DE SON FUS AI.PHONSF. II, ABD-EL
SON FILS YOU.SSOUF-BEN-YACOB LUI SUC- CÈDE. GUERRE ENTRE LES AI.MOHADES
ET SES MUSUSMAHS DE VASEHCE.
Après la mort de l’empereur Alphonse, don Sancho et don Ferdinand se mirent en possession des Ktats qu’il avait assignés à chacun d’eux. Ferdinand eut la Galice, les Asturies et le royaume de Léon. Sancho, qui était l’aîné, eut la Castille avec le royaume de Tolède et la Rioja. Héritiers des qualités de leur père, ils eurent tous les deux les qualités qui font un bon administrateur pendant la paix; réunies aux talents d’un homme de guerre.
Cependant, Sancho était d’un caractère plus doux et plus affable; et lorsqu’une. fin prématurée vint l’enlever à l’amour de ses sujets, le peuple, lui donna le surnom de Sancho le Regretté {el Deseado). Don Ferdinand, au contraire, était d’un naturel soupçonneux; et comme il se méfiait de son frère, aussitôt qu’il connut la mort d’Alphonse, et avant même que les derniers honneurs lui eussent été rendus, il courut à Léon pour prendre possession de son royaume, tandisque don Sancho s’empressait de se rendre à Fresnada avec les grands et les prélats. Ce fut celui-ci qui fit porter en grande pompe le corps d’Alphonse à Tolède, et qui le lit ensevelir dans la cathédrale de cette ville.
Sancho Garcez, qui était alors roi de Navarre, et auquel son érudition a fait donner le surnom de savant, voyant les États d’Alphonse morcelés, crut que l’occasion était favorable pour recouvrer la Rioja , qui, depuis le partage fait par Sancho le Grand, n’avait cessé d’être un sujet de contestation entre la Navarre et la Castille, et de laquelle Alphonse l’empereur s’était
emparé à la mort d’AIplionse le Batailleur. D’un autre côté, les Almohades ne laissaient pas de repos au roi de Castille, et lui enlevaient chaque jour quelqu’une des places conquises par son père. Sancho III pensa que, de ces deux ennemis, le roi de Navarre était celui qu’il était plu.s urgent de repousser. Il s’occupait donc à rassembler des hommes et de l’argent pour commencer la guerre, lorsqu’une heureuse circonstance amena dans ses Etats Ponce, comte de la Minerva, un des premiers seigneurs de I.éon. Il avait été page d'armes de l’empereur Alphonse. Il se réfugiait en Castille, parce qu’il avait été offensé par le roi Ferdinand, qui, trompé par de faux rapports, lui avait enlevé ses honneurs et ses domaines. Il pas.sait pour un des meilleurs capitaines de son époque. Don Sancho lui confia le commandement de son armée, et le chargea de faire la guerre au roi de Navarre.
Le comte ayant repris en peu de jours, aux Navarrais, les villes qu’ils avaient enlevées, leur livra deux batailles, et resta deux fois victorieux; ensuite il revint à Burgos, et le roi Sancho, après l’avoir comblé d’éloges, voulut lui faire restituer les domaines et les dignités dont Ferdinand l’avait dépouillé. Sancho entra donc avec son armée dans les États de son frère; mais celui-ci vint le trouver et promit de rendre justice au comte de la Minerva. Il offrit en même temps de prêter au roi de Castille foi et hommage; ce que Sancho refusa, en répondant que le fils de l’empereur ne pouvait être le sujet ni le vassal de personne.
Ces succès contre la Navarre, ces arrangements avec le royaume de Léon n’empêchaient pas la Castille d’être vivement attaquée par les musulmans.
La ville de Calatrava, conquise par Alphonse 'VII, était principalement menacée. C’est à cette occasion que fut fondé l’ordre des chevaliers de Calatrava (*).
(*) On trouvera plus bas plus de détails sur cette fondation , dans un chapitre con-
Don Sancho s’apprêtait à porter la guerre dans les États musulmans, lorsque sa femme périt le 24 juin llâS. Cette perte causa une grande douleur au roi. Il tomba malade et mourut le dernier jour d’août, après un règne d’un an et onze jotirs. Ce malheur plongea laCastilledans de longues dissensions intestines. Il ne laissait qu’un enfant, nommé Alphonse , à peine âgé de quatre ans. Par son testament, il lui avait nommé pour tuteur don Gulierre de Castro, que lui-même il avait eu pour gouverneur.
Une autre disposition du même acte prescrivait de misser aux seigneurs les villes et les châteaux dont la garde leur était conOée. Elle ne pouvait leur être ôtée qu’à la majorité du roi, c’està-dire lorsque le jeune Alphonse aurait atteint sa quinzième année. Sancho avait inséré cette clause dans son testament, afin d’empêcher qu’on ne dépouillât de leur état les seigneurs qui l'avaient servi, ceux qui avaient servi son père, et que le tuteur qu’il donnait à son fils ne pût, en les remplaçant par ses propres créatures, s’assurer le moyen d’usurper la couronne.
Cette mesure de méfiance ne pouvait manquer d’avoir bientôt des conséquences funestes. Une minorité est toujours un temps de trouble. Les ambitions, qui ne sont plus comprimées par la supériorité incontestée que donne l’autorité royale, travaillent sans relâche à bouleverser le pays.
Chacun se croit capable d’exercer les premières charges , et se prétend des droits pour les obtenir. Cette soif des honneurs , cette fureur de s’élever, qui, dans les temps ordinaires, fait déjà bouillonner tant de têtes, reçoit un nouveau degré d’activité. Alors, pour assurer la tranquillité de l'État, il faudrait un pouvoir ferme et solidement établi. Mais, rendre les gouverneurs des villes inamovibles,^c’était ôter à celui qui régissait l’État le moyen de punir leur désobéissance, de contenir leur mauvais vouloir, de
sacré aux différents ordres mîlilaires établis en Espagne.
L’UNIVERS
châtier leur rébellion; c’était rendre tout gouvernement impossible, enlever toute force, toute énergie au pouvoir; c’était le déconsidérer et le placer dans un état continuel de suspicion. Telles étaient cependant les conséquences «jae le testament de Sancho devait avoir:
elles ne tardèrent pas à se faire sentir. A cette époque , deux familles puissantes par leurs richesses , par leurs alliances , par l’étendue de leurs domaines, l’emportaient sur toutes les autres maisons de la Castille. C’étaient celle des Lara et celle des Castro. Le plus important parmi les Castro était don Gutierre, à qui l’éducation du jeune roi était confiée. Il n’avait pas d’enfants; mais son irère. Rodrigo de Castro, avait quatre 'fils, don Fernan, don Alvar, don Pedro et don Gutierre.
Il avait aussi une fille, mariée à don Alvar de Gusman. Les I.ara étaient trois frères, don Manrique, don Alvar et don Muno. Iis possédaient sur les bords du Diicro des domaines d’une grande importance. Leur mère, nommée dona A'ba, avait été mariée en premières noces au comte Garcia de Cabra, celui qui était mort en couvrant de son corps l’infant don Sancho. Elle avait eu de lui un fils appelé Garcia Acia (*), qui se trouvait ainsi le frère utérin des seigneurs de Lara.
Les Lara furent vivement blessés de voir la régence confiée à don Gutierre, ils s’en plaignirent en public, et ajoutèrent en secret que c’étaient maintenant les Castro qui régnaient; mais qu’ils sauraient bien empêcher que le pouvoir impérial fût exercé par d’autres que par leur souverain naturel.
Ils laissèrent si facilement deviner que leur intention était de prendre les armes, que don Gutierre faisant passer le bien du pays avant son propre intérêt, consentit à se dessaisir de la tutelle qui lui avait été confiée. Il remit la personne du jeune roi à Garcia Acia. Mais celui-ci ne se sentant pas, sans doute , toute l’habileté que les circonstances exigeaient, livra le jeune roi à don Manrique de Lara. Ce fut alors le
(*) Suivant Ferreras, Garda de Aia.
tour des Ca.stro de se récrier; ils se plaignirent de cette substitution ; ils voulurent ressaisir le pouvoir qu’ils avaient volontairement laissé écbappw. Ce fut en vain que Gutierre vint, aux termes du- testament de Sandio, réclamer la tutelle qui lui avait été déférée ; ses adversaires ne tinrent nul compte de ses réclamations. De toute part , on courut aux armes. Ce n’était dans le royatime que trouble et qu’agHatton. Alors don Ferdinand de Léon, .soit qu’il espérât tirer quelque profit de ces discordes, soit qu’il n’agit qu’avec de bonnes intentions, et pour rétablir la paix en Castille, entra dans oe royaume à la tête d'une armée, et commença par dévaster les bords du Diiero, où les Lara avaient la plus grande partie de leurs domaines. Don Manrique se hâta d’emmener le jeune Alphonse à Soria, pour l’y tenir loin du théâtre et des dangers de la guerre. Dans ces entrefaites, don Gutierre vint à mourir, et son adversaire, rendu plus hardi par cette circonstance, voulut dépouiller tous les Castro des places dont ils avaient le commandement; mais ceuxci refusèrent de les rendre , en invoquant les termes du te.stament de Sancho. Cette résistance excita la colère de Manrique, et pour montrer jusqu’où son ressentiment pouvait aller il fit déterrer le cadavre de Gutierre, et voulut qu’on lui fit son procès comme à un coupable de lèse-majesté.
Mais le succès trompa son attente : les juges refusèrent de prononcer une sentence contre don Gutierre de Castro, et ils ordonnèrent que son corps fût reporté au couvent de San Christoval de Encas, dont on l'avait arracité.
Cependant l’armée de Ferdinand parcourait librement la Castille, où personne n’était en état de lui résister , et don Manrique , effrayé des maux qui menaçaient le pays, promit de remettre à ce prince la personne d’Alphonse et l’administration de son royaume, à condition qu’il serait pris dès engagements pour assurer qu’à l’expiration de la tutelle tous les -États -du jemie roi lui seraient rendue. i*our «unfir-
mer ce contrat , on convoqua dans la ville de Soria les cortès du royaume de Castille; mais pendant que cette assemblée délibérait, un seigneur appelé Nuno Almexar (*) enleva le jeune Alphonse VIII des mains de ceux qui allaient le livrer à son oncle. Il l’emmena d’abord à Saint-Etienne de Gormaz , ensuite il le conduisit à Atienza, enfin il s’arrêta dans la ville d’Avila, dont les habitants se consacrèrent 5 la défense du jeune prince jusqu’à ce qu’il eût atteint sa onzième année, ce ui leur mérita le surnom de fidèles ’Avilq. Cependant Ferdinand, furieux d’avoir été joué, se rendit maître, soit par force, soit de bon gré, de la plus grande partie du royaume, et même de Tolède, qu’il administra comme tuteur du jeune roi.
L’ Aragon se trouva bientôt dans des embarras semblables à ceux dont la Castille avait à souffrir. Ee mari de la reine Pétronille ayant fait un voyage en Italie, mourut à Saint-Dalmacei village situé au pied des Alpes, le 6 août 1162(**). Il laissait plusieurs enfants, et par son testament, fait seulement de vive voix , il leur donna pour tuteur le roi Henri II d’Angleterre, et divisa entre eux ses États de la manière suivante ; Ramon, qui était l’alhé et qui prit le nom d’Alphonse II, régna sur l’Aragon et sur la Catalogne; don Pedro, le second, eut en partage la Ccrdagne et tout ce que son père po.ssédait dans la Gaule narbonnaise; don Sancho, le plus jeune de ses fils, n'hérita d’aucun de ses États : il fut seulement substitué à ses deux frères, pour le cas où ceux-ci viendraient à mourir avant lui sans enfants. Ramon Rerengiier avait aussi une fille nommée dona Dulce, qui fut par la suite mariée au roi Sanche de Portugal. La reine Pétronille n’avait ni le talent ni la force nécessaire pour
(*) Suivant Ferreras, Almegir.
(*') Il y dans Ferreras le i5 août : c'est évideniineiit une erreur. Le moine de Rlpoll porte la date du 8 dus ides d'août de l'.'innée 1200 de l’ère d’Espiigne , et lïliincas le 8 des ides d’aoûl de l'année 1 162 de J. C.
gouverner l’État, oui bientôt éprouva les conséquences ae sa faiblesse. Un imposteur se fit le chef des mécontents et de ces gens qui sont en tout temps prêts à fomenter le désordre. Il avait quelques traits de ressemblance avec AlpTionse le Batailleur, mort il y avait vingt-huit ans à la bataille de Fraga. Il se lit passer pour ce prince : il disait que , fatigué des choses de ce monde , il s’était déguisé pour aller prendre part aux guerres que les chrétiens faisaient contre les Sarrasins dans la terre sainte. Le vulgaire, naturellement enclin à écouter les fables les plus absurdes, enchérissait encore sur les récits que faisait le faux Alphonse. Le parti que cet imposteur avait su se faire menaçait de bouleverser le royaume. Heureusement, avant qu’il eût eu le temps de troubler sérieusement la paix publique, il fut arrêté à Saragos.se , où la reine Pétronille le fit pendre. L’année suivante, les eortès générales d’Aragon et de Catalogne se réunirent à Barcelone. La reine, à la demande des riches hommes et des infançons, abdiqua la royauté en faveur de son fils. Ce jeune prince, né en 1152, avait alors à peine onze ans; mais on le déclara majeur, et les Aragonais pensèrent qu’il valait mieux être gouverné par un enfant que par une femme.
Les circonstances se présentaient aux Almohades d’une manière trop favorable pour qu’ils ne fussent pas tentés d’en profiter et pour qu’ils n’essaya.ssent pas de recouvrer ce qui leur avait été enlevé: aussi, au commencement de l’année 556 de l'hégire ( 1160 de Jésus-Christ ), Abd-«l-Moumen passa lui-même en Éspagne. Mais il n’avait amené que des forces insuffisantes, et toutes ses opérations se bornèrent à la prise d’un château dans les environs de Badajoz. Ensuite il retourna en Afrique, afin de préparer une nouvelle expédition, car les chrétiens n’étaient pas les seuls ennemis qu’il eût à combattre dans la Péninsule : Mobammet-ben-Sad, roi de Valence, de iMurcie et de Jaen, faisait
-SO L’i:NIVEni5.
aux Alinohades une guerre sans relâche. Le jeudi 20 resjeb srj? (5 juillet 1162 ), il entra dans la campa"ne de Grenade , et livra aux Almoliaoes une bataille, qui , disent les écrivains arabes, fut tellement meurtrière pour les deux partis , qu’on la surnomma azabieat, c’est-à-dire l’effusion du sang.
Dans cette journée, Ben-Sad eut le désavantage. Il se retira dans les Alpuxarras, où il ramassa de nouvelles troupes, à la tête desquelles il revint , deux mois plus tard, le 12 sjawal 557 (lundi 24 septembre 1 162) , livrer dans les mêmes lieux une nouvelle bataille aux Alinohades , sans pouvoir les vaincre.
Cependant , Abd-el-Moumen avait rassemblé des forces considérables et il s’apprêtait à passer en Espagne, lorsqu’il fut atteint d’une maladie dont il mourut, suivant quelques auteurs, le 8, et, suivant d’autres, le 10 .«jumada posterior de l'année 558 (mardi 14 ou jeudi 16 mai 1163 ). Il eut pour successeur Youssouf-Abu-YacoD , un de scs lils. Celui-ci ne crut pas prudent de commencer son règne par uneguerre en Europe ; il pensa qu’il était sage avant tout d’affermir sa puissanceen Afrique.
Il licencia donc presque toutes les troupes que son pèreAbd-el-Moumen venait de rassembler, et il resta huit années avant de songer à repasser en Espagne.
Il ne faudraitpas croire néanmoinsque, pendant ce temps, les campagnes de l’Andalousie ne furent troublées par aucun cri de guerre. Ben-Sad ne cessait de combattre les Alinohades.
Le 8 du dernier mois de l’année 500 ( 10 octobre 1165 ), le roi de Valence livra dans les environs de Murcie une bataille à ses ennemis. Malgré tout le courage dont il lit preuve dans cette rencontre, Ben-Sad ne put l’emporter sur eux, et le secours de plusieurs milliers de chrétiens qui combattaient dans ses rangs ne put le garantir d’une défaite. Les auteurs arabes, avec l’exagération toute orientale qui leur est habituelle , racontent que les clameurs des guerriers et le cliquetis des armes produisirent un tel retentissement, qu’il ébranlait les airs jus-
qu’à plusieurs lieues de distance, et qu'on l’entendait encore, même plusieurs jours après que la bataille eut cessé (').
ALPHONSE Vllt COMMENCE A REGNER PAR