‹ Espagne (volume 3)Chapitre 32 sur 75 · VEMENT DE OORDOLE, DE VALENCE · texte numérisé non relu

VEMENT DE OORDOLE, DE VALENCE

DE MURCIE^ ~ d'aLMÉRIE. MORT DE

SEIF-AL-DAWLAU. RUINE DES ALMORA*

BARQUENT A ALGESIRAZ.

La mort d’Alphonse le Batailleur laissait deux trônes vacants : celui d’Ar.igon et celui de Navarre; car personne ne pouvait songer sérieusement à exécuter le legs que ce prince avait fait de tous ses États en faveur des hospitaliers de Jérusalem. Les certes de la Navarre et de l’Aragon se réunirent à Borja , dans le but de se nommer un roi. Le seigneur de cette ville était don Pedro de Atarez. De tous les concurrents à la couronne, c’était celui qui paraissait avoir le plus de chances; aussi commença-t-il à s’enorgueillir et à se conduire avec arrogance , comme si son élection eût été déjà consommée. Par cette manière d’agir il s’aliéna tous les esprits ; personne ne voulut plus lui donner son suffrage, et les électeurs n’ayant pu s’entendre pour faire un autre choix, se séparèrent sans avoir rien terminé. Alors les Navarrais se réunirent à Pampelune , où ils nommèrent pour roi oe Navarre don Garcia , pelit-üls

de Sanclio-Garcez, que nous avons vu mourir assassiné au milieu d'une partie de chasse, par son frère don Ramoo.

Quant aux Aragonais , leurs «ortès s’assemblèrent à Monçon, suivant d’au très écrivains, à Jaca; eUes cherchèrent aussi un descendant de leur ancieniia race royale. Le brave Sancho-Ramirez , mort au siège de Huesca , avait laissé trois fils : don Pedro , don Alplwnse et don Ramire. Les deux premiers étaient déjà morts sur le troue.

Quant au troisième , il était moine dans le couvent de Saint - Pons de Toiniers. Les Aragonais ne pensèrent pas que ce fût une raison qui dût l’exclure du trône, et ils le proclamèrent roi. Ils exigèrent qu’il se mariât, et, avec la permission de l’antiftape Anaclet, don Ramire le Moine épousa Agnès, soeur de Guillaume, comte d’Aquitaiiie. Léonore, fille de ce prince, venait de recevoir pour mari I^is le jeune, qui, depuis , fut roi de France,

Pendant que ces élections se faisaient, un autre concurrent réclamait également les trônes d’Aragon et de Navarre. C'était AlphonseVll.il prétendait que ces deux Etats devaient lui appartenir : la Navarre, parce qu’il avait Sancho le Grand pour bisaïeul, tandis que ce roi n’étuit que le trisaïeul dn prince que les Navarrai, venaient de choisir (*); l’Aragon, parce que don Ramire, étant moine, lui semblait ne pouvoir être roi ; que, dès lor.s, c’était à lui Alphonse VU que le trône devait revenir, comme au plus proche parent du dernier souverain. 11 entra donc à la tête d’une armée dans la Navarre et dans l’Aragon; il s’empara, sans qu’on fit la moindre résistance, d’uii grand nombre de places ; il entra même dans Saragosse. Mais Ramire le Moine et Garcia -’Ramirez s’étant reconnus scs vassaux, il leur lais.sa leurs États, et se contenta du titre de leur suzerain. 11 lui sembla dès lors qu’ayant des rois sous

(*) Sancho le Grand.

Alphonse VI. » Unwa.

3 Alphonse VII.

Don Garcia, a Saiirho- Garcea. 3 RiHn-iis)-.Saiichoi. 4 Gai'cia-IUaiùc».

L’UNIVERS

sa domination, il pouvait prendre le titre d’empereur. Il se fit donc couronner en cette qualité : aussi est-il appelé par les historiens Alphonse l’Empereur (*). Les Arabes le nomment El- Embalatour. C’est à partir de ce couronnement que Tolède fut désignée sous le titre de ville impériale.

Ces difficultés avec le roi de Castille étaient à peine apaisées, qu’une guerre

filiis sérieuse éclata entre l’Aragon et a Navarre. Les Aragonais disaient que le prince élu par eux avait , comme héritier de son frère , droit à tous les États que celui-ci avait possédés. Ramire le Moine réclama doue la souveraineté de la Navarre, et fil, mais sans succès, la guerre à don Garcia.

Les jugements que portent sur Ramire le Moine les auteurs, même contemporains, sont le plus contradictoires. Le moine anonyme de Ripoll, qui écrivait environ en" 1190, représente don Ramire comme un prince bon, brave et généreux. Les autres, au contraire. le dépeignent comme un homme cruel et totalement inhabile aux affaires. Il était, disent-ils, si embarrassé desonécu et de sa lance, lorsqu’il montait à cheval, qu’il était obligé de tenir les guides avec ses dents. Sa manière d’être, autant que son ancienne profession , le faisaient mépriser par les grands, qui ne l’appelaient que le roi frocard ( el rey cogulla ]. Enfin , il avait si mal administré l’Etat, il avait fait tant de largesses ruineuses, qu’après trois ans de règne, en 1137, dans les cortès de Barbastro , toutes les donations de villes ou de châteaux, n’il s’était laissé arracher , furent éclarées nulles. Une fille était née de son mariage avec Agnès, et bien qu’elle n’eût alors guère plus d’une année, il la fiança au comte de Barcelone. Tout en conservant le titre de roi , il remit à ce seigneur l’administration du royaume, et soit que sa femme fût morte, soit qu’il ne considérât plus comme suffisante l’autorisation de se marier

(*) Les historiens, et surtout les historiens aragonais , donnent aussi quelquefois ce surnom à Alphonse le Batailleur.

qui lui avait été donnée , il se retira dans un couvent pour ne plus s’occuper des choses de ce monde.

Le comte de Barcelone , auquel on venait de fiancer Pétronille, lille du roi Ramire , était le petit-fils de don Ramon-Rerenguerll, surnommé Capd’Estopa. On se rappelle comment, en 1082, Cap-d’Estopa avait été assassiné par son frère, laissant un fils âgé seulement de vingt-cinq Jours. Ce jeune comte, qui avait reçu, comme son père, le nom de Ramon-Berenguer, se montra le digne héritier de ceux dont il était né. Dès qu’il fut en âge de combattre, il fit la guerre aux Maures. Il était le seul prince chrétien de la Péninsule qui eût une marine capable d’accomplir quelque grande entreprise. Il engagea encore à sa solde des vaisseaux génois et pisans ; puis, à la tête d’une flotte formidable , il partit des côtes de la Catalogne pour aller tenter la conquête de Mayorque. Il s’empara , en effet , de la ôipitale de cette île. Les historiens catalans racontent que, pendant son absence, les Maures ayant envahi la Catalogne, il confia la garde de Mayorque aux Pisans et aux Génois ; mais il ne fut pas plutôt parti , qu'ils vendirent sa conquête aux Almoravides. Rien de semblable ne se trouve raconté par les auteurs italiens ; il ne faut donc pas accorder au récit de celte trahison plus de foi <ju’il n’en mérite.

En Ramon-Berenguer III mourut en 1131 , laissant pour héritier du comté de Barcelone En Ramon-Berenguer , le quatrième du nom (*). C’est celui qui venait de recevoir la fijie de don Ramire pour fiancée. Elle lui était donnée, à la condition qu’a prés la mort de don Ramire le titre de reine appartiendrait à Pétronille seule; niais que, si elle venait à mourir sans enfant, Ramon-Berenguer hériterait du royaume. Ce prince exécuta scrupuleusement les clauses du contrat : n

(*) II eut encore Berengucr qui Iiéiil* du cumté de Provence ; doua Berensuel»

qui fut femme d’Alphonse VU, et Cécile, femme du comte de Foix.

ne voulut pas même porter le blason des rois aragonais ; il conserva celui de ses aïeux ; ses descendants ne crurent pas devoir le changer. C’est de cette manière que les anciennes armes des comtes de Barcelone , données , dit-on , par Charles le Chauve à Wifred le Velu , devinrent et sont encore aujourd'hui celles de l'Aragon, qui porte d’or à quatre paux de gueules.

Jusqu’au 16 août 1147, Jour de sa mort, Raraire le Moine conserva le titre de roi ; après lui , sa fille Pétronille fut reine d’Aragon ; niais la souveraineté fut réellement exercée par le comte de Barcelone.

Cette réunion dans la même main, de la Catalogne et de l’Aragon, rendit moins sensible la scission qui venait de s’opérer dans les États d Alphonse le Batailleur, et permit de continuer avec avantage la guerre contre les musulmans. Au reste, la fortune de ces derniers était loin de s’améliorer. En Afrique , le sort des armes continuait à être contraire aux Almornvides. El- Mehedi était mort, mais Abd-el-Moumen, son successeur, avait à plusieurs reprises vaincu les troupes d^Aly-ben- Youssouf, et, dans le courant de l’année 528 (du l"' novembre 1133 au 22 octobre 1134), il s'était fuit proclamer Emir-al-Sloumenini. En Espagne , l’incendie commençait aussi à s’allumer. Déjà une révolte contre les Almoravides avait éclaté à Cuenca :

elle avait été promptement réprimée

fiar Taschfyn ; mais Aly , pressé par esAlmohades, venait de rappeler son fils auprès de lui. Il espérait que le courage et les talents dont celui-ci avait fait preuve en Espagne parviendraient à rétablir ses affaires. Dans le courant de 1138, Taschfyn repassa donc en Afrique , emmenant avec lui les meilleures troupes des Alinoravides, et un corps de chrétiens mozarabes , qu'il regardait comme l'élite de son armée. Il laissa le commandement du pays à Abu-Zacari-Yahia-ben-Gania. C’était un brave capitaine ; mais il ne lui restait que des forces insuffisantes pour maintenir l’ordre dans un pays où , de tous côtés, les esprits s’a-

gitaient. Ce fut dans l’Algarbe que la première révolte éclata. Un Maure du nom d’Ahmet-ben-Hussein-ben-Quosay se mit à prêcher cette doctrine d’Al-Gazali, proscrite par les Almoravides. Il eut Lientôt réuni une troupe nombreuse de partisans, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des principaux personnages de la province , Mohammed-ben-Omur, Jeune homme de la première noblesse de Silves , et Abu -Mohammed -Sidi -Rai , fils du gouverneur de Jabura. Il ne se borna pas à des prédications, et pour faire prévaloir ses doctrines il eut, de même que Mehedi, recours à la voie des armes. Le 2 de safar 539 ( 4 août 1144), il s’empara de Mertola, place forte sur la rive gauche de la Onadiana ; il se rendit encore maître de Beja, de Libla, et de plusieurs autres villes de ces contrées ; ses partisans poussèrent même leurs courses jusqu’aux portes de Séville , et s’emparèrent de Triana. A la nouvelle de cette levée de boucliers, Abu-Zacaria-ben-Gania, qui se tenait à Cordoue, partit aussitôt de cette ville pour châtier les rebelles. A son approche, ils se retirèrent précipitamment; néanmoins Ben - Gania fit si grande diligence qu’il parvint à les rejoindre et qu’il les mit en déroute ; mais cette victoire lui fut de peu de profit , car les restes de l’armée vaincue se jetèrent dans la ville de Libla dont il fut obligé de faire le siège. Les disciples de Ben-Qnosay s’y défendirent avec beaucoup d'intrépidité. Il y avait déjà trois mois que Ben- Gania était devant cette place, quand il apprit que le peuple de Cordoue s’était soulevé contre les Almoravides.

Après avoir poignardé le cadi, il avait proclamé pour émir Abu-Giâfar-Ilamdain-hen-Mohammed-ben-Hanidain (*); presque au môme moment. Ben Gania apprit la nouvelle de la révolte de Valence. Le gouverneur de cette ville était son propre neveu Abd-Allah, fils de son frère Mohammed-ben-Gania.

Le soir du mercredi 18 ramadan 539

(') C’est rcliii dont Ferreras transforme te nom en relui de Ben-Fandi.

L’UNIVERS

(mardi IS mars 1145) (*), il avait été forcé de fuir de la ville en toute diligence et de se réfugier à Xativa , où il n’était arrivé que le matin.

?acharia-ben-Gania reçut aussi la nouvelle des soulèvements de Murcie, d’Alméria, de Malaga. Dans cette dernière ville , les habitants avaient forcé les Almoravides à se retirer dans la forteresse où ils les tenaient étroitement assiégés. D’une extrémité à l’autre de l’Espagne musulmane, les populations se soulevaient. Zacharia-ben-Gania jugeant dès lors que ce pays était perdu pour les Almoravides, voulut préparer aux siens un lieu de refuge.

Il écrivit à son frère, qui gouvernait à Séville, de réunir toutes les troupes almoravides qu’il commandait, et de passer avec elles à Ma^’orque, afin de s’assurer des îles Baléares. Le départ des Almoravides fut à Séville et dans les environs le signal du .soulèvement. Abd-Allab-ben-Maymon s’y fit proclamer émir. Les révoltés d’Alméria avaient élu pour leur souverain Mobammed-ben-Bardanis. Ceux de Valence avaient nommé Abd-el-Melech Merwan-ben-Abd-el-Azis. De même qu’à la ebute des Ommiades, chaque ville , chaque bourgade se choisissait un souverain , dont le règne quelquefois ne durait qu'une semaine. A Cordoue, un parti s’était formé en faveur de Seïf-al-Dawlah , ce descendant des Bcni-Hiid de Sar.igosse, à qui l’empereur Alphonse avait donné des terres sur li'S confins du royaume de Tolède, et qui s’était reconnu son vassal. Il y avait seulement quatorze Jours que Ben-Hamdain avait été élu , lorsqu’il fut chassé de la ville et que Seïf-al- Dawlah fut proclamé à sa place. Ce dernier entra dans Cordoue aux acclamations de la populace, qui lui donna

(*) Le jour chrétien se compte à partir do minuit , tandis que lu jour musulman commence quand lu soleil a disparu sous riioi izon. La soirée du mardi i3 mars 1 145 ii’clail déjà plus le mardi pour les musulmans; le inurci-edi avait commencé poiir eux au moment où le soleil s'était couché. (Voir la noie des pajes aïo, an, ata.)

le surnom de Al-Mostansîr-Bi’llah (*) ( celui qui demande le secours de Dieu ). Mais telle était l’inconstance de ce peuple, qu’au bout de huit jours il était déjà fatigué de son nouveau souverain. Un grand nombre de villes se déclaraient en faveur de Seïf-al- Dawlah. Pour profiter de leurs bonnes dispositions, il avait été forcé de sortir de Cordoue. Pendant son absence, le peuple avait massacré son lieutenant, et Hamdain était rentré dans la ville le 10 dsuhassia 539 (3 juin 1145), douze jours après en être sorti. Hamdain avait encore été proclamé à Bonda, à Xerez, à Medina-Sidonia et à Grenade.

Abd-el-Xzis , celui que les Valenciens avaient choisi pour chef, avait réuni sons son autorité Alicante, Xucar, I.iria, Murviedro; il avait été, à la tête (les forces de Valence , assiéger Xativa, où s’éta it réfugié l’ancien gouverneur almoravide Abd-Allahben- Mohammed -hen-Gania. Après une longue résistance, la ville avait fini par se rendre, et en safar .540 (du 24 juillet au 22 août 1145), Abd-el- Azis était rentré à Yalen(;e chargé de dépouilles ; mais le 25 sjumada prior de l’année 540 ( 13 novembre 1145), lorsqu’il ne commandait encore que depuis huit mois, le peuple se .souleva, le chassa , et mit à sa place Ben-Avad.

Qiiosay continuait à dominer dans l’Algarbe. Zacharia - ben • Gania , à la tête des Almoravides, tenait la campagne, et conservait encore une grande partie des places situées dans les environs de Séville. Quant à Seïfal-Dawlah, il possédait Murcie, Malaga, Jaen, Ubeda, Baeza, Andujar. Tous ces petits chefs , animés d’une haine réciproque, cherchaient mutuellement à se détruire. Ils se faisaient la guerre ; mais la guerre n’était pas le seul moyen auquel ils eussent recours : le poignard et le poison leur venaient en aide. C’était dans toute l’Andalousie

(*) On rencontre souvent les surnoms de Moslaïn -Bi'lleh et Moslansir- B'iHah , <l"j ont pre.sque l.-i même signification. -4ï/( wu dire aide , r/asir signifie secours.

ua désordre affreux, une anarchie sans exemple. Les garnisons alinoravides , qui, dans beaucoup de villes, étaient restées maîtresses des citadelles, livraient aux habitants oui les tenaient assiégées, des combats de tous lesjours. A Grenade, le peuple, fatigué de la résistance que lui opposaieut les lamtounes réfugiés dans U forteresse de i'AHmnbra, et pensant que pour terminer cette guerre il fallait un autre (^ef qoe celui qui avait été proclamé, appela Self-al-Dawlah , qui s’empressa d’accourir. Mais le jour nfiéme de son arrivée il faillit être empoi.sonné par lecadi de la ville, qui voulait signaler de cette manière sa fidélité au parti d’Hamdain. Cette trahison n’eftraya pas Seîf-al-Dawlah ; il attaqua couraeusement les Alinoravides ; mais son Is Amad-Dawlah fut tué dans un des combats qu’il leur livra. Enfin, rebuté par un mois d'attaques inutiles , il se retira à Jaen. Seïf'-al-Dawlab se flattait de l’espoir qu’avec le secours de l’empereur Alphonse, dont il s’était reconnu le vassal, il parviendrait facilement h soumettre toutes les villes de l’Espagne musulmane. Il avait donc réclamé l’assistance de ce souverain , qui lui avait envoyé des troupes sous la conduite des comtes INIanrique et Arniengol d’Urgel ; mais ces auxiliaires se conduisirent en m.iîtres plutôt qu’en alliés. La mésintelligence ne tarda pas à se mettre entre le prince musulman et ses protecteurs. Les querelles devinrent bientôt si violentes, qu’on se délia et qu’on en vint aux mains. Les Castillans livrèrent bataille à leurs alliés ; Se'if-al-Dawlah fut fait prisonnier et mené au camp des chrétiens. Là une dispute s’éleva entre quelques soldats, pour savoir à qui le prisonnier appartiendrait : ils se battirent, et, au milieu de la rixe, ce malheureux prince tomba mortellement frappé. Cet événement arriva le 20 sjaban 540 (5 février 1146). Les écrivains arabes , auxquels Coudé a emprunté les matériaux de son histoire, racontent les faits d’une manière différente.

Suivant eux , les chrétiens , empressés de se mêler aux dissensions qui

déchiraient l’Andalousie, avaient abandonné le parti (Pun vassal qui ne réclamait pas leurs secours, et ifs s’étaient déclarés les protecteurs de Tograi, alcayde de Cuenca. Ils étaient entrés avec lui dans le royaume de Murcie, qu’ils prétendaient enlever à Seïf-al- Dawlah. Celui-ci ayant joint ses troupes à celles de Ben-Ayad de Valence, avait marché au-devant des Castillans.

Il les avait rencontrés dans les plaines d’Albacete, non loin de Chinchilla , leur avait livré bataille, et, frappé d’un coup de lance en combattant au premier rang, il était mort des suites de sa blessure dans la nuit qui avait suivi sa défaite.

Pendant que ces faits se passaient dans l’Andalousie, des événements nlus importants encore avaient lieu aans l’Algarbe. Ben-Quosay était parvenu à se rendre maître de presque toute cette province; mais ses premiers compagnons, Mohammed -ben -Omar et Sid-Rai , mécontents de la part d’autorité qui leur avait été faite, .s’étalent séparés de lui et lui faisaient la guerre. Qiiosay, vivement pressé par eux, et sachant combien la puissance des Almoliades avait fait de progrès en Afrique, résolut de s’adresser a Abdel-Moumen , leur chef, pour l’engager à passer en Espagne. Il y avait .sept années déjà que Tasehfy n 'était retourné en Afrique. A son arrivée dans ce pays, il avait trouvé les affaires dans l’état le plus déplorable. Son courage n’avait pu les rétablir. Il avait été battu plusieurs fois par les Almohades, et le chagrin que le roi Aly avait éprouvé à la nouvelle de ces délaites avait été si profond, qu’il en était tombé malade et qu’il était mort dans le courant de resjeb 639 (du 28 décembre 1144 nu 6 janvier 1146).

Tascbfyn-ben-Aly avait hérité du trône de son père; mais il n'avait pu résister longtemps aux armes victorieuses d'Abd-el-Moumen. Assiégé dans ta ville d'Oran, il était mort, disent quelques auteurs, dans une tour que les assiégeants étaient parvenus à incendier; suivant d’autres historiens, voyant que le siège traînait en lon-

:il/Od OOgIc

L’UNIVERS

gueiir, Taschfyn avait formé le projet de se rendre en Espagne. 11 avait profité de l’obscurité de la nuit pour sortir de la ville. Il avait suivi le nord de la mer, afin de gagner le port où il comptait s'embarquer. Mais soit qu'ayant l’esprit préoccupé il n’ait pas fait attention nu chemin qu’il suivait, soit que l’obscurité de la nuit l’ait empêché d'apercevoir un ravin qui barrait sa route, il y roula avec son cheval, et le lendemain on y retrouva son cadavre. Dès que les Almoravides connurent la mort de leur prince , iis

firoclamèrent pour roi son fils Abusak-Ihrahim. Mais ce jeune prince fut bientôt assiégé par Abd-el-Moumen dans la ville àe Maroc. Les habitants ne tardèrent pas à être réduits à la plus affreuse famine; cependant ils se défendaient courageusement. Enfin, le t8 sjawal 541 ( 23 mars 1147), la ville fut prise, tous les habitants furent passés au fil de l’épée ou réduits en esclavage, et le dernier des souverains almoravides, Abu-Isak-Ibr.ihim, tomba sous le tranchant du glaive.

Ces derniers événements n’étaient pas encore accomplis , lorsque Ben- Quosay écrivit à Abd-el-Moumen, pour lui apprendre comment il avait enlevé la plus belle partie de l’Algarbe aux Almoravides , qu'il traitait d'hérétiques et de mauvais musulmans. 11 l'engageait à venir établir sa souveraineté en Espagne. Le chef des Almohades lui répondit dans le courant de la seconde lune de rabia 540 ( du 21 septembre au 20 octobre 1 14.5), le nomma gouverneur de l’Algarbe , et aussitôt il se mit en mesure de passer dans la Péninsule. Il reunit promptement une armée de dix mille hommes de cavalerie et de vingt mille fantassins, en confia le commandement à Abu-Ainrân-Mnza-ben-Saïd. Ce fut le premier corps d'Almohades qui vint en Espagne. Il débarqua sur la côte d'Algeciraz, dans le courant du mois de dsuhassia 540 (du 15 mai au 12 juin 1146 ).

DES QUATRE TARTIS PRIHCrrADX QDI SE PAR- TAGEAIENT l’espagne HUSULHARE. AI.-

DIANCE DE liBN-GANIA AVEC I.KS CBRÉTIENS.

PRISE DE CORDODE PAR LES CBRETIENS.

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