CHAPITRE VI
TBAITÉ DE COMPÏÈGNE. — M. DE MARBŒUF AK RIVE EN CORSE AVEC SIX BATAILLONS. — ACCUEIL Qü’lL REÇOIT DE PAOLI ET DES CORSES. — PHOSPEUITÉ DK LA CORSE SOUS l’AD- MINISTRATION DE PAOLI.
Le dernier essai que venait de faire la république lui démontra suffisamment son impuissance. Elle comprit qu’il lui fallait à tout prix avoir un auxili dre pour conserver les villes qui lui restaient , et elle pressa les négociations qu’elle avait entamées auprès de la cour de France. Le 7 août 1764, son ambassadeur signa à Compiègne un traité par lequel le roi de France s’engageait à taire occuper par ses troupes, pendant quatre ans, les v illes du littoral et à garantir les conditions d’une pacification éventuelle Le roi de France devait entretenir ses troupes; mais la république devait leur fourmrle logement, le chauffage et le fourrage. Les Français étaient arfaitcment indépendants âe la répulique, qui ne pouvait avoir de troupes d’aucune espèce là où ils tiendraient garnison. Pour ce service, la république n'avait plus ricu à prétendre sur les subsides échus ou à échoir, que la
L'UNIVERS
France s’était eneagée à lui payer.
Les troupes françaises devaient garder une neutralité parfaite entre les nationaux et les Génois. En conséquence de ce traité, la France envoya en Corse six bataillons sous le commandement du comte de Marbœuf, qui débarqua d’abord à Ajaccio, où il laissa M.delaTourdu-Pin comme commandant en chef, et alla mettre des garnisons à Calvi , à Saint-Florent et à Bastia.
Paoli avait été instruit à l’avance, par ses amis, du traité qu’avait fait la république. Quoiqu'il y vît une atteinte portée aux droitsde la nation, qui, sans l’oocupation française, se serait infailliblement emparée de toutes les places et aurait entièrement chassé les Génois, il lit cependant un très-bon accueil aux troupes françaises, dès qu’il sut qu’elles devaient rester neutres, et ouvrit les marchés où elles purent s’approvisionner. Il convint avec M. de nlarbceuf d’un règlement à observer des deux côtés pendant indurée de l’occupation , et la bonne harmonie ne cessa de régnrr entre ses troupes et celles du roi de France. Quant aux Génois, leur rôle devint dès ce moment entièrement passif; la présence des Français amoindrissant encore, s’il était possible, leur in- Uuence, et préparant, pour ainsi dire, leur retraite. De 1764 à 1768, époque à laquelle les Français devaient évacuer la Corse, il n’y eut d’autre événement militaire que la prise de l’ile de Capraja par les Corses. Cette lie , autrefois dépendance de la Corse comme fief des seigneurs da Mare, appartenait depuis longtemps aux Génois, qui l’avaient fortifiée. Les Corses, ne pouvant, à cause de la présence des Français, rien entreprendre contre les Génois dans leur île, tentèrent de porter la guerre ailleurs, et firent passer cinq cents hommes à Capraja, sous le commandement d'Achille Murati. Les Génois, prévenus de cette invasion, employèrent tous les moyens possibles pour ruiner l’expédition ; ils envoyèrent des bâtiments uetoutegrandeur avec des troupes de débarquement pour empêcher les Corses de s’emparer du fort. Mais Murati prit si bien ses mesures, qu’ils ne purent jamais toucher terre, et durent assister de loin à la reddition, d’ailleurs honorable, du com-
mandant de la place, Bernardo Ottone ( mai 1767 ).
Ce succès des nationaux les rendit plus confiants dans leurs forces et leur fit entrevoir, à l’expiration du traité, leur libération certaine. Les rôles, comme on le voit , avaient changé.
L’administration intelligente et ferme de Paoli avait renouvelé Ta face du pays. On ne se contentait plus maintenant d’une guerre défensive; on allait attaquer les mortels ennemis de la Corse hors de l'ile. Les Génois, épuisés de toute façon , commençaient à craindre sérieusement cette puissance, à laquelle ils ne pouvaient s’opposer. Leur domination en Corse était à jamais perdue s’ils en étaient réduits pour la défendre à leurspropres forces. Dans cette occu rrence difûci ie, ils ne pouvaient plus songer à de moyens termes, il fallait se résoudre à abandonner une possession si glorieuse et jusque-là si chèrement achetée; cependant , accoutumée à triomher par la lenteur et la complication e sa politique , la république se reposait sur son ambassadeur a Paris du soin de trouver quelque moyen dilatoire , pour conserver encore pendant quelque temps les Français dans l’ile, lorsque sa conduite imprudente dans l’affaire des jésuites précipita la marche des événements.