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Radegonde, filJe du roi de France Charles VII , n’était un secret pour personne. Le connétable, sans avoir égard à la préférence du roi , et sans consulter ce prince., traita d’une alliance avec l'infante de Portugal. Il annonça à don Juan que cette union était nécessaire , et don Juan ne résista pas à la volonté de son favori. Mais s’il n’eut pas assez d’énergie pôur se révolter contre la violence faite à ses sentiments, il fut vivement blessé. Il n’osa pas encore vouloir et préparer la perte du connétable, il l’attendit et la désira. Pendant sept années encore don Alvaro se maintint au pouvoir, au milieu des séditions et des guerres civiles. Enfin, en 1452, le roi se détermina à le faire arrêter. Ce fut don Alvaro de Zuniga cjui se chargea d’aller assiéger le connétable dans la maison où il était retranché, et où il se défendit. Cependant le connétable ayant écrit au roi pour lui demander si c’était par son ordre que cette violence lui était faite, don Juan lui fit enjoindre de se rendre, en ajoutant, par un billet tracé de sa propre main, qu’il ne lui serait fait aucun mal injustement.
Quand le connétable fut arrêté, le roi s’empara de ses trésors, de ses papiers, et de tous ses États. Il le fit comparaître devant une commission chargée d’e.xaminer les crimes qu’on lui imputait. Ce tribunal le condamna à mort. Pour exécuter la sentence, on amena le connétable de Porlillo , où il avait été enfermé, à Valladolid. Il se confessa et il communia.
F.nsuite on le fit monter sur une mule , et le crieur public marchait devant lui , en répétant : Voici la justice que fait faire notre seigneur et roi , et il lisait la liste des crimes imputés au condamné.
Au milieu de la place publique de Valladolid, on avait dressé un échafaud couvert d’un tapis. On y avait placé une croix entre deux cierges.
Quand le connétable y fut monté , il commença par saluer la croix; il fit ensuite quelques pas , et donna, à un de ses pages qui pleurait, son chapeau, et la bague dont il se servait comme
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de sceau , en lui disant : Ce sera It dernier présent que je pourrai te faire. Pendant le trajet , ayant aperçu Barrasa, écuyer du prince des Asturies, il l’appela, et lui dit : Allez auprès de votre maître , Barrasa , et recommandez-lui de récompenser les services qu’on lui rend, mieux que ne le fait son père.
Ayant vu sur l’échafaud un crochet attaché à une poutre très-élevée, il demanda au bourreau à quoi ce crochet devait servir. Le bourreau lui répondit que c’était pour exposer sa tête quand elle serait détachée de son corps. Lorsque je serai mort, dit don Alvaro de Luna, faites de moi selon votre volonté. Il donna lui-même un ruban qu’il avait apporté , afin qu’on lui attachât les pouces ; ensuite il tendit la gorge sans manifester la moindre frayeur, et il tomba sous le fer du bourreau le 5 du mois de juillet 1435 (•).
Le corps de don Alvaro de Luna ne demeura que trois jours exposé sur l’échafaud; mais sa tête resta neuf jours accrochée en public. Un vase pour recevoir les aumônes, afin de payer la sépulture du condamné , avait été placé à côté de son cadavre ; car il ne possédait plus rien, celui qui, pendant trente années, avait disposé des trésors de l’État, qui avait été maître de la maison du roi , au point que nulle chose, ni grande ni petite, ne s’y faisait que par sa volonté; il ne possédait plus rien , celui qui avait été comte de Santistevane de Gormaz , duc de Truxillo , possesseur de soixante bourgades ou forteresses ; qui avait été connétable de Castille et maître de Saint-Jacques. Il fut enterré aux dépens de la charité publique , dans l’église Saint-André, au lieu où l’on ensevelissait les malfaiteurs. Ce fut seulement quelques années plus tard que ses amis obtinrent la permission de
(*) Cette date est celle donnée par Mariana. Fereras indique le 7 juin, et M. Ferdinand Uenis, dans ses Chroniques chevaleresques de l'Espagne et du Portugal, la fixe au aa juin.
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L'UNIVERS
faire transporter son corps dans la cathédrale de Tolède.
Le supplice d’Alvaro de Luna restera un opprobre éternel pour la mémoire de don Juan. Pendant trente années , le connétable avait défendu le roi contre cette noblesse avide, ambitieuse, ennemie du repos de l’Etat, qui ne connaissait d’autre droit que la force , et d’autre guide que son intérêt. Il n’avait pas reculé devant cette tâche, que Louis XI allait bientôt commencer en France. Pendant trente années, il avait lutté avec adresse, avec courage, avecdévouement, contre l’aristocratie castillane. Peut-être au milieu de ce combat, n était-il pas resté tout à fait pur de crimes ; peutêtre avait-il songé à sa propre fortune autant qu’à l’intérêt de l’Etat. Mais les services qu’il avait rendus étaient inim<-nses, et il ne méritait pas la mort des malfaiteurs. Si , en le condamnant, don Juan avait pensé assurer la tfanquillité publique, la mort de don Alvaro n’améliora pas les affaires.
Les troubles continuèrent , et le roi , malade de chagrin, quelques-uns disent de remords, sentit sa Un approcher à grands pas. Il y avait environ un an que le connétable avaitété supplicié.lorsque don Juan second mourut à Valladolid, le 21 juillet 1454. Il se plaignit jusqu’au dernier moment de sa malheureuse destinée. Trois heures avant de rendre le dernier soupir, il répétait encore au bachelier Ciudad Real , son médecin : Plût à Dieu que j’eusse été fils d'un simple officier , ou bien moine dans le couvent de l’Abrojo.
La mort de don Juan causa peu de regrets. Son règne avait été agité par les factions, que son excessive faiblesse ne savait pas réprimer; et, quel que soit le vice du roi qui rend le peuple malheureux , son indolence, ou sa rigueur , peu importe si le résultat est le même. Un prince qui laisse faire le mal, est aussi coupable que celui qui le fait. Don Juao, dit-on, aimait l’histoire et la poésie; il a laissé quelques compositions qui ne sont pas sans mérite. Mais avant d’être littérateur, il faut qu’un prince s’occupe du bon-
heur de ses ^ets. Qu’il fasse de boM vers lorsqu’il a assuré 1e repos de l’Etat, sa gloire s’en accroîtra sans doute et la postérité chantera ses louanges.
Celui au contraire qui néglige le gouvernement du royaume pour s’adonner aux lettres n’est digne que de blâme; car dans un roi il faut flétrir comme un vice tout ce qui contribue au malheur public. Don Juan avait eu, de son mariage avec Marie, infante d’Aragon, deur filles , dona Catalina et dona Léonor, mortes toutes deux en bas âge. Il lui restait un fils, don Enrique IV, qui lui succéda sur le trône, et que ses contemporains ont surnommé l’Impuissant. De son second mariage avec dona Isabelle de Portugal, il eut dona Isa.
belle, née le 23 avril 1451, et don Alphonse, né quelques mois seulement avant la mort de son père , le 15 décembre 1453.
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