ROMANCE HÉROÏQUE
Pierre est tombé sous les coups de Henri : Du fier vainqueur , d’amertume nourri ,
Bouillonne encor l’implacable colère :
Son pied sanglant foule le cou d’un frère ,
Et de Caïn le surnom détesté Tous deux l’auront à l’envi mérité.
En sens divers on voit les deux armées Confusément dans la plaine semées ;
Les soldats de Henri S en vont criant : « Yive le roi chéri ! »
Et les sujets de Pierre Pleurent le roi couché sur la poussière.
Du roi cruel palliant les erreurs ,
L’un n’y verra que de justes rigueurs :
Il veut qu’aux temps de révolte et de rage La cruauté ne soit que du courage.
L’autre , excusant les fautes de l’amour ,
Ira plus loin : il dira qu’à son tour ,
Pierre pouvait pour la belle Marie ,
Nouveau Rodrigue, embrasser sa patrie.
ROMANCES
Mais les flatteurs , qui , tant qu’il a vécu , Avaient été du parti du vaincu ,
Tout occupés d’adopter la victoire ,
Sont les plus chauds' à flétrir sa mémoire.
De Dona Blanche 1 ils redisent le sort , ‘ D’Abu-Saïd 2, de Fadrique 3 la mort ;
Et cependant , quelque voix dévouée Rappelle encor sa grandeur avouée.
Les soldats de Henri S en vont criant : « Vive Je roi chéri ! »
Et les sujets de Pierre Pleurent le roi couché sur la poussière.
Yeuve 4 du prince, au pouvoir du vainqueur, Marie est là... Quel spectacle ! à son cœur Porte a la fois chaque trait qui le navre :
Lun radieux • l’autre sanglant cadavre':
Le mort , objet de mépris et d’effroi ;
Le vivant , ceint du bandeau de son roi.
De tous cotes la souple obéissance Vient prevenir la nouvelle puissance .* Vainqueurs , vaincus , soldats et chevaliers Melent leurs voix aux instrumens guerriers , Dont les saluts vont retentir à l’Èbre.
Et cependant sonne l’airain funèbre;
GENRE NATIONAL
Et de Marie , aveugle en sa douleur ,
Percent aussi les accens de fureur :
« Lâche assassin ! Tu le sers , peuple infâme !
» Frappe , tyran ; ton roi vit dans mon âme 5. » Mais les gens de Henri S’en vont criant : « Vive le roi chéri ! »
Et les amis de Pierre Pleurent le roi couché sur la poussière.