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ARRONDISSEMENT D* AJACCIO

Le Delà des Monts ne renferme que deux arrondissements, celui d'Ajaccio et celui de Sarlène. Ajaccio comprend les anciennes provinces de Vico de Cinarca et d’Ornano. Sartène est presque entièrement formé des anciennes seigneuries d’Istria et de la Rocca.

L’arrondissement d’Ajaccio renferme une population de 48,000 habitants, répartis en douze cantons, divisés en soixante-douze communes. Il est borné, au nord, par l’arrondissement de Calvi et par les montagnes du système transversal , qui le séparent de celui fie Corté, dans le sens du nord-est au sudest; au sud, par l'arrondissement de Sartène ; à l’ouest, nar la mer.

Ajaccio, chef-lieu du département, patrie de l’empereur Napoléon, renferme environ 10,000 habitants : elle est située nu fond d'un golfe majestueux, et possède un des plus beaux ports de la Méditerranée. Les Romains l’appelaient Urcinum, à cause des poteries

?|ue l'on y fabriquait; elle était autreois située’ plus au nord , à l’endroit que l’on appelle Castel-Vecchio, et où l’on a trouvé encore des vestiges d’anciennes habitations et d’anciennes sépultures. Le marais des Salini, desséché seulement depuis quelques années, en rendait le séjour très-dangereux. C’est ce qui, joint à des motiis politiques, engagea, en 1495, la compagnie de Saint-Georges à faire bâtir quelques maisons sur la langue de terre qui s’avance dans la mer. Les habitants de l'ancien Ajaccio l'abandonnèrent sans difficulté, pour aller s'établir dans un lieu qui leur offrait de précieux avantages.

Jusqu’à l’arrivée des Français, en

CORSE

1 764, la ville d’Ajaccio n’offrit rien de remarquable. Sa cathédrale, monument du seizième siècle, était, avec le séminaire, le palais épiscopal et le collège des jésuites, les seuls édifices qu’elle possédât. Après la conquête, la ville commença à sortir de l’étroite enceinte dans laquelle elle se trouvait renfermée : ses murs furent abattus ; les jardins qui l’entouraient durent se reculer, pour faire place à la route royale qui devait relier Ajaccio à Bastia, en traversant l’ile du nord-est au sud-ouest.

Une caserne spacieuse fut bâtie sur le bord de la route , au coin de la place Saint-François. L’ancien couvent des frères mineurs devint un hôpital.

Quelques nouvelles bâtisses commencèrent à donner à la ville un autre aspect. Cependant, ce ne fut guère que dans les dernières années de l’empire, et sous la restauration, que la ville prit une extension vraiment surprenante.

On construisit un quai, qui malheureusement est resté inachevé. Des deux côtés de la route royale , et tout autour de la place de l'Orme, au milieu de laquelle s'élève une gracieuse fontaine, on bâtit de très-belles maisons. Sous l’administration de M. de Lantivy, dont le zèle était si ardent, furent jetés les fondements de la préfecture, du théâtre et de l'hôtel de ville. Ces trois monuments, achevés aujourd'hui, forment le plus bel ornement de la ville, et ne seraient déplacés dans aucune ville secondaire de France. La préfecture surtout est magnifique et admirablement bien située. La voûte du théâtre est bâtie en pierres de taille et très-bien disposée pour l’acoustique.

Depuis quelques années, Ajaccio a vu s'augmenter ses monuments. Le grand et le petit séminaire, la caserne de la gendarmerie et l’ecole normale pour les instituteurs primaires, le palais Fesch, ont encore reculé et embelli la ville.

Chaque jour s'élèvent de nouvelles bâtisses élegautes et commodes, qui semblent inviter la population à quitter les vieux quartiers, pour jouir de I. air et des commodités de la vie. Le centre de la ville va être bientôt déplacé , car, depuis quelque temps, il tend à se porter vers la grande route et le faubourg. La sévérité de la loi sur les servitudes mi-

litaires , empêchant la construction ou la réparation des bâtiments dans un certain rayon, a contribué et contribue beaucoup tous les jours à ce déplacement.

Cette ville possède une bibliothèque , fondée sous l’empire par les soins de Lucien Bonaparte, et enrichie depuis de dons particuliers, et un musée de mille tableaux, légués par le cardinal Fesch, à qui la ville doit beaucoup de reconnaissance.

Ajaccio, dont les rues larges et droites sont pavées en très-beau granit, et qui possède deux belles promenades , l’une au nord, plantée d’orangers sauvages’, l’autre du côté de l’ouest, au bord de la mer, est non-seulement la plus jolie ville de la Corse , mais elle ne tardera pas à devenir une des plus jolies villes de la France.

Si l’on fait d'Ajaccio, comme il en est question depuis longtemps, comme l’exige l’intérêt général , une succursale du port maritime de Toulon, cette ville joindra bientôt â la beauté du séjour les ressources des grands centres d'a<5tivité.

Les provinces qui composent l’arrondissement d’Ajaccio sont abondantes en toutes espèces de produits agricoles.

Cependant, elles fournissent plus particulièrement d’excellents vins et des céréales qu'on exporte à Marseille.

La province de Vico, qui, du fleuve de Liamone s’étend jusqu'à la Balagne, est riche en blés et surtout en bois.

C’est dans cette province que se trouvent les forêts de Perticato, Libio, Tritore, Aîtona. Guagno, village considérable, presque entièrement peuplé de bergers, produit en très-grande abondance des châtaignes et des fromages.

Dans son territoire se trouvent des eaux minérales, excellentes pour la guérison des douleurs rhumatismales et pour les blessures. L'administration de la guerre y envoie tous les ans un très-grand nombre de militaires blessés.

La Cinarca, séparée de la province de Vico par le. Liamone, et très-célèbre par ses seigneurs féodaux, qui l’ont possédée jusqu’au milieu du quinzième siècle, s’étend depuis la mer jusqu'au Monte-d’Oro, et se trouve limitée, à l'est, par la Gravona : elle abonde en vins,

L’UNIVERS

réputés des meilleurs de la Corse, en céréales et en châtaignes.

Entre la Gravona, qui prend sa source au Monte-d’Oro et commence à couler au-dessous de Boccognano, et l’ancienne province d'Ornano, se trouve un pays assez étendu, dans lequel sont deux des plus gros villages de la Corse, BoccognanoetBastelica, l'un et l'autre peuplés en majeure partie d'habitants nomades , presque tous bergers ou laboureurs, résidant l'hiver à la plaine et l'été à la montagne. Boccoçnano et Bastelica sont très-renommes pour leurs troupeaux, leurs fromages et leurs châtaines. Aujourd’hui, la population de ces eux cantons tend évidemment à abandonner la montagne pour s'établir dans les plaines qui avoisinent la mer.

La province d'Ornano, formée de l’ancienne seigneurie de ce nom, est riche en céréales, en fruits, oliviers et bois de futaie : elle exporte fort peu; mais ces productions suffisent à la population qu’elle renferme : elle possède une très-grande quantité de termes en friche, qui pourraient devenir un puissant élément de richesses. L’arrondissement d’Ajaccio est le plus étendu de la Corse, après celui deCorté, puisqu'il s’étend de la forêt de Perticato au golfe de Vaiinco, et des montagnes du système transversal à la mer. Quoique très-montagneux, il renferme néanmoins des plaines étendues et fertiles, comme celles de Liamone et de Campo dell’Oro : il est suflisamment arrosé par des cours d’eau, qui le sillonnent en tous sens, et possède une très-grande quantité de terres en friche. Il renferme, en outre, les plus belles forêts de la Corse, Aîtona et Vizzavorta, dont l’ex-

fdoitation utile à l’État et aux particuiers, en créant des industries nouvelles, augmenterait la prospérité du pays.

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