’à ce jour, signalé comme noble et comme généreux.

Aussi reprochent-ils au Cid , comme l’acte de la plus odieuse barbarie,’ cette mort qui ne fut probablement qu’une cruelle, mais indispensable sévérité. Répétant une accusation ramassée chez les écrivains arabes , ennemis et détracteurs de tout ce qui était chrétien , ils prétendent que le Cid fit brûler Ahmet sur la place publique de Valence, pour le contraindre à déclarer où étaient cachés les trésors du roi Yahva. Ils oublient qu’il faut juger un peu les faits d’après le caractère connu des personnages.

L’histoire ne reproche au Cid aucun autre trait de cruauté ou de perfidie.

Est-il probable qu’il eût été démentir une vie tout entière de générosité ’i Ahmet-el-Moaferi , au contraire , était

un ambitieux qui s’était maintenu au pouvoir sous trois gouvernements différents. Il avait trahi son prince, livré son pays . ouvert Valence aux Almoravides’, et pour prix de sa trahison, il avait reçu le commandement de la ville. Il avait encore conservé le pouvoir pendant une année afirès que Valence avait été conquise par les chrétiens. .Sa moi test prohahlement le châtiment de quelque trame, de quelque trahison nouvel'e que la vigilance du Cid a déjouée. Il a expié bien sévèrement son crime; mais à raison de son supplice, faut-il s’éprendre pour lui d’une tendresse si fervente qu’elle aille jusqu'à jeter l’injure à la mémoire du plus fameux des guerriers castillans.’ Nous ne comprenons pas ces amilés subites pour l’ambition et pour la perfidie, et nous ne nous sentons au cœur nulle sympathie pour le traître qui a vendu sa ville natale, fût-il , comme Ahmet, de la race d’Almanzor.

Au reste, le zèle que le vainqueur a montré pour la religion chrétienne, a peut-être contribué autant que ses succès, à lui mériter les imprécations dont les auteurs arabes chargent sa mémoire. Beaucoup de chrétiens s’étaient établis à Valence. Le Cid s’empressa de rétablir en cette ville le culte du vrai Dieu. Sur sa demande, un évêché y fut érigé en 1098, et l’on choisit pour évê(|ue, Jérôme de Périgueux , un de ces moines venus de France avec la reine Constance et avec Bernard , archevêque de Tolède.

L’année 1094, qui vit tomber Valence entre les mains des chrétiens, fut également signalée par d’autres actions dignes d’^re racontées. Sancho Ramirè.', apres avoir enlevé aux musulmans Barbastro, iMontnragon, et toutes les villes des envii'ons d’Hitesca , vint mettre le siège devant cette place. Elle était très-forte; malgré toutes les attaques du roi , elle sedéfendait courageu^ement, et lesiége traînait en longueur. D. Sancho voulant cependant emporter Huesca de vive force , s'approcha des rempai^ts plus que la prudence ne le permettait.

Au moment où il levait le bras pour

L’IJNIVERS.

siçnoler un endroit de la imiraill’e qui lui semblait plus faible, et vers lequel il voulait faire diriger les niacbines de gtierre, un trait parti du haut des créneaux le frappa dans l’aisse.le, au défaut de la cuirasse. I.e roi sentant bien que la blessure était mortelle, fit appeler ses (ils. 11 leur lit jurer de ne pas lever le siège avant d’avoir pris la ville. Quand il eut ainsi réglé les affaires de ce monde, il s’occujia de sa conseienee. Puis il fil arracher le trait qui était resté dans sa blessure , et il mourut le 4 juin 1094. D. Pedro son fils aîné, qui portait déj.i le titre de roi de Sobrarbe, hérita de tous ses l^.tats. Son second fils, Alphonse, n’eut que la seigneurie de (pielipies villes. I.e plus jeune, nomme don Ramire, avait, dés l'année precedente, pris l’habit de moine dans le couvent de Saint-Pons de Tomiers, situé sur le territoire de Narbonne.

Don Pedro et son frère continuèrent le siège, comme ils l’avaient juré à leur pere. Penilant les premiers moments, la nécessité de régler les affaires du royaume ne leur permit pas de le pousser avec autant de vigueur qu’ds l’auraient désiré; mais bientôt ds le pressèrent avec | lus d’ardeur, et la ville, réduite aux dernieres extrémités, fut obligée d’appeler à son secours le roi de Saragosse. Celuici, pour délivrer Huesca, se mit en marche à la tête d'une puissante armée. Don Pedro, digne fils de celui qu'il avait remplacé sur le trône, alla au-devant de l’ennemi. 11 le rencontra le 18 novembre I09(>, non loin de la ville d’iliiesca, dans la plaine d’Alcoraz. La victoire ne fut pas longtemps douteuse. Les musulmans laissèrent sur le champ de bataille 40,000 des leurs. On dit que quatre rois nègres furent trouvés au nombre des morts; ce qui ne semble jias Ires-etonnant, lorsqu’on se rappelle que le titre de roi était souvent pris jiar les gou verni urs de la plus petite ville musulmane. Le vulgaire, toujours ami des prodiges, raconte qu'on vit saint George combattre pour les Aragonnais, et qu’un chevalier de la famille de Moncade ,

qui se trouvait le même jour en Syrie , dans la ville d’Antioche où il avait été pour prendre part à la croisade , fut cependant remarqué parmi les plus braves qui se signalèrent à Alcoraz. Nous ne nous occupons pas sérieusement de ces prodiges ; mais ce qui parait certain , c’est qu’à partir de ce jour don Pedro changea les armes que, depuis Inigo Arista, les rois d’Aragon portaient d’azur et au premier canton la croix d’argent pattée , terminée à sa branche inférieure en lame de poignard. Il prit la croix de Saint-George, de gueules en cbaiiip d’argent, et dans chacun des quatre cantons, une tête de roi nègre au n.iturel, couronnée d’or.

Sept jours après la victoire d’Alcoraz , la ville, désespérant de pouvoir plus longtemps se (léfendre, se rendit, et le roi y entra le 25 novembre.

Hiiesca devint pendant quelque temps la résidenee des rois d’Aragon.

Les musulmans , désolés par tant de désastres , ne cessaient de déplorer la perte de Valence. Néanmoins , tant que le Cid vécut, ils osèrent a peine concevoir l’espérance de la reconquérir; mais l’année même de la prise de Jéru.salem par les croisés , eu 1099 , le Cid rendit son âme a Dieu. Dès que les musulmans furent instruits de celte mort, ils formèrent le projet de reprendre la riche cité qu’il leur avait enlevée. Ahoii-Bekr, à la tête d’une Hotte formidable , s’était depuis peu de temps emparé des Baléares. Il vitit, excité par le fils d’Alimet-el-Moaferi, gouverneur d’Almcria, mettre le siège devant Valence. La ville était gardée paries vieux soldats du Cid, que commandaient Xiinène sa veuve, et Alvar Faûez de i\linaya, le compagnon de tous ses travaux. Ils se défendirent avec courage. Lu 1101 , Alphonse envoya une armée au secours des a.ssiegés. Cette année rencontra les tronpes d’Ahon-Bekr, les battit; mais les musnhnans élaient maîtres de toutes les places voi>ines , d’où ils sortaient pour ravager les environs. Aussitôt que l’armee d’Alphonse fut éloignée, iiS vinrent recommencer le siège.

1 C.oogle

Alors le roi de Castille comprit qu’il ne pouvait, sans des peines et sans des dépenses trop grandes, conserver une place entourée (le tous les côtés par les .Maures. Il se résolut à l’abandonner. Ce fut un moment solennel que celui où tous ces vieux soldats quittèrent la conquête achetée au prix de leur sang. On n’y laissa ni une femme, ni un enfant, ni un cheval, ni une voiture, ni un meuble qui appartinssent aux chrétiens. Chacun enleva tout ce qu’il possédait. On emporta aussi le corps du Cid. Des écrivains rapportent même qu’il avait été embaumé, nu’on le revêtit de son armure , qu’on l'attacha droit sur Babieca, son bon cheval de bataille, qu’on lui mit dans la main droite, Tisona , l’une de ses deux épées (’*) , qu’on porta sa bannière haute , et qu’on le fit ainsi marcher au premier rang comme il avait coutume de le faire aux jours de danger. Les Maures, en voyant tout cet appareil, en apercevant la poussière que soulevaient tant de chariots qui sortaient de la ville, crûrent que c’était une armée immense qui s’avançait pour les attaquer. Ils livrèrent le 'passage, et tous les chrétiens de Valence purent regagner la Castille.

Le Cid fut déposé dans le tombeau ui lui avait été préparé dans l’église e Saint-Pierre de Cardena. Ximena mourut, dit-on, deux années plus tard et fut ensevelie à côté de lui. Le noble cheval de bataille, le brave B.ibieca, reçut aus'i les honneurs de la sépulture. Il fut mis en terre à la porte de l’église de Saint-Pierre. La bannière du Cid et ses épées restèrent au monastère de (Cardena, et pendant longtemps, quand les rois de Castille allaient entreprendre quelque guerre importante, ils faisaient porter devant eux la croix du Cid {c'est-a-dire l'une de ses épées), d.ins l’espoir que cette noble relique leur assurerait la victoire (**).

n L’autre épée du Cid se nommait Colada.

(**) Voiri la lettre assez curieuse qii’Alphonse Kl éerisait en i335 : « Al-Abad de ” .San Pedro de Cardeûa , salud y gracia.

VOKT I>E DOW PEDRO I**" d’aRAOOîT. — DOIf AI.PHOîTSE !"■ BÉRITB DÜ TftOPÏE. MORT

o’yod.ssoüf. — BATAtr.T.e d‘uci.es; mort De l. IIïPAIfT DOIf SAJff no, — ALrnONAE IT DOlVirc SA FILLE ÜRRACA Elf SECONDES Hor.ES A DOlf ALFHOIfSE d'araGOIT. — MüftT DÜ ROI ALPHONSE Vf,

La victoire d’Alcoraz ne fut pas la seule que don Pèdre I'^ d'Aragon remporta contre les Maures. Ses armes furent constamment heureuses. Depuis buit années sa fortune ne s’était pas démentie; mais chacun doit en cette vie supporter sa part de chagrins et d’affiietions : c’est une triste condition de la nature humaine. T.e 18 août 1104, ses deux enfants don Pèdre et Isabelle lui furent enlevés. Soit qu’il n’ait pu siipiwrter la douleur que leur perte lui causa, soit qu’il fût .atteint déjà de quelque grave maladie, il mourut quarante jours seulement après eux , le 28 septembre 1 104. Il laissa pour successeur son frère Alphonse, surnommé le Batailleur à raison du grand nombre de combats qu’il a livrés.

Le prince des Almoravides , Yonssouf-ben-Tasclifyn , ne tarda pas non plus à payer son dernier tribut .i la nature. Il était âgé de cent ans, et mourut dans le courant de l’année 1 106. Son

« Sepades que por la gran druocion que • auemos con la cruz del Cid , la quai lle- « vamos la otra vez quâdo fuiinns sobre « Xibrallar, trnemos por bleu de rnibiar *. por ella para lietiar fa con nos olros en « esla ida que imos a Portugal , y rmbia- « nios alla p.ara que nos la Iraynii a Alvaro « Rois, e a Joà Garcia nnesiros Kallesleros, « e vos que embiedes dos monjes con « ellos , etc.

• A l'ablié de Saint-Pierre de Cardena , saint et grâce. C’est afin que vsiis sachiez qu'à raison de la grande dtrvolion que nous avons en la croix du Cid, que nous avons portée avec nous l'autre fuis quand nous avons été au camp devant Gibraltar, nous trouvons bon de l'entoyer demander, pour l’avoir avec nous daas la giierie que nous allons faire en Portugal. Nous envoyons donc nos deux arbalélricrs Alvar Rois et Jean Garcia pour qu’ils nou.s l'apporteni; et vous, envoyez deux moines avec eux , etc., etc. •

L’UNIVERS

fils Aly, qiifi depuis trois ans il avait fait reconnaître pour son successeur, fut proclamé émir. Il resta pendant quelque temps en Afrique pour y meitre ordre aux affaires de son gouvernement ; ensuite ayant à cœur d'achever l’entreprise commencée par son père et de rétablir en Espagne In domination musulmane, Il v lit passer, sous la conduite de son frère, une armée de Lamtounes. Les Maures recommencèrent donc à faire avec plus d'activité la guerre aux chrétiens. Us allèrent mettre le siège devant le château d’Uclès. C’était un de ceux livrés par Ben- Abêd à Alphonse. Il faisait partie de la dot de Zaida. Le roi de Castille rassembla des troupes. Il voulait marcher lui-tuême à leur tête pour aller chasser les ennemis; mais son grand âge et les maladies dont il était atteint lui eussent diflicilement permis de faire une campagne. On parvint donc à le dissuader de prendre lui même le commandement de l’armee. Il en remit la direction au comte don Garcia, et, pourqu’il edt plus d’autorité, il envoya avec lui l'infant don Sancho, qui n'iétait pas âgé de plus de onze ans. C’était l’enfant de Zaïda , celle de ses femmes qu’Alphonse avait le plus aimée. Le roi n’avait pas eu d'autre fils de ses nombreux mariages. Celait une double raison pour (pi’il chérit avec plus de tendresse cet unique héritier de sa couronne. Le jeune infant avait été élevé par don Garcia, comte de (.'abra ; ce fut à ce brave guerrier que fut principalement confiée la défense de .sa personne. Lorsque les chrétiens furent arrivés près d'Uclez , ils attaquèrent les Almoravides ; mais ils furent mis en déroute. Au plus fort de la mêlée , l’infant Sancho, s’adressant au comte de Cabra, lui cria : <■ Père! père! mon cheval est blessé.» Le comtes’empressa d’accourir. Il sauta à bas de sou cheval au moment où celui de Sancho s’abattait ; il plaça l'infant entre lui et son bouclier. La mort les menaçait de toute part; neanmoins il se défendit vaillamment. Il couvrait le Jeune prince avec son bouclier, et les coups de son épée tenaient les assaillants

éloignés. Mais ayant eu un pied tranché d’un coup de sabre et ne pouvant plus se soutenir , il se coucha sur le corps de son élève, afin de recevoir la mort avant lui.

La nouvelle de cette défaite arriva bientôt à Tolède où le roi était resté. « Ah! mon fils, s’écria Alphonse en sanglotant , ah ! mon fils, joie de mon cœur, lumière de mes yeux, consolation de ma vieillesse! Ah! mou fils, miroir où j'aimais tant à me contempler. Ab! mon grand héritier! Chevaliers, où l’avez-voiis laissé.’ Comtes, rendez-moi mon fils. »

Les chevaliers, émus de la douleur du roi, restèrent quelque temps sans répondre. Enfin l’un d’eux, le comte Gomez.lui répondit : <• Seigneur, pourquoi nous demander votre fils ? vous ne nous l’avez pas confié. — Si je ne vous l’ai pas confié, reprit le roi , je vous ai envoyés avec lui pour le protéger. Celui que j’avais chargé de sa garde l’a défendu; et quand il ne pouvait plus le défendre il s’est couché sur lui, et il est mort en le couvrant de son corps. Mais vous qui l’avez abandonné, que venez-vous faire ici.’ • Alors on ditqu’Alvar Eanès lui répondit : « Seigneur, depuis votre enfance vous avez durement fait la guerre.

Vous avez ap()ris en combattant qu'il ne suffit pas toujours d’agir vaillamment pour avoir la chance favorable.

La fortune a cette fois été pour les musulmans. Votre lils était mort ; à quoi eût-il servi que nous fussions restés avec lui sur le champ de bataille .’ Il ne fût revenu personne pour défendre l’État contre les .Maures, et le fruit de tous vos travaux eût été perdu. »

Quand les premiers moments de sa douleur furent passés, le roi s’occupa d'assurer la succession au trône. Peu de temps après la défaite de Zalaca , Alphonse avait marié à Henri, descendant de Robert l’Excommunié, sa fille dona Thereza , qu’il avait eue de son union passagère avec Ximena Munos; il avait à la même époque donné sa fille légitime Urraca pour épouse à Raymond de Bourgogne. Il avait confié au premier le gouvernement du Por-

tugal ; il avait fait l'autre comte de toute la Galice ; mais ces honneurs n’avaient pas suffi à l’ambition de ses gendres. Ils avaient formé une alliance pour s’emparer du trône après la mort du roi. Ce traité ne fut pas tenu assez secret; Alphonse eut des preuves de la haine qu’ils portaient à Zaïda, et de leur coalition pour dépouiller l’infant Sancho de la couronne (*}. Il avait donc conçu contre eux un juste ressentiment. Le comte Raymond était mort peu de temps avant le désastre d’Uclez, laissant un fils en bas âge. Cet enfant , appelé Alphonse- Raymondez, se trouvait, par la perte du jeune Sancho, le seul descendant mâle du roi Alphonse le Brave. Suivant l’ordre naturel des successions, il devait être un jour, son héritier; mais le roi reportait sur lui une partie du ressenti ment que le comte Raymond avait mérité. Il le faisait donc.' élever loin de la cour, au fond de la Galice, et il résolut de donner un nouveau mari à sa fille. Ses vues se tournèrent du côté de don Alphonse 1", qui , depuis 1104, était monté sur le trône d’Aragon. Les nobles castillans furent blessés du choix qu'il faisait d’un prince étranger. Ils le considérèrent comme injurieux pour eux puisqu’il exprimait dans leur opinion que le roi ne trouvait aucun d’eux digne de s’asseoir sur le trône. Cependant comme ils n’osaient pas adresser eux-méraes leur réclamation à Alphonse, ils lui firent parler par son médecin. Le roi fut vivement irrité de leurs prétentions. Il défendit à leur interprète de se représenter jamais devant lui, et il donna la main de sa fille à don Alphonse d'Aragon, quoiqu’ils fussent cousins issus de germain (**).

(*) Le texte de ce traite se trouve dans d'Achery, Spicilegium veterum scriptorum, t. III, p. 4i8.

(”) C’est par erreur que M. Viardot, dans son Histoire des Arabes , dit qu’ils n'élaient parents qu'au septième degré ; c’est au sixième qu’il faut dire ; d'Urraca à son père Alphonse, il y a un degré ; à Ferdinand son lieul a ; à Sancho le Grand son bisaïeul , 3 ;

17' livraison. (Espaone,)

Lors du départ de son fils pour la désastreuse campagned’Uclez, Alphonse était déjà malade ; le chagrin augmenta encore ses souffrances. Cependant il montait tous les jours à cheval par l’ordre de ses médecins qui essayaient, par cet exercice, de rappeler la chaleur dans son corps accoutumé à la fatigue. Enfin, vers la fin de juin, il se sentit encore plus faible; il vit bien que le moment était venu pour lui de s’occuper uniouement des intérêts de l’autre vie. Il avait alors, dit Mariana , soixante et dix-neuf ans, et il mourut le l" juillet 1109.

Alphonse avait mérité que ses contemporains lui déférassent le surnom de Brave. Sa libéralité l’avait fait appeler aussi Alphonse à la Main trouée.

11 était sans jactancedans la bonne fortune, et jamais il ne se laissa abattre par l’adversité. Il joignait aux qualités du vaillant capitaine les talents de l’homme d’F.tat. Il avait surtout le talent si rare de se faire aimer ; aussi la nouvelle de sa mort fut-elle accueillie dans tous ses États par un deuil général , comme si le peuple eût compris que des jours de trouble et de discorde allaient succéder aux temps de gloire et de prospérité.

BÈGKR DE DOVA URRACA. DISSe!fSIONI

ENTRE LA RErNE ET SON MARI. LA REINE

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