I.e sort (le la journée était décidé
Cette bataille fut livrée entre Navarrète et Najara, le 3 avril 1307, veille du dimanche de la Passion (*). Du Gues-
(*) Cette bataille est aujourd’hui dcsigiicc
clin et presque tous les chevaliers français furent faits prisonniers. Quant à don Enrique, il put se sauver et se réfugier en France, où vint le rejoindre la reine, qu’il avait laissée à Burgos.
Le jour même de la bataille, don Pedro voyant un seigneur castillan, nommé Inigo Louez de Orozeo, qui était prisonnier, le tua de sa propre main. Le chevalier à qui appartenait ce prisonnier vint se plaindre au prince
dans les historiens français sous le nom de balaillede Navarrèle.Les auteurs espagnols l’appellent la bataille de Najara. Dans les chroniques en vers et en prose de du Guesclin, elle est nommée la bataille de Nadre. Enfin, dans une quittance du prix de la rançon de du Guesclin, conservée aux archives du royaume, section historique, elle est appelée la bataille de Nazare.
Lopez de Âyala qui portait l'étendard de don Enrique , et qui fut au nombre des prisonniers, dit que la bataille eut lieu le samedi 3 avril 1367.
La chronique en prose de du Guesclin fixe la bataille à la veille de Pâques , c'està-dire au 17 avril.
La chronique en vers parle de la veille de Pâques fleurie; ce serait donc le 10 avril; mais ces chroniques de du Guesclin ne sauraient être sérieusement considérées comme des documents historiques. Ces assemblages informes de récits, où le défaut d’exactitude n’est pas racheté par le mérite de l’expression, fourmillent des erreurs les plus grossières. Ainsi on y fait venir les Maures par mer jusqu’à Tolede.
«Près de TouUtte sur un g port de mer « arrivèrent Sarrazins tjui à terre descend « dirent. « (Page 3oi.)
« Tant cluvauchèrent le roi Henry, mes- « sire Bertrand et la chevalerie de France ,
« que à quatre lieues de Toulette de Corde « devers la mer rencontrèrent les coureux « de Pietre.n (Page Soi), édition de M. Francisque Michel. Paris, i83o.
n Lors l’amiral de mer sur sa foi li jurra.
« Qu'à droict port à Toulotte les pajens IWerra. Vers 14438 et i443i). Vie du vaillant Bertrand du Gueseliu , Documents inédits de l’iiistoire de France.
EnGii les mêmes chroniques prennent le nom de la race des Beni-Merines pour un nom de royaume qu’on y appelle Bel-Mariii et Belle- Marine.
L’UNIVEBS.
de Galles, et celui-ci reprocha vivement au roi la cruauté de sa conduite. Don Pedro chercha à s’excuser; mais, à artir de ce moment, le roi et le prince e Galles commencèrent à être mécontents l’un de l’autre. Le lendemain , don Pedro demanda oue tous les prisonniers castillans lui fussent livrés; il oflfrait d’en payer la valeur à ceux qui les avaient pris; il disait que si on les laissait s’échapper, ou si on les mettait'à rançon, ils seraient autant d’ennemis acharnés qui troubleraient son royaume. Mais le prince de Galles lui répondit que les chevaliers qui l’avaient aceorapagnéavaient combattu non-seulement pour de l’argent, mais encore pour l’honneur, et que rien au monde ne les déterminerait à livrer des prisonniers qui s’étaient rendus à eux ; car personne n’ignorait qu’il ne les aurait pas plutôt entre ses mains, qu’il les ferait mettre à mort. Don Pedro, fort irrité de ce refus, répondjt au prince de Galles qu’alors il considérait son royaume comme plus perdu qu’auparavant, et que puisqu’on ne voulait pas lui livrer ces prisonniers, il regardait qu’on lui avait fait dé-
fienser inutilement ses trésors. Mais e prince de Galles lui répondit : « Je vous conseille de mettre fin à tous ces assassinats, et de vous efforcer de gagner l’attachement de vos sujets ; autrement vous exposez grandement votre couronne et même votre personne. Si vous continuez comme par le passé , les choses en viendront à un tel point , que tous mes efforts et tous ceux du roi d’Angleterre, mon père, vous seront d’un vain secours. • Le prince de Galles conduisit le roi don Pedro à Burgos. If fit reconnaître son autorité dans cette ville et dans la plus grande partie du royaume; puis il demanda à se retirer, et réclama le payement de ce qui était dû à son armée. Don Pedro fit quelques difficultés. Il ne put solder comptant qu’une partie de ce qu’il devait, et comment a parcourir son royaume, afin de ramasser de l’argent. 11 se rendit en toute hôte à Tolede. Dans cette ville, il fit mettre à mort Rui Ponce de Pa-
lomèque et Ferrand Martinez del Cardenal. À Cordoue, en une soirée, il fit massacrer seize des principaux habitants. A Séville , il fit également tuer Gil Bocanegra, Juan, fils de Pero Ponce de Leon; il fit brûler vive dona Urraca de Osorio, mère de Juan Alphonse de Guzman; enfin, dans un court espace de temps, il commit tant de crimes, qu’ils eussent suffi pour rendre sa domination exécrable, et pour faire chérir celle de son adversaire.
Celui-ci, après sa défaite, s’était réfugié en Languedoc, où l’assistance du roi de France ne lui manqua pas.
Chaque jour, les seigneurs iraits prisonniers à la bataille deNavarrète,qui avaient payé leur rançon, venaient se joindre a lui. D’un autre côté, le prince de Galles s’était retiré en Guienne, indigné de la cruauté de don Pedro et mécontent de l’ingratitude avec laquelle ce souverain avait manqué à ses promesses. L’occasion était donc favorable pour une nouvelle entreprise.
Le pape avait excommunié don Pedro le Cruel , et avait déclaré que don Enrique, malgré l’illégitimité de sa naissance, était capable de monter sur le trône de Castille. Le roi de France avait avancé des sommes à l’aide desquelles le prince , vaincu à Navarrète , avait pu rassembler quatre cents lances, dont il avait donné le commandement au comte d’Osone, au bâtard de Béarn, à Guillaume de 'Villamur, et au Bègue de Villaine. A, la tête de cette petite armée , il se mit en route pour tenter de nouveau la fortune et pour reconquérir son rovaume. Le roi d’Aragon , qui avait fait alliance avec le prince de Galles, voulut interdire à don Enrique de passer par l’Aragon; mais celui-ci ne tint nul compte de cette défense. Il évita la rencontre de l’armée aragonaise, dirigea sa marche par Balbastro et par Huesca ; il traversa ensuite une partie de la Navarre, et vint passer l’Ëbre à Azagra. Il n’eut pas plutôt mis le pied sur le sol de la Castille, qu’il descendit de son cheval. Il traça une croix k terre, et, après l’avoir baisée, il jura de ne plus sortir de son royaume. En-
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mite il se dirigea, avec tout son monde, vers Calaliorra, qui était la ville la
«las voisine. Il y entra le jour de Saintlichel, 39 septembre 1367, cinq mois et vingt -six jours après la bataille de ilavarrète. De cette place, il se rendit è Burgos, où il fut accueilli avec Joie. Presque toutes les villes de la Castille suivirent cet exemple. A Cordoue, dès qu’on eut appris son retour, on se souiCYp en sa faveur. Plus de la moitié du royauipe se déclara pour lui. Don Enrique commença par s'établir fortement dans la vieille Castille; par y lever des troupes, et par y rassembler de l’argent. Il alla mettre le siège devant la ville de Léon , qui se rendit à loi le dernier jour d’avrii 1368. Il prit aussi Madrid. Pour gagner le cœur des habitants, il maintint parmi ses soldats la discipline la plus sévère, et défendit tout pillage. EnQn , le 30 août 1368, il commença le siège de Tolède.
Le capitaine qui défendait cette place était Fernandfo Alvarez. Il avait de bonnes troupes: et don Pedro, pour être sûr de la udélité des habitants, avait emmené un grand nombre d’otages. Pendant que don Enrique pressait le siège de Tolède, don Pedro et Mobpmmed de Grenade, son allié, assiégeaient Cordoue ; les mahométans avaient même attaqué la ville avec tant de vigueur, qu’ils s’étaient emparés d’une tour. On craignit un instant que la ville ne fût forcée; mais les habitants, excités par les cris et par les exhortations de leurs femmes , se précipitèrent sur les assiégeants , et les repoussèrent en leur faisant éprouver d'enornies pertes, en sorte que les deux rois se déterminèrent à lever le siège. Don Pedro retourna à Séville pour préparer les moyens de secourir Tolède. Quant au roi de Grenade, il voulut profiter des dissensions qui déchiraient la Castille pour recouvrer quelques-unes des places qui lui avaient été enlevées. Il attaqua les villes de Jaen et d’Ubeda, qui, de même que Cordoue, avaient embrassé le parti de don Enrique, et il y exerça d’affreux ravages.
Don Pedro et les musulmans n’é-
taient pas les seuls ennemis que don Enrique eût à combattre. La jalousie de son frère don Tello lui suscita plus d’un embarras. Ce prince abandonna son parti , fit un traité avec le roi de Navarre, et décida Logrono, ainsi que lusieurs autres villes de ces environs, se donner à ce souverain.
Le siège de Tolède durait depuis déjà sept mois, lorsque , dans les premiers jours de l’année 1369, don Enrique reçut à son camp un ambassadeur du roi de France, qui venait pour confirmer l’alliance entre les deux couronnes. Cet envoyé était aussi chargé d’annoncer l’arrivée d’un secours de cinq cents lances, que le roi de France envoyait sous le commandement de Bertrand du Guesclin. La rançon de ce vaillant capitaine avait été payée, et les forces qu’il amenait arrivaient fort à propos, car don Pedro se préparait à venir délivrer Tolède, qui était réduite aux plus dures extrémités. Dès que don Enrique fut informé que l’armée de don Pedro était prête , il écrivit aux maîtres de Saint- Jacques et de Calatrava, et aux autres seigneurs de Cordoue qui soutenaient sa cause , de venir le rejoindre à son camp devant Tolède. Us formaient un corps d’environ 1,500 hommes d’armes, qui se mit en marche au moment où don Pedro partit de Séville. Ils s’a-, vancèrent vers Tolède, en décrivant une ligne parallèle à la route suivie par l’armee de don Pedro. Us arrivèrent à Villa-Real en même temps qiiedon Pedro atteignait Alcocer. Don Enrique, de son côté, necrut pas devoir attendre son ennemi devant Tolède. Il laissa seulement un faible corps de troupes pour continuer le siège, et il traversa la chaîne de montagnes qui sépare la vallée du Tage du bassin de la Guadiana. Don Pedro était campé près de Montiel ; et, ne pensant pas que don Enrique voulût venir au-devant de lui, il avait dispersé ses compagnies dans les villages environnants. Cependant l’alcayde de Montiel le prévint qu’on apercevait beaucoup de feux dans l’eloignement. Il répondit que, sans doute, c’étaient ceux allumés par les troupes des mal-
L’UNIVERS
très de Saint-Jacques et de Calatrava , qui se rendaient au camp devant Tolède ; néanmoins il fit donner l'ordre à ses compagnies de le rejoindre le lendemain; et, dès le point du jour, il envoya des coureurs pour s’assurer de ce que pouvaient être les feux qu’on avait aperçus. Mais l’armée de don Enrique s’éta'it mise en marche au milieu de la nuit, et s’avançait en grande hâte pour surprendre don Pedro ; les éclaireurs de celui-ci furent à peine en route qu'ils tombèrent au milieu de l’avantgarde commandée par Bertrand du Guesclin. Ils furent repoussés, et don Pedro n’eut que le temps de ranger en bataille celles de ses troupes qu’il avait avec lui. En un instant, il fut attaqué, culbuté, mis en fuite, et forcé de chercher un asile dans le château de Montiel. Il y eut peu de monde tué dans cette rencontre, car celles des compagnies de don Pedro qui étaient disséminées dans les villages voisins n’eurent pas le temps de se réunir, et elles ne furent pas engagées. Celles qui étaient avec don Pedro prirent la fuite au premier choc, en sorte que l’armée de don Enrique ne perdit qu’un seul homme. Cette bataille fut livrée le mercredi 14 mars 1569.
Quand le roi don Enrique vit que son ennemi s'était réfugié dans Montiel , il mit la plus grande activité à faire construire une enceinte de pierres sèches tout autour de ce château , afin que personne ne pût en sortir, ou y porter des vivres. Ce travail , qui devait dter à don Pedro tout espoir de fuir, était terminé lorsqu’un des défenseurs de Montiel , qui était de la connaissance de Bertrand du Guesclin, demanda à lui parler en particulier, et lui offrit une somme considérable s’il voulait laisser le roi don Pedro sortir du château. Bertrand du Guesclin refusa d’abord. Mais quand il eut parlé à ses parents et à ses amis des offres qui lui avaient été faites, on l’engagea à tout révéler au roi don Enrique. Celui-ci dit à du Guesclin d’accepter la proposition qui lui était faite. Au milieu de la nuit du 23 mars 1369, le neuvième jour après la bataille, don
Pedro se rendit à la tente de Bertrand du Guesclin. Il v était depuis quelque temps, lorsque don Enrique de Trastamare, que l’on avait prévenu, y entra armé de toutes pièces. D’abord il ne reconnaissait pas son frère, car il y avait bien longtemps qu’il ne l'avait vu ; mais un des chevaliers français lui dit: Tenez, voici votre ennemi; et comme il hésitait, don Pedro répondit : Eh bien ! oui ! me voici. Alors don Enrique le reconnut bien , et , tirant sa dague, il le blessa au visage.
Don Pedro se jeta sur lui , le saisit à bras-le-corps , et les deux rois tombèrent à terre. Don Enrique lui donna plusieurs coups de dague, jusqu’à ce qu’il l’eût laissé sans vie. Il est des auteurs qui ajoutent d’autres circonstances à ce récit. Ils disent que quand les rois furent tombés, don Enrique se trouva dessous; mais que Bertrand les fit retourner, de manière à ce que don Enrique fût dessus et à ce qu’il pût frapper et tuer don Pedro.
Les chroniques de du Guesclin, 'en vers et en prose, racontent la mort de don Pedro d’une manière toute différente. Ils disent que don Pedro, espé rant tromper la vigilance des sentinelles, s’était avancé jusqu’à une bràhe faite au mur que les assiégeants avaient construit tout autour de Montiel. Il l’avait déjà franchie, et il avait le pied dans l’étrier pour remonter à cheval, quand le Bègue de Villaine, qui veillait en cet endroit , le saisit par derrière à bras-le-corps, et le fit prisonnier. Il l’emmena dans sa tente ; et ce serait là, en l’absence de Bertrand du Guesclin , que la lutte entre don Enrique et don Pedro aurait eu lieu. La première de ces versions, qui est celle de I.opez de Ayala, a aussi été adoptée par Mariana et par Ferreras. Elle paraît en effet plus conforme à la vraisemblance.
Lorsque don Pedro succomba sous les coups de son frère don Enrique de Trastamare, il était âgé de trenteuatre ans et sept mois. Il avait régné ix-neuf ans moins trois jours.
Il n’est pas de paradoxe qui ne trouve des partisans; et quelques écri-
vains ont présenté don Pedro comme un prince héroïque, victime de l’ambition des grands seigneurs espagnols.
Tous ces meurtres, dont le récit fait frémir, étaient, disent-ils, nécessaires pour assurer la tranquillité de l’État; mais la liste seule des assassinats de don Pedro n’est-elle pas là pour démentir leur allégation? Comment la mort de la malheureuse Blanche de Bourbon , comment celle de don Pedro et don Juan , qui n’étaient que des enfants, pouvaient-elles être nécessaires ?
Sans doute la tranquillité publique est un bien si précieux que , peut-être, ne serait-elle pas achetée trop cher par un peu de sang. Cependant un crime, lors même qu’il est commis dans l’intérêt public, ne cesse pas d’être un crime; on pourrait peut-être l’excuser s’il assurait le bonheur général. Le résultat ne justifierait pas le coupable; il pourrait seulement atténuer l’horreur de son action. Mais qu’on ne cherche pas à Justifier des exécutions sanglantes, en disant qu’elles étaient faites avec de bonnes intentions. L’intention ne justihe pas ce qui est criminel, lorsque des actes d’une sévérité excessive n’ont point assuré la tranquillité du pays, c’est qu’ils n’étaient pas nécessaires ; et celui qui les a commandés est doublement coupable, d’abord pour les avoir osés, ensuite pour s’être trompé sur le résultat qu’ils devaient produire. Quand un prince a , comme don Pedro, jeté par ses fureurs le trouble et le désordre dans un royaume qu’il avait reçu tranquille et florissant , l’abus qu’il fait de son autorité devient le plus abominable des crimes, le plus exwrable des forfaits.
RàoRE DE DO» EHRIQUE H. DESTRUCTION
d’aLGECIRAZ par les maures. GUERRE