‹ Espagne (volume 3)Chapitre 63 sur 75 · ET SUPPLICE DU CORRETABLE. MORT DE · texte numérisé non relu

ET SUPPLICE DU CORRETABLE. MORT DE

JEAR II.

Alphonse V n’avait pas renoncé à la pensée de joindre la couronne de Naples à celles d’Aragon et de Sicile , qu’il portait déjà. Il n’eut pas plutôt conclu une trêve avec le roi de Castille, qu’il s’occupa d’armer une flotte considérable, sur laquelle il passa en Sardaigne au commencement de l’année 1432. Cependant il n’eut pas d’abord recours à la voie des armes. Il croyait qu’il déterniinerait Jeanne à révoquer tout ce qu’elle avait fait en faveur du

duc d’Anjou. Il fiit trompé dans son espoir ; car en 1434 , Louis , duc d’Anjou , étant mort sans postérité , par suite des fatigues qu’il avait supportées au siège de Cosenza, Jeanne adopta à sa place René d’Anjou, frère de ce prince, et elle mourut en HS.'i , désignant encore par son testament René pour son héritier. Cependant le roi d’Aragon prétendit avoir seul droit au royaume de Naples. Il fit la guerre pour s’en rendre maître; mais la fortune ne lui fut pas toujours favorable. En 1435, la flotte aragonaise fut battue par les forces réunies de Philippe, (lue de Milan, et de la république de Gênes.

Le roi lui-même, avec ses frères et tous les seigneurs qui l’avaient accompagné, furent faits prisonniers. Cette défaite , qui semblait devoir ruiner ses espérances , n’eut au contraire que d’heureux résultats. Prisonnier de Philippe, il fit comprendre à ce souverain qii’ilétait contraire aux intérêts du Milanais qu’un prince frani^is fût maître de Naples. Le duc de Milan le relâcha donc bientôt sans rançon, et fit avec lui une étroite alliance. Bientôt Alphonse eut de nouveau rassemblé des forces considérables, et il poursuivit son entreprise sur le r(^aume de Naples. Le pape , qui était favorable au parti de René d’Anjou , eut beau lancer l’anathème, le roi d’Aragon ne fut pas arrête par l’excommunication. En 1438, il put venir faire le siège de Naples ; mais les assiégés se défendirent avec courage. Un des frères du roi, l’infant don Pedro, fut tué sous les murailles de la place ; il eut la tête emportée par un boulet de canon. Le siège fut levé. Mais quatre ans plus tard , en 1442 , Alphonse vint de nouveau attaquer cette ville, et parvint à s’en rendre maître.

Pendant que le roi d’Aragon conqué rait ainsi une couronne en Italie, la Castille continuait à être agitée par des troubles intérieurs. Si la retraite des infants d’Aragon et l’absence du roi donAlphonse lui procurèrent un instant

de repos , il fut de peu de durée. La faveur et la puissance de don Alvaro faisaient trop d’envieux; on ne cessait

L’UNIVERS

de conjurer sa perte. Ces troubles prirent une nouvelle activité, quand le duc de Milan eut remis en liberté Alphonse V et ses frères. L’infant don Enrique revint en Espagne, et recommença à mêler ses plaintes à celles des mécontents. C'était au connétable que tout le inonde attribuait les maux de l’État. Don Juan finit par croire ce que tout le monde répétait. Il consentit , pour la seconde fois , à écarter de la cour le connétable don Alvaro.

Cette concession n’empêcha pas le pays d’être déchiré par des dissensions intestines. Tout ce qui , dans d’autres temps , aurait présenté des gages de tranquillité, ne servait qu’à accroître le désordre. Le roi de Castille avait un fils , né le 6 janvier 1425 , de son mariage avec dona Maria , infante d’Aragon. Ce prince, auquel on avait donné le nom oe don Enrique, atteignait à peine sa quinzième année ; il était bien jeune encore , cependant on pensa à lui donner une épouse. Parmi les princes dont on pouvait rechercher l'alliance , on jeta les yeux sur le roi de Navarre; sur ce même don Juan un des agents les plus actifs des troubles qui n’avaient cessé de désoler la Castille. Il avait eu trois enfants de son mariage avec l’infante Blanche de Navarre. L’aîné, don Carlos, né le 9 mai 1421 , avait été nommé prince de Viane, par don Carlos le Noble, son aïeul , et il avait été reconnu héritier présomptif de la couronne. Dona Leonor, la plus jeune de ses filles, fut mariée plus tard au comte de Foix ; enfin une autre infante, née le 6 juin 1424, portait le nom de Blanche, de même que sa mère. Ce fut celle-ci qu’on maria au prince des Asturies. Le jeune don Enrique , d’un caractère inquiet et turbulent, céda bientôt aux instigations de son beau-père. 11 s’unit aux mécontents , et fit cause commune avec les factieux.

Depuis que le connétable Alvaro de Lunà était éloigné de la cour, le roi restait à la merci des rebelles ; tout se faisait par leur volonté. Craignant sans cesse qu’on vint soustraire le roi

à leur domination , ils faisaient garder à vue ce malheureux souverain , qui ne pouvait parler librement à personne. Enfin le prince des Asturies eut honte de l’état d’esclavage auquel on avait réduit son père. Il résolut de le délivrer de ses geôliers ; mais il oe se sentait pas assez puissant pour entreprendre de lutter seul contre le roi de Navarre et contre l’infant don Enrique. Un homme seulement en Castille pouvait contre-balancer leur influence, c’était le connétable don Alvaro de Luna. Le prince des Asturies se rapprocha de lui, et, tous les deux unissant leurs efforts, parvinrent à arracher le roi des mains de ses oppresseurs. Les mécontents ne se résignèrent pas tranquillement à laisser le pouvoir échapper de leurs mains. Ils avaient rassemblé des troupes, et le 19 mai 1445, leur armée rencontra les troupes royales auprès d’OImedo.

Une bataille fut livrée , et les factieux furent mis en déroute. L’infant don Enrique. d’Aragon, qui lui-même avait pris part à l’action, fut blessé à la main. Le chagrin qu’il éprouva de sa défaite et les fatigues d’une fuite rapide envenimèrent sa blessure, et bientôt il en mourut.

L’infant don Enrique laissaitvacante la dignité de maître de Saint-Jacques.

On la conféra au connétable don Alvaro. Il n’était plus possible de rien ajouter à la fortune de cet homme.

Dans le royaume, rien ne se faisait que par lui.' Le roi , soumis à la volonté despotique de son favori , ne disposait de rien, et pour les choses les plus futiles comme pour les plus sérieuses il se soumettait à ce que le contiétable avait décidA Cependant une circonstance vint révéler au roi combien était tyrannique l’empire qu’exerçait don Alvaro de Luna. La reine dona Maria était morte, et le roi l’avait peu regrettée; car dans toutes les circonstances elle s’était montrée plus dévouée aux infants d’Aragon, ses frères, qu’à la cause de son mari. Don Juan songeait à contracter une nouvelle union, et son affection pour

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