I.one II , duc de Gascngiie
jvetidii en 778.
l.OfP 1*'^ ,
cnmie «le (iascogite.
.\lAl.GARIR» , (cTEAtUS , comte des Marches comte d'Aii* de r*n-«rogne.
VAII»At6tStLR , é|iou.ie Marie, fille d’Ariiar , coiiile de Jaca , fonde ci» 7o2 lecouvciil d'Alaon
vergue.
£AUU.AOItS>
comte
d'Agen.
(lARClMtE ,
due d'une partie de la Gascogria , tué en 818 durant sa rébellion.
Les enfants de Gar> cimir pafseot e.i Aragoii.oÎMiss’ëlabiisseni avant 840.
A RA LA Etc ,
tué avec Ceniiille son fils , en K 12.
CsaTeLLB ,
tnc avec son ^M-ra an 812.
Locr — CasTuaLi coinlede Gascogne proscrit «n 819.
CiKTVLraa , comte de üéani.
Bcknacd, IIattow , AsTorjff, comte des comte de vicomte Marches de Paillas. de
Gascogne, Beziert.
ni 845 .
Azvas ,
comte de 8oiile et de
Louvigni,
DoiTAt— Loor , comte de fiigorre.
Après la fuite de leurs cousins, fils de Garcî* inir, dont ils héritent en (>artie.
de Tolède. Les deux autres demeurèrent prisonniers. Abd-el-Rahman , en leur taisant grâce de la vie, les condamna à une prison perpétuelle. Il fit enfermer Aboul-Asvvad dans une tour deCordoue, etKIiasein dans un cachot de Tolède.
Il y avait deux ans qu’il avait apaisé cette révolte, lorsqu’un nouveau soulèvement éclata. Les re.stes du parti de Yousouf se réunirent, s’emparèrent de Tolède etdélivrèrentKhasemqu’on y ten.iit toujours renfermé. Ces ennemis nefiirent pas les seuls qu'Ald-el-Rahman eut alors à combattre , il vit s’élever le plus dangereux de ceux qui eussent encore attaqué sa puissance. Le calife Aboul-Abbas le Sanguinaire n'existait plus. Son frère , Abou-Gialfar, qui lui avait succédé, avait mérité, par ses conquêtes en Arménie et en Cappadoce, le surnom d'Al-Manzour. Il voulut faire rentrer sous son empire cette riche Espagne qui s’en était séparée. Il chargea le gouverneur de l’Afrique, EI-Ela-ben-Mogucïth , de châtier les rebelles et d’écraser le dernier rejeton d'une race maudite. EI-Ela-ben-Mogueîth obéit. Il passa en Espagne ; il faisait porter devant lui un étendard qui, disait-il , lui avait été envoyé par Abou-Giaffar. C’était la bannière noire des Ahbassides, qui venait encore une fois lutter contre la bannière blanche ries Ommyades. Les deux armées se rencontrèrent près de Radajoz. Les troupes du calife ne purent résister à l’impétuosité de la cavalerie d’Abd-el- Rahman.Ellesfurentculhutées.Ben-Mogueîth fut tué en s’efforçant de rétablir le combat ; l’étendard noir fut renversé dans la poussière , et resta aux mains du vainqueur. Abd-el Rahman fit couper la tête, les mains et les pieds de Ben-Mogiieïth, pour les envoyer, diton, au calife Almanzor. Celui-ci, en les voyant, dit qii’assurémeiit El-Daghel était un démon. Il se félicita de ce que Dieu avait mis la mer entre lui et l’Espagne, et de ce qu’Abd-el-Rahnian n’avait pas eu la pensée de venir en Orient pour lui disputer l’empire.
Pendant qii’Abd-el-Rahman-el-Daghel défendait sou trône contre des
ennemis qui partageaient sa croyance, les chrétiens lui suscitaient d'autres embarras. Froîla continuait toujours la guerre acharnée qu’Alphonse, son père, avait faite aux musulmans, et il avait remporté divers avantages. Les chroniqueurs parlent, notamment, d’une bataille dans laquelle un grand nombre de Maures auraient péri. Les uns placent cette victoire pendant la dernière année du gouvernement de Yousouf (*), les autres la reculent de trois années. Au reste, quelle que soit sa date, Abd-el-Rahman résolut de mettre un terme aux ravages exercés par Froîla. En 7G6, ses troupes entrèrent dans le royaume des Asturies en même temps par la Galice et par la Biscaye. Elles saccagèrent tout le pays, et forcèrent les chrétiens des Asturies à demander la paix; bien que les historiens ne la fassent signer que deux années plus tard, elle commença de fait à partir de ce moment. Mais les Espagnols n’en restèrent guère
filus tranquilles. L’agitation était telement un besoin pour eux , que lorsqu’ils ne faisaient pas la guerre aux infidèles , il fallait qu’ils se la fissent à eux-mêmes. Froîla eut à combattre les Galiciens et les Basques, qui refusaient de reconnaître son autorité. Le roi des Asturies prétendait même étendre sa souveraineté sur le pays conquis
fiar les chrétiens des Pyrénées. Il vouut donc se mettre en possession de Pampeliine; mais, soit que la rivalité qui existe entre les différentes provinces de l’Espagne sè manifestât déjà , soit que le caractère violent et tyrannique de Froîla fît abhorrer sa domination, les vainqueurs de Pampelune refusèrent de se soumettre à lui , et, comme ils ne se trouvaient pas en état de se maintenir dans celte ville dont ils venaient à peine de .s’emparer, ils aimèrent mieux la restituer aux Arabes que de la lui abandonner. Les fureurs de Froîla ont Justifié la haine
(*) Celte date est évidemment erronée.
Yousouf a cessé de gouverner en 756, et ce n’est que l’année suivante, 767, que Froîla a été élu roi.
L’UMVKRS.
dont il était l’objet. Son frère Bimaran était aussi bon, aussi chéri, qu’il était lui-même cruel et exécré; il en devint jaloux et le poignarda de sa propre main. Il paya bientôt de sa vie son détestable fratricide. On conspira contre lui. On le poignarda à son tour et on nomma, pour lui succéder, Aurélio, le dernier des lils légitimes d’,\lphonse le Catholique (*). Froïla laissa deux enfants, Alphonse et Ximena (**). Il fut enterré avec Monime, .sa femme, dans l’église d'Oviedo. Cette ville avait été fondée pendant son règne.
Sous le gouvernement de son successeur, un seul événement vint troubler la tranquillité publique. Les nombreux esclaves que les Espagnols avaient faits dans leurs incursions sur le pays des Maures, se révoltèrent; mais Aurélio parvint à reprimer ce soulèvement. Ce prince ne régna que quatre années. Il avait donné en mariage sa sœur Adnsindaà un seigneur nommé Silo, qui fut élu pour lui succéder. Quelques troubles dans la Galice, promptement apaisés, altérèrent seul»
la paix de ce régné. Silo mourut en 783 , neuf ans après être monté sur le trône. Il ne laissa pas d’enfants.
Comme on l’a vu, Abd el-Rahman-el- Daghel avait non-seulement contraint les chrétiens à cesser leurs incursions sur les possessions arabes, il avait encore abattu l’étendard des Abbassides.
La bannière verte des Fatimites vint à son tour s’élever contre lui. Un aventurier nommé Abd-el- Gafir, qui se disait le descendant d’Ali et de Fatiinah, passa d’Afrique en Espagne pour lui enlever le pouvoir. Mais les forces d’Abd-el-Gafir n’étaient pas eu état de lutter avec celles de l’émir; aussi le
(*) D'antres historiens le font fils d’un Froïla frère d'Alphonse le Catholique. D’après cette version , il aurait été cousin germain , au lieu d’élre frère du roi auquel il succédait.
, (**) Il n’y a pas de preuves authentiques de l’existence de Ximena, Scitnena ou Chimène. Beaucoup de critiipies la considèrent comme un personn.agc inventé par tes romanciers.
Fatimite, après s’étre réuni à quelques débris vivaces du parti de Yousouf, commandés par un chef expérimenté du nom d’Halifa, se jeta dans les montagnes de Ronda et d’Antequera. Il ne sortait de ces retraites inaccessibles que pour piller les contrées environnantes. Il parvint à s’y maintenir pendant sept années, malgré tous les efforts qu’on put faire pour l’attirer en rase campagne. Enlin des secourt lui furent envoyés d’Afrique. Habib-el- Seklehi, qui les conduisait, étant débarqué prés de Tortose, fut attaqué par le gouverneur de cette place. Il fut tué et ses troupes furent mises en déroute. Néanmoins les vaincus perdirent peu de monde : ils se rallièrent, et quoiqu’il y ait assez loin de Tortose aux montagnes de Ronda et d’Antequera, ils allèrent y rejoindre Abd-el- Gaflr. Celui-ci , lier de l’accroi.ssement de ses forces , oublia la prudence qui jusqu’alors l’avait garanti de tout désastre. Il s’éloigna davantage des montagnes qui lui servaient de retraite. Il reconnut bientôt sa faute, et voulut retourner en arrière; mais tandis qu’il s’efforçait de gagner la Sierra d’Antequera , en remontant la vallée du Xenil, il fut atteint par les armées d'Abd-el-Rahman auprès d’Ecija. Forcé de livrer bataille, il fut défait et tué en combattant.
A peine cette lutte était-elle terminée, qu’Abd-el-Melech-ben-Omar, qui commandait à Saragosse, étouffa une conspiration qui était sur le point d’éclater. Hosseïn voulait proclamer dan»
cette ville le calife d’Orient. Le gouverneur le fit décapiter. Ici , il faut l’avouer , l’histoire devient d’une désespérante obscurité. Les chroniqueurs espagnols dénaturent tous les noms.
Ainsi ils parlent d’un roi maure de Saragosse, qu’ils appellent MarOlius.
D’abord, il faut le dire, à cette époque aucun Arabe ne s’arrogeait le titre de Melech, roi (*). Celui de wali était
(*) Pour être juste , il faut dire que ee reproche ne s’adresse |ias à tous les chi oniqiieiirs. Quelques-uns d’entre eux ont employé le mot (le siibregulus , en usage dans la
ESPAGKE.
donné aux gouverneurs des villes et des provinces. La dignité d'émir, qui répond à notre mot de prince, était la plus élevée à laquelle leur ambition
dt prétendre ; et quoique plusieurs
istoriens fassent remonter à Abd-el- Kahman-el-Dagliel l'origine du califat d'Occident, on croit que ce chef se contenta d’avoir un pouvoir égal à celui des califes, sans en prendre le titre.
Il paraît s'étre borné à celui d’émir.
Quel était donc ce roi Marfilius dont parlent les chroniqueurs? Condé, dans son Histoire des Arabes, forme une conjecture qui paraît assez probable.
Le nom du gouverneur de Saragosse, Ben-Omar, c’est-à-dire le lils d’Omar, se traduisait en latin par Omaris fllius ; c’est probablement de là qu’est venu celui de Marlilius. Cet Abd-el- Melecb'- Ben -Omar était un homme d’une grande énergie, et certes il y avait besoin d’un chef de ce caractère dans une ville comme Saragosse, qui était le rendez-vous de tous les mécontents. C’est là que se rassemblaient les restes du parti de Yousouf, et ceux qui dans un but d’intérét particulier auraient voulu replacer la Péninsule sous l’empire dn calife d'Orient. Cependant, on voit bientâl Ben-Omar remplacé par un autre chef. Peut-être avait-il du se retirer devant quelque sédition populaire.
Un chef, nommé Ibn-al-Arabi, avait été mis en possession du gouvernement de Saragosse, à la suite de quelque soulèvement, et il avait conçu la pensée de s’y maintenir indépendant de l’autorité d’Abd-el-Rahman ; mais Ben- Omar , le Marfilius des auteurs espagnols, était revenu avec des forces plus considérables , Pavait attaqué , l’avait
Ulinité de celte époque. Il signifie non pas roi , mais celui qui est au-dessous du petit roi. C’est'Ie titre que le pape Grégoire III donne à Charles Martel dans la lettre qu’il lui adresse pour réclamer son appui. D'autres auteurs ont employé , non le mot de ru, mais celui de régulas ; c’est ainsi que Blancas écrit Mauri Casaraugustanenses rêguii.
Du Gange regarde le titre de subregiilus comme équivalent à celui de comte.
lâl
contraint à fuir, et Ibn-al-Arabi était passé en France pour réclamer l’appui de Charlemagne. Ce prince était alors à Paderborn, au fond de la Westpbalie. A la suite de ses victoires sur les Saxons, il avait convoqué une diète dans cette ville pour y recevoir le serment des capitaines nouvellement soumis. C’est là que lui furent présentés Ibn-al-Arabi et plusieurs autres Sarrasins, parmi lesquels sedistinguait Kbasem, ce fils d’Yousouf, délivré par ses partisans de la prison de Tolède où Al)d-el-Rahinan l’avait fait renfermer.
Ils lui demandèrent des secours et se déclarèrent ses vassaux. Le roi de France, leur accorda leur demande, et ayant rassemblésonarméeen Aquitaine, il la divisa en deux corps, dont un entra en Espagne en suivant le littoral de la Méditerranée ; l’autre, sous la conduite de Charles lui-même, y pénétra en francbi.s.sant les défilés Je la Biscaye. Pampelune fut d'abord assiégée, puis elle se rendit après une courte résistance. I.es deux armées françaises, qui s’avançaient par des chemins opposés, se réunirent sous les murs de Saragosse. Cette ville ne résista pas longtemps , et Charlemagne y rétaolit Ibn-al-Arabi. Le but principal de l'expédition était atteint. Les dispositions des populations étaient peu amicales ; les princes chrétiens eux-mêmes ne voyaient qu’avec effroi le voisinage d'un protecteur aüssi redoutable que le roi des Francs, et la fidélité des chefs arabes parut fort douteuse à Charlemagne. Il ne jugea donc pas à propos de séjourner dans le pays.
D’ailleurs, de nouveaux mouvements de Witikind et de ses Saxons le rappelaient sur les bords du Rhin. Il prit des otages pour être sûr de la fidélité de ses nouveaux sujets arabes , et il revint sur ses pas pour rentrer en France. Il fit à son retour raser les murs de Pampelune, dont les habitants lui parurent disposés A la révolte, et il s’engagea de nouveau dans les gorges des montagnes, ne pensant pas que leur passage diit lui présenter à son retour plus de danger qu’à son arrivée. Cependant des Va.scons, et, dit-on, aussi
L’UMV lifts.
des Arabes, s'étalent rais en embuscade sur le haut de la montagne. L'armée déniait sur une longue ligne comme l’exigeait la nature des lieux.
Les Vascons laissèrent passer l’armée sans se montrer. Les bagages étaient à l’arrière-garde et presque sans escorte.
Sitôt qu'ils les virent paraître, ils se jetèrent sur le peu de troupes qui les défendaient, et commencèrent à les piller. Charles était à lu tête de l'armée. Il ne fut averti de cette agrès»
sion qu'après la retraite des ennemis, et il lui fut impossible de tirer immédiatement vengeance de leur attaque, car , après avoir à In hâte pillé les bagages, et profitant de la nuit qui approchait , les ennemis prirent la fuite avec une telle célérité qu’on ne put indiquer où ils s’étaient retirés. Dans cette embuscade, les Français perdirent plusieurs de leurs plus célèbres guerriers , et , entre autres , ftoland , gouverneur de la Marche de Bretagne, si célèbre chez les romanciers , bien que ce soit la seule fois que l’histoire lasse mention de lui.
La fuite des agresseurs avait été si rapide que , non-seulement on ne put les suivre dans leur retraite, mais que, au dire de plusieurs historiens, on ne put savoir d’une manière bien avérée quels ennemis on avait eus à combattre. S’il faut s’en rapporter à une chartre de Charles le Chauve , rapportée par le cardinal Aguirre dans sa collection des conciles (*) , le fils de
(*) Voir, pour la généalogie de Loup, la note des pages 147 et 148.
Voici les passages de la chartre citée par le cardinal Aguirre, qui se rapportent à cet
événement : « Magnus avus nosler Carolus
« Lupo tolam Vasconiœ partem benefi-
» ciario jure reliquit quam ille omnibus
° pejoribus pessimus ac perliJissimus supra " omnes mortales , opérions et nomine Lu- « pus , lairo potins quani dus dicendus , Vi- « farii patris scelestissimi , avûiue apostatæ « Hiinaldi iniprobis vestigiis imiærcus, ar-
«ripuil Attamen dnm simnianter alrox
« nepos , sacramentum glorioso avo iiosiro • multiplexdirebal,solilameJus majonimque « suornm pcrfidiani experlus est in redilu « ejus de Hispania : dum cum scara latro-
Vaifar, Loup 11, duc de Gascogne, vassal du roi de France, était à la tête des montagnards qui se jetèrent sur l’arrière-prde de Charlemagne, dans le déQlé de Roncevaux. Cette félonie ayant été découverte par la suite, le duc Loup fut ignominieusement pendu (*).
Ibn-al-Arabi garda peu de temps le pouvoir que lui avait rendu Charlemagne. Un musulman, vassal et tributaire d’un roi chrétien, ne pouvait conserver aucune influence parmi les disciples fanatiques du prophète. Un parti puissant se forma contre lui et, en 778, il fut assassiné dans une mosquée. Housseïn-ben-Yahyah, qui était à la tête des conjurés , s’empara du gouvernement de Saragosse, et prodama la souveraineté oe Mahadi, fils d’Abou-Giaft'ar, calife d’Orient. Abdel-fthaman, qui jusqu’alors était resté tranquille, s’emut en entendant encore une fois retentir le nom des califes abbassides. Il rassembla une armée puissante. Cependant Saragosse résista pendant plus d’une année. Enfin Housseïn-ben-Yahyah se soumit, et remit à Abd-el-ftahman ses deux fils pour garants de sa fidélité. L'émir parcourut ensuite tout le pays jusqu’au pied des Pyrénées, et fit rentrer en son. pouvoir Pampelune, Barcelone, Gironne, Tortose et toutes les villes qui avaient accepté la suzeraineté du roi des Francs.
Quelques années plus tard , en 787, Abd-el-fthaman, sentant les approches
- num comités exercilu.s sacrilège trucidavit. • Propter quoJ postea Jam dictus Lupus cap- « tus misere vitam iii la(|ueo fiuivil. -
Aguirre, vol. III.
(*) Nous ne rapporterons en ce moment aucune des fables auxquelles a donné lieu celte fameuse bataille de Roncevaux. Cet événement, qui tient si peu de place chez les historiens contemporains, eu remplit une immense dans les chroniques chevaleresques. Il n’est certainement aucun autre combat qui ait été célèbre par autant de refrains populaires. Nous aurons occasion de faire connaître une partie de ces traditions en parlant du régné d’Alphonse le Chaste.
de la mort , réunit solennellement les principaux chefs de la nation et leur demanda de reconnaître pour son successeur Hescham, le plus jeune de ses trois Ois. Tous les chefs présents jurèrent de faire ce que Ternir leur demandait. El-Daghel avait, dit-on, préféré celui-ci à ses deux fils Soleïman et Abd-Allah, parce qu’il avait trouvé en lui plus de bonté et plus de justice que dans ses autres enfants. Cette reconnaissance anticipée du successeur à la couronne fut imitée, non-seulement par les souverains omnivades, mais encore par les princes chrétiens de la Péninsule, qui v trouvèrent le mmn de transmettre le trône à leurs enfants ; car il est un point dont il faut bien se pénétrer en lisant l’histoire d’Espagne, c’est que, dans les premiers temps de la monarchie, le souverain ne tenait la couronne que du vœu de ses sujets , et non de sa naissance.
Abd-el-Rahinan-el-Daghel mourut Tannée suivante, le 34 rabia posterior de Tannée 172 de Thégire { 1'' octobre 788 de J. C.) Il était entré à Cordoue en 756; son règne avait donc duré environ 33 ans. Malgré les révoltes nombreuses ^ue ce prince eut à réprimer, maigre la diversité des ennemis qu’il eut à combattre, il ne se montra jamais cruel et ne chercha pas à se venger. Il fit grâce quand il le put sans compromettre la tranquillité de l’État , et s'il se crut dans la nécessité de faire tomber quelques têtes, c’est que, jusqu’à nos jours, c’était une chose inouïe qu’une dynastie nouvelle s’élevant au milieu des factions, des révoltes et des assassinats, sans tacher son manteau royal d’une seule goutte de sang.
Au milieu des troubles continuels qui agitèrent son règne, il fit fleurir les beaux-arts : lui-même, il cultivait la poésie avec succès. Il embellit Cordoue de plusieurs édifices remarquables , et c’est lui qui commença la célèbre mosquée de cette ville. Dernier descendant d’une race royale , et parent du prophète, il avait sauvé des désastres de sa famille, un koran écrit
tout entier de la main d’Otman, le compagnon de Mahomet, et le troisième calife direct. Il en avait fait don à la mosquée de Cordoue destinée à devenir la ville sainte des musulmans d'Occident.
On peut compter Abd-el-Rahman au nombre des plus grands princes de cette époque. « Sa renommée était si X grande, » dit M. Romey dans son excellente histoire d’Espagne, « que son « rival de Bagdad, El-Mansour, par- X lait souvent de lui avec admiration.
X II avait coutume de l’appeler le fau- X con de Koraïsch , non parce qu’il X était un grand chasseur, mais à cause X de l’habileté et de la rapidité avec X lesquelles , de la condition de pros- « crit, il s’était élevé au rang de ses X prescripteurs. Il vantait sa bravoure X et sa sagacité, et se félicitait que « les embarras intérieurs du gouver- X nement des tribus andalou-musul- X mânes le détournassent du projet X qu’il eut un moment de porter la X guerre jusqu’en Orient et d’y ruiner X la puissance de la maison d'Abbas. »
X Abd-el-Rahman avait
X le teint vif et coloré, les yeux bleus, X les cheveux, par endroit, tirant sur « le roux ; il était remarauable par un X signe au visage; sa taille était haute X et élancée. Dans les dernières an- X nées de sa vie, il avait perdu un œil. X II était amateur passionné de la chasse X aux oiseaux, et il avait fait dresser X pour cet amusement un grand nom- X bre de faucons très-habiles, qu'il X menait avec lui jusque dans ses ex- X péditions de guerre. On raconte que X dans une de ces expéditions , mar- X chant au centre de son armée, il X n’eut pas plutôt aperçu un vol de X grues allant s’abattre clans une val- X lée voisine, qu’il sortit de son esca- X dronet courut, avec ses fauconniers, X pour leur faire la chasse. >>
Malgré sa fortune élevée , il ne put oublier que l’Espagne n’était pour lui qu’une terre d’exil. Il fit apporter d’Afrique, et planter dans le jardin de son alcazar de Cordoue , un palmier qui lui rappelait sa patrie.