‹ Espagne poetiqueChapitre 12 sur 112 · ROMANCE HÉROÏQUE · texte numérisé non relu

ROMANCE HÉROÏQUE

Pierre est tombé sous les coups de Henri : Du fier vainqueur , d’amertume nourri ,

Bouillonne encor l’implacable colère :

Son pied sanglant foule le cou d’un frère ,

Et de Caïn le surnom détesté Tous deux l’auront à l’envi mérité.

En sens divers on voit les deux armées Confusément dans la plaine semées ;

Les soldats de Henri S en vont criant : « Yive le roi chéri ! »

Et les sujets de Pierre Pleurent le roi couché sur la poussière.

Du roi cruel palliant les erreurs ,

L’un n’y verra que de justes rigueurs :

Il veut qu’aux temps de révolte et de rage La cruauté ne soit que du courage.

L’autre , excusant les fautes de l’amour ,

Ira plus loin : il dira qu’à son tour ,

Pierre pouvait pour la belle Marie ,

Nouveau Rodrigue, embrasser sa patrie.

ROMANCES

Mais les flatteurs , qui , tant qu’il a vécu , Avaient été du parti du vaincu ,

Tout occupés d’adopter la victoire ,

Sont les plus chauds' à flétrir sa mémoire.

De Dona Blanche 1 ils redisent le sort , ‘ D’Abu-Saïd 2, de Fadrique 3 la mort ;

Et cependant , quelque voix dévouée Rappelle encor sa grandeur avouée.

Les soldats de Henri S en vont criant : « Vive Je roi chéri ! »

Et les sujets de Pierre Pleurent le roi couché sur la poussière.

Yeuve 4 du prince, au pouvoir du vainqueur, Marie est là... Quel spectacle ! à son cœur Porte a la fois chaque trait qui le navre :

Lun radieux • l’autre sanglant cadavre':

Le mort , objet de mépris et d’effroi ;

Le vivant , ceint du bandeau de son roi.

De tous cotes la souple obéissance Vient prevenir la nouvelle puissance .* Vainqueurs , vaincus , soldats et chevaliers Melent leurs voix aux instrumens guerriers , Dont les saluts vont retentir à l’Èbre.

Et cependant sonne l’airain funèbre;

GENRE NATIONAL

Et de Marie , aveugle en sa douleur ,

Percent aussi les accens de fureur :

« Lâche assassin ! Tu le sers , peuple infâme !

» Frappe , tyran ; ton roi vit dans mon âme 5. » Mais les gens de Henri S’en vont criant : « Vive le roi chéri ! »

Et les amis de Pierre Pleurent le roi couché sur la poussière.

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