‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 39 sur 81 · S. IX · texte numérisé non relu

S. IX

Une louange imméritée est quelquefois un enseignement.

Ce que les mauvaises actions ont de pire, c'est de nous rendre plus mauvais. N. E.307.

Quand la réputation d'un homme est établie, elle est toujours meilleure ou pire qu'il ne la mérite. E. F. 192.

Un système faux a pour complice tous ceux qui le ménagent par leur silence. E. 2i9.

Ceux qui ne peuvent pas le moins peuvent le plus, ceux qui ne peuvent pas marcher volent, et l'on dirait que le sublime est, bien plus que le médiocre, à la portée de l'humanité. On le dirait, et l'on aurait raison; mais il faudrait ajouter que le médiocre n'est pas sur le chemin du sublime, qu'on ne passe point par l'un, pour arriver à l'autre : ils sont sur deux lignes différentes, car le faux ne saurait être le premier degré du vrai, et en morale le sublime est le seul vrai. En résumé, tout le monde n'est pas capable d'être sentimental, et tout le monde est capable d'être chrétien; une communion intelligente et sentie avec Dieu, le discernement religieux, le choix d'une croyance, sont du ressort de tout le monde ; la compétence du moins n'est pas proportionnée à la culture et au savoir; tout le monde a assez d'esprit pour se sauver; dans cette carrière, les ignorants eux-mêmes peuvent servir de guides aux savants. S. xiii, 39.

La force, pour agir sur l'opinion, est quelquefois en raison inverse du poids. F. 279.

— L'imitation nous entraîne à quitter les voies naturelles pour entrer dans des chemins détournés ; elle fait donc des esclaves. Mais la singularité fait-elle autre chose! Cet homme imite les autres hommes parce qu'il veut leur plaire ; cet autre s en sépare parce qu'il veut les étonner. Plaire ou étonner qu'importe? Sous l'une et sous l'autre forme, on veut exploiter l'opinion, on veut occuper les esprits ; on a besoin d'autrui ; on ne se suffit pas à soi-même ; on n'a pas assez de son propre suffrage ; on fait sans nécessité et sans le savoir ce métier de comédien qu'on aurait horreur d'exercer sous la forme qui lui donne son nom. On mendie, la tête haute ou à genoux, l'aumône de l'admiration. Dés qu'on agit par ce principe, on a beau faire. Que non content d'étonner, on veuille déplaire, on n'en est pas plus indépendant.

Toujours est-il qu'on obéit à ceux qu'on parait braver, toujours est-il qu'on règle sa conduite, non sur des principes, mais sur l'opinion ; toujours est-il qu'on cherche la raison de sa conduite hors de soi-même et de la vérité. Et celui qui, dans ce point de vue s'applique h déplaire à ses semblables, est si peu au-dessus de celui qui fait tout pour leur plaire, que l'avantage, à tout prendre, reste au second. Tous deux sont en révolte contre Dieu, qui veut être notre suprême objet et notre unique régie; tous deux sont asservis ; mais le second du moins est sociable et le premier ne l'est pas. Dira-t-on que le moyen sûr de bien faire est de prendre le contre-pied de la multitude? Il est vrai que la multitude fait mal; mais il ne s'ensuit pas que l'esprit de contradiction soit le principe du bien; celui-là ne fait pas le bien qui ne veut pas le iDien ; le bien est dans les intentions, dans les motifs, dans la volonté ; et l'homme dont nous parlons n'a pas voulu le bien; il n'a pas poursuivi le bien , mais la vanité ; il a voulu le mal : où donc est son avantage sur l'homme qui a voulu plaire? Où donc est l'avantage de la singularité sur l'imitation? I.

— Fin, faible et faux marchent de compagnie.

On composerait la morale la plus exquise des exigences de chaque homme à l'égard du prochain, et la morale la plus relâchée des exigences envers soi-même. T. 147.

Faire conduit plus sûrement à dire que dire ne conduit cà faire.

Il y a des substitutions de richesse morale, et la vertu est aussi un patrimoine. R. ii, 133.

Faits et raisonnements, tout se réunit pour montrer qu'on arrive plus aisément à redresser un sentiment égaré par la fausse appréciation de l'objet qui l'excite, qu'à faire naître dans une âme un sentiment absent. F. 321.

Toute préoccupation que nous ne partageons point, et dont en même temps nous sommes incommodés, peut nous sembler frivole ; mais ce qui serait surtout frivole, ce serait de ne pas voir qu'il est juste que chacun traite sérieusement tout ce qu'il estime sérieux. R. ii, 3.

11 y a dans la vie mille choses qu'on accepte et qu'on ne veut pas voir. 577.

L'indignation aussi est une belle chose ; elle est l'explosion des plus nobles instincts de l'âme. Si le jet est impétueux, la source en reste limpide et saine. F. 325.

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