‹ Espagne (volume 3)Chapitre 39 sur 75 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

L’UNIVERS

dan de l’année 625 (4 août 1228). Pour détacher les populations de la domination des Almoliades et pour les engager à suivre son parti, il allait répétant que sa mission était de rendre la liberté aux populations opprimées par d’injustes vexations ; il promettait de remplacer par des impôts et par des contributions légalement établies, les charges arbitraires dont les tyrans almohades les avaient accablées. Il prêchait que la doctrine de Mahomet avait été altérée par eux ; qu'ils avaient profané les mo.squées. Pour exciter le lanatisme populaire, il les bénissait de nouveau et les puriGait par des cérémonies publiques.

A la nouvelle de ces soulèvements, Al-Mamoun s’empressa de repasser en Espagne, et voulant ronsacrer toutes ses forces à réprimer les deux rebelles, Yahya-ben-AI-Nassr et Ben-Uud, il envoya demander la paix au roi de Castille, don Ferdinand. Dès que les conditions en furent arrêtées, il rassembla autant de monde que cela lui fut possible, et il marcha a la recherche de Ben-Hud, qu’il rencontra dans les champs de Tarifa. Les deux armées combattirent avec un égal acharnement, et la nuit put seule les séparer sans que la victoire se fdt déclarée pour aucun parti. Le lendemain, dès le point du Jour, la bataille recommença. Mais les Almohades étaient inferieurs en nombre ; ils ne purent résister bien longtemps. Al- Mamoun fut obligé de se retirer, laissant sur le champ de bataille ses principaux ofGciers. Son propre Gis, Abu’I- Hasan, fut blessé à la tête de l’avantgarde qu'il commandait. Cette sanglante affaire eut lieu le 6 de ramadan 626(29 juillet 1229). Al-Mamoun Gtsa retraite en bon ordre; mais il ne put empêcher Ben-Hud de recueillir tous les avantages de la victoire. Celui-ci fut bientôt maître de Murcie, et entra sur les terres de Grenade. Cidi-Abu-Abd- Allah , frère du roi Al-Mamoun, sortit à sa rencontre. Il y eut entre eux de sanglantes escarmouches, mais presue toujours l'avantage resta du côté e Ben-Hud : la victoire suivait ses

bannières. EnGn, Cidi-Abu-Abd-Allah se vit contraint à se renfermer dans Grenade, où Ben-Hud l'assiégea bientôt. Les partisans de ce chef avaient des intelligences dans la place : les portes de la ville lui furent livrées, et il fut proclamé roi de Grenade dans le courant de l'année 628 (du 9 octobre 1230 au 29 octobre 1231). Cidi- Abu-Abd-Allah se retira dans la citadelle; mais voyant les dispositions hostiles des habitants, et le peu de ressources qui lui restaient pour s'y maintenir, il l'abandonna , et vint apprendre à Al-Mamoun la perte de cette ville. Celui-ci , ne se sentant pas en état d'achever heureusement , avec les forces qu’il avait en Espagne, la guerre qu’il avait à soutenir, résolut de recruter en Afrique des troupes dont le nombre pût mettre un terme aux succès de Ben-Hud. Mais, comme il était eu route pour se rendre à Maroc , il mourut, dans la dernière lune de l’année 629 (du 19 septembre au 17 octobre 1232). On peut dire que la mort de ce chef fut en Espagne le terme de la domination des Almohades ; et si leur dynastiediira encore enAfrique pendant trente-sept années , elle ne Gt que s’y débattre dans une pénible et sanglante agonie. Dès que la nouvelle de la mort du roi Al-Mamoun arriva à Maroc, il s’y éleva plusieurs partis. Les uns proclamèrent Abu-Zacharia-Yahya, qui était Gis de son frère Al-Nassr, et qui soutenait en Espagne, avec peu de succès, ses prétentions au trône. D’autres, en plus grand nombre, élurent Raxid (*) Abu-Mohammed-Abd-el-Walid , son cousin. Yahya ne fut pas plus heureux en Afrique qu’il ne ravait été en Andalousie, et, après de nombreux revers , il mourut près de la ville de Fez, dans la lune de sjawal de l’année 633 (du 9 juin au 7 juillet 1236). Sa mort ne mit pas Gn aux troubles qui déchiraient l’Afrique et l'Andalousie. Abd-

(*) Al-Raxi J. Mariana l’appelle j4rratio , et il en fait le sureesseur immédiat de Mohammed-el-Nassr. Il pa'ise ainsi sous le silence les règnes d’Abii’l-Melech, d’Abu-Mohammed et d’.tl-Mamoiin.

el-Walid ne put parvenir à les apaiser.

Son règne ne fut qu’une suite non interrompue d'inquiétudes et d’agitations. Enfin il se noya dans un marais où il fut jeté par son eheval , qui avait pris le mors aux dents. Ce malheur arriva le 9 sjumada posterior de l’année 640 de l’hégire (4 décembre 1243).

Après la mort d’Abd-el-Walid , on proclama son frère, Abu'I-Hasan , surnommé Saïil. C'est de son temps que commencèrent à s’élever contre lui , dans l’Afrique orientale, les Beni- Zevanes et les Beni-Merines , familles nobles et puissantes de cette contrée.

Ils ne lui laissèrent pas un instant de repos. Abu’l Hasan rassembla une armée nombreuse pour punir la révolte d’Abu- Yahya- Jagmerasin(‘), qui se faisait appeler sultan de TIemcen. Il le rencontra , lui livra bataille le mardi 29 safar 641 (**) (18 août 1243); mais il fut vaincu et mourut au plus fort de la mêlée. Il eut pour successeur au trône un autre prince descendant d’Abd-el-Moumen, nommé Omar-ben- Abu-Ibrahim-Ishac. C'était un prince sage et vertueux. Il continua la guerre contre les Beni-Merines avec des fortunes diverses. Cet émir Gt un pèlerinage à Tinmâl , pour visiter le tombeau de Mehedi, suivant l’usage des princes almobades ses prédécesseurs.

Pendant ce voyage , un de ses parents se souleva contre lui : c’était un nommé Abu’I-Ola Kdris, auquel on avait donné le surnom d’Abu-Uibus (***), le pere de la masse, parce que, lorsqu’il était en Andalousie, il avait pour habitude de toujours porter une masse d’armes.

Avide d'autorité, il s’unit aux ennemis de sa race, et offrit aux Beni-Merines de les rendre maîtres de Maroc , s’ils voulaient partager l’empire avec lui.

Cette proposition ayant été acceptée , il livra Maroc aux Beni-Merines, et l’infortuné Omar fut obligé de fuir

(*) C’est probablementle Gomaiançade Mariana.

(**) Condé dit le mardi 29 safar 6.', 6. C’est une erreur évideule. Le 29 safar 646 correspoad au i3juin 1248, qui tombe un tamtai.

(***) Suivant Mariana Budebusio.

avec quelques cavaliers seulement.

Jusqu’à la ville d’Azamor, qu’il croyait lui être dévouée. Mais quand les'habitants d’Azamor le virent accompagné de si peu de monde, ils se soulevèrent et le mirent en prison. Il parvint cependant , à force de promesses, à gagner un des esclaves chargés de le garder : ils s’évadèrent ensemble pendant la nuit, en se laissant glisser à l’aide d’une corde en bas de la muraille, et ils s’éloignèrent sur des chevaux qu’on leur tenait prêts; m.iis, dans sa route. Omar fut attaqué par l’esclave qui l’accompagnait. Il se défendit longtemps ; mais enHn il succomba. Ce fut le 2 de safar 665 (2 novembre 1266) que ce crime fut consommé.

Abu-Dibus, avec l’aide des Beni- Merines, s’empara de la souveraineté.

Il fit enfermer les enfants d’Omar, et les retint en prison tant que dura le pouvoir qu’il avait usurpé. Mais bientôt les Beni-Merines lui Grent la guerre, pour ne pas exécuter les conditions dont ils étaient convenus. La fortune des armes fut changeante, mais le plus souvent elle se montra contraire à Abu-Dibus. La troisième année de son règne, le 2 inuharrem 668 (1”' septembre 1269), il voulut jouer son royaume en une seule fois.

Il livra une bataille aux Beni-IMerines sur les bords du GuadilgaGr- Pendant toute la Journée, on se disputa la victoire sans qu’elle penchât de part ni d’autre. Mais, vers le soir, les troupes d’Abu-Dibus furent enfoncées, et luimême reçut la mort en combattant comme un lion blessé. C’est ainsi que Gnit l’empire des Almobades et des descend ints d’Abd-el-Moumen , sans qu’il restât d’eux ni trace ni rejetons. Leur domination avait duré I52ans,*), et, ajoute l’auteur arabe en Gnissant

(*) i52 années arabes et 107 jours, depuis le samedi 14 ramadan 5r5, jour où EI-Mebedi fut proclamé, jusqu'au 2 raiiliarrera 66S, jour de la mon d'Abu-Dibiis , c’est-à-dire depuis le samedi 2(1 novembre 1121, jusqu’au icr septembre 1269, cent quarante-sept années ciirétieune* et 279 jours.

L’UNIVERS

ce chapitre ; Louanges à Dieu, dont le pouvoir est infini, éternel , et dont l’empire ne finit pas.

OaiGIVEDl ISir-ALaEHlIt, BOI DE OREHADE.

— BATAILUt DO ODADAEÉTÉ. DOK JATME

EMTREPRERD LA CORQUÊTE DO ROTAOME

DE VALEHCE. LES CA.STILLAH8 SOEPREK-

VRNT OV PAOEOORO DE CORDÜUE. SIEGE

DE CORDODE. MORT DS BEIf-BOD.

FRISE DE CORDOOE. FRISE DE VALERCS,

Quand, après la mort d’AI-Mamoun, Yahya-ben-AI-Nassr fut passé en Afrique pour soutenir ses prétentions au trône, Ben-Hud ne resta pas pour cela seul maître de l'Andalousie. Le parti qui lui était opposé choisit pour chef un jeune homme vertueux et prudent comme un vieillard , vaillant et bon capitaine comme le fameux Al-Manzor. Il était connu sous le nom de Mohammed-ben-Alliamar (fils du rouge). Les écrivains ne sont pas d’accord sur son origine. Condé en fait le neveu de Yahya-ben-AI-Nassr. Mais, pour établir cette parenté, dont les autres historiens ne parlent pas, il est obligé de se mettre en contradiction avec lui-méme. Il fait mourir Yahyaben-Al-Nassr à deux époques disti nctes et dans deux endroits différents (*).

D’autres racontent que Ben-Alhamar était d’une des nobles familles arabes qui avaient pris part à la conquête de la Péninsule, et que sa race y avait constamment con.servé, depuis l'invasion, le gouvernement d’Arjona.

Au moment où l’empire des Almoliades s’écroulait, il avait rêvé qu'un essaim d’abeilles etunevoléed’oiseaux étaient venus s’abriter sous son toit. Ayant demandé l'explication de ce songe à un ermite, celui - ci lui avait annoncé u'il serait roi. Le bruit de cette préiction s'étant répandu dans Arjona,

(*) Après avoir raconté dans sa troisième partie, ch. 57, qu’en Gag (ia3a de J. C.) , Tahya passa en Alriqiie et qu'il y mourut en 633 (ia36) dans les environs de Fez, il écrit plus bas, dans la quatrième partie, ckap. a, que le même Tahya-Ren-AI-Nassr fut tué eu Gag (ia3a) à la prise de la ville de Jaën , laissant à son neveu Al-llamar son héritage et le soin de sa vengeance.

le peuple, toujours ami du merveilleux, avait voulu la réaliser, et Ben- Alhamar avait été choisi pour chef.

D’autres prétendent que, comme Viriathes, il était originairement berger; qu’enntiyé de porter la houlette, il s’était joint à une troupe de bandits dont il était bientôt devenu le chef; que, s’étant signalé par d'heureux exploits , il avait vu le nombre de ses partisans s'accroître, et que son année avait fini par le proclamer roi. Peutêtre, pour bien comprendre l’ascendant qu'il a exercé, faut-il se rappeler encore une fois cette ancienne rivalité de races qui n’avait pas cessé d’exister entre les Arabes et les Berbères. Ben- Hud , descendant de ces anciens rois de Saragosse qui avaient successivement combattu les Almoravides et les Almohades, qui s'étaient montrés ennemis de tout ce qui venait d’Afrique, était le représentant de ce qui restait d'Arabes. Il avait aussi avec lui les populations mozarabes de l’Andalousie, qui ne s'étaient pas encore jetées dans les bras du roi de Castille. Autour de Ben-Alhamar, au contraire, étaient venus se grouper les Berbères, les Lamtounes, débris des partis d’AI- Mamoun etd’Yahya-ben-el-Nassr. C’est dans cette faction' sans doute qu’il restait des éléments de force, puisqu’elle a fondé le dernier pouvoir musulman qui devait, pendant encore deux siècles et demi , se maintenir dans la Péninsule. Quelles qu'aient été les causes de l'élévation d’Alhamar, il s’empara d’Arjona, de Jaën, de Giiadix, de Baza , et il se déclara l’ennemi de Ben- Hud et de ses partisans. Les entreprises des chrétiens étaient grandement favorisées par les guerres continuelles que se faisaient ces trois factions, de Giomail-ben-Zeyan de Valence, de Ben-Hud et d’Aihamar.

Les villes étaient désunies ; les gouverneurs ne savaient à qui obéir.

Beaucoup d'entre eux, plus ambitieux que prudents , se déclaraient indépendants. C’étnit, disaient-ils, pour que les villes ou les forteresses qui leur avaient été confiées, ne se mêlant à aucun parti , demeurassent tranquilles

et ne fussent pas dévastées par les maux de la guerre. Les habitants se félicitaient de ce système d'isolement et de neutralité, sans penser qu'il les laissait à la merci du premier parti un peu puissant qui viendrait les attaquer. Saint Ferdinand, voulant profiter de ces discordes, avait commandé à son frère don Alphonse et à don Alvar Ferez de faire une incursion dans le pa)'8 ennemi. Ces deux capitaines étaient donc entrés, à la tête d’un petit nombre de cavaliers , sur le territoire de Cordoue ; ils avaient pillé tous les environs de la ville; ensuite, ils avaient été ravager ceux de Séville, et s'étalent avancés, sans rencontrer de résistance, jusqu'.à Xérès, sur les bords du Guadaleté. Ben-Hud , que les succès obtenus par Ben-Aihamar dans les environs de Grenade tenaient dans une continuelle appréhension, avait longte nps hésité ù sortir de Séville pour eoinbattre les chrétiens.

Cependant lesravagesqu'ilsexerçaient l’y déterminèrent. Il rassembla* une armée nombreuse et se mit a leur poursuite. Lorsqu'il les rejoignit, ils étaient campés près du Guadniété.

Pour lui , il établit son camp en face du leur, dans un champ d'oliviers, et il envojia mille cavaliers pour attirer les chrétiens au combat. Mais ceux-ci ne sortirent pas de leur camp. Voyant oombien l’armée musulmane était nombreuse, ils ne voulurent pas s'épuiser en escarmouches inutiles; ils comprirent qu'un effort desespéré pouvait seul les tirer du danger où ils s’étaient placés. La retraite leur était interdite : ils avaient la mer derrière eux ; devant eus ils avaient une armée dix fois plus nombreuse que la leur. Pour se débarrasser du butin , qui aurait géné leurs mouvements , ils commencèrent par massacrer les prisonniers qu'ils traînaient a leur suite. Aux cris de ces malheureux qu’on égorgeait, l'armée des Musulmans accourut, altérée de vengeance; mais les Castdlans étaient tous des guerriers éprouvés. Ils s’avancèrent en bon ordre , formant une masse compacte. Don Alvar marchait a leur^te. L’.qrrière-

garde était commandée par l'infant don Alphonse. Ils chargèrent la cavalerie musulmane avec tant d'ensemble qu'ils la culbutèrent, lui passèrent sur le corps. Ils s’ouvrirent ensuite un chemin au milieu de l’infanterie, qui, rompue et en désordre, fut obligée de fuir et de chercher un abri au milieu des o!fviers. Les Castillans évitèrent ainsi, par leur courage et leur bonne discipline, une déroute oiiele nombre de leurs ennemis devait faire regarder comme certaine. A cette simple relation des auteurs arabes, les chroniqueurs chrétiens ajoutent un miracle. A la pointe du jour, disent-ils, les Castillans, après avoir massacré leurs prisonniers , se formèrent en un escadron serré cl se précipitèrent sur les Maures en invoquant saint Jacques. D’abord, ils furent accqhlés par la multitude de leurs ennemis; mais il vint à leur secours des saints dont les figures et les tuiiii|ues blanches jetaient un éclat surnaturel. En les voyant, les infidèles, frappés de frayeur, prirent la fuite et furent vivement poursuivis par les chrétiens qui en tuèrent un granil nondire. On .ajoute même, dit Muriana, qu'à Zamora il ne manqua nas de personnes pour attester une des circonstances de ce miracle inconmie des combattants. Elles afllrmérenl que dans la nuit qui avait précédé la bataille, elles avaient vu passer .saint Isidore, saint Jacques et d’autres saints qui marcli. lient avec précipitation, dans la crainte de manquer l'heure du combat. Igi vérité, dit-il, qui la pourra savoir?

Cette bataille fut livrée sur la fin île l’annee 630 de l’hégire, c’est-à-dire, vers le mois de septembre |233 de J. C.

Du odté de l’orient, Abu-Giomaüheii-Zeyan, qui n’avait renversé Cidi- Abii-Mohaiiimed que parce que celui-ci ne s’était pas montré ennemi assez acharne des chrétiens, était par sa position forcé de leur faire la guerre. Il entra donc sur les terres de l’Aragon ; il pénétra jusqu’aux environs d’Amposta et (j® Tortose, et il

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L’UNIVERS

revint de celte expédition avec beaucoup de prisonniers et beaucoup de butin. Les chrétiens ne tardèrent pas à tirer vengeance de cette agression.

D. Jayme pouvait disposer de toutes ses forces. Non -seulement il avait achevé la conquête des Baléares, mais il n'était pas même embarrassé du soin de garder sa conquête. Il en avait confie le gouvernement à l’infant don Pedro de Portugal, en écbange du comté d'Urgel que celui-ci possédait comme héritier de sa femme Aureinbiasse. Il résolut de faire la conuête du royaume de Valence. Il exposa onc son projet, qui futapprouvédans les cortès tenues à Monçon en 1232.

Il est vrai que plusieurs seigneurs aragonais et catalans refusèrent de prendre part à cette expédition, en disant qu’elle n’était pas nécessaire à la sécurité du royaume; mais le pape Grégoire IX permit de faire prê- "cher en France une croisade pour mettre Gn à cette guerre sainte.

Sans attendre que les préparatifs fussent achevés , les habitants de Tériiel enlevèrent aux Musulmans la ville d’Ares . où ils mirent une bonne garnison. Blasco de Alagon leur prit Morella. L’annee suivante, don Jayme entra dans le royaume de Valence, à la tête d’une armée composée en partie de soldats recrutés dans le Languedoc et dans l’Auvergne. Il alla mettre le siège devant Burriana, dont la prise lui semblait importante, aQn d'assurer ses communieations par mer, et d’approvisionner par cette voie son armée de vivres, d'armes, et de toutes les munitions dont elle pouvait avoir besoin. Après un long siège, cette place se rendit le 5 sjawal 030 (I5 Juillet 1233). On prit ensuite Chivert, Pulpis, Peniscola , Castellon et Cuevas.

L’année suivante, on conquit Moncada, Mazeros, et d’autres positions moins importantes.

Pendant que les Aragonais gagnaient ainsi pied a pied le royaume de Valence, les Castillans, (le leur côté, avaient porté la guerre au cœur de l’Andalousie. Ils avaient pris Ubeda.

Après avoir conGé cette conquête à

de hardis défenseurs, saint Ferdinand était retourné à Léon. Les garnisons u’il avait laissées dans les villes d’Anujaret d’Ubeda, n’étaient pas d’humeur à se tenir sans cesse renfermées derrière leurs murailles. Elles poussèrent leurs courses jusque sous les remparts de Cordoiie. Parmi les prisonniers qu’elles ramenèrent de leurs expéditions, se trouvèrent quelquesuns de ces vieux soldats que les Musulmans appelaient des almogavares.

Ceux-ci, pour se concilier la bienveillance de leurs vainqueurs, leur contèrent que le roi Ben-Hud était en ce moment à Écija, où il faisait des préparatifs aGn d’aller au printemps suivant attaquer la ville d’Ubeda , qu’il voulait essayer de reprendre ; ils ajoutèrent qu’il avait laissé Cordoue pres-

?|ue sans défenseurs, et qu’il serait acile de s’emparer par surprise du faubourg d’Axarquia (*). Domingo- Munos-Adalid , gouverneur d’Andujar, Gt savoir aux commandants chrétiens des places voisines l'intention où il était de proGter des renseignements u’il avait obtenus. Il les pria de l’aier dans cette entreprise, et se mit en campagne avec un petit corps d’infanterie et de cavalerie. Pendant la nuit du 8 janvier 1236, à la faveur de la pluie qui tombait à torrents, il s’approcha des remparts. N’y entendant aucun bruit de sentinelles, il Gt escalader la muraille par quelques soldats, qui, après avoir surpris et égorgé plusieurs postes , s'emparèrent de la porte de Martos et l’ouvrirent au reste de sa troupe. Une fois dans le faubourg, les ehrétiens commencèrent à forcer les maisons et à massacrer les mahométans. Ceux-ci, étourdis d’un événement aussi inattendu, songèrent à peine à se défendre et tâchèrent de se réfugier dans la ville ; mais il en périt un grand nombre sous les coups des Castillans, qui restèrent maîtres du faubourg malgré tous les efforts que tentèrent les habitants de Cordoue pour les en déloger. Néanmoins, pour se maintenir longtemps dans ce poste,

(*) Axarquia, du levant.

ils avaient besoin de renforts. Don Alvar-Perez et tous les gouverneurs des frontières s’empressèrent d’envoyer ce qu’ils avaient de troupes disponibles.

On adressa aussi un courrier à saint Ferdinand pour lui donner avis de ce qui se passait, et cet homme lit si grande diligence qu’il ne s’arrêta ni jour ni nuit. Il arriva lorsque le roi allait se mettre à table. Ce prince se donna à peine le temps de prendre quelques aliments, puis il monta à cheval, suivi seulement d’une trentaine de seigneurs. En partant, il laissa l’ordre à toute la noblesse de le suivre au plus vite à Cordoue. Partout, sur son passage, il ramassait les troupes qui pouvaient se mettre en marche. Il recommandait aux gouverneurs des villes de lui envoyer promptement leurs bandes. Il faisait avertir les ordres militaires de se rendre sans delai à son camp, en sorte que, lorsqu’il arriva devant Cordoue, il avait déjà une petite armée. Pour s'assurer un passage sur les deux rives du Guadalquivir, il alla camper près du pont d’Alcolea, qui est sur ce lleuve à une lieue environ au-dessus de la ville , entre le Guadamellato et le Rio Cuzna. Son armée était encore très-faible, car la mauvaise saison mettait un obstacle à la marche des troupes; néanmoins son arrivée remplit de Joie et d'espérance les chrétiens ; elle répandit la terreur parmi les défenseurs de Cordoue. Ils firent demander des secours à Ben- Uud. Ce prince, qui était à Ecija occupé a faire des préparatifs pour la campagne suivante, rassembla beaucoup de troupes. Mais, se souvenant encore de la défaite qu’il avait éprouvée sur les bords du Guadalété, il voulut connaître d’une manière certaine quelles étaient les forces de l’armée chrétienne. A cet effet, ü envoya don Lorenço Suarez, avec mission d’examiner ce qui se passait dans le camp de don Ferdinand. Ce seigneur était Galicien. Il avait été banni pour avoir pris part aux troubles qui, à la mort d’Alphonse IX, avaient agité son pays.

Il s’etait réfugié chez les Musulmans et servait dans leur armée: mais il dé-

sirait vivement rentrer en grâce auprès de Ferdinand. Il profita de cette occasion pour lui rendre un important service. Il alla le trouver, lui fit part de la perplexité de Ben-Hud, et lui conseilla ae faire augmenter pendant la nuit le nombre de ses feux , afin de faire croire que son armée était beaucoup plus considérable. Il s’en retourna ensuite au camp des Musulmans, avec un visage consterné. Il dit que l’armée chrétienne était très-forte |et qu’il y aurait de l’imprudence à l’attaquer, retranchée comme elle l'était entre trois rivières. Cependant, Ben- Hud hésitait encore sur le parti qu’il devait prendre lorsqu’il reçut une lettre d'Abu-Giomail-Ben-Zeÿan. Le roi de Valence lui demandait des secours, et offr.iit de se reconnaître son vassal s’il parvenait à le délivrer des attaques de don Jayme qui menaçait d’assieger sa capitale. Ben-Hud ne voulut pas laisser échapper cette occasion d'étendre son autorité. Il pensait d’ailleurs

?|iie la ville de Cordoue était assez orte pour faire une longue résistance; qu'il aurait le temps d’aller combattre et vaincre les Aragonais , et de revenir ensuite chasser les Castillans. Il se mit donc en marche et arriva à Alméria, où il voulait s’embarquer pour Valence. Il y fut reçu par le gouverneur Abd-el-Rahman , qui lui offrit une fête brillante et un banquet splendide, auquel assistèrent les principaux chefs de Tannée. Dans la nuit qui suivit ce repas, Aben-Hud mourut subitement.

Quelques auteurs prétendent que ce roi ayant dans cette même soirée voulu se mettre au bain, Abd-el-Rahman l’y fit étouffer. Mais ce crime, dont ils n'allèguent ni preuves ni motifs, n’est pas même vraisemblable. Si le roi de Cordoue , après avoir pris sa part d’un abondant repas, se plongea dans un bain , il n'> st pas besoin d*expliquer sa fin par un crime, et la nature a pu se charger seule de lui faire expier son imprudence. Aussi personne dans le camp ne soupçonna cette trahison ; et les uns attribuèrent la mort de Ben- Hud à une apoplexie, d’autres à l’ivresse. Elle arriva le jeudi 27 sjumada

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!•' de l’année 6S3 (7 février 1386). En apprenant cette catastrophe, toute son armée se débanda sans que personne cherchât à la retenir ni à succéder au prince qui venait de succomber. Don Lorenço Suarez , à la tête de tous les chrétiens qui servaient dans le camp de Ben-Hud , vint grossir l’armée castillane qui, s’augmentant chaque jour par de nouveaux renforts , fut bientôt en état d’investir Cordoue. Au bout de quatre mois , les habitants n’ayant aucun espoir d'être secourus , et commençant à sentir les atteintes de la famine, demandèrent à capituler. On convint qu’ils sortiraient libres, avec seulement ce qu'ils pourraient emporter sur eux. En exécution de cette capitulation, ils remirent la place aux assiégeants, le dimanche 22 sjawal 633 (20 juin 1236). Dés que les chrétiens y furent entrés, ils arborèrent la croix sur le sommet de la grande mosquée d’Abd-el-Rahinan, et l'étendard du roi Ferdinand sur l’Alcazar.

On retrouva dans la mosquée les cloches de Saint-Jacques de Compostelle, qu’Almanzoravait fait apporter, comme un trophée, sur les épaules des prisonniers chrétiens, depuis le fond de la Galice jusqu’à Cordoue. Par de justes représailles, saint Ferdinand les fit reporter, sur les épaules des mahométans, jusqu'à l’endroit d’où elles avaient été enlevées.

Les chrétiens ne proGtèrent pas seuls de la prise de Cordoue et de la mort de Ben-Hud. Albamar, déjà roi d’Arjona, de Jaën, de Baza, acheva de s’emparer de cette partie de l’Andalousie qui forma par la suite le royaume de Grenade. A Murcie, dès que la mort de Ben-Hud fut connue, on proclama son frère Aly-Ben-Yousouf-Ben-Hud, surnommé Adid-Dawla ; mais ce prince ne put longtemps conserver le pouvoir. On se révolta contre lui. Il fut pris et décapité. Les auteurs chrétiens font aussi mention d’un chef du nom de Brn-Hudiel, dont ne parlent pas les auteurs arabes cités par Condé. Les habitants de Séville s’érigèrent en république. Mais partout l’autorité était contestée. C’étaft l’anarchie comme à

la chute des Ommiades, comme à la chute des Almoravides; seulement elle était moins active, moins énergique, moins sanglante, parce que les dominateurs de la Péninsule étaient énervés, et que tant de révolutions avaient

firoduit chez eux l’aflaissement et tari es sources de la vitalité. Le royaume de Valence s’écroulait comme ceux de l'Andalousie. Don Jayme avait fait voeu de ne pas repasser l’felire qu’il n’cdt repris cette ancienne conquête du Cid.

Abu -Giomail-Ben-Zeyan, comprenant qu’il ne pourrait résister aux attaques du roi d’Aragon, lui avait fait offrir de se reconn.atlre son vassal. Il lui avait proposé de lui donner beaucoup de villes et de lui payer un tribut; mais don Jayme avait répondu qu'il était trop tard. C’était la ville de Valence qu’il voulait, et telle était son impatience, que, sans attendre son armée qui n’était pas encore réunie, et n’ayant encore avec lui que mille fantassins et trois cent soixante cavaliers, il traversa le Guadalaviar et alla asseoir son camp entre la ville et le Grcu>.

C’est ainsi qu’on appelle la plage de Valence, parce qu’elle est taillee en fome de degrés. Successivement des corps nombreux arrivèrent de toutes les parlies de l’Aragon. Il vint aussi de France une troupe de chevaliers d’élite, sous les ordres de l’archevêque de Narbonne. L’armée fut bientôt assez forte pour fermer toutes les avenues de la ville. Ben-Zeyaii, qui ne pouvait espérer aucun secours du côté de l’Andalousie, avait fait réclamer l’assistance des Beni-Zeyanes ses parents qui commandaient à Tunis.

Ceux-ci envoyèrent à son aide une flotte de dix-huit voiles. Mais les Musulmans qui la montaient, en voyant sur le rivage l’armée de don Jayme qui ne s’élevait pas alors à moins de soixante mille fantassins et mille cavaliers , n’osèrent pas aborder au Grao. Ils suivirent la côte et allèrent débarquer auprès de Pcniscola, dans l’espoir d’enlever cette place. Mais la garnison, aidée par un détachement que le roi avait envoyé pour la secourir, chargea vigoureusement les Musulmans et les

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contraignit a regagner leurs vaisseaux.

Les Beni-Zeyanes s’éloignèrent aussitôt et firent voile en toute IvUe pour retourner en Afrique, afin d'echnjiper à la flotte catalane qui était sortie de l’Èbre et qui apportait des vivres au camp. La retraite des Africains jeta le découragement parmi les assiégés.

Les Aragonais, au contraire, poussaient chaque Jour leurs attaques avec plus de vigueur. Le roi faisait luiméme les fonctions d’un chef habile , et quelquefois celles d’un imprudent soldat. Un jour, qu'il s'était beaucoup trop avance des murailles, il fut atteint d'une fléché au front (*^). Cependant cette blessure fut promptement guérie, et ne le contraignit à se tenir renfermé que pendant cinq Jours seulement.

Après quatre mois de siège , les Valenciens qui manquaient de vivres, qui ne pouvaient attendre de secours de nulle part, et dont les remparts étaient ruinés en plusieurs endroits, demandèrent à capituler. Le vainqueur consentit à laisser sortir les assiégés aveq tout ce qu’ils pourraient emporter sur eux, à condition que la bannière royale d’Aragon serait immédiatement arborée à Valence, et que la ville lui serait remise cinq jours plus tard. A l’instant convenu, le 28 septembre 1238 (16 saphar 636), le roi Ben-Zeyan sortit de la villeavecSO.OOO de ses sujets. Il eut une entrevue avec don Jayme, auquel il promit de remettre toutes les villes, châteaux ou forteresses que les Musulmans occupaient Jusqu’à la rive gauche du Rio-Jucar. Au moyen de cet abandon, on convint d’une trêve de sept années.

Don Jayme entra en triomphe dans Valence, avec les seigneurs et les prélats qui avaient pris part nu siège. Il partagea, entre eux et les ordres reli-

(*) On a conservé le casque de don Jayme, la selle de son eheval et plusieurs pièces de son armure. En regardant ce casque dont la forme quoique biearre ne manque pas d’élégance (voir la planche 48), un comrend aiséinent que don Jayme ait été lessé an Front; car son casque ne portait pas de visière.

gieux et militaires, |es propriétés de la vil e, les métairies qui l’environnaient, et il accorda des fueros à ceux qui voudraient venir repeupler sa conquête.

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