SA MORT
Sybile Forcia, qui redoutait le ressentiment de don Juan, n’attendit pas, pour s’éloigner, que don Pedro eût les yeux fermes ; elle partit la veille de sa mort, espérant qu’elle aurait le temps de se mettre en sûreté. En ce moment don Juan était aussi retenu à Girone par la maladie -, mais les Catalans, voulant témoigner leur attachement à leur nouveau souverain, arrêtèrent Sybile, ainsi que Bernard Forcia son frère, et plusieurs de ses partisans. On les conduisit à Barcelone, où leur procès fut aussitôt instruit; plusieurs personnes furent condamnées à mort, et la reine Sybile fut forcée de renoncer à tous les domaines qui lui avaient été donnés par le roi don Pedro son mari.
Aussitôt don Juan d’Aragon en fit pré sent à dona Violante sa femme.
Ce prince n’avait rien du caractère de son père. On a vu que don Pedro était actif, rusé, ambitieux et cruel.
Don Juan était, au contraire, don naturel doux et affable. Il préférait le repos à la guerre, et donnait presque
tmit son temps à la faiioonnerie , à la chasse, à la musique et à la poésie. La reine suivait son exemple , et ce n’était dans le palais que bals, que festins, que jeux et que divertissements.
Les trouvères, qui , suivant l’usage du temps, couraient de châteaux en châteaux nour réciter leurs vers, étaient magnifiquement accueillis à sa cour.
Ils y recevaient des prix proportionné à la finesse de leurs lais , a la suavité de leurs romances. La recherche d’une rime, l'achèvement d’un madri-
f(aJ , passaient bien avant les affaires es plus importantes de l’État. Don Juan alla même jusqu'à envoyer une ambassade au roi de France pour lui demander qu’il fît rechercher quelques-uns des troubadours les plus fameux de ses États, et qu’il les fît passer en Catalogne. Cependant les nobles aragonais s’indignaient de la vie efféminée de leur roi , qui négligeait les affaires du pays, et qui dissipait en plaisirs et en cérémonies inutiles les ressources de l’État. Ils firent entendre leurs plaintes dans les cortès réunies à Monzon. Ils demandaient surtout qu’on éloignât dona Carroza Villaragut , favorite de la reine, qui était cause de tous ces scandales. Cette dame exerçait, disait-on, un empire souverain sur dona Violante , qui, à son tour, dominait le roi, et qui- dirigeait toutes les affaires de l’État. D’abord don Juan ne voulut rien entendre; mais les esprits ne tardèrent pas à s’aigrir. On fut sur le point d’en venir aux mains. Alors, pour apaiser ces troubles et pour prévenir une guerre civile, qui allait éclater, il éloigna la iiivorite et diminua les dépenses de la cour.
La tranquillité était à peine rétablie, que Bernard d’ A rmagnac fit, sans aucun motif, une invasion dans la Catalogne. Il ravagea les environs d’Ampurias et de Girone. Le roi don Juan , surpris par cette agression subite, rassembla des troupes et chassa les ennemis. L’année suivante ils revinrent encore dans la Catalogne et mirent le si^e devant Besalu ; mais le roi rassembla son armée : il remporta contre
eux des avantages dans plusieurs rencontres , les contraignit à lever précipitamment le siège et à repasser les Pyrénées.
Don Juan s’occupa ensuite de réaliser le projet de don Pedro. Pour assurer le trône de Sicile à sa famille, il maria son neveu don Martin, fils de l’infant don Martin, à dona Maria, et leur donna ensuite des troupes et des vaisseaux , afin qu’ils passassent dans cette tie et qu’ils y fissent valoir leurs droits. Il y avait trois ans que cette expédition était partie pour la Sicile, lorsqu’un malheur imprévu vint terminer le règne et la vie de don Juan. Il se rencontre quelquefois dans l’histoire des coïncidences qui feraient croire que la fatalité s’attache à de certains noms et à de certaines époques. Don Juan 1" de Castille était mort d’une chute de cheval , le 9 octobre 1890.
Ce fut un accident semblable qui causa la mort de don Juan l*' d’Aragon. Le 19 mai 139S, il chassait dans le bois de Foja près de Montgriu et d’Urriols. Il fit lever une louve. Son cheval, effrayé à la vue de cette béte féroce, qui était d’une taille monstrueuse, s’emporta ; et soit que dans cette course désespérée à travers la forêt le roi ait eu la tête brisée contre quelque branche d’arbre, soit qu’il se soit tué en tombant à terre, on ne releva qu’un cadavre.
Don Juan avait été marié deux fois : d’abord à Marthe ou Mathe, sœur de Jean , comte d’Armagnac ; il n’en avait eu qu’une fille nommée Juana , mariée au comte de Foix.
Il avait épousé en secondes noces Violante , nlle de Robert , comte de Bar : il en avait une fille nommée Violante, mariée à Louis, duc d’Anjou ; et deux fils , don Jayme et don Fernand , qui n'avaient vécu que peu d’années. Dès que la mort de don Juan fut connue , les cortès d’Aragon proclamèrent roi l’infant don Martin, son frère. Cette décision était , d’ailleurs , conforme aux dispositions testamentaires laissas par don Juan. Le nouveau souverain se trouvait alors en Sicile , où il avait aocompagné son fils. Dona
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L’UNIVERS
Maria , sa femme , s’empara aussitôt de l'administration. Violante qui, du vivant de don Juan , dirigeait seule toutes les affaires du royaume , voulut conserver le pouvoir : elle allégua qu'elle était enceinte ; mais il fut bientôt constaté que son allégation n’était pas exacte ; elle dut rehoncer à ses prétentions. Un autre concurrent ne tarda pas à se présenter pour réclamer la succession de don Juan : c’était Matthieu , comte de Foix , qui avait épousé dona Juana, fille aînée du roi qui venait de mourir. Il ne fut arrêté ni par la décision des cortès, ni par la clause du testament qui lui fut notifié. Il entra à main armée en Aragon. Il était accompagné de sa femme dona Jeanne. Ils prirent le titre et les insignes de la royauté , et firent mettre sur leur bannière l’écu d’or à quatre paux de gueules. Ils s’emparèrent de la ville de Balbastro ; mais la reine dona Maria avait mis le pays en état de défense. Les troupes qu’elle avait rassemblées harcelaient sans relâche celles du comte de Foix ; elles leur coupaient les vivres ; en sorte que la petite armée du prétendant , exténuée de fatigue et aécimée par la famine , fut obligée de se retirer préci-
fntamment et de chercher un asile dans a Navarre.
Cependant le roi don Martin , après avoir pourvu à la sûreté de la Sicile, revint en Aragon. Le premier usage qu’il fit de son autorité fut de proclamer le comte de Foix et sa femme traîtres à l’État , et de déclarer tous les biens qu’ils possédaient dans le royaume confisqués au profit du fisc.
Don Martin ne se borna pas à prononcer des condamnations ; il rassembla des troupes ; et lorsque le comte de Foix voulut, au commencement de l’année suivante ( 1398 ), faire une nouvelle incursion dans l’Aragon, il trouva sur son chemin des forces imposantes ui le forcèrent à la retraite. Cepenant le comte de Foix , par ses alliances avec les comtes d’Armagnac et par les secours qu’il pouvait tirer de France, était toujours un ennemi dangereux. Mais il décéda sans postérité
dans le courant de 1398. Don Martin fit une transaction avec la comtesse de Foix ; il lui assura une pension de trois mille florins; et au moyen de cet arrangement il fut débarrassé de toute inquiétude et de tout compétiteur.
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