‹ Espagne (volume 3)Chapitre 29 sur 75 · SS · texte numérisé non relu

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L’ÜNIVERS.

et de dissensions intestines. G’est lliis* toire de toutes les époques où le pouvoir tomte entre les mains d’une femme trop faible pour en supporter le fardeau, trop orgueslleuse pour reconnaître son insufiâsance. Urraca voulait bien qu’Alphonse fdt le mari de la reine de Castille ; mais elle voulait aussi rester seule maîtresse dans les États que son père hri avait laissés.

Elle prétendait y exercer seule l'autorité souveraine,' et ne souffrait pas métnc qu'Alpbonse v prit le nom de roi. Peut-être n’est-tl ^s juste de tui imputer à elle seule tous les torts que lui donne l’histoire. Beaucoup de nobles castillans se trouvaient numiliés d'obéir à un prince aragonais, et par leurs paroles aussi bien que par leurs actions ils fomentaient l’orgueil d’Urnica , et l’encourageaient à oublier qu’elle était épouse , pour se rappeler seulement qu’elle était souveraine. Alphonse le Batailleur, de son côté, n’était pas de caractère è se soumettre aux caprices d’une femme présomptueuse, imprudente, volontaire. Il portait aussi une couronne, et ne voulait être nulle part l’inférieur de celle qu'il avait reçue pour compagne. Il ne pouvait tolérer l’orgueil de tons ces nobles qui entouraient sa femme , et qui soufflaient la discorde dans son ménage et dans l'État. Les choses en vinrent nu point qu’il lit arrêter la reine et la fit enfermer dans le château de Castellar ; mais la reine , à l’aide des seigneurs de son parti, parvint à s’échapper. Elle courut se mettre à la tête de ses sujets, et la guerre éclata entre l’Aragon et la Castille.

Alphonse le Batailleur avait pris des précautions pour s’assurer de la possession d’un grand nombre de villes dans les États de sa femme. Il en avait remis le commandement à des hommes qui lui étaient dévoués, à des Aragonais ou à des Castillans qui avaieut embrassé son parti ; car parmi les Castillans eux-mêmes il en était qui aimaient mieux encore obéir à un prince araoitais qu’aux favoris d’une femme ébauchée. Soit à tort, soit à raison , IJrraca était accusée d’entretenir des

liaisons coupables avec plusieurs seigneurs ; les comtes don Gonzalez de Lara et don Gonvez deCandesmna passaient surtout pour être les pras avancés dans ses bonnes grâces.On raconte même que de ses amours avec ce dernier elle eut un fils appelé Fernando, à qui sa naissance illéguime fit donner le surnom de Hurtadô, te dérobé. C’est de hii, dit-on , que la célèbre famille des Hurtados a tiré son origine. Quant au |)euple' il supporte tous les maux enfantés par les folies des rois ; niais il n’est pasdeloi, pasd’ordonnancecapablés de l’empêcher de flageller le viee : aussi , dans ses épigrammes , dans ses Chansons, il racontait les amours de la reine et stigmatisait sa vie infâme.

Alphonse profita de cette disposition des esprits pour s’emparer d’une partie de la Castille. Les gouverneurs de quelques places les lut donnèrent, d’autres les hii vendirent. Mais au milieu de toutes ces trahisona , de tous ces manques de foi , on aime à rencontrer un acte de loyauté; on se plaît à le redire : Peranzulez (*), noble castillan, avait, avant ees dissensions, reçu du roi d’Aragon le gouvernement de’plusieiirs places de la Castille et il lui avait prêté foi et hommage comme à son seigneur. Quand la guerre éclata, Peranzulez se trouva fort embarrassé; car rl lui sembla qu’il manquerait à la jnstiee s’il remettait au roi des cités qui appartenaient à dons Urraca ; et d’un autre côté , il avait prêté serment de fidélité au roi. Voici comment il s’y prit pour mettre d’accord son serment et l’équité. Il remit les places à des garnisons castillanes, et alla livrer sa personneà Alphonse le Batailleur pour recevoir le châtiment que ce prince lui imposerait. Dans le premier moment de la colère, Alphonse voulait le faire mettre à mort; mais les seigneurs aragonais diargés de le juger décidèrent qu’il avait rendu à chacun ce qui lui appartenait : à la reine, les villes dont elle était la souveraine naturelle; QU roi, le vassal qui n’avait pas rempli

(*) Zurila, Anales de la Oorena de Aragon, le nomme Pero Amarez.

ses enga^ments. Ils déelarèrent donc qu'il avait fait noblement son devoir, et bientdt Alphonse lui-méme, lorsque sa colère fut calmée , ne put s’empêcher d’accorder à la loyauté de Peranzulez les éloges qu’elle* méritait.

Les Almoravides n’eurent (>as plutôt connaissance des querelles qui divisaient les chrétiens, qu’ils conçurent Fespérance de reconquérir tout ce qu’Alplionse ie Brave leur avait enlevé. Ils ravagèrent les environs de Tolède et vinrent même mettre le siège devant cette ville. Le guerrier chargé de la défendre était un vieux compagnon du Cid : c’était Alvar Fanez de Hinaya. Il ne se borna pas à repousser les assauts ; le septième, jour après que les ennemis eurent investi la place, il fit une sortie, pénétra dans leur camp, incendia toutes les machines qu’ils avaient préparées pour battre les murailles, et il leur lit éprouver de si grandes |>ertes , qu’ils abandonnèrent le àége. Ils ailèrentattaquer Madrid, espérant qu’ils en auraient plus facilement raison. Ils en ruinèrent les murailles ; mais ils ne purent parvenir à s’en rendre maîtres. Ils se retirèrent, emportant néanmoins un riche butin, •t emmenant un grand nombre de prisonniers. L’audace des Almoravides et la facilité avec laquelle ils avaientravagé le |)ays, étaientduesen grande partie aux dissensions qui décliiraient la Castille. Cependant, la crainte de livrer ainsi les enrétiens aux attaques des musulmans ne fut pas suflisante pour rétablir la paix entre Alphonse et dona Urraca. La reine, désespérée de voir un si grand nombre des principales villes de ses États entre les mains des Aragonais , rassembla une armée dont elle donna le commandement aux conites don Pedro Gonçalez de l.ara et Gomez de Candespina. Ils marchèrent au-devant d’Alphonse, et le rencontrèrent dans un lieu appelé le champ de l’Épine. Leeomte de Lara, qui conduisait la première ligne des Castillans, ne put soutenir le choc des ennemis. Il fut mis en fuite. Le comte Gomez fit de vains efforts pour rappeler *0 victoire, il fut tué en com-

battant. Un chevalier de la maison d’OIea, qui portait sa bannière, ayant eu son cheval tué et les deux m*ains coupées , saisit sa bannière entre ses bras afin de ne pas la laisser abattre , et il fallut le tuer pour la renverser. Alphonse profita de l'avantage qu’il venait d’obtenir pour pénétrer an coeur des États de dona Urraca. Il prit beaucoup de villes, et alla même assiéger Astorga. Mais il ne put s’en rendre maître. Il gagna aussi plusieurs batailles contre l’armée de la reine et contre les Portugais que cette princesse avait appelés à son secours; puis , après tous ces succès , il fut à son tour assiégé dans Carrion. Cependant , avec l’aide du grand nombre de partisans qu'il avait parmi les sujets même d’Urraca, il parvint à sortir d’embarras.

Le pape Pascal II , touché de l’état où se Pouvaient les affaires d’Espagne, envoya un légat pour rétablir, si cela était possible, la bonne liarmonie entre les deux époux. E» 1114, un concile fut réuni dans la ville de l’alencia, et l’on y décida que le degré de parenté qui existait entre. Alphonse et Urraca était un obstacle à la validité du mariage. Toutes les préleutious du roi sur les Etats de sa femme furent détruites par cette déci.sion ; aussi se laissa-t-il reprendre une j)artie des villes qu’il y avait occupées. Néanmoins, ce divorce ne fut pas suflisant pour ramener la paix dans les royaumes de doiîa Urraca. Déjà en 1112, les Galiciens, mécontents de sou adininistratlou, avaient proclamé roi de Galice, Alphonse, ce jeune fils qu’elle avait eu de son mariage avec le comte Raymond. En ItlG, plusieurs villes de Léon, de l’Estrema luie, de la Castille, et Tolède même, suivirent cet exemple. I.,e royaume resta ainsi partagé pendant trois années entre la reine et son fils ; mais chaque jour la conduite d’Urraca excitait da^antilge l’indignation populaire. A Ségovie, les Itabitants se soulevèrent et se saisirent du comte don Pedro Gonçalez de Lara, son favori, et le rentèrmèrent dans le château de Mansilla. Urraca,

L’UNIVERS

Ririeuse de cet outrage , se retira dans la ville de Léon où elle ne tarda pas à être assiégée par les partisans de son fils. Forcée de se renfermer dans la citadelle, elle y fut si vivement pressée, qu’elle fut obligée de se rendre, et que le reste d’autorité qu’elle exerçait encore lui fut enlevé. On ne sait pas au juste la date de sa mort. Mais on pense qu’elle survécut de dix -sept années à son père , ce qui reporterait l'époque de son décès en 1126. Quelques auteurs disent qu’elle mourut dans le château de Saldana , des suites d’une couche. La chronique d’Alphonse Vil raconte qu’elle avait osé porter une main sacrilège sur le trésor de l'église de Saint-Isidoré de Léon, et que, par un juste châtiment de Dieu, elle expira sur le seuil de l’église, ayant encore un pied dans le lieu saint, l’autre dehors (*).

raiSE DS TUDÈLt TAR ALrBORSK I.S BATAIL- LEUR. SIÉOE DE SARAGOSSE. BATAILLE

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