‹ Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et reflexionsChapitre 44 sur 81 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Le chrétien peut être indécis tour à tour sur mille choses, il ne l'est jamais longtemps sur le devoir. Son chemin est rude peut-être, escarpé, mais direct. Il aime mieux, en route vers l'éternité, se blesser que s'égarer. 66.

Nous pouvons toujours être tranquille sur les résultats d'une recherche sincère ; c'est avoir trouvé la volonté de Dieu que de l'avoir cherchée, et à celui qui a tout fait pour s'éclairer, l'erreur est imputée comme vérité. 76.

La volonté générale de Dieu vous est clairement révélée dans sa Parole; son Esprit, invoqué, l'interprète à votre conscience, et bien vouloir, une fois pour toutes, ce que Dieu veut, donner la volonté de Dieu pour but et pour inspiration à toute notre vie, subordonner toutes nos démarches à cette unique pensée, voilà de quoi éclairer h mesure toutes les obscurités de notre route, voilà de quoi résoudre d'avance presque tous les problèmes qui pourront se poser devant nous ; voilà de quoi remplacer et annuler la science des casuistes. 77.

— Rappelons-nous qu'il faut être bien authentiquement en dehors du monde, pour réussir lorsqu'on veut engager les autres à en sortir. On n'est pas hors du monde parce qu'on a quitté les plaisirs bruyants ; on a passé seulement d'un hémisphère à un autre, on est entré dans le domaine des jouissances plus pures et plus élevées. Toute une vie est quelquefois nécessaire pour prouver que l'on n'est plus du monde, et pour exercer à cet égard quelque influence sur autrui.

N'oublions pas surtout que si l'on veut porter quelqu'un à renoncera une satisfaction, il faut lui en offrir une autre en échange, et il faut que cette autre soit supérieure au point que l'hésitation ne soit plus possible. Jamais de simples raisonnements n'engagèrent personne à quitter le monde. Fussent-ils d'une clarté incontestable, cette évidence n'aboutirait qu'à irriter les hommes. C'est peine perdue de dire à ceux-ci que les joies du monde sont passagères, ni même qu'elles nuisent à leur salut; il faut avoir quelque chose à leur présenter en compensation de ce qu'on leur ôte. Hors de cette condition, tous les arguments sonnent creux. Quand Dieu a voulu arracher l'homme à la domination du ])éché, il ne

s'est pas borné à promulguer sa loi, il a manifesté sa grâce, et les cœurs touchés de ce divin attrait se sont trouvés dégagés de celui des joies mondaines. L. 18^ ii, 304.

Faites de vrais chrétiens d'abord ; vous obtiendrez facilement ensuite l'abandon de certains plaisirs. 305.

— Il n'est sur la terre aucune communauté de position, de pensée et d'espérance, qui puisse créer une intimité aussi profonde, une intelligence mutuelle aussi entière, qui fasse entrer plus avant une âme dans une âme, qui fasse vivre plus à découvert les uns pour les autres, qui oblige et qui entraîne à plus de confiance que la croyance commune à Jésus-Christ, comme Fils de Dieu et comme Sauveur. S. ii, 175.

— Ceux qui ont su saisir le véritable esprit du christianisme sont de tous les hommes ceux qui vivent le plus raisonnablement. N'en soyons pas surpris, souvenons-nous que la nature contre laquelle proteste l'Évangile, c'est l'état moral dans lequel nous naissons par l'eftet de la chute originelle. Mais il existe une autre nature, une nature primitive, à laquelle l'Évangile rend hommage, et dont il déplore l'extinction par la bouche de St. Paul, lorsqu'il parle des hommes sans a/fecliom naturelles. Cette nature-ià, ce sont les vrais rapports des choses. Elle doit se retrouver lorsque le premier de tous les rapports est reconnu et respecté. Et c'est là l'effet du christianisme, aussi une vie animée par l'esprit de l'Évangile sera-t-elle la plus naturelle de toutes.

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