‹ Espagne (volume 3)Chapitre 53 sur 75 · PEDRO · texte numérisé non relu

PEDRO

La victoire remportée sur Hinistrosa par don Henrique, don Tello, et le comte d’Osuna, qui commandaient l’armée aragonaise, avait considérablement augmenté leur assurance. Us entrèrent donc dans la Rioja et s’emparèrent de Najara. Dans cette ville, ils firent mettre à mort un grand nombre de juifs par haine pour don Pedro et parce que ce prince favorisait d’une manière toute particulière ceux de ses sujets qui Suivaient la loi de Moïse. Ils pénétrèrent jusqu’à Pancorvo et ils reprirent la ville de Tarazone. De son côté , le roi don Pe-

dro s’empressa de rassembler son armée. Il s’avança en toute hâte pour aller s’opposer aux progrès des Araconais, et alla camper à Azofra, village peu éloigné de Najara.

Si l’histoire devait écarter le récit de tout ce qui paraît surnaturel, peutêtre faudrait-il passer ici sous le silence une prédiction qui vint effrayer don Pedro et qui , peut-être , ne fut pas sans influence sur le reste de sa carrière. Un prêtre de la ville de Saint- Dominique de la Chaussée se présenta au camp et demanda à parler au roi.

<• Seigneur, lui dit-il , j’ai vu en songe « le grand saint Dominique de la . Chaussée qui m’a charge de venir « vous trouver et vous conseiller de « bien vous tenir sur vos gardes , car « vous devez recevoir la mort de la « main du comte don Enrique votre « frère. »

En entendant ces paroles, le roi se troubla et demanda au prêtre si quelqu’un l’avait envoyé pour lui adresser une semblable menace. « C’est , reprit celui-ci, saint Dominique seul qui m’a commandé de venir vous donner cet avis. • Don Pedro ayant appelé du monde , le prêtre répéta en public ce qu’il avait dit en particulier, et comme il persistait à soutenir que saint Dominique seul l’avait engagé à faire cette démarche , le roi ordonna d’élever immédiatement un bûcher devant sa tente, et il y fit brûler vif le messager de saint Dominique.

Un auteur célébré a dit : « Souvent des faits qui , suivant les probabilités, ne devaient pas avoir lieu, arrivent par cela seul qu’ils ont été prédits. » Cette pensée s’applique merveilleusement à la prédiction de saint Dominique. Un combat fut livré entre les Castillans et les Aragonais; ces derniers furent mis en fuite et forcés de se retirer à Najara. Don Enrique s’était réfugié dans cette place, mais elle éuit mal approvisionnée; il était impossible d’y faire une sérieuse résistance. Tous les partisans de don Pedro voulaient donc qu’elle fût attaquée sans le moindre délai ; on y eût pris don Enrique.

Dans toute autre circonstance , le roi

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de Castille n’eût pas laissé échapper cette occasion d’assouvir sa haine et d’assurer sa tranquillité; mais peutêtre la prédiction qu’il venait d'entendre lui fit-elle craindre un de ces retours de fortune si fréquents à la guerre.

Il ne voulut pas presser son ennemi; il le laissa tranquillement sortir de Najara et défendit qu’on le poursuivît.

Il se contenta de mettre une bonne garnison dans la ville qu’il avait recouvrée, puis il retourna à Séville, où il continua à faire mettre à mort tous les seigneurs qui lui portaient, ombrage. Plusieurs de ceux que sa colère menaçait avaient étéchercner un refuge en Portugal. Le roi de ce pays s’engagea à les livrer , et le roi de Castille, en échange, promit de faire arrêter, et d’envoyer en Portugal , Coelho , Alvaro et Pacheco , afin que don Pedro pût venger sur eux la mort de sa maîtresse Inez de Castro. Ce marché de sang s’exécuta. Men Rodriguez Tenorio, Ferrand Gudiel de Tolède, Fortun Sanchez Calderon, et d’autres encore, furent remis au tyran de la Castille , qui les fit mettre à mort. Alvaro et Coelho furent envoyés en Portugal. Quant à Pacheco , lorsqu’on vint pour l’arrêter, il était à la chasse; il fut possible de l’avertir du danger qui le menaçait; il eut le temps de se réfugier en Aragon.

Quelque horreur que puisse inspirer le récit de ces assassinats, il faut en rapporter de plus odieux encore. La coîere , la vengeance , avaient paru jusqu’à présent les seuls mobiles des crimes Je don Pedro, et, malgré tout ce que ces passions ont d’affreux , au moins elles ne présentent rien de bas et n’avilissent pas la pensée; mais tremper ses mains dans le sanç par amour pour l'argent , c’est Joindre la bassesse à la perversité; c’est là cependant qu’en était arrivé don Pedro.

Cupide autant que cruel , il fit mettre à mort, en 1360, son trésorier Simuel Levi. Ce juif, tout en remplissant les coffres de don Pedro , avait accumulé pour son compte d’immenses richesses ; il avait fait aussi la fortune de ses parents. Tout ce qu’il avait

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amassé fut confisqué par don Pedro.

A chaque instant l’histoire des Maures vient se mêler à celle des rois de Castille. Il faut interrompre ici le récit des crimes de don Pedro et s’occuper un instant des révolutions qui agitaient le royaume de Grenade. A la mort d’Alphonse le Vengeur, le prince musulman qui régnait dans la Péninsule était, on se le rappelle, Yuzuf-Abu’l-Hegiag. Le C sjawal755 ( 19 octobre 13.54), ce roi était prosterné dans la mosquée principale de Grenade, où il faisait sa prière, lorsqu’un homme furieux se jeta sur lui et le poignarda. Aux cris de détresse poussés par ce prince, la prière cessa ; on se précipita sur l’assassin , qui fut aussitôt mis à mort par les témoins de son crime. On reporta le roi à son palais; mais il rendit le dernier soupir lorsqu’on y arriva. On proclama aussitôt pour roi son fils aîné Mohammed (*). Ce prince s’empressa de faire demander au jeune roi de Castille la continuation des trêves qui avaient été conclues en 1350. Don Pedro accueillit volontiers cette demande , et Mohammed l’aida de ses vaisseaux dans la guerre qu’il faisait à l’Aragon. Le roi de Grenade gouverna tranquillement ses États pendant cinq années ; mais Ismaïl , son frère consanguin qui ambitionnait le trône, et Abu- Saïd qui était aussi son parent, conjurèrent contre lui. Ils rassemblèrent nientôt un assez grand nombre de partisans. Le 28 ramadan 760 (23 août 1359), cent hommes déterminés profilèrent de l’obscurité de la nuit pour escalader la partie la plus élevée du palais de Mohammed. Ils y attendirent en silence que la moitié de la nuit fût écoulée ; alors , à un signal donné , ils se précipitèrent dans le palais tandis que d’autres conjurés attaquaient et brisaient les portes, en proclamant pour roi le prince Ismaïl ;

(') Ferreras le nomme dans un endroit Mohammed-Yago et dans un autre Moliammed-Lago-abul-Gualid ; il dit, année i354, qu’il était oncle de Yusuf , et, année iSSg, qu’il était son frère. Il fait mourir Yusuf le

car ils pensaient que ceux qui étaient entrés les premiers n’avaient pas manqué de mettre Mohammed à mort ; mais ceux-ci , plus avides de pillage qu’empressés de verser le sang, s’occupaient à dévaliser le palais. Pendant ce temps Mohammed était , avec une des femmes de son harem , dans une pièce retirée. Il descendit dans les jardins ; son fils s'y était déjà réfugié. Ils y trouvèrent heureusement des chevaux ; ils prirent la fuite et arrivèrent sains et saufs à Guadix , où les habitants reçurent Mohammed comme leur roi et leur seigneur.

Le rebelle Ismaïl fut proclamé roi et s’empressa d'envoyer des ambassadeurs à don Pedro le Cruel. Il lui demanda le maintien des trêves, et offrit de continuer à l’aider de ses vaisseaux dans la guerre qu’il soutenait contre l’Aragon. Don Pedro accepta ces offres. Cependant , Mohammed voyant que le secours de don Pedro lui manquait pour remonter sur le trône, passa en Afrique, où le roi de Fez, Abu-Salem, lui fit le meilleur accueil. Ce prince lui donna des troupes pour venir combattre l’usurpateur ; mais elles étaient à peine débarquées en Andalousie, qu’elles reçurent la nouvelle de la mort de leur souverain, et que l’ordre leur fut transmis de retourner en Afrique. Leur départ priva Mohammed de la plus grande partie de son armée; il ne se sentait plus assez fort pour tenter les chances de la guerre , et il se retira à Honda , qui s’était déclarée pour lui. Néanmoins Ismaïl ne jouit pas longtems du pouvoir qu’il avait usurpé. Abu-Saïd avait été l’un des artisans les plus actifs de la révolution qui avait renversé Mohammed. Il avait fait donner a son jeune parent le titre de roi ; mais il avait, en réalité, gardé pour lui-méme la plus grande partie de l’autorité. Il

19 novembre. Il y a une erreur d’un mois. Mariana le nomme Muhanimcd-Lago ; Ginèa de Hita l’appelle Mahomad Lagus. Bleda lui donne le même nom et il ajoute ; ce nom de Lagus signifie en arabe le Vieux. Marmol lui donne encore le surnom de Abil- Gualid ou Abu’I-Walid et celui de Ibni- Nacer ou ben-Nassr.

en profita pour gagner prevue tous les chefs, et, le samedi , 25 sjahan 761 (1 1 juillet 1 360), une révolte éclata dans Grenade. Ismaïl fut pris et massacré, et l’on proclama roi à sa place Abu-Saïd, plus connu sous le nom d’Alhamar, c’est-à-dire le Rouge, qui lui fût donné soit à raison de la couleur de sa barbe et de ses cheveux , soit parce qu'il descendait d’Albamar , le premier roi de Grenade. Abu-Saïd sachant que le roi de Castille était favorable au parti de Mobammed-ben-Yusuf, dut naturellement rechercher l’alliance du roi d’Aragon. Ce fut pour don Pedro fe Cruel un sujet de mécontentement et d’alarmes. A peine assez fort pour résister à l’Aragon , il se demanda comment il pourrait faire pour lutter contre les Aragonais sur les frontières de la Castilie, et contre les Maures dans le cœur de l’Andalousie. Il résolut d’avoir recours à la ruse qui , tant de fois, lui avait réussi. Il accueillit les ouvertures de paix que lui faisait le nouveau roi de Grenade , et , après avoir ainsi mis ses frontières en sûreté du côté des Maures , il partit, au commencement de l’année 1361, pour faire la guerre en Aragon. Il remporta quelques avantages dans cette campagne, qui se termina par un traité de paix. Don Pedro de Castille , qui avait ses arrière - pensées , se montra peu exigeant : il demanda seulement que don Enrique, don Tello, et tous les réfugiés castillans qui se trouvaient en Aragon, fussent renvoyés de ce p^s. Moyennant cette concession , il offrit de rendre à don Pedro le Cérémonieux les places qu’il lui avait enlevées, et promit d’étre, à l’avenir, son ami fidèle et son allié sincère. Ces conditions furent acceptées. Don Pedro remit les villes dont il s’était rendu maître ; mais ce ne fut pas sans conserver dans son cœur un vif ressentiment de la nécessité où il était de les restituer. Dans ses instincts de béte féroce, il avait besoin de faire tomber le poids de sa colère sur quelqu’un.

Que ce fût sur un innocent ou sur un coupable, peu lui importait, pourvu que du sang fût versé. L’infortunée reine Blan<»e de Bourbon était tou-

jottt's prisôDni'^e ; elle avait été successivement renfermée à Arevalo, à Tolède, à Siguenza, à Xerez de la Etodlera; c’est dans cette dernière vijte qu'elle était captive c|iiand , en IWf , don Pedro revint à Seville après avoir conclu la paix avec l’Aragoii; ce fût sur elle qüMI se vengea des concessions qu’il avait été obligé de faire. Elle avait pour garde Inigo Ortiz de las Cuevas, qui s’appelait aussi de Estùniga. Don Pedro envoya cà Xerez un nomme que l'on nommait Alonso ütartinéz de Uruena. C’était un servifèur de ce maître Paul de Pérouse , médecin et trésorier du roi , qui avait été accusé d’avoir empoisonne Alonzo de Âlbuquerque. Cet homme venait polir donner du poison à la reine ; nuis quand don Inigo Ortiz se fut entretenu avec lui , et quand il sut ce qu’on prétendait faire, il s’en alla vers le roi , et lui dit qu’il n’accomplirait jamais une telle action; que tant que la reine se trouverait confiée à sa garde, il croirait faire un acte de trahison s’il prêtait son consentement à ce qu’elle fdt mise à mort ; que si le roi voulait la faire périr, il n’avait qu’à la retirer de ses mains.

Le roi fut très-irrité des scrupules d’Inigo, et il Ordonna qu’on remît la prisonnière à Jiinn Ferez de Rebolledo, habitant de Xerez, son sergent d’armés. Quand la reine fut au pouvoir de celui-ci, lé roi la fit tuer. Cette infortunée princesse n’avait que vingtcinq ans lorsqu’elle mourut. Elle était blonde;, elle avait le teint très-blanc et sa figure était pleine de grâce; elle était bonne et pieuse ; elle passait une partie de son temps à prier, et elle souffrit avec une admirable résignation les maux de sa longue captivité.

Les romanciers, qui veulent trouver de l’amour partout, flétrissent la mémoire de cette infortunée princesse en supposant une intrigue incestueuse entre elle et le maître de Saint-Jacques. 11 suffirait peut-être, pour en faire justice , de rapporter deux vers de ces chants populaires où les traditions de l’époque se trouvent consignées aveo une SI touchante naïveté :

« Je meurs sans que te roi m’ait cÔDDoe, et je m’en rais parmi Les vierges, n

On peut , au reste , opposef à cétte calomnie un argument plus püi.ssant encore , celui des chiffres etde.s dates. Au mois de mars 13.5i , don Fadrique, après avoir pleuré avec sa mère à Llerena, se retira dans ses domaines pour ne reparaître à la cour de son frère que deux années plus tard. C’est pendant son absence, le 21 février 13.52, que Blanche de Bourbon arriva à Viilladolid. Le mariage fut célébré le 3 juin 1352. Don Fadrique était toujours absent ; il n’assista pas à la célébration. Où donc placerez-vous cette intrigue amoureuse qui aurait dû précéder le mariage , püisque c’est oeux jours après qu’il eut été conclu, le 5 juin, que don BedrO a abandonné sa femme

Don Fadrique n’est revenu à la cour qu'en 1353, quelque temps après lé mariage, et il a été bien accueilli par son frère, qui ne l’avait pas vu depuis deux ans. Est-ce que le roi don Pedro l’eût reçu d’une manière amicale s’il eût eu, comme on le prétend, connaissance de l’intrigue qu’on invente.’ En 1353, don Pedro fit arrêter la reine Blanche de Bourbon, qiii étail àliledinadel-Campp avec la reine riière et aveo Léonore d’Aragon ; il la lit jeter danà une prison. A l’exception du peu de semaines de liberté dont elle jouit à Tolède, elle fut toujours captive et renfermée avec la plus grande sévérité.

I.es détails que donne la chronique de Lopez de Ayala , nous apprennent qu’elle ne pouvait communiquer avec personne. « Un jour, dit cet auteur, pendant qu’elle était dans la prison où elle mourut, un homme, que l’on eût pris pour un pasteur , se présenta au roi comme il se préparait à la chasse dans les environs de Xerez et de Medina-Sidonia, et cet homme dit au rof que Dieu l’envoyait vers lui pour lui annoncer que les maux qu’il faisait endurer à la reine. Blanche étaient montés jusqu’au ciel , dont , sans aucun doute, la colère saurait l’atteindre ; que bien au contraire s’il retournait vers celle qui était son épouse et

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avec laquelle il devait vivre selon que l’exigeait la raison , un fils naîtrait de lui , qui monterait sur le trône de Castille. Le roi fut très-épouvanté ; il Gt saisir l’homme qui lui avait tenu ce langage, et il crut un moment que c’était un émissaire de la reine Blanche à qui elle avait soufQé ces paroles. En conséquence, il envoya immédiatement son camérier et son chancelier au lieu où la princesse était prisonnière. Par ses ordres, ils devaient faire toute perquisition sur cet événement; ils arrivèrent en cette ville sans être nullement attendus. Ils s’en allèrent sur-le-champ vers la reine; ils montèrent à la tour où elle était enfermée. Ils la trouvèrent les deux genoux à terre, faisant ses oraisons; elle pleurait, elle se recommandait à Dieu; car elle pensait que son heure était venue. Alors les deux ofliciers lui firent part de leur mission, lui demandant si elle avait envoyé cet homme dont il a été parlé; mais elle répondit que jamais elle ne l’avait vu. Les gardes, interrogés à leur tour, répondirent qu’un tel message n’avait pu être envoyé par la reine Blanche, et que nul homme ne pénétrait au lieu où elle était prisonnière. Après qu’on eut gardé l’homme pendant quelques jours, on le lâcha, et depuis il n’a jamais reparu. »

La mort de Blanche de Bourbon ne précéda que de peu de temps celle de Maria de Padilla. Au mois de juillet de l’année t36I cette favorite succomba aux atteintes d’une cruelle maladie , et ce fut un juste châtiment du ciel qui vint ainsi frapper le tyran dans sa concubine , à rinstant même où il venait d’assassiner celle qu’il avait prise pour compagne à la lace des hommes et à la face de Dieu. Dona Maria de Padilla laissait un Gis nommé don Alphonse, âgé de deux ans, et trois Glies : dona Béatrix , dona Costanza , et dona Isabelle. Don Pedro Gt bientôt convoquer les cortès à Séville, et , dans cette assemblée, il déclara que Blanche de Bourbon n’avait pas été sa femme légitime; que jamais elle n’avait pu l’être. Qu’avant de l’épouser il s’etait uni à Maria de Padilla ;

que la crainte de troubler le royaume l’avait seul engagé à tenir ce mariage secret , mais que ses enfants étaient légitimes. Il exigea donc que son fils Alphonse fût reconnu pour héritier présomptif du royaume; il voulut qu’on donnât à Maria Padilla le titre ne reine , et il la Gt inhumer à Séville dans la chapelle des rois.

Pendant que ces événements s’accomplissaient, le roi Mohammed-Ben- Yusuf, retiré à Ronda, l’une des villes qui lui étaient restées fidèles, ne cessait d’implorer l’assistance du roi de Castille. Celui-ci ne demandait pas mieux que de tirer vengeance d’Abu- Saïd , dont l’usurpation l’avait mis dans la nécessitéde conclure avec l’Aragon une paix désavantageuse. Les Castillans commencèrent donc à faire des invasions dans le royaume de Grenade. Dans presque toutes les rencontres , les Maures éprouvèrent des pertes; on leur fit un grand nombre de prisonniers. Cependant don Pedro, qui n’était pas moins cupide quecruel , se Gt remettre tous les captifs, s’engageant à donner à ceux dont ils étaient la propriété trois cents marivédis pour chacun d’eux ; mais il garda les prisonniers sans rien payer du prix qu’il avait promis, ce qui mécontenta beaucoup les troupes. Le 15 janvier 1362, le maître de Calatrava, Diego Garcia de Padilla , ayant essayé de surprendre Guadix, éprouva un échec; il lut pris avec plusieurs autres seigneurs. Le roi de Grenade, qui ne se sentait pas assez fort pour résister à la puissance du roi de Castille, et qui d’ailleurs était effrayé par les révoltes de plusieurs villes soulevées en faveur de Mohammed , désirait ardemment la paix; il pensa que ce serait une bonne occasion pour lui de l’obtenir.

Il traita très-bien les prisonniers, et non-seulement il n’exigea pas de rançon pour les mettre en liberté, mais encore il les renvoya chargés de présents qu’il adressait au roi. Cependant, ces témoignages de ses intentions paciGques iravaient pas désarmé le courroux de don Pedro, et le roi Abu- Saïd le Rouge pensa qu’en se livrant spontanément au roi de Castille avec

une conflance chevaleresque, il gagnerait ses bonnes grâces. De même que le premier Alhamar était venu se mettre à la merci de saint Ferdinand, de même Abu-Saïd vint trouver don Pedro à Séville. Il était accompagné par 400 cavaliers et 200 fantassins qui apportaient de riches étoffes, des bijoux, des perles et des pierreries les plus précieuses. Don Pedro lui Gt bon accueil ; il eut soin qu’on lui donnât des logements. Il recommanda au maître de Saint-Jacques, don Garcia Alvaros de Tolède , d’engager à un banquet le roi Abu-Saïd et 50 des plus nobles chevaliers qui l’avaient accompagné; puis, au milieu du repas, il Gt entrer dans la salle du festin des hommes d’armes qui arrêtèrent le roi et les 50 Maures qui étaient à table avec lui. On arrêta aussi , dans les endroits où ils étaient logés , les autres Maures de son escorte; on les retint tous prisonniers.

On s’empara de tout ce qu’ils avaient apporté de précieux , et, deux jours lus tard , don Pedro Gt conduire Alamar, et 37 des principaux chevaliers maures, dans un champ situé non loin de l’Alcazar. C’est en cet endroit que l’on exécutait ordinairement les malfaiteurs; aussi l’avait-on nommé le champ de la Tablada, c’est-à-dire le champ de l’Échafaud. Le roi Alhamar était monté sur un âne et vêtu d’une robe écarlate. Don Pedro les fit tous mettre à mort. On rapporte même qu’il commença par frapper de sa lance le roi Alhamar , en lui disant : « Voilà pour le mauvais traité que tu m’as forcé de faire avec l’Aragon. » En se sentant blessé, Alhamar lui reprocha avec dédain sa conduite indigne d’un chevalier. Pendant cette expédition , le crieur répétait ces paroles : « C’est la « Justice que notre seigneur et roi « fait des traîtres nui ont donné la « mort au roi Israaïl, leur roi et sei- « gneur. »

Dès que la mort d’Abu-Saïd fut arrivée à Malaga, où se trouvait Mohammed , celui-ci s’empressa d’accourir à Grenade, où il fut reçu comme roi. Don Pedro lui envoya la tête de son ennemi avec celle de tous les chevaliers maures qui avaient été massa-

crés au champ de la Tablada. Tranquille désormais du côté de l’Andalousie , don Pedro n’attendait que l’occasion favorable pour recommencer la guerre contre l’Aragon. Sachant bien que le roi de France Gnirait par lui demander compte de la mort de la reine Blanche, il rechercha l’alliancedu roi d’Angleterre. Il Gt aussi un traité avec le roi de Portugal et un autre avec le roi de Navarre. Il fut convenu que l’armée navarraise entrerait en Aragon en même temps que l’armée castillane ; et bientôt, en 1 362, profitant de ce que don Pedro le Cérémonieux, conGant dans la paix jurée, avait licencié ses troupes, avait renvoyé de ses États les réfugiés castillans, et de ce que ce prince était lui-même à Perpignan , de l’autre côté des Pyrénées, don Pedro le Cruel et Charles le Mauvais se jetèrent sur l’Arngon. Les Navarrais enlevèrent le château de Sos ; les Castillans prirent Ariza, Ateca, Celena, Alhama, et vinrent mettre le siège devant Calatayud. Le comte de Osuna , don Pedro et don Artal de Luna , furent faits prisonniers en voulant se Jeter dans la place , et comme les assiégés ne purent être secourus à temps , ils furent forcés de se rendre le 29 août. Au milieu de ces succès, qu’il devait à la violation de la foi jurée, don Pedro le Cruel fut frappé par un de ces coups terribles dont le cœur d’un père peut seul comprendre toute l’amertume. Le seul Gis que Maria de Padilla lui eût laissé, don Alhonse, qu’il avait fait reconnaître éritier du trône, mourut le 17 octobre 1362. C’est en ce moment que don Pedro, abattu par la douleur que cette perte lui causait, Gt son testament.

Par cet acte, il institua pour héritières du trône les filles qu’il avait eues de Maria de Padilla, en les substituant l’une à l’autre, et, pour le cas où elles ne lui survivraient pas , il légua le trône à don Juan , ce Gis qu’il avait eu de Juana de Castro. EnGn, pour assurer l’exécution de ces dispositions , il assembla les cortès et Gt reconnaître par cette assemblée les ûlles de Maria de Padilla pour ses héritières. Après avoir ainsi pourvu à la succession du

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royaume, il iie s'occupa plus que de la guerre contre l’Aragon. Il avait joint à son armée des troupes auxiliaires que lui avpient envoyées les rois de Grenade et de Portugal. A l’aide de cet accroissement de forces il fit de rapides progrès : il enleva Teruel , Tarasone , et beaucoup d’autres villes ; il pénétrq jusqu’au coeur du royaume de Valence; jl prit la ville de Murviedro et assiégea celle de Valence ellemême.

Cependant le roi d'Aragon avait rappelé à son secours tous les réfugies castillans qu’ij avait eu la lovante de faire sortir de son royaume, bon £nrique pt ses frères , don Tello et don Sanclio, lui amenèrent quelques troupes levées en France. A leur approche don Pedro, qui ne voulait |)a$ hasarder dans une seule bataille tous les avantages qu'il avait obtenus, abaqdonna le siège de Valence.

ÜVéaqmoins, la guerre continuait à être pésastreuse pour le roi d’Aragon, qui perdait chaque jour quelque ville ou quelque cqâteau. Ce prince, voulant mettre qn terme à ces revers , envoya des ambassadeurs pour traiter de la paix. Il offrit de donner sa fille Juana en mariage au roi de Castille , tandis que son fds aîné, don Juan, duc de Girone , et héritier présomptif du trône d’Aragon, épouserait dôna Beatrix , fille aînée de Maria de Padilla. En acceptant ces conditions ostensibles , le roi de Castille en exigea une secrète : i| voulut qu’on lui livrât, morts ou vifs , don Enrique de Trastamare et l’infant don Fernand , marquis de Tortose, qui, en qualité de petit-fils de Fernand l’Ajourné, se prétendait héritier présomptifdu royaume de Castille. Ce marché fut accepté par le roi d'Aragon , qui commença même à l’exécuter , car , ayant fait dire à l’infant don Fernand de venir à Burriana , il fy fit mettre à mort dans le courant de juin ou de juillet 1363. Ce crime effraya tous les Castillans réfugiés en Aragon. Plusieurs d’entre eux avaient été attachés au parti de l’infant don Fernand; mais maintenant qu’il n’existait plus, ils se rangèrent tous autour de don Enrique de Trasr

tamare. En effet , tous les seigneurs qui , au commencement du règne de don Pedro le Cruel , avaient pu prétendre à sa succession, n’existaient plus, La noble famille des Lara avait été exterminée ; Juan de la Cerda avait été supplicié ; les deux fils de la reine d’J. ragon, Léonor, étaient morts assas.

sinés. Don Enrique était, de tous les seigneurs castillans, celui qui se trouvait le plus près du trône. Tous ceux qui autrefois l’en avaient séparé étaient tombés sous les coups de don Pedro le Cruel. Aussi , dès que Fernand fut mort , le comte de Trastamare put se considérer comme l’héritier du trône de Castille ; ce fpt un nouveau motif pour qu’il se tint en garde contre les embûches qu’on lui tendrait. Le roi d’Aragon ne put donc remplir la coridition que le tyran de la Castille avait mise à la paix. Tl eut bieq,dans léchéteau de Sos , une entrevue avec Charles de Savarre et avec don Enrique.

Les deux rois espéraient qu’ils pourraient y faire aSsassiper ce dernier; mais don Enrique prit si bien ses mesures, qu’ils n’eurentque la honte de leur mauvaise entreprise. La guerre continua donc par terre et par mer; et un seul fait donnera l’idée de la manière dont elle était faite par don Pedro le Cruel. Cinq galères aragonaises étant tombées entre ses mains , il fit mettre à mort tous les équipages , à l’exception seulement des ouvriers qui savaient fabriquer des rames. Les affaires se maintinrent de cette manière jusqu’à l’année 1366.

Le roi Charles V avait enfin rendu la paix à laFrance. lifais upe foule d’ayeqturiers qui n’avaient d’autre métier que la guerre, d’autre moyen de subsistance que le pillage , s’étaient réunis par bandes et dévastaient le pays. On cherchait le moyen d’en débarrasser le royaume, quand don Enrique proposa de les employer contre le roi ne Castille. Charles V’accueillit cette proposition avec d’autant plus de faveur, qu’il avait un juste motif de faire la guerre à don Pedro. Les embarras où s’était trouvé le rovaume n’avaient pas permis encore de tirer vengeance delà mort de Blanche de Bo urbop; l’occasion

se présentait de punirce monstre, qui, bourreau de sa propre famille, n’avait pas craint de plonger ses mains dans le sang ro^al de France. Charles V choisit le célébré Bertrand du Guesclin pour commander les compagnies , qui, moyennant 200,000 florins uonnés par Charles V, s’engagèrent à aller guerroyer en Espagne. Il est vrai qu’en passant par Avignon elles exigèrent encore du pape un secours de 100,000 francs, et l'absolution générale de tous les péchés commis par les gens qui en faisaient partie. Du Guésclin, tant qu’il n’eut pas traversé les Pyrénées, fît courir le bruit qu’il allait combattre les Maures de Grenade. Il avait ordonné que tous les soldats des compagnies portassent sur leurs habits de grandes croix blanches, ce qui leur fit donner le nom de compagnies blanches (*). Du Guesclin était accompagné dans cette expédition par un grand nombre de seigneurs français. Les plus connus étaient Bertrand de Matignon, les sires de Montauban, de Dinan, de Coëtquen, de Beaumont, Léon de Montfort, Alain de Liscouet, Raguenel de Maubourcher, Geoffroy et Sylvestre Budes, Antoine de Beaujeu , Guisnard de Bailleul, Olivier de Mauni, Guillaume Bouestel, Guillaume de l’Aunoi ; mais avant tous, il faut nommer Jean de Bourbon, comte de la Marche, le Bègue de Villaine et le maréchal d’Aiidr^ian.

Le roi Pedro le Cruel fut justement alarmé en apprenant qu’il allait avoir à combattre ces compagnies blanches qui ne s’élevaient pas à moins de trente mille hommes. Le seigneur d’Albret lui conseilla de les débaucher en leur proposant un parti plus avantageux que celui qii’on leur avait offert. Mais le roi de Castille était à la fois trop avare et trop méfiant pour tenter un semblable expédient.

Ce fut au mois de mars de l’année 1366 que don Enrique entra en Castille à la tête de cette armée. Il alla se présenter devant Calahorra, dont

(*) C’est ainsi que les appelle Lopez de ÀyaU, année i36a, cb. viu.

les portes lui furent ouvertes par Fernand Sanchez de Tobar, qui en était gouverneur. Il s’y fit proclamer roi de Castille et de Léon, et le premier acte du nouveau .souverain fut de récompenser ses partisans chacun suivant son rang et suivant l’importance des services qu’il avait rendus. Il donna à Bertrand du Guesclin le comté de Trastamare , à Caureley celui de Carrion; il rendit la seigneurie de la Biscaye à don Tello, et donna Albuquerque à son autre frère don Sancho; ensuite il dirigea sa marche vers Burgos. Don Pedro était en cette ville; mais toutes les instances des habitants ne purent le déterminer à y rester pour faire face à son ennemi. Après avoir écrit aux gouverneurs de toutes les places qu’il avait enlevées au roi d’Aragon oe les démanteler, de les abandonner et de lui amener leurs garnisons, il quitta Burgos; mais, avant de partir, il fit mettre à mort Juan Fernandez de Tobar, dont le seul tort était d’avoir pour frère le gouverneur qui avait livré Calahorra.

Don Pedro était, par sa cruauté, devenu si odieux à ses sujets, qu’il se vit abandonné de tout le monde. Burgos ouvrit ses portes à don Enrique, qui s’y fit couronner ; Tolède et toutes les villes se rendirent avec joie au prince qui les délivrait de cet esclavage sanglant; enfin don Enrique arriva à Séville, où don Pedro n’avait pas osé l’attendre, mais où l’on trouva encore une partie de ses trésors. Ils servirent à payer les compagnies ou à récompenser les partisans du vainqueur. Don Pedro le Cruel chercha un asile en Portugal ; mais le roi refusa de le recevoir. Il revint donc en Espagne. Il voulut .se renfermer dans Alhuquerue; mais le seigneur qui commandait ans cette ville ayant refusé de lui en ouvrir les portes, il passa en Galice. Là il trouva Fernand de Castro et l’archevéque de Saint-Jacques. Tous les deux rengageaient à tenter au moins la fortune des armes, en lui promettant que beaucoup de seigneurs se rallieraient à sa cause. L’archevêque lui avait même amené un corps de 1,300

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L’UNIVERS

hommes. Don Pedro récompensa par une trahison cet acte de dévouement.

Il fit assassiner l’archevêque de Saint- Jacques , ainsi que le doyen de cette église. U s’empara de leurs trésors; puis, chargé de ces nouveaux crimes, il s’embarqua dans le port de la Corogne. où se trouvait sa flotte, et il alla chercher un refuge à Bayonne, i^ui était alors au pouvoir des Anglais.

Don Enrique, resté sans contestation maître du royaume, rassembla les cortès à Burgos, au mois de novembre 1366. Il y fit proclamer son fils pour héritier de la couronne et réclama des subsides, que l’assemblée lui accorda. Comme les compagnies venues de France faisaient quelques ravages , et que leur entretien était fort coûteux, le roi fit le compte de la solde qui leur était due, et il les renvoya après les avoir satisfaites. Il ne garda avec lui que Bertrand du Guesclin et les Bretons qui l’avaient accompagné, Hugues Caureley et les Anglais qui faisaient partie des compagnies. Il ne lui restait guère que 1,500 lances. Pendant ce temps, don Pedro le Cruel avait été solliciter les secours du prince de Galles , et celui-ci faisait à Bayonne des préparatifs de guerre. Don Enrique, pour conjurer le danger qui le menaçait, traita avec Charles le Mauvais, oui s’engagea à ne pas laisser passer les Anglais par la Navarre , et à défendre contre eux les ports des Pyrénées.

Mais c’était une imprudence que de compter sur la parole de Charles. Ce prince, pour éluder l’exécution de cette convention sans qu’on lui reprochât de manquer à sa promesse, se fit enlever par Olivier de Mauny, qui le retint quelque temps prisonnier. Pendant qu’il était ainsi en captivité, les troupes du prince de Galles traversèrent tranquillement les défilés des Pyrénées et descendirent vers la Castille.

Don Enrique rassemblait son année à Borgos. Là, un chef des compagnies qu’il avait conservées, Hugues de Caureley, qui était Anglais, lui dit qu’il ne pouvait pas servir contre le prince de Galles, fils du roi d’Angleterre, et, à la tête des 400 lances qu’il com-

mandait, il alla rejoindre les ennemis.

Malgré cette défection, don Enrique avait encore une nombreuse armée. Il marcha à la rencontre du prince de Galles, et assit son camp aux environs de Saint-Dominique de la Chaussée, dans la chênaie de Banarez. Ses généraux se trouvaient divisés d’opinion sur le plan de campagne qu'il convenait de suivre. Les Espagnols disaient qu’il fallait se hâter de livrer bataille; que don Enrique avait conquis sa couronne presque sans combattre, et qu’il était nécessaire qu’il en rehaussât la gloire par quelque action d’éclat. Ils ajoutaient d’ailleurs que don Pedro avait encore des partisans, qu’il disposait d’immenses richesses, et qu’on devait craindre, si la guerre traînait en longueur, qu’il ne

farvînt à débaucher une partie de armée. Les officiers français disaient, au contraire, que l’armée du prince de Galles se composait de troupes excellentes, mais qu’ello manquait de mapsins; qu’elle aurait bientôt épuisé les ressources du pays, et qu’elle serait forcée de se retirer, ou qu’elle périrait par la famine et par les maladies. Un corps d’Anglais qui , sous la conduite de Pelleton, était entré dans l’Alava pour ramasser des vivres, avait été attaqué par unedivisionde l’armée de don Enrique, et avait été mis en une complète déroute. Les officiers français voulaient qu’on se bornât ainsi à des’engagements partiels; ils eussent désiré qu’on ne hasardât pas le sort de la campagne dans une bataille générale. Malheureusement leur avis ne prévalut pas; et comme le prince de Galles s’avançait du côté de Logrono, le roi don Enrique marcha pour lui barrer le passage. Les Anglais étaient venus se poster à Navarrète; don Enrique alla occuper la ville de Najara.

Des deux côtés on se prépara au combat. Le centre de l’arinee de don Enrique se composait de 1,000 hommes d’armes à pied, sous le commandement de du Guesclin, du maréchal d’Audeiiehan, du Bègue de Villaine; c'est là aussi que se trouvait la bannière royale portée par Pedro Lopez

de Ayala ; l’aile gauche se composait de

1.000 cavaliers qui obéissaient à l’infant don Tello ; la droite , formée aussi de cavalerie, était sous les ordres du comte de Ribagorce, que le roi don Enrique avait fait marquisde Villena ; le roi, a la tête de 1,500 cavaliers, formait la réserve. Le prince de Galles avait rangé son armée dans un ordre à peu près semblable : au centre étaient

3.000 hommes d'armes à pied commandés par le duc de Lancastre, Olivier Clissun, Jean Chandos, et cet Hugues Caureley qui venait d’abandonner le parti de don Enrique; à sa droite, composée de cavalerie, se trouvaient les sires d’Albret, de Mussident et d’Armagnac; l’aile gauche était sous les ordres du captai de Buch et du comte de Foix; à l’arrière-garde se trouvait don Pedro le Cruel avec la bannière du roi de Navarre.

Quand on en vint aux mains, le centre de l’armée espagnole, commandé par du Guesclin, chargea si vigoureusement le centre des Anglais, qu'il le força à reculer; mais l’aile gauche, que commandait don Tello, ne suivit pas ce mouvement; au moment où l’aile droite des Anglais, guidée par les sires d’Albret et d’Armagnac, s’ébranla pour charger, don Tello et les siens se sauvèrent sans con'.battre.

Celte fuite fut-elle seulement un acte de lâcheté de la part de l’infant ou bien une trahison ? Les historiens ne le disent pas; mais la jalousie qu’il montra en toutes circonstances contre don Enrique peut justifier tous les soupçons. La cavalerie anglaise, n’ayant plus d’adversaires en face, se précipita sur le flanc gauche de l’infanterie, commandée par du Guesclin, qui ne tarda pas à être mise en désordre. Le roi don Enrique chargea plusieurs fois et s’efforça, mais inutilement, de rétablir le combat; il fut mal secondé par ceux qui étaient sous ses ordres.

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