TOME II
GENRE NATIONAL
Je reconnais ce que vaut ta famille ;
Ce que tu vaux : que , toujours triomphant , Ton glaive taille , et renverse , et pourfend ; Qu’il a frappé des guerriers de Castille Plus que ton corps n’a de gouttes de sang. Bon cavalier , beau danseur, homme aimable. Sur mon orgueil ta conquête influait :
J’y perds beaucoup : tu serais adorable ,
Si le destin t’eût fait naître muet.
» Tu gâtes tout pour avoir la parole.
C’est bien dommage , il le faut répéter :
Nul plus que toi ne sait plaire et domter; N’a de ces airs dont mon sexe raffole:
Mais en amour tu n’es pas connaisseur :
A ses banquets, si d’un plat de douceur On vous régale avec quelque mystère ,
11 faut, ami, savourer et se taire.
» Une faveur t’aurait donc étouffé ,
Si tu l’avais dans son sein retenue !
» Tu me quittais, aux jardins de Tarfé 1 ,
Que de ma tresse, alors même obtenue,
Tu faisais montre à qui dit l’avoir vue.
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1 Voyez la Dissertation préliminaire, page 33.
ROMANCES
Je lie viens pas te la redemander;
Je la coupai, sans ennui je m’en passe :
Mais si toujours tu tiens à la garder.
Sache , du moins, qu’elle dit ta disgrâce.
» Tu peux encor te vanter d’un beau trait ! C’est ta querelle à ce pauvre indiscret, fou confident * : il faudra donc qu’il meure. Pour n’avoir pas mieux gardé ton secret, Quand tu n’as pu le garder un quart d’heure ! Zaid , adieu ; ton travers favori De tes liens à jamais me dégage.
Tout près de toi ton bonheur a péri. »
Ainsi parlait Zaïda-Bu-Zegri Au beau Zaid , brillant Abencerraje.
* Dissertation préliminaire , page 34.
GENRE NATIONAL