CHAPITRE PREMIER
DÉPART DR M. DR VILLEMUR AVEC LE RESTE DES TROUPES FRANÇAI- SES. — LES CORSES REPRENNENT LES ARMES. — TENTATIVE INUTILE DE 1,’ÉVÊQUE d’alÉIUA POUR RÉ- TABLIR I.A PAIX. — RETOUR DE THÉODORE ; TL SE REMBARQUE AUS- SITÔT , POUR NE PLUS REVENIR. i
Le départ de M. de Maillebois était le signe certain de l’intention où était le cabinet français d’abandonner la Corse.
Au mois de septembre suivant, M. de Villemur fut rappelé et s’embarqua avec tout ce qui restait de troupes françaises.
Quoiqu’on s'attendît depuis ‘longtemps a voir les Français qu itter la Corse, on ne croyait cependant pas leur départ si prochain, et l'on se berçait de l’espoir de leur voir occuper au moins quelques places maritimes. Riais lorsque les vaisseaux vinrent chercher M. de Villemur et le reste des troupes, on ne put plus douter de l’abandon de la France, et les plaintes devinrent générales. Les provinces du Dela-des- Monts, comme celles du Deçà-des-Monts, envoyèrent des députés vers M. de Villemur pour lui représenter le fâcheux état dans lequel allait se trouver la Corse, désormais a la merci des Génois, qui, n’ayant plus rien à craindre du contrôle des Français, allaient se livrer à l'arbitraire le plus absolu. M. de Villemur écouta ces plaintes, et promit de les exposer à son gouvernement; mais il ne put s’engager
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CORSE
davantage, et il partit avec la conviction qu’un nouveau soulèvement allait naître bientôt.
Les Corses ne tardèrent pas, en effet, à reprendre les armes contre la république. Ils avaient trop d’expérience pour se laisser aller à l’idée qu elle pourrait changer de système et qu’elle exécuterait à la lettré le règlement présenté par M. de Boissieux. Ils prirent donc leurs mesures pour se maintenir dans l’indépendance. On fit prévenir tous les Corses qui étaient sur le continent des dangers qui menaçaient la patrie, et l'abbé Rostini fut dépêché à Naples vers Paoli et Giafferi pour les prier de revenir se mettre à la tête de la nation. Paoli, Giafferi, Salvini, Orticoni et tous les autres patriotes qui se trouvaient en ce moment en Italie, firent leurs efforts pour amener le roi de. Naples et celui d’Espagne à leur prêter assistance; mais ils acquirent bien vite la conviction qu’il fallait renoncer à tout appui étranger, et ils prirent dès lors la résolution de ne chercher qu'en eux-mêmes les forces dont ils avaient besoin. Ils se préparèrent donc à rentrer dans leur patrie; et, en attendant, ils firentdes provisions d’armes et de munitions.
Cependant l’insurrection éclatait en Corse dans la piève d’Ampugnani, et c’était encore à l’avidité des Genoisqu’il fallait l’attribuer. Les Français avaient à peine quitté l’île, que le marquis Dominique Spinola voulut faire lever l’impôt de deux seini , cause originaire du soulèvement de 1729. Aulieu de charger les podestats des pièves de ce prélèvement, il expédia des escouades nombreuses de soldats avec ordre de vivre aux dépens des contribuables. L’impôt étant injuste, on refusa de le payer; et l’insolence des soldats de la république ayant porté le comble à l'exaspération des paysans, on courut déterrer quelques fusils soustraits au désarmement ; on attaqua les Génois, on les défit et on se saisit de leurs armes.
Ce premier mouvement eut lieu à Croce d’Ampugnani vers la fin de décembre. En janvier 1712, on se réunit en consulte a Orezzn. Spinola chercha à entrer en pourparlers , en attendant les troupes qu’il avait demandées à Gênes ^ il envoya savoir ce qu’on voulait : on lut
lis
dit qu’on voulait être déchargé de l’impôt de deux seini. Pour toute réponse il déclara que cela ne se pouvait, qu'il fallait acquitter d’abord l’impôt, et qu’on aviserait ensuite. Les esprits s'en aigrirent encore davantage. Une nouvelle assemblée fut convoquée au couvent de Marcasso en Balagne. Monseigneur Curlo, évêque d' Aléria, fut prié d’y assister; c’était un homme de bien, qui gémissait de voir son gouvernement agir avec tant d’imprévoyance. Il se proposa comme médiateur; on l’accepta, et il fut autorisé à faire un arrangement avec le gouverneur; mais celui-ci prétendit qu'il n’avait aucun pouvoir à cet égard. \
En attendant, il levait des compagnies t de volontaires, et cherchait à organiser ' de nouveau les Orlundi. Toute l’année 1742 et le commencement de 1748 se passèrent sans événement de quelque importance. Les Corses manquaient d’armes et de munitions pour recommencer la guerre, et. de son côté, la république ne pouvait encore envoyer les secours indispensables pour les combattre.
Vers la fin de janvier 1743, Théodore reparut en Corse. Il vint aborder a l’île Rousse, sur un vaisseau anglais que lui avait fourni l’amiral Mathews; il fit des distributions d’armes et de munitions, et répandit dans la Balagne une proclamation , où il engageait ses fidèles sujets à venir le trouver et à se ranger encore sous son drapeau. Cette proclamation, dans laquelle il traitait de rebelles Paoli, Giafferi, Orticoni er Saiavini, dont le patriotisme n'était mis en doute par personne, loin d’obtenir le succès qu'il en attendait, refroidit le peu d’enthousiasme qui aurait pu naître a son arrivée. Cependant, on se porta abord de son vaisseau pour connaître les ressources dont il disposait. Théodore dit, comme toujours, qu’il était fortement appuvé par des puissances étrangères, qu'il aflait disposer de moyens plus que suffisants pour réduire les Génois, et rendre à la Corse la liberté qu’elle désirait; mais il refusa de faire connaître les souverains qui avaient promis dei'assister, ainsique les traités qu’il disait avoir faits avee eux. Alors on lui répondit que l’on ne pouvait plus se lier
L’UNIVERS
à ses promesses ; qu'il avait trop abusé de ce moveu, et qu’on le recevrait à bras ouverts fe jour ou il viendrait avec autre chose que des paroles. Théodore vit bien que c’en était fait de sa couronne; il repartit pour Livourne, et ne réparut plus dans rlle (1).