PAOLI S’EMBARQUE POUR L’AN- GLETERRE
Les jésuites, chassés de France par édit du parlement, chassés en niéuia
CORSE
temps de l’Espagne, trouvèrent un asile auprès des Génois , qui les transportèrent sur leurs vaisseaux dans les villes de la Corse. Le ministère français trouva inconvenante cette conduite d'un allié pour lequel il avait fait de grands sacrifices, s’en plaignit hautement au sénat, et envoya à M. de Marbrent' l’ordre d’évacuer les places de la Corse.
Déjà les Français avaient quitté Ajaccio, où les Corses' s’étaient immédiatement introduits; ils avaient quitté Calvi et allaient ainsi abandonner toute l’ile, lorsque la république parvint à calmer l’indignation de la France, et lui proposa de lui céder ses droits sur la Corse.
M. de Choiseul prêta l’oreille à cette proposition. La situation avantageuse de la Corse, si voisine des côtes de France, les ressources que l’on pouvait tirer de ses forêts, la fertilité et l’excellence de son sol, tout le porta à considérer cette acquisition comme très-importante; et il pensa qu’elle pourrait compenser pour la France la perte récente du Canada.
Alors, sans s'inquiéter autrement des droits imprescriptibles des nationaux, sans réfléchir que lui-même, les considérant comme indépendants, avait naguère parlé de traiter avec eux, il accepta l’offre qui lui était faite par la république , et signa avec son ambassadeur, Dominique Sorba, le là mai 1768, un traité assez ambigu, par lequel le roi de France se substituait aux droits de la république de Gênes sur l ile de Corse, mais s’engageait néanmoins à lui remettre les places qu’il occuperait, le jour où la république l’indemniserait des frais qu’il aurait faits pour les acquérir.
Ce traité, d'abord tenu secret , fut bientôt connu de Paoli; il s’en indigna, et appela ses concitoyens aux armes :
mais avant qu’il eût pris une mesure générale, avant même l’expiration du traité de 1764 , les hostilités commencèrent de la part de M. de Marbœuf, ui fit attaquer et occuper une partie u Nebbio et tout le Cap-Corse (juillet 1768). Alors Paoli assembla une consulte générale de la nation , y exposa l’état des affaires, et proposa de protester, par une énergique résistance, contre les injustes prétentions de la F rance.
La consulte fut unanime pour se ranger de l’avis de son chef, et tous les citoyens de seize à soixante ans furent décrétés propres au service de la guerre.
Sur ces entrefaites, lê marquis de Chauvelin, général en chef de l’armée expéditionnaire, arriva à Bastia avec des forces assez considérables. Les opérations furent poussées avec plus de vigueur ; la Casinca fut envahie après un sanglant combat au pont de Golo.
Dans le Nebbio, Furiani fut occupé par les Français, qui en avaient fait un monceau de ruines. Mais quelques jours après les Français perdaient presque tous ces avantages; Clément Paoli reprenait la Casinca sur M. d’Arcambal; le capitaine Calle s'emparait de Murato , que défendait le général Grand-Maison, lui faisait beaucoup de prisonniers, et lui enlevait ses bagages et ses munitions.
Mais le fait d’armes le plus remarquable eut lieu auprès de Borgo, gros village du Nebbio, qu'occupait le colonel de Luvre avec sept cents hommes.
Paoli, voulant chasser l’ennemi de cette position et l’obliger à se renfermer dans Bastia et le Cap-Corse, donna ordre à ses capitaines de s'en emparer. De son côté, M. de Chauvelin, comprenant combien il lui importait de conserver cette position , et de réparer en même temps les échecs qu’il venait d’éprouver, sortit de Bastia avec toutes les troupes dont il pouvait disposer, et se porta vers Rorgo du côté de Marana, tandis que M. de Grand-Maison opérerait le même mouvement en partant d'OIetta. Paoli, qui avait deviné le plan de M. de Chauvelin, chargea son frère Clément d’arrâter la marche de M. deGrand- Maison , et se porta lui-méine, avec ses compagnies régulières et ses miliciens, au-dessous de Borgo. M. de Chauvelin ne tarda pas à arriver et à commencer l’attaque. Des deux parts on se battit avec un grand courage : trois fois les Français cherchèrent à entamer les Corses, et trois fois ils furent vivement repoussés. Le combat dura plusieurs heures et fut très-sanglant ; enfin M. de Chauvelin, voyant qu’il avait perdu beaucoup de inonde et désespérant de pouvoir forcer les retranchements, donna le signal delà retraite. M. de Luvre, n'ayant pu être dégagé, fut obligé de
L’UNIVERS
se rendre avec sa garnison. Les Français perdirent beaucoup de monde dans cette sanglante journée, et eurent grand nombre de blessés (septembre 1708).
La défaite des Français à Borgo eut pour résultat de les restreindre aux places qu’ils occupaient, et de les empêcher dVssaver de pénétrer dans l’intérieur. M. de Chauvelin écrivit à sa cour pour avoir de nouvelles troupes , et ne laissa pas ignorer que la conquête lui paraissait difficile. On lui envoya dix bataillons, avec lesquels il put s'emparer de Morato; mais quelque temps après les Corses reprirent ce village, ainsi que celui de Barbaggio, et Al. de Chauvelin faisant connaître au roi le peu de succès qu’il obtenait, on décida de le remplacer et d’employer les moyens nécessaires pour soumettre le pays (décembre 1768 ).
Le comte de Vaux, dont les talents militaires avaient été apprécies dans la guerre d'Allemagne , et qui avait déjà servi en Corse sous M. fie Maillebois, fut nommé général en chef de l'armée d’occupation ; on lui fournit tout ce qu’il demanda, et il arriva en Corse au printemps de 1769 , avec des forces considérables.
Paoli, convaincu qu’il n’y avait plus à traiter diplomatiquement' des affaires de son pays, voulut opposer la plus vive résistance, quoiqu’il comprît que, réduit à ses propres forces, il ne pourrait lutter longtemps; mais il espérait que les cabinets européens, intéressés à ce que la France ne prît pas une trop grande extension dans la Méditerranée, finiraient par se mettre de la partie. Il assembla une consulte au couvent de Casinca, le 26 avril 1769; la résolution de résister jusqu’à la dernière heure y fut prise à l'unanimité, et le premier tiers d’une levée en masse fut appelé sous les armes.
M. de Vaux prit sagement ses mesures; il concentra presque toutes ses forces dans le Neltbio , où Paoli avait établi son quartier général et rassemblé ses milices. Il pensait, non sans raison, que s’il parvenait à écraser les troupes ainsi réunies de son adversaire, le reste du pays ne tiendrait pas longtemps, et qu’il arriverait au résultat obtenu, quel-
ques années auparavant, par M. de Maillebois, dans l’affaire de Leuto.
L’attaque commença de la part des Français le 13 niai. Pendant deux jours il n’v 'eut guère que des escarmouches; mais le troisième M. deVauxlit aitaquer vivement Paoli dans sa position de Murato, et l’obligea à se retirer au delà du Golo. Paoli alla s’établir à Rostino, confiant à Gaffori le soin de défendre Leuto, et à Giocante Grimaldi celui de défendre Canevaggia, deux positions par lesquelles l’enueini aurait pu pénétrer dans l’intérieur; mais ces deux officiers ne s’acquittèrent pas loyalement de la mission qu’ils avaient reçue ; ils se hâtèrent de céder le terrain a l’ennemi sans combattre. Les autres milices laissées par Paoli pour défendre les gorges avoisinant Pontenovo, poussées par les Français, qui se précipitaient des hauteurs, voulurent passer le pont; mais elles en furent empêchées par ceux à qui la défense en était confiée. Le désordre et la confusion se mirent alors dans leurs rangs. Les Français en profitèrent pour les écraser, et ils leur firent éprouver une déroute complète (9 mal).
Cette défaite jeta le découragement dans l’âme de Paoli ; il comprit que c’en était fait de la nationalité corse, et il résolut d’abandonner la partie. Il aurait bien pu résister encore avec les troupes que conservaient ses fidèles capitaines; mais c’eût été descendre au rôle de chef de partisans, apres avoir été le chef admire de tonie une nation , et, d’ailleurs, les moyens de défense allaient devenir très-difficiles : les honneurs et les grades offerts parla France lui avaient concilié grand nombre de partisans, qui de toutes parts s’empressaient de faire leur soumission. Le Deçà-des-Munls fut, pour ainsi dire, soumis en quelques jours.
Dans le Delà-des-Monts, Abbatucei tenait encore , et n’était point d'avis de se soumettre ; mais Paoli ne voulut pas appeler de nouvelles rigueurs sur sa patrie, et être une cause de ruine : il se dirigea sur Vivario, de là gagna Porto-Vecchio, et il s’y embarqua sur un vaisseau anglais, avec son frère et environ trois cents hommes, qui voulurent partager son exil.
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