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L’UNIVERS
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TXOïr DE LA. MOSQUEE DE COBDOUE.
A la mort de Silo, la plupart des grands choisirent, pour lui succéder, Alphonse, fils de Froïla. Mais la royauté fut aussitôt disputée à ce jeune prince par son oncle Maurégat, qui , on se le rappelle, était fils d’Alphonse et d’une prison nière mauresque.
Maurégat ne se contenta pas de représenter aux grands, qu’en prenant pour souverain le descendant de Froïla , ils s’exposaient à voir venger sur eux l’assassinat de son père. Pour faire prévaloir les prétentions qu’il avait luimême au trône , il rassembla une armée , et eut recours à l’appui d’Abdel-Rahman. Quelques auteurs disent qu’il n'obtint la protection du prince ommyade qu’en sVngagcant à lui payer un tribut annuel de cent jeunes filics, dont cinquante devaient être nobles.
Mais il faut croire , pour l’honneur de la royauté, qu’il ne s est jamais trouvé de tyran assez lâche pour consentir à une semblable tran.saction , et ce prétendu tribut est considéré, par la plupart des écrivains modernes , comme une invention fabuleuse. Mais, à quelue titre qu’il eût obtenu des secours e l’émir de Cordoue, il avait pu joindre des troupes arabes aux soldats que lui-même avait réunis. Alphonse aurait peut être pu défendre son droit par les armes ; mais , plutôt que d’exposer son pays aux horreurs d’une guerre civile, il aima mieux renoncer au trône sur lequel on l’avait fait monter, et il se retira dans l’Alava, abandonnant leroyaume à sou compétiteur.
Quand Alphonse donna cet exemple de sagesse et d’amour de son pays, il n’avait encore, dit-on, que 19 ans(*).
Le règne de Maurégat ne dura que cinq années et demie. Il ne fut signalé ue par un seul événement qui mérite 'être rapporté : ce fut l’hérésie d’Élipand, évêque de Tolède, et de Félix ,
(*) Mariana lui en donne vingt-cinq.
évêque d’Urgcl , qui , renouvelant en partie la doctrine des nestoriens, soutinrent que Jésus-Christ n'était pas de nature divine, et que seulement il avait été adopté par Dieu. Cette opinion, condamnée par les conciles de Narbonne, de Ratisbonne et de Francfort, fit au reste peu de prosélytes. Maurégat , compté au nombre des mauvais rois, mourut en 789. Il fut inhumé dans l'église Saint-Jean de la ville de Pravia, ce qui donna lieu à ce dicton : Como fué pravo, in Pravia fué se~ pultado ; et comme il fut mauvais, il , fut enseveli à Pravie (*).
On choisit pour lui succéder Veremunde, Rermunde ou Bermude, bien qu’il fût engagé dans les ordres sacrés; ce qui lui fitdonnerlenomde Bermude le Diacre. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la généalogie de ce roi. Quelques-uns en font le fils de Bimaran, irèrede Froïla que ce tyran avait poinardéde sanropremain ; quelques-uns isent qu’il fut fils d’un autre Froïla , qui était frère d’Alphonse le Catboliue. Bermude était un homme plein e courage. Sous son règne , en 791 , la paix avec les Arabes, qui durait depuis le règne de Froïla, fut rompue par ceux-ci. Ils entrèrent sur les terres des chrétiens, et furent mis en déroute. Mais il est pour Bermude quelque chose de plus glorieux encore que cette victoire , c’est le désintéressement dont il fit preuve. Il se montra dépouillé de toute ambition personnelle et vraiment ami de son pays, en appelant Alphonse à partager le pouvoir avec lui. Puis, quand il fut parvenu à d issi per les préventions et les défiances que ce fils de Froïla avait d'abord inspirées, il abdiqua en sa faveur, pour se consacrer tout entier aux soins religieux que sa qualité de prêtre lui imposait. Quoique diacre, Bermude avait cependant une femme nommée Ninilou ou Ninila. Il en eut deux fils, Ramire et Garcia. Son abdication eut lieu en 791.
A celte époque, il y avait déjà trois
(*) Pravia signifie, en espagnol, méchanccté.
ans que le premier des Ommyades d'Espagne était mort. Son fils Iles* nhsm, que les chroniqueurs appellent btein, avait été proclamé émir. Ce n'était cependant pas sans contestation, car il arrivait rarement chez les inbes que le pouvoir passât d'une main dans une autre sans que ce changement donnât lieu à quelque guerre civile. Ses deux frères, Soleïman et Abdallah, qui l’un et l’autre étaient nés en Syrie, tandis qu’Hesrham n’était venu au monde que beaucoup plus tard et lorsque Âbd-el-Rahman était déjà émir de Cordoue , se trouvaient blessés de la préférence donnée par leur père à celui dont ils étaient les aînés. Ils comnvencèrent à préparer les moyens de se soulever; mais ils ne rencontrèrent pas pour cette entreprise la sympathie qu’ils avaient espérée.
Abdallah trouva une vive résistance cbei l’officier qui commandait sous ses ordres à .Mérida. Celui-ci était un de ceui qui avaient juré entre les mains d’Abd^Rahinan d’étre fidèle à son fils Heseham. Abdallah désespérant de rien obtenir de ce côté , se rendit auprès de Soleïman , qui commandait à Tolède. Là , comme les deux frères s’expliquaient en présence d’un des principaux magistrats de la ville, celui-ci non-seulement ne promit pas de seconder leur entreprise, mais il osa la blâmer sévèrement. Pour le punir de sa franchise et de sa fidélité, Soleïman le fit aussitôt jeter dans une prison.
Heseham, averti de cet acte de violence, en fit demander compte à celui qui l’avait ordonné. En recevant le message de son frère, Soleïman entra dans une affreuse colere. Il fit sortir le prisonnier du cachot où il avait été jeté, et le fit clouer à un pieu en présence de l'envoyé de son frère , quMl congédia ensuite en lui disant : <i Apprends à
• ton maître que nous entendons au
• moins commander dans nos petites ■ souverainetés. Ainsi, qu’il nous y
• laisse en repos. »
Il n’y avait plus de ménagements possibles. Heseham déclara ses frères rebelles et ennemis du bien public. Il réunit en peu de jours une armée de
20.000 hommes, et se dirigea promptement vers Tolède où ses frères étaient renfermés. A son approche, Soleïman confia la défense de la ville à Abdallah et à son fils , et sortit à la tête de
15.000 hommes pour aller au-devant d'Uescham lui livrer bataille ; mais il fut défait, forcé de fuir, et le vainqueur put venir mettre le siège devant Tolède. Néanmoins, tandis qu’llescham s’efforcait d’enlever cette place, Soleïman avait rallié les débris de son armée, et s'était emparé d’un petit fort dans les environs de Cordoue. Mais encore en cet endroit la fortune lui fut contraire : il fut battu par un lieutenant d'HescImm et contraint à cherclier un asile dans les montagnes de .Murcie. De sou côté , Abdallah, renfermé dans Tolède, et ne recevant pas les secours que son frère lui avait promis, commença à désespérer de sa cause et songea à capitufer. Mais pour ne confier à personne le soin de cette négociation, il demanda un sauf-conduit sous le nom d’un de ses officiers, sortit de la ville sans être connu, et alla trouver Heseham qui le reçut à bras ouverts. L’émir promit l’oubli de tout ce qui s’était passé, ajoutant que le pardon s’étendait également à Soleïman, pourvu qu’il vint aussi se -soumettre. Mais celui-ci fut irrité bien plus qu’abattu par la reddition de Tolède; il se préparait avec plus d’acharnement à continuer la guerre, lorsque les troupes qu’il rassemblait dans le pays de Murcie furent détruites par un corps d’armée
ne commandait Al-Hakem , jeune fils 'Heseham. Placé de nouveau dans la nécessité de fuir, et vivement poursuivi par ceux qui l'avaient vaincu , Soleïman se détermina à envoyer sa soumission. Heseham l’accueillit avec bienveillance; mais , comme il redoutait le caractère emporté de son frère, il lui imposa la condition de sortir d’Espagne et de vendre tous les biens qu’il y possédait. Pour lui faciliter l’exécution de cette dernière disposition, il lui offrit pour prix de ses propriétés soixante mille pesants d’or, qui furent acceptés.
L’LMVKRS.
Soleïman alla s'établir à Tanger : il pouvait y vivre sans craindre les persécutions des Abbassides, car, depuis trois années, Édris-ben-Abdallah, descendant d’Ali-ben-Abou-Tbaleb et de Fatliiinab, fille du prophète, s'était emparé d’une partie de l’Afrique, et y avait jeté les fondements du royaume de Fez.
Hescbani, après avoir ainsi apaisé les troubles suscités par ses freres, s’occupa des ennemis du dehors. Il fit prêcher la guerre sainte dans toutes les mosquées. Pendant deux années il combattit au pied des Pyrénées pour reprendre Cardone,Gironne et toutes les villes que les Français possédaient dans la Péninsule. Fnlm, en 793, son armée se jeta sur l’Aquitaine. Cette province était alors dégarnie de ses meilleures milices. Le roi Louis les avait conduites en Italie, pour faire la guerre aux Bénéventins qui s’étaient soulevés. Les Maures éprouvèrent donc peu de résistance, pillèrent et saccagèrent tout le pays, et poussèrent leurs ravages jusqu'à Narbonne, dont ils emportèrent les faubourgs. Ils prirent ensuite la route de Carcassonne. Guillaume de Toulouse ayant rassemblé quelques troupes à la hâte, marcha au-devant d’eux, et bientôt il les rencontra au moment où ils venaient de passer l'Orbieu. Ses forces étaient bien inférieures à celles des Sarrasins; au.ssi, après un combat très-meurtrier, qui dura plusieurs heures, les Aquitains furent forcés de se retirer précipitamment. Mais la perle des Arabes avait été si considérable, qu’ils ne songèrent pas à poursuivre leur victoire, et qu’ils se retirèrent, s’estimant sans doute heureux de pouvoir emmener en Espagne leurs prisonniers et y rapporter leur butin. On dit que par orgueil du succès qu’ils avaient obtenu , ou plutôt pour insulter a la religion chrétienne, ils firent apporter sur le dos de leurs prisonniers , depuis les frontières de France jusqu’à Cordoue, le sable, la chaux et les matériaux nécessaires pour achever la construction de la mosquée commencée par Abd-el-Rabman. Hesebam
regardait comme une obligation sacrée l’achèvement de cet édifice, et, à l’exemple de son père, il y travaillait chaque jour de ses mains pendant quelques instants. Cette mosquée, du temps des Arabes , formait un carré long couvert d’un toit plat qui ne s'élevait pas à plus de trente-cinq pieds. Il était soutenu par plus de 1000 colonnes des marbres les plus beaux et les plus rares, disposées en quinconce de manière à former 38 nefs en long et 19 en large. On y entrait par dix-neuf portes : neuf s’ouvraient sur l’orient et neuf sur le couchant • elles étaient couvertes de plaques de bronze ornées d’arabesques d’un travail et d’une délicatesse infinie. I.a dix-neuvième, la porte principale, était revêtue de lames d’or, sur lesquelles étaient inscrits les plus beaux passages du Roran. Le toit était surmonté de nombreuses coupoles. Sur la plus élevée il y avait trois boules d’or portant chacune une grenade de ce précieux métal. Quatre mille sept cents lampes brillaient toutes les nuits dans cette mosquée, consumant par on près de vingt mille livres d'huile; on y brûlait aussi tous les ans soixante livres de bois d’aloès et autant d’ambre gris pour les parfums,