CHAPITRE IV
THOMAS C AHPO-FBEGOSO • — JKAN- PAULDE LECA. — APPIEN IV, PBINCE DE PI0MBIN0. — LA COMPAGNIE DE SAINT-GEOBGES.
Ce fut de cette manière que Thomas Campo-Fregoso redevint de nouveau seigneur de la Corse. A son arrivée dans ce pays , il jugea à propos de chercher un allié naturel dans Jean-Paul de Leca, seigneur de Cinarca. Jean-Paul était à cette époque le plus puissant des barons ultramontains. Un double mariage conclu entre les enfauts de Thomas et ceux de Jean-Paul les unit intimement.
Cependant , malgré l’appui du seigneur de Leca, Thomas fut bientôt obligé, à cause deson despotisme, de se démettre du pouvoir en faveur de son fils Janus de Campo-Fregoso, et dequitter l’ile (1 481 ). Mais Janus lui-même, après être resté deux années au pouvoir, fut obligé de suivre l’exemple de son père, qu’il avait beaucoup trop imité dans sa conduite tyrannique ( 1483 ). En partant, il laissa pour commander à sa place Marcelin Farinole. Ce général continua l’œuvre commencée par les Fregoso, et se rendit tellement odieux que le peuple, ne pouvant plus supporter les maux dont il était accablé, se souleva et ap-
L’UNIVERS
pela à son aide Rinuccio de Leca. En acceptant cette nouvelle position, Rinuccio comprit parfaitement qu’il ne pourrait avec, ses forces et celles des insurgés résister aux Campo-Fregoso et à Jean-Paul. Aussi chercha-t-il un souverain qui , en le soutenant de ses armes , pût eu imposer par le prestige de sa puissance. Ses relations d’amitié avec Appien IV, prince de Piombino , lui firent jeter les yeux sur lui. Appien accepta l'offre qui lui était faite, et envoya pour le représenter son frère , le comte Gherardo de Montagnana (1483). Une consulte tenue dans la plaine de Lago-Benedetto reconnut pour comte de Corse le prince de Piombino. Ses troupes marchèrent aussitôt contre Biguglia et Saint-Florent, dont elles s’emparèrent. En apprenant ces événements, les Campo'-Fregoso , pensant que c’en était fait de leur puissance en Corse, cédèrent tous leurs droits à la compagnie de Saint-Georges (1485).
La nouvelle de ce traité, en même temps qu’elle excita l'indignation des populations, remplit de terreur le comte Gherardo. Craignant d’avoir à lutter contre la puissante association de Saint- Georges, il voulut abandonner la partie et rentrer en Toscane. Mais Rinuccio était trop compromis pour reculer ainsi sans coup férir; il voulut donc tenter le sort des armes, et décida Montagnana à attendre l'issue du combat qu'il allait engager avec Jean-Pnul de Leca, allié de là compagnie, et qui avait déjà pris l’offensive. Montagnana attendit. Le combat s’engagea du côté du mont Saitit- Antoine en Balagne; malgré les efforts de Rinuccio, Jean-Paul remporta une victoire complète. A cette nouvelle, le comte Gherardo se hâta de quitter la Corse, abandonnant ainsi les droits de son frere et les personnes qui avaient embrassé sa caase.