SIÈGE ET PRISE DB SEVILLE. DON JATUB
EXPULSE LES MAHOMSTANS DU ROYAUME DE VALENCE.^ LES DIFFÉRENTS MARIAGES DB DON JAVMS ; SXl AMOURS ; LES DIS- SBN8IORS QUI RN SORT LA SUITE. — MOET DO ROI SAINT FERDINAND. — MORT PR THIBAULT DS NAVARRE. ~ MORT DR THIBAULT II. MORT DE DON BENEI,
Un seul des souverains qui avaient pris |)art à la glorieuse victoire des Navas de Tolosa, subsistait encore; c’était le roi de Navarre, que les exploits de sa Jeunesse avaient fait appeler Sancho le Fort. Mais alors les infirmités qui l’empêchaient de sortir avaient fait (manger ce surnom en celui de Sancho le Renfermé, el Encerrado. Il n’avait pas d’enfants. Sa sœur, dona Blanche, avait été mariée en France, au comte Thibault de Champagne. Elle en avait eu un fils, qui se trouvait l’héritier présomptif du royaume de Navarre; mais ce Jeune prince, impatient de régner, entretenait des intelligences avec les seigneurs navarrais. et il suscitait des troubles dans le pays pour s’emparer du trône av.ant l’instant fixé par la nature. Don Sancho, Justement irrité de cette conduite, ciierciia dans une alliance étrangère le moyen de se venger de la déloyauté de son neveu.
Le roi don Jayme, qui était revenu vainqueur de Majorque, se trouvait en ce moment à Saragosse. Don Sancho lui ayant fait demander une entrevue, les d’eux souverains eurent des conférences à Tudelle. Don Sancho adopta publiquement don Jayme pour fils , et
le fit reconnaître par les cortès comme héritier du royaume de Navarre.
Quatre années plus tard , le 7 avril 1234, le roi don Sancho mourut. Après qu’on lui eut rendu les derniers devoirs, les cortès s'assemblèrent pour lui donner un successeur. La plupart des membres de cette assemblée penchaient pourTbibault, comte deChampagne et de Brie, fils de Thibault lit et de dona Blanche, sœur de don Sancho le Renfermé.Ils regardaient ses droits comme plus positifs que ceux conférés à don laymejiar l’adoption du roi qui venait de mourir. Néanmoins , désireux de terminer , s’il était possible, celte élection d’une manière pacifique , ils s'adre.ssèrent à don Jayme lui-même, lui demandèrent qu’il voulût bien les relever de l’hommage qu’ils lui avaient prêté; et le roi d'Aragon renonça généreusement aux droits qu’il pouvait avoir. Le comteThibault sœmpressa donc de venir prendre possession de son royaume, et il fut couronné à Pampelune le 8 mai 1231. Ce prince, après avoir établi l’ordre dans ses États et avoir pourvu à l’administration du pays, fut saisi de la folie religieuse de cette époque. Il se croisa , partit pour la terre sainte , et alla dépenser au siège. d’Ascalon une bravoure et des ressources qu’il eût employées plus utilement contre les Maures d’Espagne. Au reste, l’empire des musulmans dans la Péninsule allait sans cesse s’affaiblissant. Les Castillans ou les Aragonais arrachaient chaque jour quelque parcelle de cet édifice qui s’écroulait. Après la prise de Valence, don Jayme le Conquérant s’était rendu à Montpellier pour mettre fin à quelques difficultés qui s’étaient élevees entre lui et les habitants de cette ville. Les généraux qu’il avait laissés à la garde de sa nouvelle conquête ne se crurent pas liés d’une manière bien étroite par les trêves qui avaient été conclues; des troupes passèrent le Jucar, sous la conduite de Guillen de Aguilon et d’autres officiers pour piller les terres des musulmans. Les chevaliers de l’ordre du Temple prirent Cullera; quant à don
Guillen, après avoir saccagé la vallée de Bayren, il entra dans celle d’Albayda'et vint attaquer le château de Cliio, où s’était réfugiée une partie de la population des environs. La garnison, pour donner au loin l’alarme, alluma des feux au sommet des Atalayas. A ce signal tous les musulmans dé la contrée prirent les armes, et s’empressèrent d’accourir pour repousser l’agression des Aragonais. Ils étaient^ disent les chroniqueurs, au nombre de plus de vingt mille ; les chrétiens, au contraire, ne formaient qu’une petite troupe, mais ils étaient bien décidés à combattre avec courage, quelle que fût la multitude de leurs ennemis. Afin de mériter la protection divine, aussitôt que le soleil fut levé ils commencèrent la journée par entendre la messe. Elle était commencée. Six de leurs chefs allaient recevoir le pain de la communion : déjà les hosties étaient consacrées, lorsque les musulmans commencèrent l’attaque. Il fallut quitter l’autel pour courir aux armes. Le prêtre craignant que dans la bataille les hosties ne fussent profanées, les enveloppa dans les corporaiix et les cacha dans les broussailles. Les chrétiens après avoir mis en fuite les musulmans , prirent et rasèrent le château de Chio, qu’ils ne pouvaient garder ; quant au prêtre, il alla chercher dans sa cachette le précieux dépôt qu’il lui avait confié; mais il trouva les cxrrporaux teints du sang que les hosties avaient versé.
A la vue de ce miracle, les vainqueurs rendirent grâces à Dieu. Chacun des chefs voulait emporter ces précieuses reliques; mais pour mettre fin entre eux à toute contestation, on les plaça dans une cassette sur le dos d’une mule, afin que Dieu guidât luimême cet animal vers le lieu où il ordonnait qu’elles restassentdéposées.La mule prit la route d’Aragon. Arrivée à Daroca, elle entra dans la chapelle de l’hôpital Saint-Marc, où elle s’agenouilla, donnant ainsi à entendre que c’était dans cet endroit que les saints corporatix devaient être vénérés. Ils ont pendant longtemps été conservés
dans cette chapelle; ils ont été ensuite transportés dans l’église principale de Daroca. On montrait aussi, dit Mariana, le pale du calice dans un couvent de dominicains de Carboiieras.
Dès que don Jayme fut de retour à Valence, les musulmans lui portèrent leurs plaintes. Le roi les accueillit avec bonté. Il blâma vivement la conduite de ses officiers ; il parla même de les punir et de confisquer les biens de don Guillen de Aquilon, pour dédommager les musulmans des pertes qu’ils avaient souffertes ; mais toutes ces paroles restèrent sans effet, et bientôt recommencèrent les courses des chrétiens sur les terres des musulmans. Plusieurs places furent successivement enlevées. Un parti d'Aragonais étant entré sur le territoire de Xativa; l’alcayde qui avait le gouvernement de cette ville se mit à leur poursuite, les attaqua, les mit en déroute, leur enleva le butin qu'ils avaient ramassé, et fit six d'entre eux prisonniers.
Don Jayme les fit aussitôt réclamer; et comme on refusait de les remettre en liberté, il s’avança vers Xativa, à la tête de son armée. L’alcayde de cette ville , pour ne pas être assiégé , fut obligé de livrer au roi d’Aragon la ville de Castellon et de se reconnaître son vassal. Cette concession , quelque grande qu’elle fût, ne procura aux musulmans de Xativa qu’un répit assez court. En 1243, don Rodrigo de Lizana , gouverneur de Valence , recommença les incursions sur le territoire de cette ville. Dans une de ces expéditions il fut mis en déroute par les Maures. A la nouvelle de cet échec, le roi don Jayme fit marcher ses troupes vers Xativa. Il en commença le siège, et la ville, après une vigoureuse résistance , fut prise au mois de juin 1244.
L’effet naturel des conquêtes de don Jayme était de pousser vers le couchant les musulmans du pays de Valence , et de les jeter sur le royaume de Murcie; aussi Àbu-Giomail-ben-Zeyan essaya-t-il de s’indemniser aux dépens de ce royaume des pertes qu’il faisait dans le sien. L’état de révolution dans
lequel se trouvait Murcie lui promettait une heureuse réussite : les habitants y étaient divisés en plusieurs factions. Les gouverneurs s’étaient déclarés maîtres des villes et des forteresses dont la garde seulement leur avait été confiée; ils disputaient entre eux sur l’étendue et sur les limites de leurs juridictions. Les populations ne retiraient de ces différends que meurtres et que désolation. Tout le monde était mécontent de cet état de choses.
Abu-Giomail-ben-Zeyan eut donc peu de peine à s’emparer de quelques rorteresses. Les habitants de Llorca , commandés par Azis-ben-Abd-el-Melech, sortirent à sa rencontre; mais ils furent vaincus, et leur chef fut tué dans le combat, le dimanche 22 ou 29 ramadan 640 (*) (15 ou 22 mars 1243).
Ceux de Murcie ne sachant comment repousser Ben-Zeyan, et ne trouvant
fias Ben-Alhamar assez puissant pour es protéger, et peut-être se sentant de la répugnance contre lui , parce qu’il était l’appui du parti berbère, tandis qu’eux formaient les restes du parti arabe de Ben-Hud , se jetèrent dans les bras des chrétiens. Ils adressèrent un ambassadeur à Tolède, pour proposer à saint Ferdinand de reconnaître sa souveraineté , pourvu qu’il prit de son côté l’engagement de les protéger et de les défendre. L’infant don Alphonse le Savant, fils de saint Ferdinand , arrivait en ce moment à Tolède, pour prendre le commandementdes troupes qui allaient combattre en Andalousie. Il pensa qu'il ne fallait pas laisser échapper cette occasion, et il se mit en route pour profiter de l’offre qui lui était faite. Il était arrivé à Alcaraz, quand les principaux seigneurs du royaume de Murcie vinrent au-devant de lui. On convint qu’ils conserveraient une part des revenus de Murcie, et qu'ils continueraient à faire face aux charges de l’État. Ces conventions furent rédigées par écrit, et signées par Mohammed-ben- A ly-
(*) Condc écrit , le dimanche a6 ramadan 640. C’esi une cireur évidente. Le a6 ramadan 640 était un jeudi.
S18 L’UniVERS.
ben-Htid et par les alcaydes d’Alicante, d’KIche, d'Orihuela, d'Alhama, d’Aledo, d'Aceca et de Chinchila. Les poiivernpiirs de Llorca et de Carthagcne refusèrent seuls d’y prendre part.
Ou reçut .Alphonse à Murcie , et les citadelles des principales villes de ce royaume furent livrées aux chrétiens.
Cette conquête toute pacilique plaait le nouveau royaume d’Alhamar ans la position la plus critique. Néanmoins il résolut de bien se defendre , et fit tout son possible pour approvisionner d’armes et de vivres les [ilaces frontières. Il combattit avec avantage contre quelques partis chrétiens, et défit un corps commandé par Alphonse de Léon, frère naturel du roi Ferdinand. Don Isidore, gouverneur de Martes et commandeur de l’ordre de Calatrava, fut tué dans cette rencontre, ainsi que don Argote et plusieurs autres personnages de distinction. Ferdinand, pour tirer vengeance de cet échec, entra en Andalousie, s’empara d’Arjona et de plusieurs autres villes. Enfin il alla mettre le siège dev,ant Grenade. Alhamar repoussa toutes les attaques, et la mauvaise saison venant en aide à sa défense, les chrétiens furent obligés de lever le siège. Mais l’année suivante , ils vinrent investir Jaën. Alhamar ayant échoué dans toutes ses tentatives pour secourir la palace, se rendit seul au camp du roi Ferdinand, se mit à sa discrétion, et lui baisa la main en signe de vasselage. Le roi de Castille voulut répondre noblement à cet acte de confiance:
il reçut le roi de Grenade avec amitié. Les deux souverains convinrent du tribut qu’Alhamar payerait chaque année, ainsi que du nombre de cavaliers qu’il devrait fournir pour le service de la Castille chaque fois qu’il en serait requis. Enfin, la ville oe Jaën fut remise aux chrétiens. Ce traité fut, suivant Condé, signé dans le courant de 643 de l’hégire (1245 de J. C.). Il y avait huit mois que cet arrangement était conclu lorsque Mohammed ben Alhamar reçut des lettres de Ferdinand, qui lui disa'it de venir à la tête de 600 cavaliers pour l’aider à faire le
siège de Séville. Oh commença, suivant l’iisage de cette époque , par ravager tous les environs de la ville qfimn voulait assiéger, on porta la dévastation jusque sous les murs de Xérès. Pour commencer le siège, il fallait être maître de la mer, car les Maures de Tanger et de Ceuta avaient amené des secours aux habitants de Séville, et si l’embouchure du Guadalquivir restait libre, ils pouvaient introduire chaque jour dans la place des vivres ou des défenseurs. Ramon Bonifaz, amiral du roi Ferdinand, fit construire sur les côtes de la Biscaye une flotte de 13 bâtiments, qui vint mouiller à l’embouchure du fleuve. Les vaisseaux musulmans sortirent pour la combattre. Ils avaient l’avantage du nombre , mais les matelots basques étaient tous des hommes aguerris qui manœuvraient avec bien plus d’adresse que les Africains. La victoire se déclara bientôt pour eux. Ils prirent trois navires des Maures, en coulèrent deux, en incendièrent un , et mirent les autres en fuite. Ils purent ainsi remonter le Guadalquivir jusqu’à Séville , dont tontes les communications par la rivière se trouvèrent interceptées, et le siège fut commencé le 20 aortt 1247.
Séville est la tête de l’Andalousie.
La richesse et la grandeur des édifices qu’elle renferme, la beauté de sa position, ont fait dire : « Qui n’a pas vu Séville n’a pas vü merveille. » Quien no ha vlsto Sevtlla, no ha maravil/a. F.lle est située sur la rive gauche du Guadalquivir, et le fleuve la sépare d’un faubourg qui prend le nom de Triana. Un pont de bateaux assurait une communication entre les deux rives. Le roi de Castille établit son camp sur la gauche du fleuve , au-dessous de la ville, dans un endroit appelé le camp de la Tablada. Don Pelayo Correa, maître de Saint-Jacques, assit le sien sur l’autre rive, du côté d’Alfarache, pour empêcher les secours ui auraient pu être amenés de Niebla.
I serait bien long de raconter tous les combats qui furent livrés , de dire tous les faits d’armes pur lesquels se signalèrent les assiégeants. Au commence-
ment, leg efforts portèrent prirtcipalement sur le faubourg de Triarta ; mais ces attaques n'avaient que peu de succès, car la ville y faisait continuellement passer de nouveaux Cenfurts.
Pour empêither ces communications , l’amiral Eamon Bonifaz résolut de briser le pont , et prolitant de l'instant où la marée montait et où le vent soulTlait de l'ouest, il lit déployer au vent toutes les voiles de deux bâtiments lourdement chargés, et les lança contre le pont. La violence du choc fut si grande, que les chaînes de fer qui servâient à lier les bateaux furent brisées, et que les communications entre la ville et le faubourg demeurèrent interrompues. Alors le faubourg de Triana , réduit à ses propres ressources, ne tarda pas à tomber entre les mains des chrétiens. Parmi les guerriers qui se sighalèrent à l'attaque du faubourg, on cite Pérez de Vargas.
Quelqu’un lui contestait le droit de porter les armes gravées sur son ccu.
Un jour, il resta si longtemps au combat, et reçut tant de traits et de pierres sur son bouclier, que .son blason se trouva presque entièrement effacé. «.Vous avez bien raison,» dit-il, en rentrant au camp, à Celui qui lui disputait la propriété de ses armes, « vous méritez mieux que moi de les conserver, car vous ne les exposez pas tant.»
Quand le siège eut duré dix - huit mois, les musulmans, qui manquaient de vivres et qui n’avaient aucun secours à espérer , demandèrent à se rendre. I..a capitulation fut signée le 5 sjaban 646 de l’hégire (23 novembre 1248 de J. G.). On consentit à laisser les assiégés maîtres de se retirer où bon leur semblerait, avec ce qu’ils pourraient emporter. On leur accorda un mois pour exécuter la convention.
Mais , quatre jours après qu'elle eut été conclue, le 27 novembre, on remit à saint Ferdinand le château et les clefs de la ville. Il sortit de Séville cent mille âmes, hommes, femmes ou enfants. Les uns passèrent en Afrique, les autres allèrent chercher un asile dans le royaume de Grenade. Ferdinand prit possession de la ville le 22
décembre 1248. Il y entra en procession avec tout le clergé qui était dans son armée, et il entendit la messe dans la principale mosquée, qui fut purifiée et consacrée au culte chrétien.
Pendant nue les musulmans de Séville succombaient sous les coups de la Castille , ceux échappés aux ormes de Jayme, qui vivaient dispersés dans lé royaume de Valence, se rassemblèrent et tentèrent un dernier effort pour se soustraire à la domination des Aragonais. Un chef, du nom d'Alasdrach, leg conduisit au combat avec quelque bonheur. Mais il ne put lutter longtemps contre la puissance de l’Aragon. Il fut vaincu, et don Jayme décréta que tous les musulmans qui se trouvaient encore dans le royaume de Valence devraient, dans l’espace d’une année, sortir de ses États. Ces infortunés cédèrent à la nécessité. Ils abandonnèrent leurs maisons, leurs champs, les tombeaux de leurs pères. Les uns allèrent chercher un asile en Afrique.
La plupart vint augmenter le nombre des sujets d’Alhamar. Us porlèreut dans le royaume de Grenade leur industrie, leurs capitaux , et leur haine implacable contre les chrétiens. Alhamar leur accorda des terres ; il les exempta d’impôts pendant plusieurs années; il s’attacha à faire prospérer dans son royaume les arts et i'agriculture ; et se.s États, enrichis de presque toute la population qui avait été perdue par les royaumes de Séville, de Cordoue et de Valence, se trouvèrent
Îiour quelque temps les plus riches et es plus iieuplés de la Péninsule.
Jusqu'à présent, nous n'avons vu que les conquêtes de don Jayme; c'est maintenant au sein de ses États qu'il faut suivre les actions de ce grand roi. Si , contre les musulmans, le bonheur de ses armes ne se démentit jamais, il trouva dans sa propre famille bien des sujets d'affliction ; et les années les plus glorieuses de sou règne ne furent pas toutes exemptes de troubles et d'agitations Intérieures.
Eu 1221, et lorsqu'il n’avait encore que quatorze ans, il avait été marié à duna Léouur, fille d'Alphonse le No-
L’UNIVERS
ble, par conséquent, sœur de dona Berenguela et tante du roi Ferdinand de Castille. Bien gu'il eût un fils de cette union , elle tut attaquée comme illégitime , lorsqu’elle durait déjà depuis huit années. Un concile en prononça la nullité, à raison du degré de parenté qui existait entre les époux (*). Presque tous les auteurs pensent que don Jayme lui -même, engagé d.ms d’autres amours , provoqua les poursuites ecclésiastiques qui amenèrent cette décision. Néanmoins , l’infant don Alphonse fut déclaré légitime, et reconnu pour héritier présomptif du royaume.
Quelques années plus tard, don Jayme contracta une nouvelle union.
Le 8 septembre 1235, il épousa la princesse Yolande (**) , fille du roi de Hongrie. Il en eut trois fils, qui furent don Pedro, don Jayme et don Sancho. Les filles nées de la reine Yolande furent au nombre de cinq, savoir : Yolande, mariée à Alphonse le Savant , fils de saint Ferdinand ; dona Isabelle, mariée à Philippe, roi de France ; dona Constance, mariée à don Emanuel , infant de Castille; dona Sancha etdona Maria, qui se consacrèrent au service de Dieu.
Dona Yolande se préoccupait, avant tout , du sort réservé à ses enfants.
Elle voyait avec envie que le fils de Leonor fût seul héritier du trône.
Une reine, tout aussi bien qu’une autre femme, exerce, sur les aéterminations de son mari, une immense influence. Duna Yolande engagea le roi à prendre une mesure qui devait avoir pour l'Etat les conséquences les plus désastreuses. Dans les cortès assemblées à Daroca en 1243, don Jayme annonça l’intention de partager le royaume entre ses enfants. Il attribuait l’Aragon à don Alphonse, son fils aîné, et la Catalogne à don Pedro. Cet arrangement ne pouvait contenter personne. Alphonse se plaignit avec
(') Alphoaie l’empereur ; i” Don Sanrbo lè Regretié; Alphonse le Noble; î" I,éonor; 4° duOa Sancha, mariée à Alphonse II d’Aragon ; 5" don Pedro ; 6» don Jaynie.
(**) Les Espagnols l'appellent doua 'Violante.
amertume de ce qu’on le dépouillait de la plus grande partie des États qui lui revenaient par droit d’aînesse. Les Catalans se plaignirent de ce que ce partage renfermait la Catalogne dans des limites trop restreintes. Ces réclamations furent si vives, que, l’année suivante, au mois de janvier 1244, dans les cortès tenues à Barcelone, le roi don Jayme crut devoir changer les frontières qu’il avait d’abord fixées. Ce fut alors aux Aragonais à faire entendre des réclamations et des plaintes.
En 1250 , par suite de conférences tenues à Ariza, don Jayme ajouta le royaume de Valence à la part de don Alphonse ; mais cela ne suffit pas pour rétablir le calme. Les esprits s’irritèrent de plus en plus. Si l’on n’en vint pas aux mains, on prit les armes , et toute la prudence de don Jayme fut nécessaire pour éviter un conflit.
Ces éléments de désordre ne furent pas les seuls qui vinrent troubler l'État. Dona Yolande n’avait pas conservé longtemps pour elle seule l’amour de don Jayme. Thérèse Vidaure et bien d’autres maîtresses avaient eu part dans ses mobiles affections. Soit que l’évêque de Girone eût , comme le disent les historiens, révélé quelque faiblesse amoureuse du roi qui lui avait été confiée au tribunal de la pénitence, soit qu’il se fût borné à reprocher en public à ce souverain le dérèglement de ses mœurs , don Jayme , irrité, lui fit couper la langue. A la nouvelle du supplice , un long cri d’horreur partit de toutes les églises de la Péninsule.
L’anathème vint frapper celui qui n’avait pas craint de porter une main sacrilège sur l’oint du Seigneur. Le royaume fut mis en interdit. Il fallut que le conquérant des Baléares et de Valence sollicitât une absolution publique et qu’il fit pénitence.
La reine Yolande mourut après 16 années de mariage, dans le mois d’octobre 1252. Cette mort laissait un champlibre aux amours du roi, qui ne tarda pas à épouser ’fliérèse Vidaure. Il en eut desenfants (*): ce qui ne l’eiiipê-
(*) Don Pedro, seigneur d’Ayerve, et don Jayme, seigneur d'Exerica.
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cha pas , au bout de quelques années , de demander la dissolution de cette union , sous le prétexte qu’il était survenu à Thérèse Vidaure une lèpre contagieuse. La vérité est qu’il était occupe par d’autres amours. En 1275, lorsqu’il était déjà âgé de 60 ans, il enleva la femme d’un de ses sujets ; il fallut la menace de l’anathème pour le faire renoncer à ce commerce adultère. C’est déjà un mal immense quand les désordres du roi ne portent atteinte qu’à la morale publique; mais ils deviennent un crime lorsqu’ils compromettent la tranquillité du pays , et parmi les nombreux bâtards, fruits des liaisons illégitimes de Jayme, il s’en trouva qui se mêlèrent aux discordes civiles.
L’infant don Alphonse d’Aragon n’avait jamais consenti franchement au partage des États de son père. Il s’apprêtait, dit-on, à prendre les armes pour maintenir son droit d’aînesse, lorsque, dans le courant de 1260, il mourut subitement. Cet événement fit-passer tous ses droits et toutes ses prétentions à don Pedro. Ce fut alors ce prince qui craignit à son tour le partage des États de son père. Parmi les bâtards de don Jayme, il s’en trouvait un nommé Ferdinand Sanchez . pour lequel le roi montrait une affection toute particulière. Don Pedro craignit que son père ne voulût laisser à celuici la souveraineté du royaume de Valence. Ce soupçon suffit pour faire naître entre les deux frères une haine violente. Des deux côtés on prit les armes. En 1275, don Pedro assiégea Ferdinand Sanchez dans le château de Pomar. Celui-ci ne se sentant pas assez fort pour y résister longtemps , voulut s’échapper déguisé en paysan ; mais il fut pris, reconnu et conduit devant son frère, qui lui fit passer un lacet au cou , le fit étrangler et fit jeter son cadavre dans la Cinca, qui coule auprès du château.
Pour ne pas interrompre le récit de ces discordes intestines, il a fallu laisser de côté les autres événements de l’époque. Revenons donc maintenant au point d’où nous sommes partis ,
21' Livraison. (Espagne.;
c’est-à-dire à la prise de Séville. Maître de cette importante cité, Ferdinand eut bientôt conquis toutes les villes des environs , à l’exception de Niebla et de quelques places sans importance. Ne trouvant plus dans la Péninsule d’ennemis du nom chrétien à combattre, puisqu’il était en paix avec le roi de Grenade , il prit la résolution de passer en Afrique et d’y poursuivre les musulmans. Pour mettre ce projet à exécution , on préparait une flotte sur les côtes de la Biscaye ; mais les atteintes du mal qui devait enlever Ferdinand vinrent arrêter l’exécution de ses desseins. Atteint d’une hydropisie incurable , il mourut le jeudi (*) 30 mai 1252 , laissant à ceux qui l’entouraient l’exemple d’une sainte résignation aux volontés de Dieu et le souvenir de ses grandes actions.
Il avait été marié une première fois à Béatrix, fille de Philippe, empereur d’Allemagne. Devenu veuf, il avait épousé en secondes noces Jehanne , fille de Simon, comte de Fonthieu.
Il avait eu plusieurs enfants de ces deux unions. Voici ceux qui existaient au moment de sa mort : Alphonse X, surnommé le Savant, son fils aîné, qui lui succéda sur le trône; donFadrique; don Enrique ; don Philippe et don Manuel.
Ferdinand III est incontestablement un des plus grands rois et un des plus grands hornmes dont l’Espagne se glorifie. L’Église l’a rangé au nom-
(*) On trouve , dans Cxmdé , la date de sa mort indiquée au jeudi ai rabia i'”' 65o. Je cite cette date parce qu’elle est encore une preuve à l’appui de cette opinion que j'ai émise , que les auteurs arabes consultés par Condé ont écrit l'histoire en grande partie d'après les documents mozarabes, où les dates étaient primitivement en années de l'ére d'Espagne ou de Sopliar. En eflet , dans la date mozarabe qu'ils avaieut à convertir, ils ont conservé le nom du jour de la semaine , le jeudi. C’est en effet un jeudi que saint Ferdinand est mort; mais, en convertissant le quantième de l'bégire , ils ont fait une erreur de deux jours, et ont indiqué le ai rabia prior 65o, qui tombe le samedi i" juin iï5a.
L’UWIVBRS.
bre des bienheureux, e^ rhistoire n’aurait rien à lui reprocher, si ses chroniqueurs ne rapportaient qu’eu 1236, non content de laisser faire à Palencç un de ces exécrables sacrifiées qui consistent à brûler des hérétiques , il attisa lui-même le feu et y jeta du bois, On aimerait à croire que les cluoniqueurs , qui presque tous étaient moines , ont pensé , dans leur ?èle fanatique , augmenter ,ses titres de gloire en lui imputant cet acte de barbarie dont il n’était fias coupable- Op répugne à penser que ce grand homnac soit descendu jusqu’à se faire l’assistant du bourreau.
Le roi Thibault I" de î|avarre sprr vécut de peu de temps à saint Ferdinand. Ce prince est surtout connu par la protection qu’il accorda aux beaux-arts. Il cultiva lui-niâne la musique et la poésie; >1 faisait des vers qu’il chantait en s’accompagnant avec la guitare ; il avait l’habitude d’exposer ses poésies dans son palais pour les soumettre au jugement du public. Ce prince fut marié trois fois, fl épousa en premières noces la fille du comte de Lorraine; mais cette union fut stérile , et elle fut annulée pour cause de
arenté. Sa seconde iemuje fut Sihyle,
lie de Philipoe , comfe de Fiaqdre. fl en eut une fille nommée Blanche , mariée à Jean , duc de Bretagne, surnommé le Roux. Fb fro'sièmes noces, il épousa Marguerite , Qllç d’Arcbanfbaud , comte de Fuix. F en eut deux fils , Thibault et Henri , ainsi qu’iiné fille nommée Léonore. H mourut le 8 juillet 1253 , laissait pour héritier son fils Thibault IL Les événements du règne de celui-ci pe tiennent qu’une bien petite place dans l'histoire de Iq Péninsule. Il épousa Isabelle , fific de saint Louis. Parmi Ips présepls de noces que lui fit ce roi, il Inut compter une épine de la couronne de fiotre- Scigneur. Cette précieuse relique fut lar lui déposée dpns Féglise dé Pam-:
'dune.
Thibault accompagna son beau-père à là conquête de là terre sàipte, et çaint Louis étant mort le 25 août 1270, Thibault passa en Sicile, où il moiirut
à Trapani, |q S déçeiibra de la année. R ne W'ssait pas d’èbf^ts ; ainsi Henri, aqn frère, auquel en pw-, tant II avait laissé l’administcat'on du royaume, fuf proclamé roi à, Paoipelune, le 1'?' marq lîîîf.
Henri avait épousé B|lanç|ie , fille de Robert, comte d,’Arl;ois. Il en. avai^ un fils du nem de Thiba,uit , qiu lut fut enlevé pendant |a seconde anute de spu règne. Il a\ait aussi que fitlu no;um^ doua ,|uana. ÇUeentràlt dàUS sa troisième année k?.rsqu’il mourut, le 27 août 1274 , étouffé , dit-on , pai[ spn obésité. Ce fut cette prinçesse qui hérita dç la Navarre.
nioHX »’AI.ra01JS^ % , SUgHOMM» tq SAVAITT.
— ALTÉRATIOW DES MOÎfNAIES. ALPH01VSB