L.19MII
La charité ne se détache pas des faits qui lui ont donné naissance; et, avec elle, il faut accepter ces faits, c'est-à-dire le christianisme tout entier. ii, 150.
Quelle différence si J.-J. Rousseau eût saisi par le cœur ce qu'il concevait par l'esprit, si le système en lui se fût élevé à l'affection , s'il eût aimé ce qu'il croyait ! C'est là, en effet, tout le secret de l'unité morale, et c'est pour cela que le divin fondateur du christianisme s'est mis en mesure, par des moyens qui n'appartenaient qu'à lui, de nous faire aimer ce qu'il voulait nous faire croire. L. 18«. ii, 202.
Beaucoup d'amour ne va pas sans un peu de préoccupations et peut-être n'aime-t-on pas assez quand on ne se laisse pas un peu préoccuper. S. vu, 305.
S'il n'y a rien de moins individuel, ni de plus destructif de l'individualité que les formules, comme formules, rien n'est plus individuel ni plus individualisant que l'amour, quand il domine et détermine tout. L. 19«. m, 47.
Les êtres qui consentent à n'être point aimés sont, dans l'ordre des êtres moraux, les plus sublimes ou les plus dégradés. Les plus sublimes, s'ils pensent qu'après s'être révolté contre son Créateur, l'homme est indigne d'être aimé par aucune créature; les plus dégradés, si tout besoin a fmi par s'éteindre en eux.
De ce qui est selon la nature rien ne demeurera, car la nature n'est qu'une forme de la pensée de Dieu ; de ce qui est selon l'Esprit rien ne passera, car l'Esprit c'est Dieu lui-même : «L'amour, dit l'apôtre, ne périra jamais ! » mais il parle de l'amour selon l'Esprit. On pourrait concevoir que la charité conservât nos autres amours comme l'ambre conserve le brin d'algue autour duquel il s'est formé ; mais on ne pourrait concevoir comment ce
hrin d'algue, comment l'amour selon le monde se conserverait de lui-même. E. E. 94.
Aimer spirituellement, c'est aimer comme Dieu aime et comme Dieu veut être aimé. Tout ce qui, dans l'amour, n'est que nature, instinct, goût, complaisance pour soi-même, tout ce qui, dans l'amour, est fait à l'image du monde et du temps, disparaît ou se subordonne. L'amour, épuré et divinisé, s'élève et s'attache à ce qui est invisible et immortel ; il devient à la fois plus tendre et plus saint, plus intime et plus respectueux ; il aime Dieu en toute âme, il aime toute âme en Dieu: le fidèle, qui voit toutes choses avec l'œil même de Dieu, aime, si l'on ose s'exprimer ainsi, avec le cœur même de Dieu. 386.
11 n'y a point de place dans l'éternité pour les attachements les plus doux et les plus purs, si la grâce de Dieu ne les a pas fait devenir, d'affections terrestres qu'elles étaient, des affections spirituelles et célestes. 97.
— Interrogez le premier venu entre les plus simples des hommes, il vous dira, sans se faire presser, qu'il vaut bien mieux être intelligent que d'être beau, et qu'il vaut mieux aussi être bon que d'être intelligent. — La matière et la forme sont fort au-dessous de la connaissance, et la connaissance ne saurait être mise en parallèle avec l'amour. 74.
Ce n'est pas même assez que d'opposer à toute une vie de pensée toute une vie d'amour. Les choses ne se mesurent point ainsi. La quantité, l'étendue, la durée ici ne sont rien : la nature est tout. Toutes les pensées les plus sublimes, de tous les philosophes les plus profonds, de tous les siècles du monde, ne valent pas, ne pèsent pas un seul mouvement de charité. Et si l'on nous objectait que les grandes pensées viennent du cœur, qu'il est des choses qui ne peuvent arriver à l'esprit qu'en passant par l'âme, et qu'il y a peut-être quelque amour dans quelques-unes des spéculations de ces grands esprits, nous n'avons garde d'y contredire, et nous portons avec joie au compte de la vie supérieure et véritable tout ce qu'il peut y avoir eu d'amour dans leur pensée ; mais nous n'en disons pas moins que, dans ces belles pensées où il y a de l'amour, c'est l'amour qui fait la vie ; que la pensée, comme
pensée, n'est point la vie, que l'ignorant qui aime surpasse en dignité le savant qui n'aime pas, et qu'un seul acte, un seul mouvement de véritable amour l'emporte sur toute la masse des plus brillantes découvertes et des plus sublimes pensées. 79.
— La vérité, certes, est une grande chose ; mais si vous ne mettez pas la vérité au-dessus de l'amour, si par conséquent vous la mettez au-dessous, dites-vous bien que sans l'amour la vérité est inutile ; allez plus loin hardiment : dites que sans l'amour il n'y a point de vérité, puisqu'il n'y a point d'unité ni de bonheur. Ceci vous étonne ? mais pensez-y mieux : le mot de vérité ne désigne pas seulement une vue exacte de l'esprit; le mot de vérité ne désigne pas uniquement une idée; il a quelque chose de plus substantiel ; il désigne aussi une chose, un fait, un rapport. La vérité se trouve dans les actions avant de se trouver dans les idées ; elle est dans les choses avant d'être dans les paroles. Une chose est vraie quand elle est ce qu'elle doit être, comme une parole est vraie quand elle dit ce qu'elle doit dire ; une chose pareillement, est fausse quand elle n'est pas ce qu'elle doit être. Si donc l'homme n'est pas ce qu'il doit être, ne fait pas ce qu'il doit faire, il aurait beau connaître la vérité, il ne serait pas dans la vérité, selon cette pensée de St. Jean qui dit qu'à cela nous connaissons que nous sommes dans la vérité si nous aimons nos frères. La vérité dans la création de Dieu consiste en ce que toutes choses s'entre-répondent ; or, celui qui n'aime pas, portant atteinte à cette correspondance générale qui est la vérité, introduit, autant qu'il est en lui, le mensonge dans le sein de la vérité. Il n'y a donc pas lieu à distinguer et à dire : cet homme n'a pas l'amour, mais il a la vérité ; non, s'il n'aime pas, il n'a pas la vérité.
— Il est bien difficile à la raison de se représenter la charité sans joie, mais il est bien plus difficile à la conscience d'admettre comme légitime ou seulement comme possible, à la longue, une joie sans charité. M. 128.
Quiconque n*est pas charitable n'est pas juste, non-seulement parce que la charité est justice, mais parce que la, charité seule est capable de nous, faire voir tout ce qui est juste. N. D. 419.
L'affection ne tiendra pas toutes ses promesses à moins d'être soutenue par le devoir, et elle laissera en friche bien des parties du champ qu'elle se flatte de cultiver. 279.
De l'injustice à la charité, de la charité à l'injustice, il n'y a pas de point d'arrêt, il n'y a pas de station ferme. On glisse nécessairement vers l'injustice , si l'on ne gravit vers la charité.
— La vraie charité ne pénètre dans le cœur qu'à travers les ouvertures, les fentes, pour ainsi dire, que l'humilité a pratiquées ; et si vous êtes durs comme auparavant, c'est une preuve que vous êtes orgueilleux comme auparavant. M. 224.
Tour à tour principes l'un de l'autre, l'amour et l'humilité n'existent point séparément dans l'âme. D. 190.
Celui qui aime n'a pas de peine à s'humilier ; celui qui ne s'humilie pas n'aime pas. 189.
2" —De Dieu; Pas naturel, ce que c'est; — et liberté; — et amour de soi. Sa valeur apologétique, principe de la nouvelle alliance.
L'amour de Dieu , si vous entendez un amour réel , sérieux , dominateur, cet amour n'est pas naturel au cœur de l'homme. 8.
Celui qui commence à aimer Dieu est le premier à s'effrayer de son indifférence pour Dieu. 166.
L'amour, le véritable amour de Dieu, c'est l'amour de sa vérité, de sa sainteté , de sa volonté tout entière ; le véritable amour , c'est celui qui se réfléchit dans l'obéissance; le véritable amour, c'est celui qui remue la conscience et qui la purifie. 9.
Si nous n'aimions pas Dieu , qui est la sainteté même , nous n'aimerions pas la sainteté, nous n'aimerions pas la loi de Dieu , puisque l'amour de Dieu n'a point de sens et n'est qu'un vain mot, si l'on n'aime pas ce qui est essentiel à Dieu , et ce qui fait qu'il est Dieu. C'est donc une condition irrémissible du bonheur que donne la religion, de nous disposer à l'amour et à la sainteté.
Si vous n'aimez pas Dieu, vous n'avez de relation avec lui que celle de lacrî^inte;, mais la crainte n'est pas un rapport, elle en
est le contraire ; elle n'unit point, elle sépare. Et si le but de Dieu, en donnant aux hommes une religion, est de les unir à lui; si le nom même de religion exprime ce but , il faut avant tout que ce rapport de l'amour s'établisse entre les hommes et lui ; et toutes les œuvres que les hommes pourraient faire en dehors de ce rapport ne sont pas des œuvres de Dieu. N. D. 78.
S'il n'y avait dans le cœur du chrétien qu'un sentiment de justice légale, il essaierait de mesurer sa tâche, il se tracerait d'exactes limites , il saurait où s'arrêter ; mais obéissant parce qu'il aime, aimant celui qu'on ne peut trop aimer, il s'abandonne à l'impulsion de son cœur comme le mondain s'abandonne à sa passion. D. 90.
L'homme qui se sait et se sent, malgré son indignité, aimé de Dieu, aimé sans condition et pour toujours, celui qui, dans les privations même et dans les douleurs , ne peut plus voir que des preuves d'amour, celui-là a tout obtenu : s'il forme des désirs, c'est selon Dieu, et avec l'espérance qu'il obtiendra mieux encore que ce qu'il désire. P. M. 133.
L'amour de Dieu vous douera d'un sens nouveau, d'un tact sûr et délicat, au moyen duquel vous reconnaîtrez sans peine les œuvres qui lui plaisent, et celles dont il détourne les yeux ; car toutes les activités ne sont pas bonnes. C'est le premier effet de l'amour de Dieu : il en a un autre. Il donne à l'âme une plus grande liberté. Il rend légitimes une foule d'œuvres qui ne l'eussent pas été sans lui. D. 205.
Dans ses rapports avec Dieu, tant que l'homme n'aimera pas , il ne se sentira pas libre et ne le sera pas. M. 243.
Nous accordons le titre de mobile à ce qui donne à l'âme l'impulsion et la force d'agir; en second lieu, il y a dans la morale humaine deux classes de mobiles. Les premiers se rapportent à la crainte et à l'espérance , mobiles grossiers sans doute , mais dont il faut reconnaître l'importance dans l'état actuel de la société. D'un point de vue plus élevé cependant, on ne saurait fonder une morale digne de ce nom sur la crainte et l'espérance uniquement, puisqu'on ne ferait par là que des esclaves ou des égoïstes. De toute nécessité, l'homme en sa qualité d'individu moral , de-
mande un intérêt profond, un intérêt d'une durée continue et qui s'empare de son cœur entier. C'est ce que doit lui fournir toute doctrine vraie , toute religion méritant ce nom. Cette force vive n'est complète que dans l'amour: l'amour, de la part de celui qui demande l'obéissance ; l'amour, de la part de celui qui la rend. L'amour gratuit en Dieu, l'amour pur en l'homme, tel est en soi et dans son essence le seul mobile digne de la religion éteigne de l'homme, si l'homme fût demeuré dans sa condition primitive. Dieu n'est pas un législateur humain ; il est l'être spirituel qui demande le culte du cœur, une adoration en esprit et en vérité , produite et alimentée par l'amour. C'est à cette fm que Jésus- Christ rétablit en l'homme l'image divine effacée par le péché, et réhabilitée par l'amour seul. La crainte et l'espérance concourent sans doute à cette œuvre comme leviers nécessaires et préparatoires ; mais elles n'agissent guère, la première du moins, que provisoirement , en l'absence ou dans les défaillances du grand mobile de l'amour, lequel, du reste, ne sera parfait en l'homme que dans une nouvelle économie. L. 18«. i, 324.
Aimer Dieu, c'est aimer et la vie qu'il a faite et la mort qu'il a a ordonnée. Aimer Dieu , c'est avoir trouvé le secret de vivre.
L'amour de Dieu est la seule passion faite pour s'accorder avec le perfectionnement de notre âme, le seul sentiment auquel il soit permis d'être exclusif et illimité. La vie n'a d'unité que par un sentiment qui la détermine et la pénètre tout entière , comme la chaleur pénétre les corps soumis à son influence. Tout homme qui donne pour unique base à sa vie une pensée, tout homme dont le système n'a qu'une idée pour racine , aura toujours quelque chose de roide, de froid, d'incomplet. Mais lorsque l'amour s'empare de la vie du chrétien, alors elle s'élève et se développe avec la majestueuse unité d'un temple consacré au Seigneur.
Quiconque, s'étant recueilli et s'étant élevé peu à peu au-dessus des impressions du monde , n'a plus rien vu entre lui et la pensée de Dieu, a été forcé de reconnaître que rien n'est plus sage que cette prétendue folie, que rien n'est plus naturel que cette violence
faite à la nature, rien de plus conforme à notre intérêt que ce dépouillement , et enfin , selon que l'a dit un excellent esprit , qtie l'amour de Dieu est le bon sens de l'amour de soi. Et non-seulement cela ; mais dans l'état même où se trouve la société, et à son point de vue assurément borné , rien n'est plus social que le christianisme , et même toute autre chose l'est beaucoup moins.
L'amour de Dieu est tout ensemble le triomphe et l'anéantissement du moi. Un vif sentiment de bonheur, une puissance indéfinie de détachement, en forment ensemble le caractère essentiel. Obéir à Dieu est le suprême devoir, mais aussi la suprême félicité. Aimer, c'est en même temps tout donner et tout avoir ; on donne son cœur, mais la récompense du don se trouve dans le don luimême ; et le sacrifice du moi, dans ce mystérieux état de l'âme, est lui-même le délice du moi. P. M 115.
Tout pour Dieu et rien pour moi, voilà la devise de l'amour. Tout pour Dieu, pourvu que Dieu soit à moi. D. 205.
Celui qui aime Dieu se trompe-t-il ? N'est-il pas dans la vérité? et si le christianisme seul donne la force de l'aimer, le christianisme n'est-il pas exclusivement la vérité? 92.
L'amour est le principe de la nouvelle alliance. L'amour est, chez ce nouveau peuple que Dieu vient de créer à son image, le principe de l'obéissance, la loi suprême, Tesprit de toutes les lois. Tout, dans cette économie, est marqué au coin de l'amour.
30 — .Des hommes; Devoir de la miséricorde, pardon des offenses. — Valeur de l'activité chrétienne. — Bienfaisance chrétienne.
Le moment n'est pas venu, ce me semble , de se taire entre chrétiens sur le devoir de la miséricorde et sur celui de l'intercession, qui tient au premier de si près. Je crois, je sens que l'amertume est toujours prête à déborder dans un cœur d'homme ; elle coule à son aise dans le lit que lui creuse l'indignation; il faut avoir été longtemps à l'école et dans la compagnie de Jésus-Christ, il faut avoir appris de lui à mettre bien des^ choses sous ses
pieds ; il faut, assis auprès de lui, voir de bien haut les intérêts et les agitations de cette vie, pour ne risquer plus de prendre le change, et de haïr en croyant s'indigner. M. 342.
Quant à tous ceux dont les opinions , les vues et la conduite sont en opposition avec nos intérêts ou nos principes ; combien l'impatience qu'ils nous causent diffère peu de la haine ! Nos ennemis personnels nous en inspirent souvent une moins vive.
L'Évangile n'approuve ni la haine ni les contestations. Non pas qu'il autorise une lâche indifférence ; non pas que l'indignation ne soit aussi séante au chrétien qu'à Jésus lui-même lorsque les terribles épithètes à' hypocrites et d'insensés sortaient de sa bouche divine; non point qu'il ne faille prendre hautement la défense de la vérité et de la justice, et devenir spirituellement l'ennemi de leurs ennemis. Mais la colère de l'homme et l'esprit de contestation que souftle l'orgueil n'ont rien à faire dans ces nobles combats. Le zèle, le courage, la persévérance, l'indignation même, tout doit être pénétré de charité , ou plutôt tout doit être de la charité ; d'une même source doit jaillir l'indignation et la prière : la première, de l'amour de Dieu; la seconde, de l'amour des hommes: ainsi, toutes les deux de l'amour. 457.
La charité a quelquefois pour vraie forme la rudesse ; la douceur est quelquefois une trahison : il peut y avoir de la charité dans la véhémence et dans l'indignation. T. 162.
Il faut , pour pardonner véritablement, faire plus que pardonner. Il faut que le mal soit surmonté par le bien , et que, selon l'exemple de Dieu lui-même, là où l'offense a abondé, la grâce surabonde. E. E. 448.
Si nous avons pu prendre sur nous de pardonner à celui qui nous a offensés, nous pourrons bien prendre sur nous de prier pour lui, et si nous ne pouvons prier pour lui, nous ne lui avons point pardonné. 449.
Nous avons un tel besoin d'amour et d'estime que la pensée d'un seul être qui nous les refuse est pour notre âme un ver rongeur comparable à celui du remords. Mais quand nous avons prié pour lui, ce n'est plus pour nous le même homme; ce n'est plus
notre ennemi, c'est notre protégé ; et comme il est naturel de s'attacher au bien qu'on a fait , la pensée de cet homme nous occupe dorénavant comme une douce pensée ; nous nous plaisons à cultiver ce premier bienfait et à le consolider par de nouvelles prières.
— Ce n'est pas sur ce que nous aurons fait (à prendre ce mot dans son sens matériel), que nous serons jugés, mais sur ce que nous aurons voulu, ou autrement sur ce que nous aurons fait intérieurement, sur les actions de notre âme ; car il n'est pas dit que nous recevrons selon ce que nous aurons fait avec notre corps, mais selon ce que nous aurons fait étant dans notre corps. Nos actions extérieures figureront alors comme des symboles, comme des témoignages. 276.
Il importe peu que nous cédions à Dieu sur mille points , si nous lui résistons sur un seul. Une seule désobéissance préméditée ou volontaire efface toutes nos obéissances. D. 296.
On n'est pas hors de la communion de Dieu pour avoir violé tel ou tel , ou un certain nombre de ses commandements ; mais plutôt on les a violés parce qu'on était hors de sa communion ; et les péchés divers que nous commettons ne sont que les manifestations ou les effets de cette plaie du péché, sans cesse ouverte et saignante au dedans de nous, N. D. 149.
Aux yeux et dans l'esprit du Seigneur, il n'y a point de petit péché ; et tel mouvement passager de malignité ou d'orgueil qui aurait traversé le cœur d'un de ces impitoyables juges de la femme adultère, le souillait peut-être plus aux yeux du Seigneur que les débordements avérés de cette infortunée. M. 259.
Ce ne sont pas quelques bonnes œuvres, ce n'est pas une vertu factice, laborieusement étudiée, laborieusement imitée, qui vous qualifiera pour le ciel. D. 206.
L'impartialité de Dieu s'attache au principe des actions ; c'est par leur principe qu'il les juge ; et de ce point de vue, il ne frappe pas toujours d'une plus grande réprobation les forfaits qui nous épouvantent que les défauts que notre blâme atteint à peine. 139.
Ne distinguons point entre ce que nous pouvons et ce que nous ne pouvons pas ; car s'il y a quelque chose au-dessus de nos for-
ces, tout est au-dessus de nos forces , et si quelque chose est à notre portée, tout est à notre portée. Disons franchement et hardiment que l'homme ne peut rien et qu'il peut tout, rien sans Dieu et tout avec Dieu. Toute la morale de l'Evangile repose sur ces deux bases. N. E. 146.
Le christianisme ne consiste pas à ne point vouloir, tout au contraire ; le christianisme prétend seulement nous donner une volonté conforme à celle de Dieu , et la fortifier de plus en plus dans cette direction. M. 202.
Dieu nous veut tout entier ; il veut que notre vie naturelle entre tout entière dans cette vie surnaturelle dont la foi est le principe ; profaner ou seulement laisser sans emploi quelqu'un des moyens qu'il met à notre disposition, c'est une infidélité, c'est un larcin.
Le chrétien n'a pas une nature à suivre , mais une nature à dompter ; ni à faire ce qui plaît au monde, mais dans l'occasion aussi ce qui lui déplaît; ni à remplir ses devoirs, mais à les dépasser; ni à atteindre certaines limites, mais à franchir toutes les limites. D. 316.
La perfection en doctrine et en morale ne saurait être le partage de tous ; quelques erreurs particulières , quelques imperfections de détails n'empêchent pas qu'un homme ne soit pour l'essentiel dans la bonne voie ; il y a en tout une marche progressive, à la nécessité de laquelle on ne saurait guère se soustraire ; on ne peut, en général, arriver du premier coup à ce qu'il y a de meilleur en théorie et en pratique ; et tout ce que l'homme peut raisonnablement prétendre de l'homme, c'est de suivre la route qui y conduit.
Dieu a voulu établir dans notre vie une parfaite et inaltérable unité, faire des deux principes dont l'homme se compose un seul être ; non point détruire une activité au profit de l'autre , mais donner à toutes un seul but et à la vie entière une seule signification; non point tuer l'homme mais le régénérer. 194.
— S'il est une loi confirmée par l'expérience, c'est qu'à mesure qu'on fait le bien on trouve plus de plaisir à le faire. Une seule étincelle, si elle ne périt pas , si elle trouve où s'attacher , em-
brase toute la vie. Il y a dans tout acte de bienfaisance quelque chose de si conforme à notre nature ou de si digne d'elle ; l'âme, dans l'atmosphère de la charité, se sent tellement à l'aise , qu'à mesure qu'elle respire cet air elle n'en veut point respirer d'autre. II y a de la joie à faire ce qui est droit , joie d'autant plus vive qu'elle fut moins prévue, et qu'on a vaincu, pour se la procurer, une plus forte résistance de la nature et des sens Voilà pourquoi les plaisirs de la charité, s'il est permis de les nommer ainsi, ne se flétrissent jamais. On vit dans l'âme d'autrui, on s'unit à toutes ses impressions. Plus même ce bonheur nous impose de sacrifices, plus il nous devient cher, nous l'aimons pour lui-même et pour ce qu'il nous a coûté. Ainsi le premier des devoirs devient le plus profond des instincts; il se confond avec l'amour que nous portons à nousmêmes : nous ne les distinguons plus ; et notre âme, dans chacun de ses mouvements , se porte tout entière d'un même côté , ne laissant rien d'elle en arrière. N.D. 360.
Du temps pour faire le bien , il ne se trouve pas tout à fait ; c'est la charité qui le crée : l'égoïsme n'a point de loisir. Le temps ne se compose pas seulement d'heures et de minutes, mais d'amour et de volonté : on a peu de temps quand on a peu d'amour. 331 .
Faut-il le dire? Il y a peu de gens, même parmi les meilleurs, qui fassent tout ce qu'ils doivent, et peu encore qui sachent tout ce qu'ils peuvent. Nous avons toujours, dans un moment donné,
quelque chose que quelque autre n'a pas Celui même dont
l'existence dépend de la charité d'autrui peut , par une prière fervente , rendre à son bienfaiteur beaucoup plus qu'il n'en a reçu. 326.
Le sol le plus fécond n'est pas celui qui produit davantage ; les hommes les plus favorisés du côté de l'intelligence ou de la fortune ne sont pas ceux qui font le plus de bien. Soit que vous regardiez à la quantité ou à la qualité des œuvres , il faut mettre sur le compte des pauvres et des petits en tout genre la plus grande partie du bien qui se fait sur la terre. 323.
Il faudrait être sans conscience et sans entrailles pour ne pas avouer qu'il se fait dans le monde une perte horrible de temps,
si c'est du temps perdu que celui qui , destiné de droit à la charité, a été volontairement détourné d'un aussi saint usage. 337.
L'homme le plus occupé est celui qui a le plus de temps , et que l'on trouve le plus aisément disponible. 332.
Nous faisons toujours plus de bien que nous ne le croyons quand nous faisons du bien , et plus de mal que nous ne pensons quand nous faisons du mal. 348.
Malheur à celui qui ne s'impute pas tous les résultats que sa conduite n'a pas eus, mais qu'elle aurait pu avoir, et qui n'éprouve pas, dans tous les cas, avec moins de douleur, autant de remords et plus de confusion ! 349.
La bienfaisance, comme toute autre vertu, comme la conversion même, ne doit jamais dire demain. 363.
Que les apparences ne nous en imposent pas : les circonstances, les mœurs, les bienséances nous répriment; mais il y a dans chacun de nous un tyran commencé. En nous faisant les égaux de notre souverain , nous nous sommes faits , pour autant qu'il dépendait de nous, les maîtres de nos compagnons. Comment détrôner ce tyran? H n'y a qu'un moyen ; c'est de nous faire, dans un esprit de charité, les serviteurs de tous nos frères. 294.
On s'obstine encore à confondre la charité avec l'aumône. Il est difficile de croire que l'erreur sur ce point soit tout à fait involontaire. C'est bien à la charité qu'on en veut, parce que la charité, c'est le christianisme. L'amour des hommes pour l'amour de Dieu, l'amour de l'âme de l'homme dans l'homme, l'amour humble qui se rapetisse volontiers et s'anéantit, l'amour, enfm , naissant du mystère de la croix, cet amour, malgré la douceur généralement sentie de quelques-uns de ses fruits, a des caractères qui ne vont pas à l'orgueil de nos espérances ni à la hauteur de nos dessein^:, et qui pourraient contrarier dans son développement l'œuvre humanitaire. Le secret de cette longue méprise est là. E. F. 360.
La faculté d'aimer tout homme , uniquement parce qu'il est homme, est, en elle-même, plus élevée et plus excellente que toutes nos affections particulières. N. D. 205.
Sans l'amour pour l'homme en tant qu'homme, toutes nos affections particulières de famille , de patrie ou de sympathie ne
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tioUs élèveraient pas au-dessus des animaux , et chacun de ces amours particuliers ne mérite le saint nom d'amour que lorsque, perfectionné par l'Esprit de Dieu, il est devenu de la chanté. 204.
L'humanité souffre et gémit : il faut au moins souffrir et gémir avec elle; il faut prier pour elle ; il faut partager ce travail d'enfantement qui soulève et déchire son sein ; car il ne s'agit pas de moins pour elle que d'enfanter à Dieu un monde nouveau. 227.
Chaque chrétien appartient à tous les hommes. Il n'a pas les mêmes devoirs envers tous, mais il est obligé envers tous. Il n'est pas chrétien, il n'a pas compris Jésus-Christ, si ce sentiment lui est étranger, que dis-je ? S'il n'en est pas habituellement préoccupé, il ne doit pas aimer seulement un à un chacun des membres de l'humanité que les circonstances rapprochent de lui ; il doit , comme Jésus-Christ, aimer l'humanité. C'est la marque, c'est la gloire du vrai christianisme. 225.
Un cœur dilaté , c'est celui qui peut accueillir plus de sentiments. Quand on s'est servi de cette image, on a entendu qu'il n'y avait de positif pour le cœur que l'amour; car on dit que la haine le reserre, et la haine pourtant est un sentiment. I.
c) Études morales. Esprit de jugement ; résignation, casuistique; plaisirs; intimité naissant du christianisme ; caractère rationnel de la vie chrétienne; sacré et profane; gloire de Dieu; pureté. Coopération à des œuvres non ch7'étiennes. — Patience, humilité, crainte. — Vices individuels et sociaux.
Condamner nos frères sans raison, sans preuves, sans réflexion, c'est ce que fait chacun de nous presque aussitôt qu'il est capable de penser, et presque à chaque moment du jour. Et s'il en est ainsi, ne faut-il pas croire que ce péché tient à ce qu'il y a de plus essentiel dans notre corruption originelle, et qu'il en est une des suites les plus directes et les plus prochaines ? M. 255.
L'habitude des jugements téméraires et malveillants annonce plus que toute autre chose que l'àme n'est pas née à la nouvelle vie, à la vie de Dieu. Elle annonce que les deux principes de vie, l'humilité et la charité, lui sont encore étrangers. 265.
Les plus grossiers ont la conscience assez délicate quand il s'a-* git de juger autrui. I.
En reconnaissant, comme il le faut bien, que les jugements défavorables sont le fond de la plupart des conversations, comment ne pas conclure que l'homme y trouve son plaisir ou son intérêt et que, par conséquent, il n'est pas impartial.? M, 262.
Une défiance universelle, que la politesse déguise mal, ou dont la politesse est un fruit, est devenue le mot d'ordre de la société. C'est un état général, un état que vous avez sous les yeux. Direzvous après cela que l'homme est un juge impartial de l'homme?
Dans quels cas est-il permis d'exprimer des jugements? Dans les cas où l'on ne pourrait les taire sans offenser la gloire de Dieu, ou sans commettre une injustice envers notre prochain. Dans ces cas-là, pourvu qu'on se nomme, il y a du courage, de la générosité chrétienne k prononcer clairement l'opinion qu'on a de ses frères, leur fùt-elle même très-défavorable et leur portât-elle un notable préjudice. 257.
Les jugements défendus par la loi de Dieu sont ceux que nous portons sur les motifs des actions de nos semblables ou sur leur situation devant Dieu, et cela sans que la charité ou le zèle pour la gloire de Dieu nous y porte aucunement. 258.
Avant de juger comme Dieu, ayons ses yeux, qui sont trop purs pour voir aucune espèce de mal. Et alors, humiliés du mal que nous découvrirons en nous, alors, appelant corruption ce que nous appelions d'abord imperfection légère, nous , sentirons que nous avons quelque chose de mieux à faire que d'épier d'un œil curieux les secrets sentiments du cœur de notre prochain. 260.
La faculté de retenir ses jugements dans la ligne du vrai est un des bénétices de toute existence normale et concentrée dans le devoir. R. II, 79.
— Piien n'est moins philosophique que le mépris de la résignation chrétienne ; car le moment de se résigner vient toujours ; tout au moins faut-il que les hommes de cette génération se résignent à ne pas voir l'époque où l'on ne sera plus malade, où l'on ne mourra plus, et, chose non moins extraordinaire, où l'on ne s'en-
nuiera pas. Et dés qu'il faut qu'on se résigne, quelle résignation sera plus noble que celle dont le christianisme est l'unique source? Quoi de plus noble, en effet, que ses ingrédients, la confiance, l'obéissance et l'amour? Ni cette résignation ne nous avilit ni elle ne nous énerve, comme on l'a dit, puisqu'elle n'exclut point l'action où l'action est possible et légitime, et qu'elle exerce les forces les plus précieuses, forces dont l'être moral trouve le principe en soi. Qu'ensuite elle produise le contentement, et par le contentement le repos; qu'ainsi la religion, qui ne serait pas vraie si elle n'inspirait pas les contraires, excite et tempère tour à tour, calme et anime, élance et captive, cela n'est pas douteux pour nous, et nous demandons ce que la société peut souhaiter de meilleur.
La résignation est l'acte volontaire d'une âme forte et tendre, qui remet avec confiance entre les mains du dispensateur suprême les dons qu'elle en a reçus, et, par cet acquiescement spontané, imprime aux accidents de la fortune, aux pertes de la vie, le caractère d'un sacrifice et le mérite d'une offrande. 354.
La résignation est le courage de la douleur chrétienne. 356.
• — Si nous étions consommés dans l'unité avec notre chef, il n'y aurait pas de cas de conscience : dans la réalité, tout le monde en rencontre, et de fort difficiles, de fort douteux, même avec le secours de la prière. H. 86.
Le premier symptôme de la mauvaise foi, le premier présage de la désobéissance, c'est de consulter lorsqu'on sait déjà ce que l'on doit faire. M. 56.
Le plus faible appui est assez fort quand nous voulons pécher. Quelque attachés que nous soyons à notre propre sens, nous devenons modestes et pleins de déférence pour les opinions qui nous plaisent. Nous nous exagérons à plaisir la gravité du personnage qui nous conseille^ ou l'importance de l'indice qui nous détermine. Il ne nous faut pas davantage, mais il ne nous faut pas moins. S'il est difficile de se résoudre à bien faire — tout seul, il ne l'est pas moins de se résoudre à mal agir tout seul. On veut avoir un homme, une raison, une preuve, un signe pour soi. Et parce qu'au bout du ^compte, rien n'est plus facile à trouver, on con-
suite, quoique la conscience ait assez clairement parlé, ou quoique la passion ait déjà pris son parti . 57 . On agit inconsidérément ou sans bonne foi, quand, avant d'avoir épuisé tous les autres moyens, et sondé son cœur devant Dieu, on consulte ces oracles muets qui, ne disant rien, disent tout, et à qui, par conséquent, on fait dire tout ce qu'on veut. Je compte dans le nombre ces signes, ces rencontres, ces prétendus appels, ces impressions vagues que nous appelons des voix intérieures, et dans lesquelles, si des mondains nous les alléguaient en des cas analogues au nôtre, nous ne verrions que des sympathies ou des antipathies naturelles, indignes d'être prises en considération ;j'y comprends encore, sans hésiter, cette Parole de Dieu consultée au moyen du sort, et qui n'est plus alors la Parole de Dieu, mais une parole humaine, trouvée par nous ou plutôt mise par nous dans le volume de la Bible. 70.
C'est notre conscience qui doit apprécier les conseils qu'on nous donne et prononcer en dernier ressort. C'est un droit, ou plutôt c'est un dépôt dont nous ne pouvons jamais nous dessaisir en faveur d'aucun homme ; c'est un pouvoir que nous ne pourrions abdiquer qu'entre les mains de Dieu même lorsqu'il nous aurait distinctement fait entendre sa voix ; et ce serait encore un acte de conscience que cet abandon de notre conscience. Les conseils d'autrui peuvent nous aider à réduire à des termes simples une question compliquée ; ils peuvent encore rétablir dans leur première clarté des principes de conscience que la passion a obscurcis au dedans de nous; ils peuvent nous faire rentrer en nous-mêmes; mais remarquez cette expression, que je n'invente pas, et que vous employez tous les jours ; si c'est revenir au vrai que de rentrer en nous-mêmes^ c'est que nous avons en nous-mêmes un témoin et un juge du vrai, et qu'il suffit de nous remettre en sa présence et de nous obliger à soutenir de près son regard, pour nous remettre dans la voie de la vérité et de la justice* 73.
Celui qui veut sérieusement arriver au but risque peu de manquer le chemin, il n'hésitera même que rarement, et la conscience, à l'ordinaire, parle assez distinctement à quiconque veut l'écouter. 65.