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SAVANT ANTIQUAIRE, HISTORIEN ET HUMANISTE

Tu quittes la lumière ,

Ami si cher ; eh quoi !

Ce n’est pas avec moi !

De l’insensible pierre La glace aura pressé ,

Hélas ! ton corps glacé :

Et moi, souffrant, débile, Vaincu du faix des ans , Moi , que d’ennuis cuisans Navre la haine habile.

Pour te pleurer toujours , J’existe plein de jours !

Ah! nous devions ensemble Chercher, silencieux,

L’abri délicieux

Où le repos rassemble,

Sous des berceaux fleuris.

Les morts du ciel chéris :

MORATIN

Ou bien , sous l’air céleste ,

Le Temps devait encor /

Epancher le trésor De ton savoir modeste ,

Et du fatal linceul M’envelopper tout seul.

L’étude obtint pour elle Ton âge tout entier, T’éloignant du sentier,

Où l’âme la plus belle , Dans les plaisirs oiseux, Eteint ses jeunes feux.

Presqu’en ta fleur première , Docte vainqueur, admis Au temple de Thémis ,

Tu verses la lumière Autour des saintes lois ,

Qui passent par ta voix.

Les filles de mémoire , Magiques déités,

A leurs flots enchantés Un jour te laissent boire ; Et ton facile essor T’acquiert la lyre d’or.

MORÀTIN.

Tu fais alors revivre.

Aux Tempes de Léon ,

La voix d’Anacréon ,

Et Théocrite livre A ton pipeau léger Les plaines du berger.

Tu disais l’harmonie Des langages heureux ,

Et le rhythme nombreux De Rome et d’Ionie ,

Et de l’Arabe ardent Le mode redondant.

Et quel chant d’allégresse L’Hébreu , long-temps captif, Entonna fugitif,

Quand la mer vengeresse Engloutit les soldats , Rugissans sur ses pas.

Un voile au loin recèle En vain l’obscur passé ;

A ton zèle exaucé,

L’Histoire le révèle :

De la poudre évoquant Bronze et marbre éloquent.

MOR AT IN

D’événemens qu’efface Le Temps qui les produit , Sans cesse elle t’instruit , Et ton burin retrace Nos champs et nos cités , Mille ans ensanglantés.

Du jour , que favorise Le Sort dans ses arrêts, Qu’aux plaines de Xerèz Le sceptre goth se brise,

Et l’Ebre obéissant Révère le Croissant ,

Au jour, où l’infidèle .

Par un dernier revers ,

Brisa nos derniers fers ,

Et les croix d’Isabelle,

Que Gonzalve arbora.

Couronnent l’Alambra.

Tu redisais , sans haine , De nos sanglans rivaux Victoires et travaux, L’Europe , instruite à peine De ton tribut offert.

Apprend qu’elle te perd.

MORATIN

De la funèbre route Long- temps de longs sanglots Remplirent les échos;

L’oreille encore écoute ,

Au fond du monument ,

Un sourd gémissement.

Pardonne, ami , pardonne, Sage persécuté ;

Aux rives du Léthé ,

Ne vois que ta couronne:

Pour prix de ta vertu ,

De gloire revêtu.

D’une ingrate patrie N’accuse plus les torts :

Jamais d’heureux efforts N ’ont illustré la vie ,

Sans que d’amers retours A’en aient troublé le cours.

MOR A T IN

ODA

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