TOME II
MOR ATI N.
Y allí, de las que han sido Ciudades poderosas.
De cuantas dio al olvido Acciones generosas La edad que vuela rápida , Memorias te dictó.
Desde que el cielo airado Llevó á Xerez su saña ,
Y al suelo derribado ,
Cayó el poder de España; Subiendo al trono gótico La prole de Ismael :
Hasta que rotas fueron Las últimas cadenas ,
Y tremoladas vieron
De Alhambra en las almenas Los ya vencidos Arabes ,
Las cruces de Isabel.
Y á tí , de dos naciones , Ilustres enemigas ,
Referir los blasones ,
Hazañas y fatigas ,
Y de candor histórico Dignos egemplos dar.
MORATIN
Europa, que anhelaba De tu saber el fruto ,
Y ofrecerle esperaba En aplausos tributo ,
La nueva de tu pérdida Debe primero oir.
La Parca inexorable Te arrrebató á la tumba • En eco lamentable La bóveda retumba ,
Y allá en su centro lóbrego Sonó ronco gemir.
i Ay • perdona, ofendido Espíritu, perdona;
Si en la región de olvido Ciñes aurea corona ,
Y tus virtudes sólidas Tienen ya galardón.
No de una madre ingrata El duro ceño acuerdes; Que nunca se dilata La existencia que pierdes , Sin que la turben pérfidas Envidia y ambición.
QUINTANA.
Don Manuel-José Quintana est de la province de Melendez. Il a été élevé aussi à Salamanque. Son premier emploi à Madrid rattachait à la partie contentieuse du ministère des finances : les révolutions qui se sont succédées lui ont été funestes; mais dans sa carrière littéraire nous trouverons des succès constans.
M. Quintana, qui s était d’abord essayé sur la scène tragique par une imitation de l’anglais Lewis, s’est mis chez nous hors de ligne, par sa belle tragédie de Pélcige¡ il a ac» quis, de plus, des titres nombreux pour figurer parmi nos premiers lyriques. C’est un des auteurs que les limites que nous nous sommes tracées nous empêchent de faire apprécier convenablement.
La dignité, la force de la pensée, la dictipn noble et énergique , les sentimens élevés carac-
QUINTANA.
térisent ses ouvrages, qui tous sont de choix. Nous voyons en lui un autre Herrera avec plus de liant et d’aménité, mais peut-être moins grand versificateur.
M. Quintana n’a pas donné le titre d’ode h ses compositions lyriques, sans doute parce qu’il ne s’y est pas assujetti à des combinaisons rhythmiques régulières. Les symétries modernes de 1 art n ont pas attiré la principale attention du chantre philosophe, ou peut-être n’v a-t-il vu que des entraves mal entendues. Nous lui saurions gré de n’en avoir pas accepté le joug s’il devait y sacrifier une pensée.
La manière de M. Quintana est très-prononcée dans le système opposé aux habitudes de la versification française. Parmi les pièces que nous traduirons pour faire connaître ce poète, il y en a une surtout (le Chant à la Mer) que l’on défigurerait entièrement , si l’imitation s’abstenait de certains rejets et d’autres artifices pris à la versification latine. Nous y avons toutefois mis beaucoup de ménagement,
QUINTANA.
avertis par des critiques de la première partie de notre ouvrage , qui , pleines de bienveillance sur tout le reste , se sont montrées très-sévères sur ce point. Nous reconnaissons que, si fondées que nous puissions croire des théories dissidentes \ il ne nous appartient que de suivre la pratique devenue autorité.
1 En voyant les vers de Virgile non moins admirés en France qu’ ailleurs , on peut se demander d’après quel principe les Français ont repoussé, seuls, des manières compatibles avec leur langue , qu’ils rencontrent à chaque pas chez ce grand maître ? Certes , quand il n’encadre pas ses locutions dans la dimension du vers , on ne le soupçonnera pas d’impuissance, ou de manque de goût. On ne saurait trouver , dans la construction spéciale du vers épique français, une raison pour le priver de ces ressources dont les nôtres s’enrichissent. Il semblerait , au contraire , qu’il y a plus de besoin de variété accidentelle, là où il existe plus d’uniformité constitutive. C’est bien le cas du vers alexandrin, dont le repos arrive toujours à la meme place. Nous avons dit , dans l’avant-propos de notre premier volume , que les autres littératures , issues de la latine , avaient fini
(QUINTANA.
Revenant à 1 écrivain qui a donné lieu à cette explication , pour le faire apprécier sous plus d un rapport , nous tirerons d’un ouvrage an-
par rejeter, comme contraire au style large, le balancement d’hémistiches , adopté dans l’enfance de l’art. Le pentamètre latin ne forma point un rhythme. L’obligation d’encaisser une portion de sens déterminée , dans 1 espace étroit de trois pieds , restreint tellement la diction , exclut tant de tournures, que forcés, comme dans une ruelle murée, à marcher sur les pas les uns des autres , il çn sera bientôt peut-être des alexandrins français comme des vers des langues mortes : on les fera par centons. Le code poétique français a opéré une véritable déception : il a semblé assigner à la haute versification un grand rhythme, et elle n’a eu réellement que des petits vers de six syllabes, parfaits pour des chansonnettes. Mais la loi , sous ce rapport , est , dès longtemps, demeurée immuable : il n’y a plus moyen que pour des règlemens, des usagesqui, sans la violer, en modifient l’eiïet, en ne laissant point à la condition essentielle un caractère exclusif. C’est ce qu’on obtient déjà lorsque l’on associe, aux repos obligés, d’autres repos. Les exemples de cet artifice ne manquent pas chez les classiques français; nous les trouvons seulement trop rares, et
QUINTANA.
glais 1 le passage suivant. « Don Manuel Quin- » tana, jeune avocat, sest placé au premier » rang des hommes de lettres de ce pays, par
voyons, avec plaisir, qu’ils deviennent plus nombreux sous la plume des modernes. Les repos commandés à la sixième syllabe et à la douzième, semblent deux ornières que l’on commence à vouloir cartayer. Qui sait si, peu à peu... ? Enfin, le système musical français offre assez de prècédens pour faire présumer qu’en fait A’ harmonies , la loi de l’habitude peut se prêter en France à quelques amendemens venus du dehors ; c’est, une matière où le goût français ne s’est pas toujours trouvé infaillible.
1 Letters front Spain : printed for Henry Colburn. Ouvrage dont (laissant à part des opinions sur une matière plus délicate que la politique et les vers) on ne saurait trop vanter le mérite. Nous croyons pouvoir le revendiquer pour l’Espagne, quoique écrit dans une langue étrangère. Si la raison et la profondeur qui y régnent sont anglaises, la vérité du pinceau , la sagacité et le piquant des Cervantes et des Isla , dénon cent dans l’auteur un de leurs compatriotes. On y rencontre même partout de ces fleurs qui ne naissent que sur les bords du Bétis.
QUINTANA.
» ses talens poétiques , et par la variété de ses )> connaissances; tandis que l’excellence de son » cœur et l’élévation honorable qui règle sa » conduite, rendent son commerce extrême- » ment agréable, et donnent un haut prix à son » amitié.... » Il a mis en tête du recueil de ses
poésies une vignette où l’on voit une figure
ailée , enchaînée au pied d’un sombre édifice gothique , et levant les yeux vers le temple des Muses, dans l’attitude du découragement.
L’ardent patriotisme dont M. Quintana s’est montré animé , en tout temps , a inspiré à sa muse bien des chants de regrets et de douleur; mais elle a saisi aussi les occasions qui prêtaient à 1 éloge de l’espérance. La première composition que nous donnerons de cet auteur réunit les deux caractères; le ton chagrin de quelques passages note rien à ce que le sujet a d honorable pour l’Espagne de nos jours.
L’immortelle découverte du docteur Jenner était encore combattue en Europe, par plus dune autorité, lorsque le gouvernement espa-
QUINTANA.
gnol ordonnait une expédition pour porter le vaccin en Amérique. Un jeune adepte, jusquelà peu connu , mais doué de beaucoup d’activité et d’une belle figure, contribua efficacement à cette détermination, et l’exécution lui en fut commise. Agent heureux! que le besoin poétique de centraliser l’intérêt a élevé bien haut dans les chants de M. Quintana. Nous prendrons la liberté de transporter ici la strophe consacrée à ses traverses personnelles , qui nous ont paru plus en rapport avec cette notice qu’avec l’objet général de la composition dont il s’agit.
« Toi , vole vers le but que poursuit ta belle âme ; Arme-toi de courage : il en faut. Les autans ,
Les menaces de l’air et des flots inconstans ,
L’abîme sous tes pieds , sur ta tête la flamme ,
Les perfides rochers où se cache la mort Sont les moindres périls que t’aprête le sort.
Ils te viendront de l’homme. A l’erreur , à l’envie Livré par ses penchans , c’est lui qui déchaîné Tourmentera ta course , exposera ta vie ;
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Mais toi, songe au laurier qui te fut destiné. Et dont la branche n’est ravie Que par un effort obstiné. »
Ce n était pas l’individu , c’était la découverte que , citez nous comme partout ailleurs , l’ignorance attaquait. On disputa et on intrigua encore long-temps à ce sujet, et il arriva que les colonies jouirent du bienfait avant la métropole. Exemple signalé , ajouté à ceux que nous avons dit avoir été donnés sous le ministère du
marquis de la Sonora. Ils ont montré la sollicitude de la mère-patrie pour ses enfans d’outremer; mais il est toujours resté aux colonies un grand grief à alléguer en temps opportun : la colonisation.
QUINTANA.