CA D AL SO
EL BIEN CONTENTADIZO.
Del precio de las mugeres Son varios los pareceres :
Cada cual defiende el suyo.
Yo , que de disputas huyo ,
Que nunca gustosas son ,
A todos doy la razón ,
Y con todas me contento •
Oid hasta el fin del cuento.
Unos gustan de que sea Su dama hija de la aldea ,
De sencillo pecho y trato ,
Y que no Jes dé el mal rato De artificiosos amores :
Que se salga á coger flores,
Por el campo, el mes de mayo,
Con ligero y pobre sayo ,
Que de sus abuelas fue. . .
Y tienen razón á fe.
Otros , de mas alto porte ,
Quieren damas de la corte ,
Con magestad y nobleza.
Aun mayor que la belleza' ,
CADALSO.
Con adorno y compostura.
Que dé brillo á su hermosura.
Con fausto y ostentación. . .
Y á fe que tienen razón.
Unos gustan de sabidas ( Que lcidas y escribidas El vulgo suele llamar) ,
Y que sepan conversar Del estado , paz y guerra ,
Del aire, agua, fuego y tierra.
Con la gazeta y café. . . .
Y tienen razón á fe.
Otros son finos amantes De las que son ignorantes ,
Y que entregaron su pecho Sin saber lo que se han hecho ; Que lloran al preguntar :
¿Qué cosa es enamorar ,
Y donde está al corazón ?
Y á fe que tienen razón.
TRIARTE.
Doln Tomas de Yriarte, né au port d’Oratava, dans Tile de Tenerife , vint sous les auspices d’un oncle1, littérateur considéré, faire ses
1 Don Juan de Yriarte, né à Tile de Tenerife ver& Tan 1 720, fît ses études à Paris au collège de Louis-le- Grand , et eut pour professeur le fameux père Poréc , dont un autre de ses élèves a immortalisé les leçons. Il fut bibliothécaire de Ferdinand VI : ses neveux ont publié une partie de ses écrits, parmi lesquels nous signalerons, comme un juste tribut des lettres au souverain qui en favorisa la restauration en Espagne , l’ouvrage latin ayant pour titre : Novus artium orbis a FcrcLinando rege reper tus. On a pu voir, à l’article sur Cervantes, que ce fut ce laborieux érudit qui découvrit la patrie de l’auteur de Don Quichote. Don Juan de Yriarte travailla au dictionnaire académique de la langue castillane , où ce qu’on trouve de mieux sont les distiques latins qu’il jugea à propos d’y introduire.
Y RI ARTE
études dans la capitale avec deux frères 1 , qui se sont distingués aussi dans des carrières différentes. Le poète mourut avant sa quarantième année au port de Saint-Lucar, où, souffrant d’une maladie aiguë, il était allé chercher du soulagement.
INous croyons Yriarte un des poètes espagnols modernes les plus généralement goûtés parles différentes classes de lecteurs. Son vers, quoique fruit du travail , finit par être toujours si naturel, que chacun croit qu’il aurait dit les choses comme l’auteur. Il sest exercé sur un très -grand nombre de genres, et il en a créé
1 1)011 bernardo, qui fut un homme d’état éclairé , et
Don Domingo , mort peu de jours après avoir reçu la nomination à l’ambassade d’Espagne à Paris. Il avait eu le bonheur de signer la paix de Bâle avec le plénipotentiaire, depuis directeur delà république française, aujourd’hui pair de France, porteur, ainsi que le plénipotentiaire espagnol , d’un nom illustré par les lettres.
YRIARTE
un sur lequel porte principalement sa réputation poétique.
Le titre de littéraires , donné par Yriarte à ses fables, renfermait l’engagement d en rapporter toujours la morale à la littérature, et
cette partie de leur nouveauté en a produit une autre , non moins recommandable : aucun sujet n’a été emprunté des fabulistes précédens. Des critiques peu disposés en faveur d’un écrivain , qui ne leur impose point par la force du geme, accordent neanmoins à ces fables, outre le mérite d’une exécution irréprochable , celui d une originalité , qui place l’auteur parmi les classiqu es.
Un autre fabuliste, contemporain d’Yriarte, le facile Samaniego, a composé un livre qui fera peut-être autant de plaisir que ces fables littéraires à beaucoup de lecteurs espagnols. La naïveté, l’abandon, la pointe de malignité du modèle français s’y trouvent souvent ; mais 1 imitateur perdra toujours de son prix par la comparaison que provoquent forcément les su-
YRIARTE
jets qu’il versifie, et il n’occupera qu’une place subalterne dans la littérature générale. Quant à nous, nous n’avons pu songer à offrir notre ministère qu’au fabuliste qui fut créateur.
Yriarte lutta avec Melendez, pour le premier prix proposé par l’académie de la langue, en 1 783 , et fut vaincu. Un des partisans de son rival décida les suffrages par cette saillie : « Messieurs, ne vous êtes-vous pas aperçus que » ces vers-ci sentaient le thym ? » Ceux d’Ynarte, à vrai dire, sentaient davantage les parfums des salons.
Dans la composition qui fut couronnée, Melendez avait pris, et il prenait tous les jours des libertés , qu’il disait trouver à propos pour la douceur du vers , et pour l’agrandissement du langage poétique : elles consistaient dans l’emploi de locutions surannées1. Le goût exquis
1 L’historien Mariana affecta , non pas accidentellement , mais d un Lout a 1 autre de son grand ouvrage un langage beaucoup plus ancien que son époque. On a dit , dans le temps , que Mariana faisait teindre ses cheveux en blanc.
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d’Yriarte a pu s en effaroucher réellement, outre qu’une tendance naturelle l’aura porté à combattre chez un rival un système attaquable. De là, sont nés, dans notre littérature, deux partis et une controverse assez semblable à la grande question qui partage aujourd’hui le monde politique. L’un, ennemi déclaré de toute locution nouvelle, pour mieux les repousser, cherche à renouveler le langage ancien; l’autre, sans se prêter inconsidérément aux innovations , tient pour barbares les vieux mots et les vieux tours, récemment ressuscités. La discussion fournit à Yriarte une de ses plus jolies fables. Le rhythme et la diction y servent d auxiliaires imitatifs : pour mieux faire ressortir le travers qu’il combat, il Limite, en prenant, avec une versification tombée en désuétude, le langage du vieux temps, mêlé avec celui du jour.
Si la poésie d’Yriarte ne se s’élevait pas , comme on l’a prétendu , au-dessus du médiocre , il faudrait dire pour elle : Aurea me-
Y JR IA RTE.
< Hoc ritas. Tant de linessc , un goût si arrêté et si délicat, une raillerie piquante sans blesser, une netteté de diction , une élégance , une convenance toujours parfaites , rendent Yriarte
éminent dans le genre qui lui fut propre. Ne considérons , pour le classer , qu’une partie de ses ouvrages. Gacilaso et Rioja n’ont pas
élevé leur réputation sur de bien gros volumes.
ü n est pas juste de ravaler Yriarte , parce que, écrivain lanorieux , il a cultivé plusieurs branches.
Api es avoir choisi dans Yriarte, pour en composer son apanage , plusieurs épitres et toutes ses fables , c’est le rebut qui pourrait taire encore honneur à quelqu’un de ses adveisaiies. Nous abandonnerons son poème sur la musique, qui, nous l’avouerons, est plutôt un bon traité en vers qu’un poëme : mais nous tiendrons encore à la traduction de l’épître aux Tisons \ Ici le talent du poete castillan se
1 II a paru assez récemment une nouvelle traduction de cette épître et des autres œuvres d’Horace, en vers
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trouvait en harmonie avec l’ouvrage latin. Il n’en a pas été de même pour les quatre premiers livres de l’Enéide : il est inutile d’énumérer toutes les grandes qualités de l’original qui ne se retrouvent point dans la version ; le versificateur laisse encore beaucoup à désirer.
Le choix du rhythme présentera toujours une difficulté majeure au traducteur espagnol de tout grand poëme des langues classiques. Les poetes français l’ont résolue simplement , en appliquant à la haute versification ancienne leur haute versification; ils ont pu le faire sans se nuire : leur grand rhythme n’a pas l’artifice de l’octave italienne , qui devint le grand
castillans, faits de main de maître. Parmi les odes, composition où le talent du traducteur poëte a pu se développer r. il y a des pièces qui , sans rien faire perdre à l’esprit, flattent l’oreille par des harmonies supérieures à celles du lyrique latin. L’auteur de ces traductions , enrichies de commentaires précieux, est Don F. Xavier Burdos , employé supérieur aux finances.
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rhythme castillan. C’est avec raison que le bon Louis de Léon demandait que l’on s'essayât, comme lui, avant de juger sévèrement ses traductions , dans la versification compliquée dont il avait cru ne pouvoir se dispenser. Ces difficultés surabondantes , établies pour éloigner de plus en plus la poésie du langage vulgaire , ne sont guères admissibles que dans les compositions originales, où le poète reste le maître de ses pensées , comme de son expression. Mais, aussi, employer, comme l’a lait Yriarte , l’assonante pour le grand vers épique , c’est un artifice trop mesquin ; c’est rechercher un bien faible accord : il vaut mieux s en passer tout-à-fait, et se rejeter sur les effets rhythnnques qui appartiennent plus particulièrement aux vers non rimes.
Notre fabuliste a contribué ;i l’amélioration de la scène espagnole par des traductions et par des pièces d’invention. L 'Orphelin de la Chine et le Philosophe marié ; le Jeune Homme enfant gâté , et la Demoiselle mal
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élevée. Dans ses pièces originales où l’on distingue toujours son talent, le dialogue ne manque pas de vivacité , quoiqu’il manque à l’ensemble un peu de la force comique qu’a montrée depuis un élève de notre Thalie, encore vivant.