MINISTERE CAI.ATHAVA, — CONVOCATION DES
CORTÈS. — VOTE D’USE NOUVELLE CONSTI- TUTION.
L’assassinat de Quesada aurait été suivi ou accompagné, de celui des ministres, si ceux-ci ne s’étaient cachés ou n’avaient pris la fuite pourse soustraire aux poignards de ceux qui les poursuivaient. Beaucoup de personnes qui passaient pour partisans du statut royal furent obligées d’en faire autant, et la chose en vint au point qu’il fut de mode de se cacher, ou du moins de dire avec un certain mystère à ses amis que l’on avait changé de demeure, tant on avait honte de paraître ami des gens qui avaient fait cette nouvelle révolution.
Le cabinet qui prit la direction des
affaires se composait de : don José Maria Calatrava, ministre des affaires étrangères, président du conseil; don Mariano Kjea , aux finances; à l’intérieur, Gil de la Cuadra; à la guerre, le marquis de Rodil ; au ministère de grâce et de justice, don José Landero y Corchado.
Quelques semaines plus tard le ministère se modifia : Gil de la Cuadra passa à la marine. Il fut remplacé à l’intérieur par don .loaquin Maria Lopez ; don Marinno Ejea se retira des finances, dont la direction fut de nouveau confiée à Juan Alvarez Mendizabal.
J.e premier sentiment des ministres, en arrivant au pouvoir, fut la crainte de se laisser entraîner aux excès qui avaient accompagné la révolution de 1820. Ils déclarèrent qu’en rétablissant provisoirement la constitution de 1812, on n’avait pas rétabli la foule de décrets émanes des cortès constitutionnelles'.
La funeste expérience qu’on avait acquise en 1823 remplissait d’inquiétude tous les amis de l'ordre, et si don Carlos se fût présenté en ce moment, offrant au pays les garanties d’une administration ferme ; s’il se fût montré animé d’idées tant soit peu raisonnables , s’il eût fait entendre les mots d’oubli et de tolérance, il eût rallié à son parti la majorité des gens paisibles. Ce moment fut le plus dangereux pour la couronne d’Isabelle; mais elle reçut bientôt un secours inattendu. Ce fut don Carlos lui-même qui ferma la porte à tout espoir de transaction entre son parti et les hommes de bon sens. Avec une stupidité qu’on ne peut comprendre à l’époque où nous vivons, et qui peint bien I aveuglement et le fanatisme des hommes dont le prétendant était entouré, il avait déjà déclaré la Vierge des Douleurs généralissime de son armée. A la nouvelle des événements de la Granja, il lança un décret, ou plutôt une espèce de mandat pastoral , signé à Aspeitia le 25 août et contre-signe par son ministre universel don Juan Bautista Erro; dans cet acte, il ordonnait de faire des prières publiques et secrètes, en invoquant l’intercession de la Vierge des Douleurs pour obtenir l'extermination du parti libéral, qu’il signa-
* Décret royal da 20 août 1838.
lait comme composé uniquement d'hommes impies, Jéroces et ennemis de Jésus- Christ.
En recevant ce singulier document , le gouvernement comprit tout le parti qu'il pouvait en tirer. C’était un secours inespéré, et il s’empressa de le publier dans tous les journaux pour contre-balancer l'effet produit par la nouvelle de tes désastres militaires. A peu près à la même époque, les ministres, dans un rapport a la reine, exposèrent que la constitution ne doit pas être considérée comme une institution politique, mais bien plutôt comme un monument de gloire; qu'il n’est pas un Espagnol qui puisse méconnaître ses imperfections ; ils rappelèrent que cette constitution n’avait été publiée que provisoirement et seulement jusqu’à ce que la nation réunie en cortes eilt manifesté sa volonté. Enfin un décret royal convoqua la nation en cortès generales pour le 24 octobre, et ordonna que les élections fussent faites conformément aux dispositions de la constitution de 1812.
L’ouverture des cortès eut lieu au jour indiqué, et la régente rappela dans son discours que la principale mission de cette assemblée était de réformer la constitution et d'établir les bases de la nouvelle organisation sociale. La commission chargée par les cortès de préparer le projet deconstitution présenta son rapport dans la séance du 24 février 1 837. Miiiano, adversaire déclaré de la révolution de 1836, a dit avec esprit qu’il y avait cependant un moyen de faire de fa constitution de 1812 une constitution parfaite : qu’il suffisait pour cela d'en ôter ce qu’elle contenait de trop et d y ajouterce qui manquait. Ce fut leprocédé adopté par les cortès. On réduisit les trois cent quatre-vingt-quatre articles de la constitution deCadix à soixante-dixneuf ; on écarta du nouveau code les dispositions qui, daus la loi de 1812. énervaient la puissance royale : on y ajouta ce qui manquait , de manière à faire véritablement une loi nouvelle. I* 18 juin, jour choisi pour cette cérémonie, la reine régente prêta serment à la constitution nouvelle, qui fut dans la soirée proclamée solennellement par les autorités de Madrid.
Voici le texte littéral de cette loi, qui
forme depuis dix ans le pacte fondamental de l'Espagne :
Constitution de la monarchie espagnole.
TITRE 1". — Des Espagnol s.
Arl. i,r. Sont Espagnol» : 1° tous les individus nés dans les domaines d'Espagne; 9." les enfants de père ou mère espagnols quoique nés en pays etrangers; 3° les etrangers qui auraient obtenu des lettres de naturalisation; 4" ceux qui , sans les avoir obtenues, auraient acquis domicile dans un endroit quelconque de la monarchie.
La qualité d’Kspagnol sc perd par la naturalisation acquise en pays élraugcr, et par l'acceptation d’emplois conférés par un autre gouvernement saus autorisation du roi.
Arl. a. Tous les Espagnols ont le droit de faire imprimer et publier librement leurs opinions, sans être soumis à la censure, en se conformant aux lois.
La qualification des délits de la presse appartient exclusivement au jury.
Art. 3. Tout Espagnol a le droit "d'adresser, par écrit, des pétitions aux cortès cl au roi de la manière qui sera déterminée par les lois.
Art. 4- Les mêmes codes régiront toute la monarchie; et il n'y aura qu'une seule, juridiction pour les Espagnols dans les jugements ordinaires, tant au civil qu’au criminel.
Art. 5. Tous les Espagnols sont admissibles aux rharges et emplois publies, d'après leur mérite et leur capacité.
Art. 6. Tout Espagnol est obligé de prendre les armes pour défendre la patrie lorsqu’il en sera requis par la loi , et de contribuer en proportion de sa fortune aux charges de l’État.
Art. 7. Nul Espagnol ne pourra être arrêté ni emprisonné , ni enlevé de son domicile ; et nulle visite domiciliaire ne pourra être faite si ce n'est dans les cas prévus par la loi et dans les formes qu’elle prescrit.
Art. 3. Si la sûreté de l'État exigeait daus des circonstances extraordinaires la suspeusion temporaire, dans toute la monarchie, oudans une partie seulement, des disposition prescrites dans les articles précédents, ce cas serait déterminé par une loi.
Art. 9. Nul Espagnol ne peut être jugé ni coudamué par le juge ou tribunal compétent, si ce n'est en vertu de lois antérieures au délit, et d’après la forme que celles-ci prescrivent.
Art. to, La peine de confiscation ne sera
L’UNIVERS
jamais imposée , et aucun Espagnol ne sera privé de sa propriété, si ce n’est pour cause d'utilité publique justifiée et moyennant une indemnité préalable.
Art. it. La nation s’oblige à pourvoir à l’entretien du culte et des ministres de la religion catholique, que professent les Espagnols.
TITRE II. — Des cortis.
Art. ii. Le pouvoir de faire des lois réside dans les cortés avec le roi.
Art. i3. Les cortés se composent de deux corps co-législatifs, égaux en facultés: le sénat et le congrès des députés.
TITRE in. — Du sénat.
Art. 14. Le nombre des sénateurs sera égal aux trois cinquièmes de celui des députés.
Art. i5. Les sénateurs seront nommés par le roi sur une liste de trois candidats proposés par les électeurs , qui , dans chaque province, nomment les députés aux cortés.
Art. 16. Chaque province a le droit de proposer un nombre de sénateurs proportionné p sa population ; mais toutes devront eu avoir un pour le moins.
Art. 17. Pour être sénateur il faut être Espagnol et Âgé de quarante ans accomplis , posséder les moyens de subsistance et remplir en outre les conditions déterminées par la loi électorale.
Art. 1 S. Tous les Espagnols qui réuniraient ces conditions peuvent être proposés pour sénateurs par une province quelconque de la monarchie.
Art. 19. Chaque fois qu’on procédera & l’élection générale des députés tant à cause de l’expiration du terme de leur charge que par suite de la dissolution de la chambre des députés , on renouvellera par ordre d'ancienneté le tiers des sénateurs , lesquels pourront cire réélus.
Art. 10. Les fils du roi et ceux de l’héritier irésomptif de la couronne sont sénateurs i 'Âge de vingt-cinq ans.
TITRE IV. — Du congrès des députés.
Art. ir. Chaque province nommera un député au moins par 5o,ooo Âmes de population.
Art. 11. Les dépotés seront élus suivant le mode direct, et, pourront être réélus indéfiniment.
Art. a3. Pour être député, il faut être Espagnol de l'ordre séculier, Âgé de vingt-cinq ans accomplis, et réunir les autres conditions déterminées par la loi électorale.
Art. 24. Tout Espagnol qui réunit toutes ccs conditions peut être nommé député par une province quelconque.
Art. a5. Les députés seront élus pour trois ans.
TITRE V. — De la réunion et des facultés des cortés.
Art. 26. Les cortés se réunissent tous les ans. Le roi a le droit de les convoquer, de 1rs suspendre et de former leurs sessions , et de dissoudre le congrès des députés ; mais il est tenu, dans ce dernier cas, de convoquer de nouvelles cortés, et de les réunir dans le délai de trois mois.
Art. 27. Si le roi laissait passer une année sans réunir les cortés avant le t” décembre, elles devront s’assembler ce jodr-Ià; et dans le cas où le terme de la mission des députés ex pilerait dans l'année, on commencera les élections le premier dimanche d’octobre pour faire de nouvelles nominations.
Art. 28. Les cortés extraordinaires se réuniront immédiatement si le trône venait à vaquer, et lorsque par une circonstance quelconque le roi se trouverait dans l'impossibilité de gouverner.
Art. 29. Chacun des corps co-législatifs forme le règlement de son organisation intérieure et vérifie la légalité des élections , ainsi que les qualités des personnes qui les composent.
Art. 3o. Le congrès des députés nomme ses président, vice-président, et; secrétaires.
Art. 3i. Le roi nomme pour chaque législature, parmi les sénateurs, les président, vice-président , et le président choisit les secrétaires.
Art. 3a. Leroi ouvre et ferme les cortés en personne ou par ses ministres.
Art. 33. L’un des corps ro-législalifs ne pourra être réuni sans que l'autre ne le soit egalement , sauf le cas où le sénat aurait à juger les ministres.
Art. 34. Les corps co-législatifs ne peuvent délibérer réunis ensemble, ni en présence du roi.
Art. 35. Les séances du sénat comme celles du congrès seront publiques , et ne pourront être secrétas que dans les circonstauces qui exigent de la réserve.
Art. 36. Au roi et à chacun de ccs corps appartient l’initiative des lois.
Art. 37. Les lois sur les contributions et le crédit public seront d’abord présentées su congrès des députés; et si le sénat y fait quelques changements que l’autre chambre n’approuve pas ensuite', la décision définitive des députés passera à la sanction royale.
Art. 38. Les résolutions se prendront à la pluralité absolue des voix dans chacun des corps co-législalifs; mais pour voter les lois,
li présence de la rooilié plus un de la totalité des dépulés est indispensable.
Art. 3p. Si l'un des corps co-législatifs rejette un projet de loi , ou bien si le roi refuse de le sanctionner, aucun autre projet sur la même matière ne sera représenté dans la même session.
Art. 40. Outre la puissance légistative exercée collectivement par les cortès et le roi, elles ont encore les facultés suivantes:
i° Recevoir du roi, de l’héritier présomptif de la couronne, de la régente ou régent du royaume le serment d’observer la constitution et les lois ; a® aplanir tous les doutes qui s'élèveraient en fait ou en droit , sur I ordre de la succession au trône ; 3° d élire utl régent ou la régence du royaume, et nommer un tuteur au roi mineur dans les cas prévus par la constitution; 4“ rendre effective la responsabilité des ministres qui seront accusés par le congrès et jugés par le sénat.
Art. 41. Les sénateurs et les députés sont inviolables pour les opinions et les votes qu'ils ont émis dans l'exercice de leurs fonctions.
Art . 4a . Les sénateurs elles députés ne pourront être poursuivis ni arrêtés pendant la durée des sessions, sans la permission du corps eo-lcgislatif auquel ils appartiendront , à moins qu’ils ne soient pris en flagrant délit ; mais dans ce cas et dans celui où ils seraient poursuivis et arrêtés , et dans l’intervalle des sessions , on devra en rendre compte, le plus tôt possible, au corps co-législatif dont ils feraient partie, afin qu’il en ait connaissance et puisse prendre uue résolution.
Art. 43. Les députés ou sénateurs qui accepteraient du gouvernement ou de la maison royale une pension, un emploi qui ne leur serait pas dû par droit d'ancienneté, une commission rétribuée , des honneurs ou des décorations, seront soumis à la réélection.
TITRE VI. — Du roi.
Art. 44. La personne du roi est sacrée et inviolable et n’est soumise à aucune responsabilité. Les ministres sont responsables.
Art. 45. La puissance exécutive appartient an roi, et son autorité s’étend à tout ce qui a pour but la conservation de l’ordre public dans l’intérieur, et la sûreté de l’État à l'extérieur, conformément à la constitution et aux lois.
Art. 46. Le roi sanctionne et promulgue les lois.
Art. 47. Indépendamment des prérogatives que la constitution accorde au roi, il peut encore : i° rendre des décrets, faire des règlements et ordonnances pour l’exécution des lois ; a® veiller à ce que prompte et bonne
justice soit administrée dans toute l’étendue du royaume; 3° faire grâce aux coupables conformément aux lois ; 4° déclarer la guerre; faire et ratifier la paix , à condition d'en rendre ensuite aux cortès un compte justifié; 5° disposer de la forre armée en la distribuant de la manière la plus convenable ; 6° diriger les relations politiques et commerciales avec les autres puissances; 70 faire fabriquer la monna-e, qui portera son effigie et son nom ; décréter l’emploi des fonds destines à chacune des branches de l’administration publique; nommera tous emplois publics et accorder des honneurs et des distinctions da toute nature en se conformant aux lois; 8" nommer et renvoyer librement les ministres.
Art. 48. Le roi a besoin d’êlre autorisé par une loi spéciale : i° pour aliéner, céder ou échanger une portion quelconque du territoire espagnol; a® pour recevoir dans le royaume des troupes étrangères; 3® pour ratifier les traités d'alliance offensive, ceux rclatifsau commerce, et ceux qui stipuleraient des subsides en faveur d’une puissance étrangère; 4° pour s’absenter du royaume ; 5° pour se marier et pour permettre le mariage des personnes qui sont ses sujets et que la constitution appelle à 1a succession du trône; 6® pour abdiquer la couronne en faveur de son successeur immédiat.
Art. 49. La dotation du roi et de sa famille sera fixée par les cortès , au commencement de chaque règne.
TITRE VII. De la tuccestion au trône.
Art. 5o. La reine des Espagnols est Isabelle II de Bourbon.
Art. 5 1 . La succession au trône des Expagnes sera d’après l'ordre ordinaire de priinogénilure et de représentation , préférant toujours la ligne antérieure aux suivantes ; dans la môme ligne le degré le plus proche au plus éloigné , dans le même degré le sexe masculin au sexe féminin; et dans le même sexe la personne la plus Agée à la plus jeune.
Art. 5a. Si les lignes des descendants légitimes d'Isabelle II ae Bourbon venaient à s'éteindre, sa sœur et ses oncles, frères et sœurs de son père, ainsi que leurs descendants légitimes, s’ils n'étaient poiut exclus, lui succéderont.
Art. Î3. Si toutes les lignes indiquées Tenaient à s’éteindre , d’autres personnes seront appelées par les cortès en consultant l'intérêt de la nation.
Arl. 54. Les cortès devront exclure de la succession toutes les personnes qui seraient incapables de gouverner ou qui seraient cou-
L’UNIVERS
pables de quelque acte entraînant la perte du
droit à la couronne.
Art. 55. Lorsqu'une femme régnera, son mari ne prendra aucune part au gouvernement du royaume.
TITRE VIII. De la minorité du roi et de la régence.
Art. 56. Le roi est mineur jusqu’à l’àge do quatorze ans accomplis.
Art. 57. Si le roi ne peut exercer ion autorité, ou si le trône vient à vaquer pendant la minorité du successeur immédiat, les corlès nommeront , pour gouverner le royaume, uue régence formée d'une, de trois ou de cinq personnes.
Art. 58. Jusqu’à ce que les corlès nomment la régence le royaume sera provisoirement gouverné par lu pere ou la mère du roi, et à défaut de ceux-ci par le conseil des ministres.
Art. 59. La régence exercera toute l'autorité du roi, au nom duquel tous les actes du gouvernement seront publiés.
Art. 60. Sera tuteur du roi mineur l'individu que le roi aura nommé dans son testament, pourvu qu’il soit Espagnol de naissance; s'il n'a nommé personne, la tutelle appartiendra au père ou a la mère, tant que durera leur veuvage. A défaut de ceux-ci , les cortès nommeront le tuteur ; niais cette charge et celle du régent ne pourront jamais être réunies, si ce n’csl dans la personne du père ou de la mère du roi.
TITRE IX. Des ministres.
Art. 61/ Tout ce que Je roi ordonne ou dispose, dans l’exercice de son autorité, sera contre-signé par le ministre compétent, et aucun fonctionnaire public ne mettra à exécution cc qui ne serait pas revêtu de cette formalité.
Art. 6a. Les miuistres peuvent être sénateurs ou députés et prendre part aux discussions des deux corps co-législatifs; mais ils ne pourront voter que dans celui auquel ils appartiendront.
TITRE X. Du pouvoir judiciaire.
Art. 63. Le pouvoir d'appliquer les lois tant au civil qu'au criminel appartient exclusivement aux tribunaux et aux juges, sans qu’ils puissent exercer d'autre emploi que celui déjuger et de faire exécuter les jugements.
Art. 64 Les lois détermineront les tribunaux et les juges qui devront être établis; l’organisation et les attributions de chacuu d’eux, la manière de les exercer, et les condi-
tions requises dans les personnes qui les cora posent.
Art. 65. Les jugements en matière criminelle seront publics, d'après la forme déterminée par les lois.
Art. 66. Aucun magistrat ou juge ne sera privé de son emploi temporaire ou viager, si ce n’est en vertu d'une sentenre exécutoire , ni suspendu de ses fondions que par un acte judiciaire ou en vertu d’ordre du roi, quan'd celui-ci, par de justes motifs, le fera juger par un tribunal compétent.
Art. 67. Les juges sont personnellement responsables de toute infraction aux lois qu’ils commettraient.
Art. 68. La justice s’administre au nom du roi.
TITRE XI. Des députations provinciales et des municipalités.
Art. 69. Dans chaque province il y aura une députation provinciaiecomposèed’un nombre de personnes déterminé par la loi , et ces personnes seront nommées par les mêmes électeurs que ceux des députés aux cortès.
ÿ Art. 70. Chaque ville ou village aura, pour son administration intérieure, une municipalité nommée par les habitants du lieu auxquels la loi accorde ce droit.
Art. 71. La loi déterminera l'organisation et les attributions des députations provinciales et des municipalités.
TITRE XII. Des contributions.
Art. 7a. Tous lesans le gouvernement présentera aux corlès le budget général des dépenses de l’État pour l’année suivante, ainsi que celui des voies et moyens, de même que les comptes du recouvrement et de l’emploi des deniers publics, afin qu'ils soient examinés et approuvés.
Art. 73. On ne pourra imposer ni percevoir aucune contribution qui n'ait été autorisée par la loi du budget ou par tonte autre loi sjiéciale.
Art. 74. Une semblable autorisation est nécessaire pour disposer des projiriéiés de l'État et faire des emprunts sur le crédit do la nation.
Art. 75. La dette publique est spécialelemcnl placée sous la sauve-gardc de l'État. •
TITRE XIII. De la force militaire nationale.
Art. 76. Les cortès fixeront tous les ans, surla proposition du roi, la force militaire permanente de terre et de mer.
Art. 77. Il y aura dans chaque province des corps de milice nationale, dont l’organisation et le service seront réglés d’après une loi spéciale; et le roi pourra, en cas de nécessité,
disposer de cette force dans l'intérieur de la province ; mais hors de ces limites il ne pourra jamais l'employer sans l'autorisation des corlès.
Articles additionnels.
Art. Ier. Les lois détermineront à quelle époque et de quelle manière sera organisé le jugement par jury pour toutes especes de délits.
Ail. a. Les provinces d'outre-mer seront gouvernées par des lois spéciales.
Palais des corlès, Madrid, le 8 juin 1837.
suite ne L’EnréomoN or. comez. — t>é mission UE COUDOYA. — IL EST REMPLACÉ PAR KPARTERO. — SIÉCE DE BILBAO. — IN- CURSION DE ZARATIÉGGI DANS LA CAS- TILLE. — DON CARLOS AUX PORTES DE MADRID. — MAROTO. — ARRANGEMENT DE BEKGAAA. — LA REINE CHRISTINE EST FORCÉE D’ABANDONNER LA RÉGENCE. —
espartero est élu récent. — conclusion.
Il serait trop long et sans beaucoup d'intérêt d’entrerdaus le detail de toutes les operations militaires. Il suffit de signaler les principaux événements de la guerre. Ainsi nous ne suivrons pas dans toutes ses marches la colonne aventureuse de Gômez. Toujours poursuivie pardesforees supérieures, elle leur échappait sans cesse. Au commencement de septembre, Gotuez était passé dans la province de Cuenca, et de la dans la Manche pour se joindre à Cabrera et à d'autres bandes. Le plan de ces chefs était) dit-on, déconcentrer toutes leurs forces, et de marcher ensuite sur Madrid. Mais si tel était leur dessein, on ne leur laissa pas le temps de l’effectuer. Le 19 au matin les troupes de la reine arrivèrent à l’improviste devant Vitia-Robledo , et surprirent Gômez et ses auxiliaires, qui ne s'attendaient pas à être attaqués. Le colonel don Diego Léon, chargeant avec intrépidité à la tête de ses hussards, culbuta la cavalerie carliste, et décida promptement la victoire. Un grand nombre de prisonniers, des armes, des bagages, restèrent entre les mains des christinos, et les carlistes se réfugièrent eu toute hâte dans la Sierra-Morenajmais on eût dit que la défaite qu’ils venaient d éprouver devait seulement stimuler leur ardeur. Ils se dirigèrent par Infantes et Villa-Manrique, arrivèrent le 24 à
Ubcda , le 26 à Baeza, et allèrent le 30 attaquer Cordoue, qui se rendit après une faible résistance. Ils emportèrent, diton , de cette ville d’immenses richesses enlevées aux églises et aux couvents. Ils allèrent ensuite attaquer Almaden, dout ils se rendirent maîtres malgré la résistance de George Plinter,commandant de la colonne d’ Estrémadure. Ils lirent encore ensemble plusieurs expéditions, puis ils se séparèrent au commencement de novembre. Cabrera retourna en Aragon, et Gomez se dirigea vers les montagnes de Ronda. Mais il n’y trouva pas pour les prétentions de don Carlos les sympathies qu'il s’était promises. Il parcourut ensuite l'Andalousie, et s’avauçu jusqu'à A Igéciras et jusqu'à San-Roque. Un détachement de son armée fut atteint et mis en déroute par le général Narvaez dans les environs d’Arcos; cette défaite et celle de Villa-Robledo furent les seules qu’il éprouva pendant sa longue excursion. Enfin, au moment où les généraux Alaix , Narvaez et Rivero croyaient l’avoir cerné au fond de l’Andalousie, il leur échappa tout à coup, et reprit le chemin de la Biscaye. Sa retraite fut aussi admirable que toute son expédition.
Ni Narvaez, ni Aiaix, ni personne 11e réussit plus à l’atteindre, et il arriva sain et sauf à ürduna le 20 décembre, cinq mois et vingt-quatre jours après en être parti. Il ramena en liisaaye plus de monde qu’il u’en avait emineue, et quant au butin qu'il rapporta, sans doute il futassez considérable, puisqu’il permit de payer à toute l’armée carliste la solde arriérée.
Nous nous sommes laissé entraîner à la suite de Gomez. 11 faut maintenant nous reporter au moment où a éclaté la révolution de la Granja. Cordova s’était vu l’objet des attaques les plus passionnées de la part des exaltés, qui lui imputaient le mauvais succès de la guerre, comme s'il ne fallait pas faire entrer en ligne de compte le dénûment complet où l’armée était laissée. Ce général d'ailleurs n’était pas au nombre des partisans de la constitution de Cadix. 11 présenta donc de nouveau sa démission, qu’il avait déjà offerte sous l’administration de Mendizabal. Cette fois elle fut acceptée, et il se retira en France.
Le decret du 20 août qui nommait
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Rodil ministre de la guerre lui conférait également le commandement de l'armée du Nord; maisce général ne pouvait rester à la tête de l’administration et diriger les opérations militaires. Le 10 septembre, le commandement de l’armée du Nord fut donc confié à don Baldomero Espartero, qui fut nommé en même temps vice-roi de Navarre et capitaine général des provinces Basques. Plus heureux que ses prédécesseurs, Esparteroarrivaquand l’ardeur des passions commençait à s’éteindre, quand les ressources des provinces insurgées commençaient à s’épuiser, quand leur dévoueme'ntcornmençait à tiédir. Cependant il y avait déjà trois mois qu'il avait pris le commandement, et nulle action d’éclat n’était encore venue justifier la confiance qu’on avait mise en lui. L’armée e-pagnole, éparpillée à la poursuite de Gomez, désorganisée, démoralisée, semblait condamnée à l’inaction, tandis que les carlistes attaquaient avec la plus rande partie de leurs forces la capitale e la Biscaye. Déjà, on se le rappelle, la fortune du prétendant était venue se briser contre les murs de Bilbao. La ballequi avait frappé Zumala-Carregui était partie de cette ville; et il semble qu’ils devaient craindre de s’en approcher. Cependant elle était si opulente , elle promettait tant de ressources, qu’ils se laissèrent encore tenter par cette riche proie. D’ailleurs, cette fois, ce ne fut plus, comme au temps de Zumala-Carregui, avec cinq pièces mal approvisionnées qu’ils entreprirent le siège. Leur artillerie était formidable, et tous ceux qui s’intéressaient au sort de l'Espagne craignaient à chaque instant d’apprendre que Bilbao avait succombé. On se demandait comment une ville défendue seulement par quelques ouvrages de campagne pouvait résister aussi longtemps. Cependant le siège durait depuis deux mois, lorsque dans la soirée du 22 au 23 décembre Espartero fit embarquer trente-deux compagnies d’élite sur des trincadoures manœuvrées par des soldats de la marine anglaise et conduites par des officiers anglais. Un brouillard épais qui couvrait la rivière empêcha les carlistes d’apercevoir ce mouvement, et la marine anglaise vint débarquer ces troupes d’élite au pont de Luchana, situé sur la rivière ae Bilbao, à six kilo-
mètres environ au-dessous de la ville:
C’était le centre des positions carlistes. Mais comme ce point semblait moins exposé à une agression , et qu’il fallait pour l’attaquer le concours d’une force maritime, il était moins garni de trou-
f>es. Les carlistes, surpris au milieu de eurs positions, se défendirent avec acharnement. Le combat dura une rande partie de la nuit; enfin sur les eux heures du matin , les christinos se trouvant maîtres de tous les points les plus importants, les carlistes furent forcés de se retirer , abandonnant' leur artillerie et toutes leurs munitions. Le succès de cette affaire était dû en grande partie à la marine anglaise ; mais Espartero en recueillit l’honneur ; et en souvenir de cette victoire il reçut le titre de comte de Luchana. La levée du siège de Bilbao aurait entraîné les conséquences les plus funestes pour le parti de don Carlos, si l’armée de la reine avait eu assez de force pour en profiter ; mais des deux côtés on était également épuisé par les efforts Çu’on avait faits; et, comme d’un commun accord, on resta deux mois dans l'inaction; ce fut seulement vers le milieu du mois de mars 1837 qu’Espartero reprit les opérations; mais alors l’influence morale de la victoire était à peu près dissipée. Les carlistes avaient réorganisé leur armée. Le théâtre de la guerre, loin de s’être restreint, s’agrandissait tous les jours :
c’était un incendie qui gagnait de proche en proche, et qui menaçait de consumer toute la Péninsule. On sè battait en Catalogne, en Aragon, dans le royaume de Valence. Don Carlos, avec unepartie de son armée, franchit l’Èbre, traversa PAragon, et passa dans le royaume de Valence; tandis que, pour faire diversion, une dizaine de bataillons et trois cents chevaux, commandés par le général Zaratiégui, après avoir passé ce fleuve à gué, le 22 juillet 1837, pénétra dans la Vieille-Castille, mit à contribution quelques villes des rives du Duero, et vint tout à coup se présenter devant Ségovie, qui n’était pas en état de se défendre. Elle n’avait pour toute garnison que trois cents soldats, deux cents gardes nationaux et le college militaire des cadets établi dans l’Alcazar. Néanmoins la ville ne se rendit qu’après une résistance
honorable. Les élèves du colléges’étaient particulièrement signalés; et non-seulement la capitulation leur accorda de sortir avec armes et tambours battants, d'emporter tous les effets du collège et les bagages des personnes qui y étaient attachées, mais encore les assiégeants les escortèrent, pour leur faire honneur,
K’à deux lieues de la ville. Quant à lice et à la troupe, elles sortirent sans armes; les officiers conservèrent seuls leur épée.
Ces mouvements des carlistes déterminèrent Espartero à revenir à Madrid avec onze bataillons et quelques escadrons. Après avoir rassuré la capitale par sa présence , il en sortit pour aller à la recherche de l’expéditionde don Carlos. Mais celui-ci s’était jeté dans les montagnes de la province de Cuenca, vers le commencement de septembre. Il vint traverser le Tage à Fuentiduena, et arriva en vue de Madrid le 12 septembre 1837. H établit même quelques-uns de ses bataillons à l’octroi de Ballecas *. Il espérait sans doute que sa présence provoquerait quelque mouvement dans la capitale; niais personne ne bougea : ce dut être pour lui un triste désenchantement. Toutes ses espérances chimériques s’en allaient en fumée. Madrid restait tranquille; d’un autre côté, Espartero revenait en toute hâte. Aussi don Cârlos, craignant de se voir couper la retraite, jeta un dernier coup d’œil sur les clochers de la ville royale, et se remit en route le soir même de son arrivée. Il remonta vers le nord pour opérer sa jonction avec la colonne de Zaraliégui , et quand il l'eut atteinte, les deux colonnes réunies se bâtèrent de regagner leurs cantonnements des provinces Basques. Il était certain dès lors , pour les moins clairvoyants, qu’il n’y avait p us pour don Carlos de succès possible ; car il n’avait rencontré partout que la haine ou l'indifférence au lieu de l’enthousiasme qu’il s’était flatté d’exciter.
Aucommenceinentde l’année suivante, don Carlos, fidèle à la tactique adoptée par ses conseillers , envoya une expédition dans les Asturies et la Castille. Il en donna lecommandement au comte de Ne-
’ Ballecas est situé II six kilomètres environ >Q iud-est de Madrid, sur la route de Valence.
gri; mais cette colonne , atteinte par les troupes de la reine dans les montagnes de Burgos, fut entièrement détruite , et Negri put à peine s'échapper avec quelques débris de sa division. Cependant l’année 1838 ne fut pas heureuse pour les armées de la reine. Le général Oraa, ayant été mettre le siège devant la ville de Morella, dont les carlistes étaient en possession, donna deux fois inutilement l’assaut à la ville , et fut obligé de se retirer, emmenant avec lui plus de huit cents blessés.
Ce revers fut bientôt suivi d’un autre malheur. Le 1e' octobre, la division du général Pardinas sortit de Maella par la route d'Alcaniz. Elle était en marche depuis environ une heure, lorsqu'elle rencontra neuf bataillons et cinq escadrons carlistes commandés par Cabrera. Elle fut attaquée, culbutée, mise en déroute; Pardinas, cribléde blessures, dont il mourut bientôt , fut fait prisonnier avec une partie des troupes qu’il commandait, et Cabrera, cédant à ses habitudes de férocité, fit passer par les armes quatre-vingt-seize sous-officiers qui lui étaient tombés entre les mains.
Quelque avantageux qu’aient été pour les carlistes le siège de Morella et la défaite de Pardinas, cependant ces événements ne purent rendre au prétendant le prestige qu’il avait perdu. Depuis la mort deZumala-Carregui, le commandement était passé successivement entre les mamsd’une foule deeheïs: Eraso, Eguia, Villareal , d’autres encore, avaient eu la faveur de don Carlos, puis étaient tombés dans sa disgrâce; car ce prince malheureux , dominé par une bande de moines intrigants et fanatiques, était incapable d’apprécier le mérite et les services de ses plus fidèles serviteurs. Gômez,au retourdesa périlleuse expédition, avaitété arrêté, mis en jugement; et bien qu’il ait été rendu à la liberté, nous n’avons plus trouvé son nom glorieux parmi ceux des défenseurs auxquels don Carlos donnait sa confiance. Cette ingratitude glaça nécessairement bien des dévouements; et quand les provinces insurgées virent ce prince revenir de son expédition contre la capitale sans qu’un village se fût soulevé en sa faveur , elles ouvrirent les yéux , et comprirent le triste jeu auquel elles épuisaient leurs ressources et
» L’UNIVERS
leur repos. Le cri : Paz y fueros! (la paix et nos libertés), qui s était déjà fait entendre, éclata de nouveau. Tous ceux ui appréciaient sainement la position es choses firent des vœux pour la paix, puisque désormais la guerre était sans Dut, et de ce parti se trouvaient le célèbre père Cirile , les généraux Maroto, Viilareal, Urbistoudo, Gomez, Guibelaide, F.guia, Zaratiégui ; mais ils avaient pour adversaires les apostoliques ou absolutistes exaltés , comme le duc de Grenade, Arias Tejeiro, le père Larraga, confesseur de don Carlos, et les chefs Guerguë, lturreza, et quelques autres.
Au retour de son expédition, don Carlos, voulant dunner le commandement à un général qui eilt toute sa confiance , fit choix de Guergué. Maiscette nomination mécontenta l'armée, et le nouveau commandant ayant essuyé quelques revers, don Carlos se vit contraint de lui substituer Maroto, qui était désigne par le vœu général.
Maroto se trouva bientôt dans la position la plus embarrassante. II était en horreur aux hommes qui entouraient le prétendant, ei se voyait dans l'alternative ou de les atterrer pur un coup vigoureux , ou bien d'être écrasé par eux.
Quelques mesures qu'il avait prises ayant vivement alarmé ses ennemis , ceux-ci renouvelèrent leurs plaintes. Ils peignirent à don Carlos les dangers où se trouvaient non -seulement ses prétentions, mais encore sa sûreté et même son existence, et le déterminèrent à prendre des précautions dont la première devait être la destitution de Maroto. Cependant le général ne marchait pas en aveugle; et prévenu de ce qui se tramait, il jugea que le momeut était venu d'agir avec énergie.
Il savait parfaitement quels étaient ses principaux ennemis, et ceux qui étaient nommés pour lui succéder. Il marcha donc en toute hâte sur Estella , remplaça iagarnison par dcstroupesqui lui étaient dévouées , et faisant arrêter les généraux Guergué, Garcia , Sanz, le brigadier Carmoua et l’intendant Urris, il ne leur laissa que le temps de se confesser, et les fit immédiatement passer par les armes.
Ce coup d'une audace feroce jeta la confusion et l eflroi dans le parti apostolique. Dou Carlos ne tarda pas a manifester
son mécontentement par ce manifeste, signé le 2 L février 1839 :
Le général don Raphaël Maroto, abusant de la manière ta plus perfide el la plus indigne de la confiance et de la bonté avec lesquelles je l’aeais distingué , malgré sa conduite antérieure, vient de tourner contre vousmêmes les armes que je lui aTais confiées pour combattre les ennemis du Irène et de l'autel. Fascinant et trompant les populations par de grossières calomnies, il a fusillé, sans jugement, des généraux qui s’étalent couverts de gloire dans celte lutte et des serviteurs qui avaient bien mérite par leurs services et par leur fidelité sans reproche. Il a suppose qu'il agissait avec mon approbation royale, parce que c'était le seul moyeu qu'il eût de se faire obéir.
Maroto a foulé aux pieds le respect dû à ma souveraineté et les devoirs les plus sacrés pour sacrifier avec perfidie ceux qui opposaient une digue insurmontable à la révolution el à l'usurpation, pour nous exposer à devenir les victimes de l’ennemi et de scs trames. Je le dest ittic du commandement de l'armée, je le déclare trailre aussi bien que ceux qui lui prêteraient assistance ou bien lui obéiraient. Les chefs et autorités de toute classe et chacun de vous est autorisé « le traiter comme tel, s'il ne se présente pas immédiatement à répondre devant la loi.
La position de Maroto était épineuse; mais il avait dû la prévoir; il n'avait rien à ménager. Il rassembla donc neuf bataillons, el, à leur tête, se rendit au quartier royal, qui se tenait à Villa- Franca. Don Carlos n'attendait pas un hôte si importun : frappe de surprise et de terreur, il montra la faiblesse la plus indigne d une personne de son rang. Il changea son ministère, et par un decret en date, du 24 il déclara Maroto pur de tout reproche; bien plus, convertissant en éloges les reproches qu’il lui avait adresses, il approuva toutes les mesures prises par le général , ordonna de recueillir et de brûler tous les exemplaires de son précédent décret, enfin ajouta qu’il comptait assez sur le patriotisme et sur la fidelité sans tacite de Maroto pour croire que ce général ne conserverait aucun ressentiment de ce qu'il pouvait y avoir d'offensant dans la precedente déclaration, puisqu'il était rentré en grâce auprès de son roi, et que réparation avait été faite à son honneur outragé. Cette lâcheté acheva de déconsidérer le tuai-
’Qgle
heureux prince qui se prétendait appelé 4 porter la courônne des Espagnes.
Les dissensions qui déchiraient l'armée carliste offraient une occasion trop favorable pour qu’Espartero n’en profitât pas. Il attaqua les lignes qu'elle occupait à Ramalès, pendant que d'un autre côté le général Léon emportait les positions de Belascoain. Le gouvernement, voulant récompenser ces deux victoires, ajouta un titre nouveau à celui que portait déjà le comte de Luchana. Il le nomma duc de la Victoire. Don Diego Léon reçut le titre de comte de Belascoain.
Neanmoins les opérations militaires ne furent pas poussées avec une grande vigueur; mais des négociations très-actives s’établirent entre Maroto et le duc de la Victoire par l’intermédiaire de lord John Ifay.
Maroto remit àM. Jolm llay une note par laquelle il demandait que don Carlos et la reine Christine sortissent également d’Espagne , que le fils de don Carlos épousât Isabelle IL II ofi'raitde reconnaître le gouvernement constitutionnel, avec les modifications qui pourraient être faites par les cortès réunies à cet effet. Il demandait en échange la reconnaissance des fuern.i et In confirmation des grades et emplois de l’armée carliste.
Le gouvernement britannique répondit que ces propositions ne paraissaient pas admissibles ; et il proposa de prendre pour bases de l’arrangement l’éloignement de don Carlos du territoire espagnol. La concession d'une amnistie, la reconnaissance des grades et solde en faveur de l’armée carliste, le serment par les provinces basques et navarraises à la constitution de 1837, la royauté d’Isabelle II, la régence de la reine Chrisline et la conservation des fueros.
Il serait fort difficile de suivre toutes les phases de cette négociation, qui fut plusieurs fois rompue. Il est plus difficile encore de rapporter avec certitude les causes secrètes qui purent influer sur la détermination des parties. Ce qui est certain, c’est que don Carlos fut instruit de ce qui se passait. On lui communiqua les bases qui étaient proposées; mais il ne voulut prendre part à aucun arrangement, et n’eut pas assez de fermeté pour empêcher les conférences. Cepen-
dant le 26 août (1 839), ayant appris que la veille une entrevue avpit eu lieu entre les
iseil, et aucune de l'esprit des troupes , et que le prince devait faire lui-même cette épreuve, tenter de ranimer leur enthousiasme. On fit réunir les bataillons, etdon Carlos, s'étant placé devant la ligne, harangua d’abord les Castillans. Quand il eut fini son allocution, le cinquième bataillon fit seul entendre le cri de : f'ioe le roi. Les autres poussèrent celui de : f'ive le général en chef! Peu satisfait deee résultat, il passa oùétaientles bataillons delà Guipuscoa ; il leur parla de leurs gloires passées, de leur loyauté, de leurs serments ; et quand il eut fini, voyant qu'il n’avait fuit sur eux aucune impression, il demanda aux personnes qui l’entouraient : Est-ce que personne ne m'entendl — Non, sire, lui répondit-on, ilsparlentbasque. Alors il chargea Lardizobal de leur traduire ce qu’il avait dit. Celui-ci, prenant la parole en leur langue, leur cria : Qulronac (jeunes gens ; , cet homme demande si vous voulez la paix ou ta guerre ; répoii dez- lui. — l a paix! l.a paix! s’écrièrent-ils. À peine don Carlos eut-il entendu ces paroles, qu'il tourna bride, et mettant les éperons dans les flancs de son cheval, il reprit promptement la route de Villa-Franea.
Cette fuite laissait Maroto maître du terrain ; mais elle ne tranchait pas encore toutes les difficultés. Le général , prêt à quitter le drapeau du prétendant, pouvait craindre que ses soldats ne voulussent pas le suivre. Une petite comédie fut préparée pour les entraîner.
Unesuspeiisiond’armes avaitété signée.
Espartero en profita pour se transporter à l'endroit où les bataillons carlistes étaient réunis. Il les harangua avec énergie ; « Voulez-vous vivre tous comme des Espagnols sous une même bannière, leur cria-t-il? Tenez, voilà vos frères qui vous regardent , courez les embrasser, comme j’embrasse votre général ! * En disant, il serra Maroto dans ses bras. En voyant cette scène, les soldats poussèrent un cri d’enthousiasme. Ils mirent les armes en faisceaux, et oubliant leurs inimitiés passées ils coururent embrasser les christinos.
deux généraux , il réunit son cor l’on y décida qu'avant de prendre détermination il fallait s’assurer
L’UNIVERS
Le3l août (1839) un arrangement fut signé à Bergara. 11 se compose de dix articles. Dans le premier, Espartero prit l’engagement de proposer aux cortès la concession ou lajmodification des fueros. Dans le second, il promit de faire reconnaître les grades de tous les individus de l’année, tout en leur laissant la faculté ou de servir Isabelle II, ou de se retirer dans leurs foyers.
Cet arrangement ne concernait qu un nombre de bataillons assez restreint, et il restait encore des forces considérables à la disposition de don Carlos ; mais ce prince manquait de l’énergie nécessaire pour soutenir la lutte, et le 14 septembre il se réfugia sur le territoire français.
Ces événements mirent un terme a la guerre qui désolaitdepuis si longtemps les provinces du nord. Ils eurent aussi la plus puissante influence sur la guerre de Catalogne. Ils permirent de concentrer sur un seul point toutes les forces de l’armée de la reine. Cabrera , resserré dans un cercle qui allait chaque jour se rétrécissant, manquant d’argent, de munitions, de vivres, devait nécessairement succomber. Il fut contraint à se jeter en France avec les restes de son armée.
Ces résultats heureux étaient dus aux circon -tances bien plus qu’aux talents ou au courage d'Espartero. Néanmoins il en recueillit tout l’honneur, et acquit en Espagne une influence immense ton ne faisait rien sans le consulter II était , après la régente, la personne la plus puissante du royaume. Mais cette seconde place ne lui suffisait pas ; c'était la première qu’il ambitionnait.
Les modifications apportées à la constitution de 1812 , ou plutôt la constitution toute nouvelle votée en 1837 , avaient été un triomphe de l’esprit modéré sur l’exagération des passions anarchiques; mais comme si le pays se rppentait de ce moment de sagesse, les révoltes, les mouvements populaires, s’étaient succédé sans relâche, et telle avait été la fréquence des agitations , que dans le court espace de trois années oui s’était écoulé depuis la promulgationdu nouveau pacte fondamental six ministères différents avaient successivement occupé le pouvoir.
18 août 1837.
Guerre. Le comte de Lucbana , président do conseil.
Intérieur. José Manuel Vadillo.
Finances. Pio Pita Pizarru.
Marine. Evarisle San-Miguel.
Grâce et Justice. Ramon Salvato.
30 août 1837.
Extérieur. Don Eusebio Bardaji y Azara, président du conseil.
Guerre. Don Evariste San-Miguel, remplacé par don Ignacio Balanzat et ensuite par Don Francisco Ramonet.
Intérieur. Don Rafael Perez.
Finances. Don Maria Seijas.'
Marine. Don Francisco Xavier Ulloa.
Grâce et Justice. Don Juan Antonio Castjeon, remplacé par don Pablo Matavijil.
18 décembre 1837.
Extérieur. Don Nareiso Heredia , comte de Ofalia, président du conseil.
Guerre. Baldomcro Espartero.
Finances. Don Alexandre Mon.
Intérieur. Le marquis de Someruielos.
Marine. Dou Manuel de Canas.
Grâce et Justice. Don Francisco de Castro y Orozco.
6 septembre 1838.
Extérieur. Don Bernardino Fernandez Velasco , duc de Frias , président du conseil.
Guerre. Don Juan Atdama remplacé par Don Isidro Alaiz.
Intérieur. Don Alberto Felipe Valdric Marquis de Valgornera.
Finances. Don José de Quinonez, marquis de Monte-Virgen.
Marine. Don José Antonio Ponzoa.
Grâce et Justice. Don Domingo Maria Ruiz de la Vega.
6 décembre 1838.
Extérieur. Don Evaristo Ferez de Castro , président du conseil.
Guerre. Don Isidro Alaix.
Intérieur. Don Autouio Hompanera.
Finances. Don Pio Pila Pizarro.
Marine. Don José Maria Chacon.
Grâce et Justice. Dou Lorenzo Arrazola.
25 juillet 1839.
Extérieur, Guerre et Justice. Comme au précédent.
Intérieur. Don Juan Martin Carramolino.
Finances. Don Domingo Ximenès.
Murine, Don José Primo de Rivera,
Quoique Espartero appartînt au parti exagéré, et qu’il n’eût pas toujours donné des preuves de son amour pour l'ordre et pour la discipline , la régenté croyait pouvoir compter sur son dévouement, l-es médecins ayant pensé que des bains de mer pourraient fortifier la santé d’Isabelle, dont l’enfance était maladive, désignèrent trois villes : Bilbao, Valence et Barcelone, comme étant celles où ces bains pouvaient être pris avec le plus d'avantage. Ils laissèrent à la tendre sollicitude de la reine mère, le soin de choisir entre ces trois points. Consulté sur celui qui offrait le plus de sécurité, le duc de la Victoire désigna la capitale de la Catalogne. Son conseil fut suivi. I.a reine et la régente quittèrent Madrid le Il juin; elles allèrent s’établir à Barcelone, sans songer aux dangers qui pouvaient accompagner leur absence de la capitale. Les premiers instants de leur séjour à Barcelone furent assez calmes. Espartero, qui venait d’achever la pacification de la Catalogne, s’était rendu auprès delà reine. On s'occupait en ce moment de régler l'organisation des municipalités. Aux ternies de l’art. 71 de la constitution , une loi devait déterminer leurs pouvoirs et leurs attributions. Cependant le projet voté par les cortès semblait au plus grand nombre des communes une atteinte portée à leurs droits et à leurs privilèges. Les progressistes avaient pris sous leur protection les prétentions des communes, et le duc de la Victoire insista auprès de la régente pour qu'elle ne sanctionnât pas la loi , pour quelle changeât le ministère, et pour qu’elle prononçât la dissolution des cortes. Christine ne crut pas devoir se conformer à cet avis. La loi sur les municipalités lui semblait bonne , elle la sanctionna. Alors le duc de la Victoire, donnant le signal d’une résistance factieuse contre une loi votée par les représentants du pays, pria la reine de recevoir sa démission du commandementqu’il exerçait.
A cette nouvelle la populace de Barcelone se souleva. Pour apaiser l’émeute, le duc se rendit au palais et obtint que la reine changeât son ministère, li promit de ne pas quitter Barcelone; et moyennant ees concessions le calme se rétablit dans la ville. Mais l’élan était donné : le 1" septembre, lorsqu’on
24' Livraison. (Espagne.)
reçut à Madrid la nouvelle des événements de Barcelone, le peuple se souleva. La municipalité, d’accord avec la junte provinciale et avec les commandants de la milice, créa une junte provisoire de gouvernement.
Cependant le but du voyage de la reine était atteint ; elle s’était embarquée pour sc rendre à Valence et passer de cette ville à Madrid. Ce fut à Valence qu’elle apprit le soulèvement de la capitale. Alors elle commanda à Espartero de marcher sur Madrid pour y rétablir l’ordre. Espartero ne répondit pas par un refus formel d’obéir; mais il exposa à sa majesté les inconvénients d’une semblable résolution , la nouvelle complication de maux qui pouvait en résulter; et il concluait en priant l’illustre régente du royaume d’accéder au vœu de la nation si clairement exprimé.
Un grand nombre de villes suivirent l’exemple de Madrid , et nommèrent des juntes de gouvernement. La régente essaya vainement de former un nouveau ministère : les révoltés refusèrent de communiquer en aucune manière avec son gouvernement. Dans cette position critique, il ne restait à Marie-Cnristine qu’une ressource, c’était de charger Espartero de former un cabinet et d’accepter la présidence du conseil, en conservant b direction de l’armée. Espartero fit choix des nouveaux ministres, et quand ceux-ci eurent prêté le serment entre les mains de la régente, quand ils lui eurent exposé le programme qu’ils entendaient suivre, la régente, qu’on avait abreuvée d’insultes et de dégoûts, trouva qu'on lui avait rendu le pouvoir impossible ; elle déclara donc se démettre de la régence, et quitta l’Espagne.
Les événements qui ont suivi le départ de la reine sont encore présents à notre mémoire. Ilssont tellement près de nousqu’il n’est pas besoin de les rappeler : tout le inonde sait comment les cortès, chargées par la constitution de pourvoir à la régence , la déférèrent à Espartero.
Ce choix 11e fut pas approuvé par tout le monde. Marie-Christine avait beaucoup de partisans. Le parti modéré , celui qui s’appuyait sur l'alliance de la France, regrettait le gouvernement conciliateur ae cette princesse, et le con-
L’UNIVEÛS.
sidérait comme le plus favorable aux progrès d’une sage et prudente liberté.
Cependant, la reine avait abdiqué le pouvoir; et quoique sa renonciation u’edt peut-être pas été bien libre, elle existait, et tout le monde avait reconnu la nécessité de nommer un régent; mais les cortés ne s’étaient pas bornées à remettre la régence entre les mains d’Espartero ; elles avaient aussi dépouillé Christine de la tutelle de ses enfants , et l’avaient confiée à D. Agustin Argùelles. Cette décision semblait au plus grand nombre un outrage sans utilité. Christine protesta contre cette résolution dans les termes les plus énergiques. Le testament de Ferdinaud VII, dit-elle, m’a confié la tutelleet la curatelle de mes filles pendant leur minorité. Cette nomination, en ce qui concerne la reine doria Isabelle, ma fille , est conforme aux dispositions de la loi 3, au titre 15 de la seconde Parlida, et à l’art. 60 de la Constitution de l'État; en ce qui concerne ma bien-aimée fille l’infaute Maria-Louisa-Fernanda, elle est d’accord avec la loi civile; en sorte que si la tutelle et la curatelle de ces augustes] orphelines ne m’eussent pas été conférées par le testament de mon mari, j’y aurais eu droit en ma qualité de mère veuve par le bénéfice et en vertu du texte précis de la loi... La decision des cortès est une violence et une usurpation de pouvoir. Je ne puis ni ne dois y prêter mon consentement... La seule consolation qui me reste est de rappeler que pendant mon administration beaucoup d'Espagnols ont vu se lever pour eux le jour de la clémence. Tous ont vu se lever le jour d'une justice impartiale; personne n’a eu à redouter celui de la vengeance. A Saint- Ildephonse^ j’ai été la dispensatrice de l’amnistie ; a Madrid, je me suis constamment efforcée de maintenir la paix ; à Valence, j’ai été la dernière à défendre les lois scandaleusement foulées aux pieds par ceux qui avant tout ie monde auraient dd les protéger.
Une lettre adressée au duc de la Victoire était jointe a cette protestation , et reprochait à ce général , en termes fort sévères, d’avoir provoqué la décision relative à la tutelleet de s’être arrogé des pouvoirs qui ne lui appartenaient pas.
Les réclamations de Marie-Christine
firent une vive impression sur l’esprit de ses partisans. Les plus impatients d’entre eux ne tardèrent pas à provoquer des troubles assez graves. Le 2 octobre ils se soulevèrent à Pampclune, et se renfermèrent avec quelques troupes dans la citadelle de cette ville. La garnison de Vitoria suivit le même exemple. Il en fut de même à Bilbao. Trois bataillons de la garde, en garnison à Saragossc, commandés par legénéral D. Cayétano Borso de Carminati, sortirent de la ville, et prirent la route de Pampclune pour se joindre aux insurgés de cette ville.
Le duc de la Victoire répondit par un manifeste aux attaques dont il était l’objet; il menaça les insurgés d’un châtiment prompt et exemplaire. Néanmoins, il ne put empêcher uue conspiration d’éclater à Madrid. Dans la soirée du 7 octobre, plusieurs officiers qui avaient pour chef ostensible le général Coucha se dirigèrent vers le palais avec quelques compagnies de la princesse. Ils essayèrent de pénétrer dans la demeure royale et d’enlever la reine et sa sœur. Pour entrer dans les appartements, ils se dirigèrent par le grand escalier; mais ils y rencontrèrent une résistance à laquelle ils étaient loin de s'attendre. Les dix-huit hallehardiers de garde postés en haut de l'escalier en défendirent l'accès avec une obstination dont on ne put triompher. Il y avait déjà deux heures que durait cette lutte, quand le général Léon vint se mettre à la tête des conjurés.
Toute la bravoure de ce brillant officier ne peut contraindre les hallehardiers à reculer. Cependant la garnison et la milice nationale avaient reçu l’alarme. Elles cernaient l’enceinte du palais. Les conjurés ne pouvaient plus recevoir de secours du dehors ; personne ne s'unissait à eux. Le decouragementse mit parmi les chefs de l’insurrection, qui au point du jour s’échappèrent chacun de leur côté. Quelques instants plus tard les soldats déposèrent les armes. Le général Coucha parvint a se soustraire aux recherches de la police. Presque tous les autres officiers qui avaient figuré dans cette affaire tombèrent entre les mains des gens qui les poursuivaient. Le général Léo»
fut pris , auprès de Colmenar Viejo, par uu détachement de hussards. Le comte
de Requena et le brigadier Quiroga, qui fuyaient sur une charrette, cachés au mn’ieu du charbon, furent découverts et arrêtes par la justice d’Aravaca. Un conseil de guerre fut chargé de juger les prisonniers; la sentence ne pouvait être douteuse : les faits étaient évidents; aussi les principaux chefs de l'insurrection furent-ils condamnés à mort. L’intérêt public s’attacha surtout à l’un des infortunés que la justice venait de frapper. Le général Léon était un des plus braves parmi ceux qui avaient défendu le trône d'Isabelle. La reine elle-même demanda qu’on épargnât la vie de cet infortuné; le chef des” hallebardicrs qui avaient défendu le palais et une foule de personnes de toutes les opinions sollicitèrent également sa grâce. Tout fut inutile : Espartero demeura impitoyable.
Le jugement fut exécuté dans toute sa rigueur. Le général Léon fut passé par les armes.
L’insurrection de Madrid avait été trop facilement réprimée pour que celle de la province persistât longtemps. Plusieurs des chefs qui l’avaient provoquée forent fusillés comme le malheureux général Léon. Toutes ces tentatives, aussi maladroitement exécutées que follement conçues , furent unanimement blâmées par les hommes sensés. Elles n’étaient pas l’œuvre d’un parti , mais seulement l’ouvrage de quelques individus qui se figuraient que le sabre peut trancher toutes les questions. Aussi les exécutions sanglantes par lesquelles Esnnrtero avait cimenté sou autorité inspirèrent une pitié générale pour les victimes, sans intimider personne. Elles ne mirent pas le régent à l’abri des attaques les plus vives, et nous avons vu ce chef ambitieux forcé de rendre à son tour le pouvoir au parti de la modération. Les circonstances qui ont accompagné la majorité de la reine, son mariage et celui de sa sœur sont des événements si récents qu’ils sont dans la mémoire de tout le monde. Nousn’avonsdoncplusrien adiré pour le passé ; ce qui nous reste à exprimer, ce sont nos souhaits , nos espérances pour l'avenir. Puisse la jeune princesse qui règne sur les Espagnes, instruite par le souvenir de tous les maux ue son pays a soufferts , développer ans ses Etats les principes d’ordre, de
fnodërntion et de sage, liberté qui assurent en même temps la prospérité des peuples et la grandeur des rois; puisse-t-elle faire le bonheur de ses sujets! C’est un des vœux les plus ardents de mon cœur ; car l'Espagne est, après ma patrie, le pays qui tient le plus de place dans mes aftections *.
1 Tous ces événements sont tellement récents ue je n’ai pas cru devoir entrer dans plus e détails. Les personnes qui voudront connaître d une manière plus approfondie l'histoire contemporaine pourrunt consulter les ouvrages suivants :
MANUEL GodoV, Mémoire! de U. Manuel Codoy, prince de la Paix ; Paris , 1836 , 4 vol. iu-8. Lloheate (Neilerto) , Mémoires pour serrlr à l'histoire de lu révolution d' Espagne ; Paris, ISH, 3 vol. in-8°.
ür.PluDT. Mémoires historiques sur In révolution d'Espagne ; Paris, 1SI6, t vol. In-S".
Cevallos et ESCOIQOIZ (Mémoires de'); Paris, ISIS, I vol. ln-8*.
Azanza V O - F a K K 1 LL ( .V emu i res de ); Paris, ISIS,
I voL in-8”.
J)eToreho, Histoire du soulèvement, de la guerre et de tu révolution <ï Espagne ; Paris, 1635,
6 vol. in-8°.
SahraZin, Histoire de la guerre d'Espagne et de Portugal, 1 vol. in-8°; Paris, 1814.
J’ai indiqué page 173 les auteurs qui out rendu compte du siège de Saragosse.
Historia de la vida y rcinado de Fernando Fl 1 " * de Espaùa ; Madrid, 1843, 3 vol. in-4°.
Le vicomte de Mautionao, Essai historique sur la révolution d' Espagne etsur l'intervention de 1833. Le lar volume a seul été publié ; Paris, 1833.
MiKano , Examen critico de las reooluciones de Espaha de 1830 à 1833, y de 1830.
Les Jugements portés par MlAano dans le premier volume de cet ouvrage sont empreints de sagesse et de modération. L’auteur y fait une appréciation équitable des acles et des individu».
Cette première partie a été traduite avec beaucoup de talent par M. de Blossev ille.
La seconde partie de l’ouvrage, celle qui a trait a la révolution de 1836, a été écrite sous le coup d’événements uui paraissent avoir blessé vivement les sympathies de l’auteur. Ses jugements sont quelquefois passionnés ; les fait* ne sont pas toujours présentés avec autant d’impartialité.
Cuhti , La spagna d'all’ordinamenlo dcllc sortes nel 1813 fino all’anno 1835; Lugano, 1830,
I vol. in-12.
Marliani, L'Espagne et ses révolutions ; Paris, 1833, I vol. in-8".
Historia contempnrunea de la remlueiun de Espaha para servir de eonlinuuCwn a la Hisloria de Toreno, por una sociedad de lltera* tos ; Madrid, 1843, î vol. in-S'ideux colonnes.
L’UNIVERS
A LC A LA GaLIAKO* Histuria de Esfuiim dcsde loi tiempos f/rimilivos husta ta tnayoria de doiia Isa bd II; 6 vol. in-8°; Madrid, 1845.
Bentham Jérémie, Essais sur ta situation politique de l'EsfMfjne; Paris, 1823, I vol. in-8®. Ouvrage très-mediocre, malgré la célébrité de son auteur.
GALLI. Mémoire sur la dernière guerre de Catalogne, par Florent («alli, aiue de camp du général Mina; Paris, 18*28, 1 vol. in«8\
PERALTA Bemto, Détails des faits les plus mémorables de la dernière que rrc civile d’ Espagne, depuis 1833 jusqu'en 1840 ; Arbois, 1842. Cette brochure porte sur la couverture le titre de : Don Carlos et ses héroïques défenseurs ; elle est écrite avec toute l'exagération de l’esprit de parti. Elle m’a paru contenir des accusations injustes et des faits déualurés.
Galerie Espagnole , ou Notices biographiques sur les membres des coHés et du gouvernement; Paris, 1823, 1 vol. in-8° de huit feuilles et demie. Ce petit ouvrage est excessivement commode : il contient beaucoup de faits; malheureusement il n'est pas écrit avec une parfaite impartialité, et n’est pas aussi complet qu’ou pourrait le désirer.
Isidore Macuès, Don Carlos et scs défenseurs , collection de 20 portraits, avec une notice bio-
graphique sur chacun des personnages , Paris, 1837, in-4*.
Cordova. Memoria justijlr.ativa del general Cordova ; Paris, 1837, i vol. in-8*.
HlRAKLORÈS , Memorias para eseribir la his toria contemporanea de loi sic le primerai anos del reinado de lsabel II; Madrid , 1844 , 2 vol. in-4°.
Charles Didier, Une année en Espagne; 2 vol. in-8°, Paris, 1837.
Adolphe Gieroult. Lettres sur V Espagne ; Paris, 1838, l vol. in-8°.
Hen.ningsen, Mémoires sur Zumala-Carregui 9 par Charles Frédéric Henningsen, capitaine de lanciers au service de D. Carlos , traduit de l’aoglais; *2 vol. lo-8°; Paris, 183C.
Z vr ati Ed i. Vida y hechos de D. Tomas Zumala-Carregui, por et général D. J. A. Zaratiégui; I vol. in-8°, Paris, 1845.
Cet ouvrage et celui d’Henningsen sont écrits
sans passion, sans esprit d’exagcralion; ce sont
deux livres remplis de détails curieux
Secundo Flore/.. Espar tero, his toria de su vida mi/itar y polttica y de los grandes suc a as conlemporaneos , eserita por J. Seguudo Flore/; Madrid, 1844-40, 3 vol. iu-s°.
PELL1FR, Du mariage d* Isabelle II ; iu-8% Paris, 1843.
Les mesures de longueur, de superficie ou de capacité varient de nom et de dimension suivant les différentes parties de la monarchie. Le séjour des Français en Espagne, s’il se fût prolongé, n’eût pas tardé à amener l'uniformité dans les poids et mesures ; mais ils n’ont pas eu le temps d’opérer cette utile réforme , et les Espagnols l’attendent encore.
Voici celles des mesures espagnoles ui sont le plus en usage, avec leur réuction en mesures décimales de France.