‹ Espagne (volume 3)Chapitre 35 sur 75 · CASTILLE AVEC LE ROI DK LEON. MA · texte numérisé non relu

CASTILLE AVEC LE ROI DK LEON. MA

RIAGE DE BLANCHE DE CASTILI.K AVEC LOUIS Via.

Le repos où le nouvel émir des Almobades Youssouf-Abu-Yacob laissait les chrétiens fut un grand bonheur pour le roi de Castille. Chaque jour lui faisait regagner un peu de l’autorité dont les partis s’étaient emparés. Beaucoup de seigneurs pensaient qu’Alphonse, ayant atteint sa onzième année, pouvait exercer l’autorité royale, liscitaient l’exemple des Aragonais, qui venaient de confier le gouvernement à un souverain qui n’était guère plus âgé. Ils lui adressaient donc des lettres et des envoyés pour le presser de prendre lui-même les rênes de l’État. Ce jeune prince, cédant à leurs instances, se décida à parcourir son royaume et à visiter chacune de ses villes. Ceux qui dans le principe accompagnaient le roi étaient en petit nombre : c’étaient quelques seigneurs castillans et une garde de cent cinquante cavaliers que les fidèles d’Avila lui avaient donnée pour défendre et protéger sa personne.

C’étaient de bien faibles ressources pour reconquérir un royaume ; mais Alphonse avait en sa faveur toutes les haines que les tyrannies des seigneurs avaient soulevées ; il avait pour lui la mémoire de Sancho le Regretté. Aussi beaucoup de villes et de forteresses ne se bornèrent pas à lui ouvrir volontai-

(*) Conde , HUloria de U dominacioti de los Arabes en Lspaûa, 3" p. , c”. xi.vii.

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rement leurs portes, elles lui offrirent de l’argent, des vivres, et tout ce dont il pouvait avoir besoin , et bientôt il fut à la tête d’une petite armée. La première conquête d’une véritable im-

fiortance qu’il osa tenter fut celle de a cité impériale, celle de Tolède, la capitale de ses Etats. Il dut le succès de cette entreprise à l’un des principaux citoyensdecette ville, nommédon Estevan Illan. Celui-ci venait de faire bôtir à ses frais, dans la partie la plus élevée de Tolède , l’église de San Iloinan. Auprès de cette église il avait construit une tour, qui servait à la fois d’embellissement et de forteresse.

Don Estevan avait reçu de don Ferdinand Ruiz de Castro', qui gouvernait la ville, quelques sujets de mécontentement ; il embrassa donc avec ardeur le parti du jeune roi. Il le lit entrer dans Tolède à l'aide d’un déguisement, et lui ouvrit la tour de San Roman sur laquelle on arbora l'étendard royal. Ensuite on se mit à crier sur les places publiques qu’Alphonse, le roi , était dans la ville. A cette nouvelle, le peuple commença à s’émouvoir. Les habitants prirent les armes : les uns pour défendre l’autorité de don Ferdinand Ruiz de Castro , mais le plus grand nombre en faveur du jeune roi ; en sorte que le gouverneur ne se trouvant as en état de résister dans la ville, l’aandonna en fuyant et se retira àlluète. Ce fut le 26 août 1166 que le roi fut ainsi proclamé dans Tolède.

Don Ferdinand Ruiz de Castro , retiré à Huète, ne cessait de faire des courses sur le territoire de Tolède. Don Manrique , à la tète d'une nartie de l’armée royale, marcha au-devant de lui. Les deu.x troupes se rencontrèrent et combattirent avec acharnement ; mais don Manrique de Lara ayant été tué d’un coup d’épée, les troupes qu’il commandait prirent la fuite. Cette mort contribua beaucoup à augmenter cette haine des Lara et des Castro qui avait déjà occasionné tant de troubles dans le royaume et qui devait encore causer tant de maux. Malgré cet échec, le jeune Alphonse n’en continua pas moins à ranger sous son au-

torité un grand nombre de villes. Celle de Zurita, qui était défendue par Lope de Arenas, un des lieutenants de Ruiz de Castro , n’ayant pas voulu ouvrir ses portes , Alphonse en forma le siège. Elle se défendit pendant quelque temps ; mais le gouverneur ayant été assassiné par un de ses domestiques, la place ne tarda pas à se rendre. C’est ainsi, en s’occupant à recouvrer pied à pied le royaume de son père, dont quelques sujets rebelles lui disputaient la possession, qu’Alphonse atteignit enfin la majorité fixée par le testament. Il avait atteint sa quinzième année lorsqu’il réunit en 1170 les cortès de Castille dans la ville de Burgos. Cette assemblée déclara traître quiconque garderait contre la volonté du roi les villes qui lui avaient été conliées. Don Ferdinand Ruiz de Castro n’ayant plus de prétexte pour retenir les places qui étaient entre ses mains, les remit au roi; et craignant le ressentiment que sa résistance avait dü e.xciter, il quitta la Castille pour se réfugier chez les musulmans. Il ne se borna pas à chercher un asile sur leur territoire , il déclara |)ubliquement qu'il renonçait à sa patrie , et par cette déclaration, devenu étranger, il se mit à courir et à ravager les frontières de la Castille.

On voit combien les mœurs de cette époque différaient des principes reçus de nos jours : maintenant, celui qui combat contre ses concitoyens encourt la peine de mort; les lois et le cri public le flétrissent du nom de traître. Dans cet âge, au contraire, que les amis du bon vieux temps citent comme étant par excellence l’âge de la loyauté et de la chevalerie, il suffisait d’accomplir quelques formalités pour avoir le droit de porter sans déshonneur Iss armes contre son pays, ou de manquer à la foi qu’on avait jurée à son seigneur. Il suffisait, disait-on alors, de se dénaturaliser ( desnaluralisar se ).

Toute prévention à part, est-ce que les principes de notre temps ne sont pas préférables? est-ce qu’ils ne sont pas plus conformes à la raison ?

Les cortès de Burgos s’occupèrent

L'UMVERS.

aussi de marier le jeune roi de Castille , qui épousa , au mois de septembre suivant, Léonore, fille de Henri II d’Aneleterre et de Léonore d’Aquitaine. Une étroite alliance existait entre Alphonse d’Aragon et le roi Henri II d’Angleterre, qui avait été désigné par Ramon Berenguer pour tuteur de ses enfants. Ce mariage fut donc une raison pour accroître encore la bonne liarmonie entre Alphonse de Castille et Alphonse d’Aragon. Une foule de rapports tendaient à rapprocher ces jeniirs princes : ils portaient le même nom, avaient à peu près le niêmeige et avaient des intérêts semblables. Tous deux avaient à se plaindre du roi de Navarre : ils formèrent donc une ligue contre ce souverain , et se donnèrent respectivement des places de sûreté.

Il serait trop long de rapporter ici les troubles que causèrent encore dans le royaume les haines des Castro et des Lara , ou les guerres qui eurent lieu entre la Navarre, l’Aragonet la Castille. Il est un faitcependantqui mérite d'être cité, pour prouver combien à cette époque la mémoire du Cid exerçait encore d’influence. Dans une des nombreuses incursions que le roi de Navarre fit dans la vieille C.astille, il pénétra Jusqu’aux environs d'Atapuerca , et il s’en retournait chargé de butin , quand l’abbé de San Pedro de Cardona , touche par les larmes des (laiivres gens dont son armée emmenait les troiqieaux et emportait tonte la fortune, s’efforça de le rejoindre. Il lui dit qu’il n’était pas juste de taire retomber sur de malheureux laboureurs les maux de la guerre que se faisaient les rois. Il le su|»plià de faire rendre à ces infortunés ce qui leur avait été enlevé. L’abbé, gardien du tombeau du Cid , avait fait porter devant lui l'étendard de ce guerrier. I.,e roi , plein de vénération pour cette glorieuse bannière , ordonna de restituer aux laboureurs ce qui leur avait été pris. Les marques de son respect ne se bornèrent pas là : il voulut reconduire lui-même ceux qui la portaient, et les escorter Jusqu’à l’endroit où elle restait ordinairement déposée.

T.orsque ces querelles entre les rois dirétiensétaientpendantquelque temps suspeudues, alors ils en profitaient pour combattre leur ennemi commun : ils tournaient leurs armes contre les musulmans. C’est ainsi qu'Alphonse VIIl fit la conquête de Cuenca, tandis que, de leur cêté, Alphonse d’Aragon et Ferdinand de Léon leur enlevaient plusieurs villes d’une moindre importance. Les Almohades de l’Andalousie, qui chaque jour se voyaient arradier quelque partie de leur territoire , réclamèrent l’assistance dé leur souverain Youssouf-Abu-Yacob. Celui-ci fit en Espagne plusieurs expéditions, sans obtenir aucun avantage. Il ne pouvait en être autrement, car les Almoliades n’avaient pas seulement à combattre les chrétiens, il fallait encore qu’ils fissent la guerre aux musulmans des royaumes de Valence et de Murcie.

Youssouf-Abu-Yacob, dans le but de mettre un terme aux discordes qui divisaient les musulmans d’Espagne, résolut de contracter une alliance avec les Ben-Sad. I.e roi de Valence, Mohammed-Ben-Sad , était mort dans le courant de 567 (1172 ). Il avait laissé poursiiccesseurAbuIHégiag-Youssouf- Ben-Moiiammed-Ben-Sad. Il avait aussi laissé une tille, et, disent les auteurs arabes , en 570 (1174 ) , l’émir Al-Moumenim -Youssouf-Abu -Yacob é(>ousa la charmante fille de .Mohammed-Ben- Sad , sœur du souverain de l’Espagne orientale. Ce mariage fit cesser pour un instant les guerres que les musulmans se faisaient entre eux. Mais cette tranquillité passagère ne put leur rendre la supériorité sur les chrétiens. En 1184, Youssouf-Abu-Yacol) dirigea lui-même une expédition en Portugal.

Il alla assiéger Santarem, et mourut, disent quelques auteurs, des blessures reçues dans un combat que. les chrétiens lui livrèrent, sous les murailles de cette ville, le mardi 13 ralda posterior 580 ( 24 juillet 1184). Suivant les autres , il se noya pendant la retraite en traversant le Tage. Il eut pour successeur son fils Yacob-Ben-Youssouf , qui repassa précipitamment en Afrique pour y assurer sa domination.

Quatre années pins tard , nwunrt ie roi Ferdinand de Léon. Ce prince ne fit rien dans le cours de sa rie qui puisse recommander sa mémoire à la postérité. Quelques auteurs jugent avec une grande sévérité la conduite qu’il a tenue pendant la nwnorité de son neveu; ils l’accusent d'avoir voulu en prcyfiter pour s’emparer de la Castille. Si cette accusation ne noos paraît pasossez prouvée pour que nous nous y associions , les faits au moins la rendent assez probable pour que nous ne la combattions pas.

Ferdinand eut pour successeur son fils Alphonse IX. A peine siir le trône, ce jeune prince épousa Thereza, IHle du roi de Portugal. Ce mariage fut déclaré illégitime par l’Église, à raison de la parenté qui existait entre les époux ; et comme ils refusaient de se séparer, l’excommuriication fut lancée contre eux et l’interdit fut mis sur le royaume. H né fut levé qu’en 1195, lorsque le roi renvoya dona Thereza en Portugal.

Les mêmes querelles qui avaient séparé Alphonse VllI et son oncle Ferdinand continuèrent, sous le nouveau roi , à diviser les royaumes de Léon et de Castille. Cependant, en 1195, le danger commun et les préparatifs que faisait l’érair-al-mounienim , durent momentanément les réunir. Don Martin, archevêque de Tolède, entraîné par son zèle pour la religion, avait fait, à la tête de ses hommes d’armes, une irruption dans l’Andalousie; il avait mis le pays à feu et à sang et était revenu diargé de riches dépouilles. Les musulmans, pour tirer vengeance de cette agression, rassemblèrent tout ce qu’ils avaient d’hommes en état de porteries armes. La guerre sainte fut aussi précitée en Afrique, et l’émir-al-moumenim-Yacob-Ben-Youssouf p;wisa en 1Ls{)3gne avec une année formidable.

Alphonse de Castille, averti des préparatifs que faisaient les musulmans, ■demanda des secours au roi de I.éon et au roi de Navarre, don Sanohe, qui , depuis environ une année , avait succédé à son père don Sanche le Savant (cl Sabio). Ces deux princes

promirent de kri amettet' des troupes.

Fort de cette promesse et plein de confiance en l’armée qu’il conduisait, Alplionse VIII, sans attendre ■!«$ secours qu’on lui annonçait, marcha au devant des musulmans, qui avaien déjà passé la Sierra Morena, et vint eamperen face d’eux, dans les ei\viroas d’Alarcos. Plusieurs des officiers du roi voyant combien l’armée musulmane était nombreuse , jugèrent qu’il était prudent d’attendre l'arrivée des troupes de Léon et de Navarre; les autres, au contraire, disaient que les attendre serait leur laisser une part dans l’honneur de la victoire et dans le riche butin qui devait en être le prix.

Ils étaient d’avis qu’il fallait combattre à l’instant même. Ce conseil fut celui qui flatta davantage te courage du roi. Le mercredi O de sjaban 591 (19 juillet 1195 ), il rangea son armée en bataille. Sa cavalerie , composée, en grande partie des religieux de Calatrava, de Saint-Iacques et de Saint- Julien, se précipita sur l’armée ennemie et parvint à pénétrer au milieu des masses épaisses qu’elle présentait. Mais là, entourée par des ennemis qui se renouvelaient sans cesse, elle fut accablée par le nombre et fut à son tour mise en déroute. Près de vingt ■mille chrétiens parmi lesquels on comptait presque tons les chevaliers des ordres religieux, restèrent sur. te champ debataille. Aprèslahatailie.onamenaa Y acob-Ben-You ssouf plusien rs m i 1 1 iers de prisonniers chrétiens , et ce prince, dans l’ivresse que lui inspirait sa victoire, les fît remettre en liberté sans exiger d’eux aucune rançon.

Les musulmans s’emparèrent aussitôt d’Alarcos, qu’ils ruiiièrent entièrement. Ils reprirent Calatrava , puis ils entrèrent dans le royanme de ’l'oiède. D’après Mariana , ils n’auraient p.as dépassé la ville d’Ybancs, qui est à six lieues de Tolède. Suivant rl’autres, ils s’avancèrent jusque sous les murailles de cette capitale. Mais la ville leur parut trop forte pour qu’ils osassent r^ttaquer. Ils passèrent outre, et allèrent prendre Guadalajara, Talamanca, et ils s’en retournèrent

ù Séville, pour revenir l’année suivante.

Le roi de Castille se retira à Tolède avec les débris de son armée, tandis que les rois de Léon et de Navarre y arrivaient eux-ménies à la tête des secours qu’ils avaient promis. Il parait qu’AlpJionse, aigri par sa défaite, répondit quelque mot piquant au reproche qu’ils lui faisaient de ne les avoir pas attendus pour livrer bataille. Ils se retirèrent aussitôt avec leurs troupes, et dès qu’ils furent arrivés chacun sur les frontières de leurs Etats, ils se mirent à courir et à ravager les terres de la Castille. Cette trahison irrita vivement Alphonse VIII. Après avoir pourvu à la sûreté des places qui pouvaient être attaquées par les musulmans, il rassembla des troupes pour aller mettre fin aux ravages de ses auxiliaires.

L’année suivante, Yacob-ben-Youssouf entra de nouveau dans le royaume de Tolède; mais Alphonse trouva le moyen de se défendre contre les musulmans, et de faire en même temps avec avantage la guerre .au roi de Léon. L’émir Yacob-ben-Youssouf, fatigué de ne pouvoir enlever aucune des villes qu’il avait attaquées, et d’ailleurs rappelé en Afrique par des révoltes qui menaçaient sa couronne, conclut avec les clirétiens une trêve de dix années, et repassa la mer. Ainsi, cette funeste journée d’Alarcos, l’échec le plus désastreux que les armes chrétiennes eussent essuyé en Espagne depuis la défaite de Zalaca, n’aboutit qu’à la prise de quelques places, et ne consolida ni en Espagne ni en Afrique la domination des Almohades.

Dès qu’Alphonse VIII se vit libre de ce côté, il se jeta sur le royaume de Léon. Alphonsc'lX s’avança pour le combattre, et les deux princes étaient sur le point d’en venir aux mains, lorsque les prélats qui se trouvaient dans les deux armées, s’entremirent pour amener la paix. L’avis de tout le monde fut que le meilleur moyen de la rendre durable était de donner pour épouse dona Berenguela, fille aînée du roi Alphonse VIII, au roi de Léon,

dont le premier mariage avec Thereza de Portugal, sa cousine, avait été annulé. Sans s’arrêter au lien de parenté qui existait entre Alphonse IX et dona Berenguela , et qui était presque au même degré que celui qui l’unissait à sa première iemme(*), on conclut ce mariage, qui, plus tard, fut aussi condamné par l'Église, mais dont cependant naquit le roi saint Ferdinand.

Dona Berenguela n’était pas la seule des filles d’Alphonse VIII à laquelle le ciel réservât le bonheur d’enfanter un saint roi. En l’année 1200, la mère de la reine de Castille, Léonore d’Aquitaine, qui avait été mariée en premières noces à Louis le Jeune, roi de France, et ensuite à Henri II d’Angleterre, dont elle était veuve, vint demander une de ses petites-filles en mariage pour le fils de Philippe-Auguste.

Ce fut Blanche de Castille qui lui fut accordée , et qu’elle conduisit ellemême en France. Cette seconde fille d’Alphonse VIII fut mère de saint Louis.

MORT D’ALPBOIf.SK IC d’aRAGOIT. DOIT

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