‹ Espagne poetiqueChapitre 11 sur 112 · ROMANCE HÉROÏQUE · texte numérisé non relu

ROMANCE HÉROÏQUE

L e soir suspend le concert des oiseaux : Dans le silence , au murmure des eaux , Calme, se plaît la nature attentive j Tremblante aux cieux , la lumière craintive De quelqu’étoile , ornement de la nuit , Touche la rive ou la source qui fuit.

Il fuit aussi : de ses titres suprêmes Abandonnant les délateurs emblèmes ,

De l’infortune il revêt les habits :

C’est l’Africain que parent ses rubis ;

GENRE NATIONAL

Le Guadalète a reçu, pour sa proie.

Le sceptre d’or et la pourpre de soie.

Du sang arabe et du sien tout couvert,

11 a quitté les cuissards, le haubert;

Nue est sa tête : une tête si fîère Reçoit , courbée , une indigne poussière : Tantôt en poudre est tombé , sous ses yeux , Le trône saint de vingt rois ses aïeux. Noble coursier , seul ami qui lui reste ,

Orel , ployant sous sa charge funeste , Dans les sillons, hors d’haleine enfoncé,

De ses nasçaux les effleure affaissé.

Tel fuit Rodrigue à travers tes campagnes , Triste Xerez , Gelboé des Espagnes.

Il veut entendre et tremble d’écouter.

Et ses regards, qui les peut arrêter ?

Le ciel ?... Il a provoqué sa colère ;

La terre ?. . . . Il foule une terre étrangère : Elle est au Maure. Ira-t-il dans son cœur Chercher, hélas! son propre accusateur?

C’est là surtout qu’il trouve des supplices - « Que n’as-tu fui de trompeuses délices ,

» Comme tu fuis les revers de ce jour?

ROMANCES

« Que n as-tu su résister à l’amour ?

» Prince des Goths , tu ne fus qu’un esclave , » Honte du sceptre et du nom Scandinave!

» O mon pays , que j'ai rempli de sang !

» Rempart chrétien , je te livre au croissant : » Adieu. Mais toi , que le ciel fît si belle » Fatal objet d’une ardeur éternelle. .

» Que dis-je? au crime , au malheur destiné,

» Qu il soit maudit le jour où je suis né ;

» Maudit le sein de son lait trop prodigue :

» C’était la mort qu’il devait à Rodrigue. »

Il dit , et près du coursier haletant ,

Tombe insensible au destin qui l’attend K

On présuma qu après la perte de la bataille (an 714), le roi chrétien s était noyé, dans sa fuite, en traversant la rivière Guadalète , au bord de laquelle furent trouvés son manteau de soie , sa couronne, et sa chaussure garnie de perles et de pieites précieuses. Néanmoins, deux cents ans plus tard , on a découvert en Portugal , dans une église de la ville de Viseu , une pierre sépulcrale avec une inscription portant : Ici repose Roderic , dernier roi des Goths.

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