‹ Espagne poetiqueChapitre 52 sur 112 · ALLANT JUSQU'A NOS JOURS · texte numérisé non relu

ALLANT JUSQU'A NOS JOURS

MELENDEZ

YGLES1AS. - N ORON A. - CIENFUEGOS.

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Arrivant à la restauration du goût avec l’ère des Bourbons , nous allons , avant d’en offrir des productions , en tracer une légère esquisse: nous reviendrons, d’abord , un instant sur nos pas , pour résumer les temps de la dynastie autrichienne.

Seul et suppléant à ce qui manqua à ses deux amis , Boscan et Mendoze , le brillant Garcilaso a représenté dans notre Espagne poétique l’époque de Charles- Quint. Léon et Herrçra, nés sous ce prince, auxquels nous avons adjoint Sainte - Thérèse et Cervantes , répondent à la période du long règne de Philippe II. Les Argensolas s’y rattachent par le caractère de leurs écrits plus particulièrement que ceux de leurs contemporains qui en

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illustrèrent comme eux les dernières années • Gongora , placé dans la première section par la date de sa naissance , appartient surtout à 1 époque , où , sous les deux autres Philippe d Autriche , domina le génie deLopé de Véga, et fleurirent encore Quévédo et Rioja , ainsi que Villégas qui vit régner Charles II.

Sous nos princes autrichiens notre poésie lut toute italienne, à l’aurore de ses beaux jouis, elle se rapprocha ensuite de l’antique, et les élémens indigènes dominèrent , durant le dernier période de son éclat.

Après des temps calamiteux pour l’état comme pour les lettres , où l’on peut voir , en quelque sorte , un double interrègne , la loyauté ues Bourbons apporta l’école française en Espagne ; et cette école a éprouvé successivement les mêmes modifications que l’italienne.

Le règne du prince qui eut à combattre long-temps pour s’établir, tarda à porter les h uits que produit la stabilité. Nous lui devons

d excellentes importations de France , telles que les académies de la langue et de l’histoire, et la bibliothèque publique. Mais l’époque de Philippe V fut encore envahie par les derniers et les plus pitoyables restes du mauvais goût. Les sectateurs de Gongora et de Quévédo qui écrivirent pendant ce règne, gâtaient, pour ainsi dire, la corruption même , en l’affadissant.

Sous Ferdinand VI , l’Espagne eut , dans Luzan et ses élèves , de véritables écrivains français , à la langue près ; l’école française ne s’est bien mariée aux manières espagnoles que sous le gouvernement de Charles III et la plume de Melendez.

Toutefois 1 Espagne bourbonienne s’était avancée d un pas ferme pour recueillir une part dans le riche héritage du siècle de Louis XIV.

Cette part a failli être bien belle.

Des ministres, dont la reconnaissance des Muses doit honorer le souvenir , concourent à à lenvi à les rendre chères et profitables à

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leurs souverains. Carvajal fonde l’académie des arts, qui reçoit le nom de Saint - Ferdinand. Il ne dédaigne pas de faire partie de la société secondaire qui, sous le nom d’ Académie du

Bon-Goût , se forma par les soins de Luzan

chez la comtesse de Lemos. Il soutient constamment de son crédit les efforts de cet écrivain réformateur. En même temps le savoir offrait à l’illustre Ensenada le moyen de rallier le respect et la gloire autour du pavillon es-

Mais , parvenus au règne de Charles III , nous verrons l’amour des arts et de la science porté jusqu’à la passion : époque d élan et de zèle , de vie et d’espérances !

Ètablissemens scientifiques , maisons d’ struction élémentaire , maisons de bienfaisance , mémoires de sociétés littéraires , concours académiques , dissertations et réunions préparatoires ; rien n’était négligé pour marcher rapidement vers la haute civilisation. Des journaux , sinon tout - à - fait in-

dépendans , du moins encouragés à écrire avec liberté, éclairaient toutes les classes de la société , et parlaient au pouvoir. Et le pouvoir répondait par des décrets conçus d’après les meilleurs principes d’administration. Coupé d utiles canaux et orné d’édifices importans , le sol changeait de face. Les vastes repaires de brigands devenaient de jolies cités , traversées par des chemins magnifiques.

L’instruction menait à tout. L’avocat Moñino premier ministre , sous le nom de comte de Florida-Blanca , appelait auprès du trône les hommes signales par leur savoir. Il ne craint pas la rivalité des Campomanés 1 ;

1 Don Rodrigue, comte de Campomanés, grand-croix de 1 ordre de Charles III , gouverneur du conseil de Castille, directeur de l’Académie de l’Histoire, membre de toutes les sociétés savantes nationales et de plusieurs étrangères, notamment de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris; auteur d’unçrand nombie douviages pleins de savoir et de philosophie, qui lui val uient , outre ses honneurs littéraires, son

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il met en évidence les Jovellanos 1 et les

titre et ses dignités. L’indication de quelques-uns de ses écrits contribuera à donner une idée des dispositions de nos gouvernans à cette époque. Discours sur i éducation populaire, publié par ordre de S. M. et du

conseil [an 1 774); Sur l Education de s Artisans (1775); Traité sur V amortissement ecclésiastique , ou l’on démontre le besoin de V intervention de l’autorité civile , pour limiter les aliénations en des mainsmortes (1765) ; Mémoire rédigé par ordre du conseil de Castille , en réponse aux lettres écrites par l évêque de Cuenca (1768). Dans ces lettres, que leur auteur adressa a l’archevêque de Thèbes, confesseur de Charles 111, pour être présentées au roi, il était dit que le royaume était perdu par les persécutions qué-

prouvait V Eglise, dans ses biens, ses immunités et ses ministres.

1 Don Gaspar Melchor de Jovellanos a, de nos jours, honoré à l’envi l’état , les lettres et la dignité de l’homme. Il employa de grands talens, tout ce qu’il eut d’influence et de fortune , sa vie entière, enfin , en faveur de son pays. Rappelé au pouvoir et disgracié à plusieurs reprises , il montra toujours la même aménité de mœurs , la même fermeté de caractère. On a dit de

Cabarrus1. Le ministère des Indes, création de cette époque, illustrant tout à coup le nom

lui qu’il eût été, dans l’antiquité, Platon avec moins d imagination , Cicéron avec plus d’unité de conduite. Les productions ae sa plume feraient un nom littéraire; mais, dans Jovellanos, la réputation de l’homme d état absorbe celle de l’écrivain.

Don Gaspar de Jovellanos est mort dans la retraite en 181 1 , éloigné des affaires publiques par le gouvernement des Cortes , qui ne put s’arranger de l’indépendance de son esprit, pas plus que ne l’avait pu

l’ancienne cour , et qui se perdit , comme elle, pour ne l’avoir pas écouté.

1 Le comte de Cabarrus , négociant bayonnais , fait iiiré de Castille par Charles III ; écrivain élégant , cal culateur hardi , homme éblouissant, le plus extraordinaire qui eût paru sur notre horizon financier. Il introduisit en Espagne le crédit public, y créa les grands etablissemens par actions , mérita la faveur du comte de Florida-Blanca , et tomba sous les premiers coups dirigés contre ce ministre. Cabarrus et Jovellanos furent liés d’une amitié célèbre : hélas ! et leurs derniers efforts ont lutté aux premiers postes, pour deux causes ennemies. Don Gaspar de Jovellanos releva la

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