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M. DE VAUX PUBLIE DUE AMNISTIE

— SOUMISSION PBESQUE COMPLÈTE DE LA COBSE. — M. DE MaRBCEUF EST NOMME GOUVEBNEUB. — DE- VOLUTION FRANÇAISE. — LA COBSE EST DECLAREE PARTIE INTEGRANTE DU TERRITOIRE FRANÇAIS. — PAOLI EST RAPPELÉ DE SON EXIL, ET NOMMÉ COMMANDANT GÉNÉBAL DES GARDES NATIONALES DE LA COBSE.

— DISSENSIONS CIVILES. — PAOLI, APPELÉ A LA BARRE DE LA CON- VENTION , REFUSE d’OBÉIB. — IL EST MIS HORS LA LOI, APPELLE AUX ARMES SES COMPATRIOTES , ET DE- MANDE DU SECOURS AUX ANGLAIS.

— L'AMIBAL HOOD DÉBARQUE DEUX MILLE HOMMES DEVANT SAINT-FLO- RENT. — LES FRANÇAIS ÉVACUENT L’iLE — ASSEMBLÉE’ GENERALE DE CORTE. — OFFRB DE LA SOUVERAI- NETÉ DE L'iLE A GEORGE III, QUI ACCEPTE, ET NOMME SIR GILLERT ELLIOT VICE-ROI DE LA CORSE. — MÉCONTENTEMENT DK PAOLI. — IL RETOURNE EN ANGLETERRE. — EX- PULSION DES ANGLAIS. — LA CORSE EST DE NOUVEAU RÉUNIE A , LA FRANCE.

Le départ de Paoli simplifia beaucoup l'œuvre de soumission entreprise par M. de Vaux. Celui-ci publia une amnistie générale, et offrit des passe-ports à ceux qui voudraient passer sur le coutiuent ; cette conduite noble et digne serv it plus que le succès des armes à amener une soumission à peu prés complète. Néanmoins, il y eut encore, comme au temps de M. de Maillebois, quelques bandes de partisans qui refusèrent de se soumettre; maison les traqua tellement , qu’elles cessèrent bientôt d’être inquiétantes.

M. de Vaux s’occupa alors de l’organisation intérieure. La Corse fut considérée comme pays d’Etat. Elle conserva, en attendant qu’un pfit lui donner des lois, ses statuts civils ; et quant aux lois criminelles, elles furent établies avec une rigueur qui rappelait le code noir.

D'ailleurs, comme le régime militaire

régitl’île pendant longtemps encore, les officiers généraux y administrèrent la justice arbitrairement; on rappelle encore aujourd’hui avec terreur les sanglantes exécutions du général Sionville.

M. deMarbœnf, qui succéda à M. de Vaux dans le gouvernement de la Corse, chercha à y encourager l'industrie, et fit faire des travaux de routes et de dessèchements, dont on retrouve encore des traces. Il établit une colonie aux Porettes, lit faire une route royale de Bastia à Corte et de Bastia à Saint-Florent, et employa une fortune considérable à représenter dignement la France. 11 gouverna la Corse pendant près de dixhuit ans, et y mourut quelque temps avant 1789. 1

La révolution française, qui devait ébranler le monde ancien, eut son retentissement en Corse; elle y fut accueillie avec enthousiasme par une Jeunesse ardente, et naturellement portée vers les idées libérales; mais elle y trouva une forte opposition de la part des nobles dont le gouvernement de Louis XV avait reconnu les titres, et de tous ceux qui, par position , tenaient à l’ancien ordre de choses. Cependant on n’eut point à déplorer les funestes désordres qui se manifestèrent ailleurs. L’administration s’y organisa comme sur le continent, et on s’y conforma en tous points aux décrets de l’Assemblée constituante. En 1790, deux événements également remarquables transportèrent de joie la nation corse : le premier fut le décret de l’Assemblée constituante qui déclarait la Corse partie intégrante du territoire français; le second fut le rappel de Paoli.

Paoli, qui vivait en exil depuis 1769, fut reçu au milieu des acclamations générales de la France, qui honorait en lui un des martyrs de cette liberté dont le règne allait commencer. Une députation alla le chercher à Londres, et l’accompagna jusqu’en Corse , où il rentra en qualité de lieutenant général des gardes nationales du pays. L'année suivante (1791), ilétait nommé lieutenant général , commandant ia division . Son nom n’avait rien perdu de son ancien prestige; il reprit bientôt sur les populations de l’intérieur toute l’influence qu’il avait exercée autrefois; inaisil trouva une op-

L’UNIVERS

position sérieuse dans les hommes qui, comme Buttafuoco, Rossi, Gaffori, l'erre tti, s’étaient fait une position sous le gouvernement de Louis XVI, et dans cette a rdente et fougueuse jeunesse, qui, se jetant à corps perdu dans le mouvement révolutionnaire, voulait tout entraîner avec elle , et ne comprenait pas que l’on pût examiner et réfléchir. Les Arena, lesSalicctti, les Bonaparte, d’abord partisans effrénés de Paoli, se révoltèrent bientôt contre lui, et le traitèrent de despote. Il y eut d’injustes accusations portées de part et d’autre, et les commissaires envoyés en Corse pour examiner les choses et rétablir la tranquillité, se passionnant à leur tour pour le parti ultra-républicain, ne firent qu’augmenter le désordre. Sur ces entrefaites, l’issue malheureuse de l’expédition de Sardaigne donna lieu à des plaintes graves et assez fondées sur la conduite qu’avait tenue Paoli dans cette circonstance. Le député Salicetti l’accusa formellement de vouloir détacher la Corse de la France , et il fut mandé à la barre de la Convention, avec le procureur général syndic, Pozzo-di-Borgo, pour se justifier.

Paoli avait trop l’expérience des révolutions pour s’aventurer ainsi au milieu d’ennemis puissants. Il s’excusa sur son grand âge , allégua ses infirmités , se justifia des accusations portées contre lui , et resta en Corse, où il se trouvait plus en sûreté qu’à la barre de la Convention. Cette assemblée le déclara alors traître à la patrie, le mit hors la loi, et ordonna au conseil exécutif d’employer les forces de terre et de mer pour mettre file à l’abri d’une invasion étrangère. Paoli avait compris que son refus équivalait à une déclaration de guerre, et il avait pris ses mesures en conséquence. Son influence sur les populations de l’intérieur était toujours aussi grande. Il savait qu’il pouvait compter sur elles pour arrêter provisoirement les forces qu’enverrait contre lui la république. Les intelligences qu’il s’était ménagées avec l'amiral Hood, commandant en chef la flotte britannique dans la Méditerranée , le rassuraient complètement sur l’avenir. A sa voix, toute la Corse fut sur pied. Les républicains, resserrés dans les villes de Bastia, Suiut-florentetÇalvi, et com-

mandés par l’inhabile Lacombe Saint- Michel , ne purent plus communiquer avec l’interieur. Ajaccio et Bonitacio étaient occupées par les paolistes. Les partisans de la France, menacés dans leur existence, et voyant toute lutte impossible, se hâtèrent d’émigrer ( novembre 1793).

Le 2 février 1794, l’amiral Hood débarqua deux mille hommes aux environs deSaint-Florent,dontil put ainsi former le blocus. Il envoya eu même temps ses vaisseaux assiéger Calvi et Bastia. Lacombe Saint-Michel , après avoir confié le commandement de Saint-Florent au générai Gentili, celui de Calvi à Raphaël Casablanca, et celui de Bastia aux adjudants généraux Franceschi et Contaud, était parti pour la F’rance. Saint- Florent se rendit , après avoir résisté autant que possible; Bastia capitula ensuite; entra, Calvi tint jusqu’au 20 juillet , et , à partir de cette époque , les Anglais, unis aux paolistes, ne rencontrèrent plus d’obstacles, et occupèrent tous les points de la Corse.

Paoli en se mettant en état de révolte contre la Convention, avait eu soin d’introduire au conseil général du département ses créatures les plus dévouées, afin de les faire agir selon ses vues. Le 12 septembre 1 793 ^ une délibération de ce conseil décida que, la patrie étant en danger, une convocation générale des députés des communes était indispensable pour proposer les moyens de sauver le pays. Cette assemblée devait s’entendre par ses délégués avec le général Paoli sur ce grave sti|et, et le conseil général délibérerait ensuite. Les choses se passèrent ainsi ; et , comme on pouvait le prévoir, il fut décidé qu’on se mettrait sous la protection de la Grande-Bretagne. Paoli, chargé de cette négociation, écrivit officiellement à sir Gilbert Elliot , membre du parlement et conseiller d’Etat de sa majesté britannique, pour offrir la souveraineté de la Corse à Georges III.

Sir Gilbert Elliot répondit, au nom de son souverain, qu’il acceptait provisoirement cette offre ( 21avril 1794).

Une assemblée générale des représentants des communes s’ouvrit à Cortc le 10 juin 1794; elle y prononça la séparation de la Corse d’avec la France, et déclara vouloir s’unir à la Grande-Breta-

gne; on discuta et on arrêta ensuite les différents articles d’une constitution fort libérale, par laquelle la Corse, soumise à la Grande-Bretagne, en était cependant indépendante et devait être gouvernée par un vice-roi. Cette constitution fut envoyée à Londres pour être soumise à la sanction royale; Georges HI l’accepta dans sa teneur, et nomma pour son viceroi dans l'ile, sir Gilbert Elliot.

Cette nomination contraria beaucoup Paoli,qui s'attendait, dit-on, à être choisi par le roi ; mais, indépendamment de ce motif personnel qui a pu exister, il y en avait un autre , qui était celui de voir le gouvernement d’un pays, où il y avait alors un si grand nombre d’éléments de discorde, aux mains d’un homme qui ne le connaissait pas et qui allait se laisser circonvenir par des influences de toute sorte.

Ce mécontentement de Paoli se manifesta par sa retraite des affaires et par l’isolement dans lequel il affecta de vivre. On insinua à Elliot qu’il seraitdangereux de laisser ainsi bouder sous sa tente un homme d’une si grande influence. Elliot écrivit en conséquenceà sa cour, etGeorges 1 II invita gracieusement Paoli à se rendre à Londres, où on saurait apprécier et récompenser ses services. C’était un ordre d’exil donné par un monarque reconnaissant. Paoli ne pouvait hésiter; il obéit, et abandonna pour la seconde et dernière fois sa patrie (octobre 1795).

L’administration anglaise dura deux ans, et fut signalée par des fautes énormes, dont la plus considérable fut , sans contredit, d’éloigner un homme comme Paoli. Malgré l’or répandu à pleines mains, malgré les places et les honneurs, il y eut toujours des troubles et des soulèvements.

Un an après le départ de Paoli , le général Bonaparte, vainqueur des Autrichiens en Italie, prépara une petite expédition pour reprendre la Corse, où il avait déjà envoyé des émissaires; et il en confia ie commandement au général Gentili. Il n’est peut-être pas d’exemple

dans l'histoire d’une facilité semblable à celle avec laquelle quelques soldats français occupèrent des places garnies d’une forte artillerie et défendues par beaucoup de soldats. On eût dit que les Anglais, saisis d’une terreur panique, craïgnaiout de manquer leurs vaisseaux, tant leur précipitation à s’embarquer était grande. En quelques jours toute la Corse fut: soumise par les généraux Gentili et Casalta , aidés des officiers Bonnelli, Subrini, Barbane, etc. Les chefs principaux du parti anglais s’étaient embarqués sur les vaisseaux qui emmenaient les troupes.

Gentili crut devoir publier un pardon général , et le commissaire ordonnateur Miot, chargé de réorganiser l’administration, fil paraître la proclamation suivante : « Chargé des instructions spé- « ciales du Directoire, je vous porte en « son nom des paroles de paix. Je vous « annonce que son unique désir est de « vous attacher à la grande famille dont « vous avez été trop longtemps sépa- « rés, et de vous faire oublier le plus « promptement possible les maux in- « séparables de l’anarchie sous laquelle « vous avez gémi (novembre 1796). »

Ainsi que l'annonçait Miot, tout fut oublié. L’administration française fut réorganisée; on ne parla plus des Anglais, ou on ne se souvintd'eux que pour vanter leurs largesses.

Miot resta deux ans en Corse; appréciant les malheurs qui avaient désolé ce pays, il le dota de règlements privilégies , et l’exempta de droits de régie. A son départ, la Corse fut de nouveau partagée en deux départements comme elle l’avait été en 1793 : celui du Goto et celui du Liamone. Ces deux départementsont été réunis en un seul en 1811.

Ici finit pour nous l’histoire de la Corse. Des événements remarquables s’y sont passés vers la fin de la République et sous l’Empire; mais ces événements appartiennent à l’histoire général de la France, dont la Corse n’a plus été séparée depuis 1796.

TABLE DES MATIÈRES

Introduction géographique. ■ ■ ■ . ■ . ■ 1

De la division territoriale de la Corse Jusqu'à

■'organisation actuelle 5

BEC a- DES-MONTS.

Arrondissement de Dastfa 4

Arrondissement de Cône. 5

Arrondissement de Calvi. ^

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