SOUVERAINETÉ DU DUC DE MILAN
SAMBUCUCCIO BT G1UDICELLO DA
CAGGIO.
Lorsque les affaires de Gênes le lui permirent, François Sforza envoya en Corse un de ses lieutenants pour faire passer cette île sous sadomination. L'envoyé du duc fut reçu avec enthousiasmé ; les Corses se soumirent volontiers à un prince qui passait pour juste et généreux. L’autorité du duc fut proclamée et acceptée de tous. Cet état de choses dura environ deux ans, et ne fut troublé que par un de ces accidents que la prudence humaine ne saurait prévoir.
Le général Cotta, commandant en Corse pour le duc de Milan, avait convoqué à Biguglia une assemblée générale de tous les habitants du pays, pour prêter hommage au nouveau duc Gaieas- Marie Sforza. Dans ce grand concouis d’individus , une rixe sanglante s’éleva entre quelques hommes de la suite des barons ultramontains et des habitants du Nebbio. Le vice-duc fit arrêter et punir les coupables. Les seigneurs, irrités de cet acte de souveraineté qui attaquait leurs privilèges, montèrent immédiatement à cheval, et, sans prendre congé du vice-duc, retournèrent dans leurs domaines. Cotta comprit parfaitement que ce départ précipité était une déclaration de guerre, et prit ses mesures en conséquence. Cependant les habitants de la Terre de Commune, redoutant plus que tous autres une conflagration dont ils auraient été les premières victimes, s’assemblèrent en consulte générale à Morosaglia et nommèrent pour lieutenant dû peuple Sambucuccio d’Alando, descendant de ce Sambucuccio que nous avons vu figurer au commencement du onzième siècle.
Le premier soin du nouveau général fut de rendre un édit enjoignant à tout citoyen de déposer les armes dans l’espacé de huit jours. Cette mesure eut tes meilleurs résultats; les Corses qui s’étaient rangés du, parti du lieutenant du duc l’abandonnèrent, et les seigneurs ultramontains retournèrent
CORSE
dans leurs Etats. Le général milanais, réduit à ses propres forces , n'osa rien tenter. Quant à Sambucuccio, il convoqua une nouvelle assemblée, proposa d'envoyer au duc de Milan une députation pour se plaindre de son lieutenant et lui soumettre l’adoption des statuts qui devaient désormais régler les droits de chacun. Ces propositions reçurent l’approbation générale. La députation fut très-bien accueillie par le duc Galeas-Marie, qui approuva les statuts soumis à son examen, révoqua Cotta et nomma à sa place Jean-Baptiste d’Amelia (1).
A son arrivée en Corse , le nouveau gouverneur voulut faire procéder immédiatement à la levée de l'impôt. Sambucuccio lui fit observerqu'il était beaucoup plus urgentde pacifier le pays, que les iuimitiés particulières désolaient.
D’Amelia ne tint aucun compte de cet avis , et fit commencer les opérations.
Alors Sambucuccio se mit en campagne à la tête des habitants de la Terre de Commune, et autorisa publiquement le refus d’impôt. Le vice-roi n’avait pas assez de forces pour pouvoir résister à Sambucuccio; son autorité fut méconnue partout , et lui-même se vit obligé de se renfermer avec ses officiers dans les villes fortifiées. Une nouvelle assemblée générale eut lieu àMorosaglia.
Sambucuccio d’Alando fut remplacé par üiudicello da Caggio , fils de Mariano, que nous avons vu jouer un rôle important au temps d’Alphonse d’Aragon. Malgré son activité , son énergie , et ses talents militaires, il ne put longtemps maintenir la tranquillité dans le pays. La guerre civile, ou, pour mieux dire, les dissensions particulières, encouragées parl’absence de toute autorité supérieure, et de plus fomentées par les caporaux, prirent un accroissement considérable. On essaya de différentes personnes pour rétablir l’ordre. Charles da Costa , Vinciguerra délia Rocca , Colombano délia Rocca, Charles délia Rocca, furent tour à tour nommés lieutenants généraux du peuple dans les diférentes consultes qui eurent lieu de
(I) Le texte assez curieux des statuts approuvés par le dur Galcas Sforza a été mis au jour, pour la première fols, par Llmperani, 1 780, dans son Itluria delta Cortica, t. Il, p. 3*25.
1472 à 1476; mais ils ne purent, malgré leurs efforts, parvenir à rétablir l'ordre dans un pays que trop d'éléments de discorde agitaient.
Sur ces entrefaites, Thomas Camno- Fregoso , profitant de la mort du duc de Milan , fit une descente en Corse à la létc d’une petite armée.
Le gouverneur milanais, sortant alors de son immobilité, marcha contre lui , le battit et l’envoya prisonnier à Milan. Pendant qu’il était ainsi captif, Thomas intrigua auprès de la régente Bonne de Savoie pour se faire céder la Corse, et il parvint à son but. Mis en liberté , il partit immédiatement avec des instructions pour le gouverneur milanais, à qui la régente enjoignait de remettre à Thomas Campo-Fregoso toutes les places qu’il occupait au nom de son fils (1480).