LE PAPE. — L'ES PISAHS
Depuis longtemps, les papes cherchaient à étendre leur pouvoir temporel et à augmenter leurs domaines. Grégoire Vïl, qui occupait à cette époque le trône pontifical, tout en voulant élever le pouvoir spirituel au-dessus du pouvoir temporel quel qu’il fût, ne négligeait aucune des occasions qui pouvaient enrichir l’Église et la rendre puissante. Il songea aux anciens titres des papes sur la Corse, et chercha à faire passer cette île sous sa domination. Ses émissaires l’avant informé
?|ue les esprits étaient disposés en sa aveur, il s’empressa d’y envoyer Landolphe , évêque de Pise, chargé en apparence d'une mission purement spirituelle, mais au fond devant obtenir des peuples de ce pavs leur soumission au saint-siège. Landolphe parcourut la Corse; if gagna les évêques et les seigneurs , chacun en particulier, puis il les convoqua en assemblée générale et les amena facilement à se déclarer sujets de l’Église (1077). Ceci se passait au temps du maruuis Ruffe de Malaspina, qui parait ne s'être point inquiété de ce changement. Quant à Grégoire VII, il témoigna sa reconnaissance à Landolphe, en lui donnant pour lui et ses successeurs l’investiture de Ule sous la réserve do la moitié des revenus. Bientôt après, Urbain II céda à l’église métropolitaine de Pise la souveraineté entière de Plie, moyennant une redevance annuelle (1091). Non
content de la souveraineté temporelle, l’évêque de Pise Daibert voulut avoir la souveraineté spirituelle : il obtint d’Urbain II que Pise serait érigée en archevêché, et que les évêques de la Corse en seraient suffragants (1098 ).
Cet acte de compla isnnce de la part d’Urbain ayant éveillé la jalousie des Génois, ceux-ci se plaignirent amèrement à la cour de Rome , et Urbain II retira son bref pour éviter de plus grands malheurs ( 1098 ). Mais déjà la rivalité de Pise et de Gênes commençait à inquiéter l’Italie, et il était facile de prévoir qu’elle éclaterait violemment a la première occasion.
L’administration de Pise en Corse fut , pendant ce temps-là, toute paternelle. Elle s’occupa des améliorations nécessaires au pays , et permit aux exilés de rentrer dans leur patrie. Pierre , qui avait succédé à Daibert dans l’archevêché de Pise , ayant résolu une expédition contre les Maures, qui infestaient la mer de Toscane, tira de la Corse une grande quantité de bois de construction, et , après avoir équipé une flotte considérable, il se dirigea vers les îles Baléares. Les Sarrasins avaient fait de Plie de Minorque leur lieu de retraite. La flotte pisane les y attaqua, et les détruisit complètement. En relatant cet événement , le cardinal Boson, qui accompagnait Pierre, dit que les Corses se battirent comme des lions (1114) (1).
Le succèsdes armes de Pise lui fit obtenir du pape Gélase II l’investiture des évêchés de la Corse, investiture qui à peu de distance fut confirmée par Calixte II. Cette nouvelle faveur excita plus que jamais la jalousie des Génois; ils se plaignirent vivement de la préférence accordée à Pise. Le pape assembla alors un concile pour juger la question, et sur sa décision le bref fut retiré. Pour éviter les troubles que ce privilège semblait toujours prêt à raviver, Innocent II érigea Gènes en archevêché et lui donna pour suffragants les évêchés de Mariana, Nebbio et Accl; ceux d’Aléria, Ajaccio et Sagona relevèrent de Pise ( 1133); mais cet arrangement n’amena point le résultat qu’on s’en était promis. Gênes se plaignit bientôt des pi-
( I) Boson, Bpùt. fragmenta variarum, apud Murat., lier. liai. Script.
L’UNIVERS
rateries exercées par les corsaires sortis de Bonifacio , et , par un audacieux coup de main, elle s’empara de cette ville, qu’elle colonisa. Les Pisans firent tous leurs efforts pour reprendre à leurs rivaux ce poste important, mais ils ne purent y réussir. Honorius III intervint alors dans la querelle, et offrit de prendre en dépôt la ville de Bonifacio ( 1217) : on y consentit, et la paix fut conclue et solennellement juree entre ces deux républiques.