‹ Espagne poetiqueChapitre 53 sur 112 · V REGI S · texte numérisé non relu

V REGI S

de Galvez1, le fait révérer dans nos immenses colonies, où il envoie des élémens d’amélioration et de civilisation qui avaient à peine effleuré la métropole. D’un autre côté, l’illustration historique reçoit un nouvel éclat dans la personne du comte d’Aranda , par les qualités éminentes de ce seigneur, et par son élévation à la présidence du conseil , charge des plus hautes attributions, remplie rarement.

junte centrale de Séville : le comte de Cabarrus est mort à Séville ministre de Joseph Napoléon.

1 Don José de Galvez , depuis marquis de la Sonora , né dans un village près de Malaga, envoyé par le gouvernement pour étudier nos possessions d'Amérique , rapporta des plans marqués au coin du génie et de la philantrophie , les fit adopter, et on lui en confia l'exécution. Nous n’entrerons point dans des détails , trop éloignés de notre sujet, sur les bienfaits de l’administration du marquis de la Sonora; mais nous dirons de lui avec plus de justice, peut-être, qu’un ministre étranger ne l’a dit récemment de lui-même , qu’il donna une nouvelle existence à ces intéressantes contrées.

SUR LES TEMPS modernes. 227 On peut regarder ce dernier période de notre considération politique comme celui où notre poésie, eut, sinon les plus brillans succès, du moins la plus grande faveur. C’étaient des couronnes réputées d’un prix inestimable que se disputaient, devant l’Académie espagnole un Guzman et un Moratin , l’élégant Iriarte et ce doux Melendez , bientôt sans rival. Les esprits que n agitait plus le passé , exempts d’inquiétudes pour l’avenir, se portaient avec bonheur vers les jouissances intellectuelles, qui devinrent, de nouveau l’occupation de la première classe de la société , et parurent un besoin de l’Etat. Tels ont été, pendant un certain laps de temps, la tendance des esprits et l’aspect de notre Espagne. P

Ce n’est que par tradition que nous pouvonj parler de ces années d’espoir et de bien-être Nous-mêmes n’avons vu que les effets de la réîution qui se fit dans les systèmes du pouvoir. Elle fut la suite decette grande révolution

à qui le nom absolu en est resté , et qui opéra chez nous en sens inverse de son mouvement. Là , tout ce qui, dans le corps moral, portait au dehors fut subitement repercute : maladie grave I La capitale, quand nous l’avons connue, était bien loin d’accomplir les promesses de la période dont nous venons d’esquisser le tableau , mais elle faisait présager un avenir qui n’a que trop répondu au présage. Déjà avaient commencé les proscriptions, dont le signal fut donné en 1790 par l’arrestation du comte de Cabarrus. L’illustre ami de ce brillant homme d’état, le noble Jovellanos , vola au secours de son ami , et se vit enveloppé dans sa catastrophe. Alors fut décidée la chute de leur protecteur, le comte de Florida - Blanca , bientôt suivie de celle de son successeur , le comte d’Aranda^qui, en acceptant le portefeuille du ministre de l’ancien règne , n’avait fait que servir de marchepied au jeune favori. Le si-

1 Personnages historiques , déjà nommés et suffi¬

samment connus

lence est commandé aux célèbres journaux , le Censeur , la Correspondance et le Courrier des Aveugles. Les conseillers de Castille les plus en honneur reçoivent des lettres d’exil. Les délations , les visites domiciliaires , les prisons remplies de particuliers, répandent la terreur dans les familles. Une vaste procédure, sur la simple introduction d’un livre prohibé , semble devoir atteindre tout Espagnol qui, s’est élevé au-dessus de la classe ignorante.

La paix faite , en 1795, avec la révolution française nous permit de respirer : comprendre le français ne fut plus un titre de proscription.

Rendons ici justice à un ministre trop décrié. Le mal n’était point son élément : on doit s’étonner moins des talens qui lui manquèrent que de ceux qu’il se tfouva ou qu’il acquit. Le scandale de son élévation n’est pas de son fait; mais avec cette élévation , et l’esprit de vertige et d’erreur quelle mit en évidence , le bien devint impossible.

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