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ABB08DISSEHENT DE BASTIA

L’arrondissement de Bastia est le plus populeux de la Corse : on y compte 60,000 habitants, répartis en 12 cantons subdivisés en 72 communes : il renferme les anciennes provinces du Cap-Corse, du Nebbio, la Casinca, une partie d’Ampugnani et Cervione. C’est l’arrondissement le mieux cultivé et le plus riche en industries diverses. Il est borné au nord et à l’est par la mer de Toscane, à l’ouest par la mer de France, au sudouest par la Balagne, au sud et au sudest par l’arrondissement de Corté.

Bastia, chef-lieu de l’arrondissement, la ville la plus considérable de la Corse , sous le rapport de la population et du commerce, renferme environ 15,000 habitants. Fendant les longues guerres qui ont agité la Corse, elle a presque toujours appartenu aux Génois, qui y tenaient une forte garnison; elle se divise en deux quartiers, l’ancien et le nouveau, Terra-f'ecchia et Terra-Muova.

La vieille villeest bâtie suruneéminence, du côté de la terre; ses rues sont étroites et d’une pente très-rapide. La nouvelle ville, assise au bord de la mer, se distingue par l’élégance de ses constructions et par son pavé, construit en pierres de Brando , dalles inagniliques, ressemblant à du marbre jaspé. Bastia ren-

CORSE

ferme plusieurs églises dans le goût moderne de l’Italie, remarquables par la richesse des dorures et des boiseries. Cette ville a été et sera peut-être toujours la plus commercante ae la Corse. Située en face de l’Italie, avec laquelle elle a de fréquents rapports , entourée de villages populeux et riches, elle trouve un débouché certain à son commerce d'imortation et d’exportation. Les ehamres viennent de voter trois millions pour l’amélioration de son port, qui, offrant désormais un mouillage sur, développera le mouvement maritime et créera pour la ville des ressources ignorées.

Le Cap-Corse fournit en très-grande abondance des fruits que l’on exporteet du v in cuit dont le débouché se trouve en Italie, où, après l’avoir manipulé, on le débite comme vin d’Espagne. Les habitants du Cap-Corse sont en général fort doux et très-industrieux : ils aiment le commerce et les dangers de la mer ; ils font le cabotage avec l’ItalieetlaFrance. Un certain nombre d’entre eux émigre tousles ans pour l’Amérique, où quelques négociants de cette province ont fait des fortunes colossales.

Le territoire du Cap-Corse, formé énéralementdeterrains intermédiaires, ont la roche principale est le schiste talqueux , ne permet guère d’autre culture que celle des arbres fruitiers et de la vigne. Il renferme plusieurs mines de fer, d’antimoine, de plomb argentifère, de manganèse oxydé noir, susceptibles d’exploitation.

Le Nebbio est riche en oliviers, en fruits et en céréales : ses habitants paraissent avoir perdu le caractère turbulent et factieux qu’ils avaient au temps de Filippini ; il jouit aujourd'hui d’une assez grande tranquillité. Cette province, où la culture est très-avancée, est malheureusement sous l'influence des marais insalubres de .Saint-Florent, ancienne ville, aujourd'hui presque abandonnée, et qui cependant pourrait acquérir une grande importance.

La Casinca est, relativement à sa population et à son étendue , la plus riche province de la Corse : elle produit en très-grande quantité des céréales , des fruits, des vins; ses jolis villages respirent le bien-être et l’abondance. Le

voisinage de Bastia , la commodité des routes et de la mer , les relations établies depuis longtemps avec le continent, ont adouci les mœurs de ses habitants.

L’arrondissement de Bastia est le plus civilisé de la Corse, civilisation qu'il doit à son activité commerciale et à son voisinage de l’Italie.

ARBOND1SSEMENT DB COHTB.

L’arrondissement de Corté est le plus étendu de la Corse : il a pour limites à l’ouest-uord-ouest la Balagne, et au sud le fleuve de Solenzara ; il suit la chaîne de montagnes du système transversal dans le sens de l’ouest au midi. La mer de Toscane le limite à l’est ; au nordnord-est, il eonfineavec l’arrondissement de Bastia par les Costières, A mpugnani et Campoloro. Il est formé de cette partie de la Corse anciennement appelée Terre de Commune, etqui renfermait, entre autres provinces, Venaco, Fiumorbo, Rogna, Campoloro, Bozio, Alesani, Orezza et une partie d’ Ampugnani. Sa population est de 50,000 habitants, répartis en 102 communes , renfermées en 15 cantons.

L’arrondissement de Corté , quoique le plus vaste de la Corse, en est en même temps le moins riche. Cela tient à ce que, djune part, les terrainsde l’intérieur sont maigres, peu fertiles et coupés de montagnes généralement dénudées; et d’autre part, à ce que l’immense plaine d'Aléria, qui avoisine la mer, et qui pourrait à elle seule, nourrir toute la Corse, n’est cultivée qu’en partie, à cause des marais qui la couvrent et en rendent le séjour presque mortel.

Corté, qui est le chef-lieu de l’arrondissement , ne contient guère que 3,000 habitants. Paoli y avait établi le siège du gouvernement national. Par sa position centrale, cette ville aurait inllué sur le reste de l’île, et la civilisation aurait rayonnéducentreauxextrémités, au lieu de venir des extrémités au centre, ce qui ne pourra se faire que très-lentement. Corté paraît avoir étéenticrement oubliée par l’administration. Si l’on y avait placé le siégé de quelque administration importante , cela eût été d'un grand avantage pour les habitants de la Corse entière, obligés quelquefois à des déplacements considérables. Bastia et Ajaccio ont jusqu’ici tout absorbé. Se-

L’UNIVERS

rait-ee par hasard parce que Corté ne fournit qu’un petit nombre d’électeurs et qu’elle n’est d’aucune valeur pour la députation? Si cela était, nous ne pourrions que déplorer la condition de ce pays, auquel se rattachent des souvenirs précieux de dévouement à la France, et qui est admirablement placé pour devenir le fover le plus puissant de civilisation de fa Cor-ie.

Les provinces les plus remarquables comme caractère que renferme ^arrondissement de Corté sont le Niolo,Orezza et le Fiumorbo.

Le Niolo, situé dans les hautes montagnes limitrophes de la Balagne, est sans contredit le pays le plus original de la Corse, tant à cause de l'âpreté de la nature physique qu’à cause des moeurs de ses habitants. La végétation y est celledes pays au Nord. La terre, couverte de neige une grande partie de l’année, fournit cependant du seigle et quelque peu de blé. On y trouve les deux lacs d’Ino et de Creno , qui sont comme les deux grands réservoirs de la Corse. Le premier donne naissance au Golo, qui , allant de l’ouest au nord-est, se jette à la mer dans la plaine de Mariana; le second donne naissance au Tavignano et au Liamone. Le Tavignano descend rapidement et presque à pic dans la 'direction de l’ouest à l’est, reçoit dans sa course laRestonicaetle Vecchio, et va se jeter dans la mer à Aléria. Le Liamone rend une route opposée, descend d'aord dans la direction de l’ouest, puis, déviant de son cours, va se jeter a la mer au sud -ouest, dans une plaine à laquelle il a donné son nom.

Les Niolini ( habitante du Niolo ) sont presque tous grands et bien faits; ils ont les yeux bleus, les clieveux blonds, et en général le type des hommes du Nord, ce qui se rencontre beaucoup plus communément en Corse qu’on ne se le ligure ordinairement. Ils sont vêtus à l’ancienne mode du pays, en drap de poil de brebis tissu par leurs femmes. Ils sont presque tous bergers et essentiellement nomades, lis parcourent avec leurs troupeaux tout l’arrondissement de Corté , et un peu aussi ceux de Calvi et d’Ajaccio. Us ne rentrent guère chez eux qu'une ou deux fois par an et ne quittent ce genre de vie que lorsque la

maladie ou l’extrême vieillesse les condamnent au repos. Les Niolini ne se nourrissent que de laitage et de châtaignes, qu’ils peuvent se procurer partout en échange de fromage, et dont letransport d'ailleurs n’est pasembarrassant. Ils couchent sur la dure et n’ont souvent pour s’abriter que leur pelone , manteau à capuchon , usité par tous les bergers de l'ile et par la plupart des paysans. Les femmes du Niolo ont conservé leur ancien costume, qui est une robe montante et à petit corsage, en drap corse pour les pauvres, en drap vert ou noir de fabrique étrangère pour les femmes aisées, et en une petite coiffe de drap ou de velours, qui ressemble assez à une calotte.

Les habitants d’Orezza , renfermés dans un territoire ingrat, et n’ayant d’autre ressource que celle de leurs châtaigniers, se sont adonnes à l'industrie; ils sont, en général, muletiers. Ils fabriquent aussi des meubles et des ustensilesde meuagedont ils fournissent presque toute la Corse. Il y a quelques aimées qu'Orezza était le seul pays de la Corse où l’on fabriquât du fer. ürezza possède plusieurs sources d'eaux minérales acidulées se rapprochant de celles de Vichy. On y trouve aussi des carrières de vert antique, facile à travailler, et dont on fait de jolis ouvrages.

Le Fiumorbo, province fort étendue , confine au nord avec la plaine d'Aléria, cpii a été longtemps sa tributaire, à louest avec les montagnes du sytème transversal, au sud avec l’arrondissement de Sartène, et à l’est avec la mer. Ce pays renferme beaucoup de bois etdes plaines d’une grande fertilité.

Les habitants du Fiumorbo avaient autrefois une détestable réputation, justement méritée par leurs brigandages à main armée sur leurs voisins. Ils étaient dans l'habitude d’arriver en très-grand nombre, au moment de la récolte des blés, dans la plaine d'Aléria , d’v charger leurs bêtes de somme et de s’en retourner chez eux sans crainte d'être inquiétés. Ils devaient à la nature des lieux qu'ils habitaient de vivre dans l’impunité. Le Fiumorbo était aussi le refuge des bandits qui se trouvaient traqués dans les autres parties de l’ile. Depuis quelque temps, cet état de choses a chan-

CORSE

gé. Le gouvernement a fait des travaux qui ont, pour ainsi dire, renouvelé la face du pays (e). On a percé des routes , bâti des" casernes, créé des postes militaires , établi des écoles, réprimé avec sévérité le brigandage et encouragé l'industrie. Les défrichements , qui s’y sont multipliés , offrent assez de ressources aux Habitants pour qu’ils n’aient plus besoin de leurs voisins.

Aujourd'hui le Fiumorbo est aussi civilise que les autres parties de l'île, et l’on peut y voyager avec la plus grande sécurité. On trouve dans cette contrée , à l’endroit appelé Pietra-Pola , des eaux thermales merveilleuses pour les maladies cutanées.

ABBONDISSEMENT 1)E CALVI.

Le troisième arrondissement du Deçà des Monts, le moins considérable en étendue et en population, est celui de Calvi. Il ne renferme qu’une population de 22,000 habitants, et n'est formé que d'une seule province, la Balagne, à lauelle on a jointlapicvede Giussani, une es plus riches en bestiaux de la Corse. Il est borné au nord par la Méditerranée et l’arrondissement de Bastia; à l'est, par les montagnes du système transversal ; à l’ouest, par la mer ; et au sud, par l’arrondissement d’Ajaccio.

On a dit que la Balagne était le jardin de la Corse , et cela a été vrai pendant longtemps; aucune partie de l'ile n’est, en effet, encore en ce moment, mieux cultivée, et nulle part on n’a su tirer un meilleur parti du terrain, assez maigre d'ailleurs. Mais la Balagne est aujourd'hui ce qu’elle était il y a vingtcinq ans, ce qu’elle sera encore longtemps : elle est à peu prés arrivée au plus grand développement agricole qu’elle puisse atteindre, parce qu’elle est limitée par l'étendue et la nature de son sol ; tandis que les autres parties de la Corse, où la terre est beaucoup plus fertile, s’améliorent tous les jours davantage, et offrent des ressources inépuisables à l’industrie.

La Balagne se divise naturellement en deux parties, la Balagne supérieure et

(e) On commença à s'occuper du Fiumorbo en 1826 ; et celle province dul une grande parité de eos améliorations a l'intelligente et active administration de H. le sous-prefet Arman.

la Balagne inférieure. La première comrend l«*s villages renfermés entre le mont aint-Antoine et la mer, du nord-est au nord-ouest, et entre le fleuve d’Ostriconi et Lumio, du nord au midi. Elle est arrosée par le fleuve Regino, qui la traverse en courant sans la fertiliser : sa principale richesse consiste en oliviers.

L'Ile-Rousse petite ville qui renferme 1,500 habitants, peut être considérée comme la capitale de la Balagne supérieure: elle n’était, au commencement du gouvernement de Paoli, qu’une petite bourgade de pécheurs. Paoli, que l’obstination de Calvi avait irrité, encouragea de toutes ses forces la colonisation de i’Ile-Rousse, et réussit assez bien pour voir de son vivant ses espérances réalisées. Il avait dit qu’en fondant l'Ile-Rousse, il plantait les fourches qui devaient servir a pendre Calvi (ho pianfatole f arche per (mpiccar Calai).

L'Ile-Rousse est devenue bientôt, eneffet,

Îiarsa position le centre du commerce de a Balagne. Les villages des environs y ont envoyé leurs huiles; de riches négociants s’y sont établis, et y ont commencé des bâtisses qui ont été toujours en augmentant Aujourd’hui, c’est une des plusjolies villesde la Corse, etl’on estime a pins d’un miliion l’exportation qu’elle fait annuellement des huiles.

Non loin de l'Ile-Rousse est une petite ville tombant en ruine, appelée l'Algajoia, et dans le territoire de laquelle se trouvent les carrières de granit rosé dont on a fait le soubassement delà colonne Vendôme, et dont on fait aujourd’hui la colonne destinée au monument de l’empereur à Ajaccio.

La Balagne inférieure est bornée , au nord-est, par le Monte-Grosso, suite de la chaîne de montagnes du système transversal, et au nord-ouest, parla mer;elle est séparée au nord , de la Balagne supérieure, par un rameau du Monte-Grosso, sur lequel sont assis Lumio, Monte- Maggiore, Cassano, Zilia, etc. ; au midi, la plaine du Marsoliuo la limite avec le Delà des Monts. Quoiqu'elle possède un assez grand nombre d’oliviers, elle en a beaucoup moins cependant que la Balagne supérieure; en revanche , elle est

tj) On lui a donné ce nom d’un petit Ilot, roc de couleur rougeàlre qui se trouve en face du la ville , a une distance de quelques métrés.

L’UNIVERS

plus riche en céréales, en vins et en bois.

Cnlvi, ancienne ville très-forte, bâtie sur un rocher qui s’avance en pointe dans la mer, et chef-lieu de l’arrondissement, ne renferme guère plusde 1,500 habitants. Cette ville, colonisée autrefois par les Génois, auxquels elle demeura toujours attachée, a montré envers la France un rare dévouement, qui justifie l’inscription gravée depuis des siècles en lettres d'orsursa porte d’entrée : Cioitat Calvi semper fidelis. En 1794 , elle était occupée par les troupes républicaines.

Lorsque les Anglais cherchèrent à s’en emparer, elle se défendit vaillamment contre la llotte qui l'attaquait par mer et contre les batteries anglaises, placées sur le Mozello, qui la foudroyaient du côté de la terre. Elle reçut plus de quatre mille bombes , qui abîmèrent toutes les maisons et en firent un monceau de ruines. Le commandant delà garnison , Casabianca , voyant qu'une plûs longue résistance, non- seulement devenait impossible, mais qu’elle serait infructueuse, obtint une capitulation honorable, dans laquelle il fut dit que l'inscription ue serait point effacée. *,

Calvi ne s'est point relevée deses ruines’, et c’est vraiment un triste spectacle que de voir ces maisons criblées par les bombes, dont les pans de murailles portent encore çà et là des vestiges d’anciennes peintures , et sur lesquels croissent les plantes parasites des tombeaux abandonnés.

Les habitants de la Balagne sont actifs et très-industrieux. La plupart sont tragolini, c’est-à-dire muletiers. Dans les années de récolte médiocre, ils vont vendre leur huile sur tous les points de la Corse. Quand leur provision est épuisée, ils chargent sur leurs mulets la denrée abondante en l’endroitoù fisse trouvent, et vont la revendre ailleurs, avecquelques sous de bénéfice. Pendant la saison des vendanges, ils accourent avec leurs mulets dans les lieux où les moyens de transport sont rares , et se font payer assez cner leurs services.

L’abondance des huiles et l’industrie des tragolini font entrer beaucoup d’argent en Balagne, et cette richesses donné au pays un aspect d’aisance et de bienêtre qui ne se rencontre nulle part ailleurs dans le département, si ce n’est dans la Casinca. '

Les habitauts de la Balagne ont des mœurs douces et polies. Ils se ressentent beaucoup du continent italien, avec lequel ils ont eu longtemps de fréquents rapports. Isolés, pour ainsi dire, du reste de la Corse par de hautes montagnes et des espaces immenses de terres incultes , ils se sont formés par le commerce et par le contact des étrangers qui tous les jours viennent s'établir chez eux.

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