‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 29 sur 52 · IMPRIMEURS I)K L'INSTITUT · texte numérisé non relu

IMPRIMEURS I)K L'INSTITUT

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3tttr0^urti0Il.

I^ politique est la science du gouvernement clans ses rapports intérieurs comme dans ses relations extérieures , la science d*État par excellence, la haute sagesse gouvernementale, la quintessence du savoir adminfstratif. Elle laisse à la science de la police la surveillance du repos intérieur, au droit pénal et civil le

2 fNTRODUCTTON.

soin de régler les rapports des hommes entri* euxetà l'égard de leur propriété, au droil public ror^anisaiioD des pouvoirs politiques, au droit des gens les rapports internationaux, à Féconomie politique et aux finances les recherches sur les richesses nationales et publiques, et se réserve à elle-même le résumé de toutes les expériences consignées dans toutes ces sciences, s'en approprie les résultats, et, les adjoignant à des connaissances qu'elle recueille dans une sphère (|ui lui est particulière, dans l'art politique proprement dit, en forme un tout sous le nom générique àe politique , qui, du reste, est propre à chacune des sciences d'État en particulier, dont elle n'est, pour ainsi dire, que l'encyclopédie, comme elle pourrait aussi s'appeler la philosophie du gouvernement.

Vu l'immensité de son champ, la politique s'est multipliée et s'est subdivisée de nos joursà l'infîbi, et il y a presque autant de politiques que d'opinions. Cest aussi pourquoi jamais on n'a senti mieux qu'à présent la né-

INTRODUCTION. :î

cessité d assigner des limites à cette science, el de classer les idées |)olitir|iies dans un cadre précis.

Le monde est travaillé par un malaise général. Les esprits sont tournés vers la politique. Cest au gouvernement , comme au plus fort, qu'on demande compte de tous les maux. Démontrer le devoir et le pouvoir du gouvernement, c'est réduire les choses à leur sens véritable y c'est rendre les hommes moins remuants, plus sûrs de leur route; c'est changer le mécontentement en résignation , la guerre en |)aix.

Ijes pays libres ont des partisans de labsoliitisme, les monarchies ont des républicains. Si ce mécontentement tient un peu à la nature de l'homme, dont le propre est de toujours désirer ce qu'il n'a pas, la cause en est plus encore dans le manque de lumières. S*il était démontré aux partisans de la répubhque dans une monarchie limitée, (|uils désirent une chose moins bonne; aux partisans de Y;\\>-

soiutisme dans un pays constitutionnei, qu'ils veulent une chose pire que celle dont ils se plaignent, les uns et les autres se soumettraient à révidence, et rentreraient dans la voie du contentement.

Le savoir incomplet est pernicieux, la science complète est un bienfait. La politique qui ne laisse que du trouble dans l'esprit et un abime dans le cœur, cVst la politique à moitié faite, celle qui touche à tout sans rien approfondir, qui ëbranle tout sans rien renverser ni rien établir; elle égare les intelligences, aigrit les consciences. Mais la politique qui aborde les difficultés de front, qui va au fond des choses, qui ne rougit pas de reconnaître les côtés faibles et les abus des institutions qu'elle dé* fend, faute de meilleures, cherchant à les épurer; la politique franche , la science com» plète, ne peuvent qu'assurer la marche, et éclairer la route des gouvernants comme des gouvernés.

Mais, d'autre part, la politique qui veut

INTROmCTION.

tout saper el tout refaire à neuf, sans tenir compte de la force des choses ou de la faiblesse des liouimes , ne doit pas nous airèter dans la route.

Il y a quelqu'un , pour me servir de Texpression de labbé Sieyes , qui a plus d'espiit €|ue qui que ce soit , plus d'esprit que tous les socialistes pris séparément ou réunis, c|ue les Platon, les Harrington, les Fichte, les Saint- Simon et les Fourier : ce (luelqu'un, c'est tout le monde; et son œuvre c'est la société actuelle, livre riche en profonds enseignements^ et d i goe des plus constantes méditations; produit des siècles, des tourments et des luttes de Ions les temps; œuvre inachevée et incomplète, pleine d'imperfections, mais résultat des passions et des faiblessjes humaines, auxcpielles toutes les utopies possibles ne savent piis faire une part aussi naturelle.

La prétention de certains utopistes, de faire un ordre de choses parfait pour des hommes imparfaits, se condamne par elle-même. Plus

« IINTRODUCTION.

leurs projets se rapprocheront de la perfection, moins ils seront exécutables; et les théories dénuées d'application pratique sont des rêves creux y ou tout au plus des jeux d'esprit plus ou moins curieux et récréatifs.

La politique n'est point une science spéculative ou idéale, mais bien une science expérimentale, qui, pour être moins parfaite, n'en est que plus pratique.

Les hommes viennent sous un chou , dit*< on aux enfants; les gouvernements viennent de Dieu, dit«on aux peuples avec un sangfroid imperturbable ; et , à force de le dire et de le répéter, on finit par leur faire croire, et , ce qui plus est, par croire soi-même, que les souverains sont des délégués , voire même des oints du Seigneur. En attendant, c'est le juge Déjocès que le peuple fait roi; c'est Nemrod, l'intrépide chasseur, qui se fait le défenseur des Assyriens; c'est Cadmus et Cécrops qui enseignent les arts et les sciences aux Grecs,

et s'en Font les chefs; c'est lebei^er Konuilus qui fonde une ville, en ouvre faccès » de.s hommes sans profession , et enlève avec eux les femmes sabines; c'est Clovis qui fonde un

Etat par la conquête; c'est le Novgorodien Gastomisl qui envoie dire aux princes Varian gues : Notre pays est grand et abondant , « mais il n'y a point d'ordre en lui. Venez, el a r^nez sur nous. »

Le droit divin renversé tant de fois, sans que Dieu y soit înter>'enu le moins du monde pour défendre son droit , outragé tant de fois par des délégués indignes de lui, sans c|u'il ait pris la peine de les châtier; le principe divin de la souveraineté devenant plus que problématique, on lui substitue le droit de la force, on prend pour principe du pouvoir le pouvoir lui-même, et on dit que le droit du plus fort est le meilleur. En effet, le pouvoir, la pui.ssanceel la force sont des notions idenliqiies et des fails inséparables. La souveraineté se transmet a\ec la ff)rce, et meurt a^ec elle.

Mais si la souveraineté réside clans la force de fait, elle n'y réside pas toujours de droit, comme lorsqu'il y a abus, usuipation ou conquête. La souveraineté, réparlie, soufferte, conservée, modifiée, renversée tant de fois par le peuple, force est de la lui concéder.

En trouvant la souveraineté du peuple, on a cru trouver, dit-on, la pierre philosophale; et pourtant on n*a fait que donner une arme dangereuse au peuple, et sanctifier la révolution. Aussi voudrait-on renoncer à tout ce principe qu'on croit aussi aride qu'abstrait, aussi inutile que dangereux. Mais autant vaudrai t^il renoncer à toute perfectibilité humaine, que de briser le seul frein qui retient et corrige les rois. Après Dieu, la raison et la morale sont les souverains suprêmes de ce monde, et elles se révèlent toujours dans les mouvements spontanés et les actes généraux d'un peuple.

Je vois des troupeaux d'hommes menés au gré de quelques bergers phis audacieux el plus

IINTRODUCTION. »

rusés que le reste des hommes. Ces troupeaux forment la majorité de la race humaine. Sontils heureux? — Ils sont tranquilles! Cest le bonheur des hommes qui sont restés des bétes, desbétesqui nesont pas devenues des hommes. S'ils n'ont pas le sentiment de leur nullité y ils ont parfois cehii de leur misère. On peut les plaindre, je ne crois pas qu'on puisse les envier. Ils peuvent ne pas désirer un sort meilleur; mais ceux qui sont sortis de leur état s'effrayent de l'idée seule de l'abjection où ils vivent.

Je vois ailleurs des peuples qui jouissent d'un certain bien-eti*e matériel et intellectuel , et vivent dans l'insouciance du gouvernement qui les r^it; où les individus sont absorbés par leurs intérêts privés , et laissent les affaires publiques au soin de ceux qui sen trouvent les dépositaires. Leur insouciance fait leur sécurité, et leur repos fait leur bonheur. Puissent-ils vivre longtenis en paix !

Mais je vois aussi des peuples qui \euleiit si-

10 IJNTRODIJCTION.

gouverner eux-mêmes, parce qu'ils se croient et assez grands et assez sages pour cela. Ils |>ensent que gouverner les hommes est un pri* vilége Irop beau pour être accordé à un seul, un fardeau trop lourd pour être porté par un seul. Ils ont vécu; ils ont acquis Fexpérience que rinsouciance des affaires publiques conipi*omet le repos individuel , et finit par détruire le bonheur général. Ils veulent leur part de gouvernement; ils Font conquise par la force des armes ou par celle de l'esprit; ils la conservent partons les moyens. Ces peuples sont à Tavantgarde de la civilisation et de Thumanité. Ils ont lutté; ils ont versé leur sang pour des biens qui ne sont pas des chimères. Ils ont résolu plus d'une question de ce monde, mais il leur en reste tout autant à résoudre, et même davantage encore. Sont-ils heureux? Oui, si on les compare à d'autres peuples, si l'on compare leur présent avec leur passé; non , si l'on ne consulte qu'eux-mêmes sur leur position acluelle, ou si l'on ne considère que leur avenir.

LNTKODLCTION. 1 1

Oui, parce qu'ils ne \uu(lraient pour rien de réiat des peuples barbares, et (|ue ceux-ci ne demanderaient pas mieux que d être à leur place,s'ils pouvaient en concevoir les cliariues et s'ils savaient s\' maintenir. Oui, quant à leur passé, qui, quoi qu'on en dise, n'a été renversé que parce qu'il était et trop décrépit et trop mauvais; et qu'ils ne voudraient pas reprendre leurs vieux haillons , pas plus que l'homme devenu libre ne voudrait reprendre ses chaînes. Tant qu'un homme est esclave, il peut prendreson état en amour: que de prisonniers ont quitté leur prison en soupirant après l'asile de leur longue infortune ! Il peut, disonsnous, s'habituer au poids de ses fers, quelque lourds qu'ils soient; mais une fois qu'il les a quittés, une fois qu'il a respiré librement, il ne peut rentrer dans les fers. Un peuple ne peut rétrogi*ader sur la voie de la liberté. Mai.s cette voie faut-il qu'il l'embrasse ?

I..es peuples libres, après a\oircic<|uisla conviction qu'ils s(»nl plu» hcurcu.v que les aulrcs

peuples, n'ont pas à rougir devant eux de leurs travers et de leurs imperfections. Ils peuventet doivent convenir qu'ils ne sont pas heureux, absolument parlant. Maisd'abord il faut Taire la part des maux imaginaires. L'imagination est plus développée chez les peuples civilisés; la sensibilité Test aussi davantage. La souffrance, la douleur réelle font plus d'impi*ession sur eux, et leur esprit grossit les maux ou s'en crée même de faux. Puis, cette même civilisation fait naître plus de besoins qu'il ne peut y en avoir chez des peuples incultes, plus même qu'elle ne peut en satisfaire par les ressources qu'elle crée par elle-même. C'est aussi le faible de l'homme, de toujours être mécontent de son sort et de chercher un mieux. Qui le dirait? il y a des partisans de la tyrannie, même chez les peuples libres !

En ce qui concerne les maux réels, les seuls qui demandent des remèdes, un organisme sain en neutralise les effets et finit par en extirper les germes. I^ route des amélio-

IiNTRODUCÏÎOX. I :j

râlions une fois ouverte, s aplanit aisément , et les perfectionnements sont plus faciles que les reconstructions entières. II ne s'agit que de les rendre naturels, et les peuples libres ont déjà beaucoup fait dans cette voie.

Que veulent donc les peuples barbares qui conspirent contre la liberté, et qui seliguecit contre les peuples libres? ^ Détruire Fimagc* quMls devraient adorer, et ruiner leur avenir et leur bonheur ! Insensés! ils lèvent les mains pour déchirer leurs propres entrailles. Non, elle n'est pas d'hier cette lutte de la tyrannie et de Tesclavage contre la liberté, elle dure et durera autant que le monde ; et si la liberté ne doit pas vaincre, puisse-t-elie au moins ne pas succomber!

Les peuples ont une identité d'intérêts : ce qui les divise compromet leur cause, la cause de la civilisation est celle de l'humaniié; elle est une et indivisible. Toutes les autres viennent y affluer, et toutes les questions viennent s'y résoudre. La nationalité y disparaît , la ri-

cliesse et la liberté s'y rallient forcément. Question slave ou germanique, question d'Orienl ou question du droit de visite, tous ces débats n'ont de prix qu'autant qu'ils ont du rapport avec la civilisation.

On a trop souvent dit que la barbarie ne saurait vaincre la civilisation; et cela disant, la civilisation se berce de l'idée de sa force et s'endort dans l'insouciance, tandis que la barbarie aiguise et appréteses armes. Elle se donne même les lumières nécessaires pour assurer sa conquête matérielle, tout en rejetant celles c|ui pourraient comprometti*e les conditions de son existence.

T^ France est à la tête de la civilisation : la sienne seule est apte à se répandre dans le monde et à s'inoculer dans toutes les nations. La France a une gi*ande et belle mission à remplir. Les temps sont loin de nous, où l'on guerix>yait pour le pouvoir universel. C'est dans les champs de la civilisation que viendront se régler désormais tous les intérêts; c'est au sein

ÎNTRODUCTFOIV. i:.

de la ptiix que le sort du monde doit se décider. Ije cosmopolilisme pointe à Tliorizon : le monde a les veux fixés sur la Fi'ance. Puisse- 1-elle ne pas trahir Thumanité, et rallier sous ses drapeaux tous les partisans du progrès! Sa tâche et sa responsabilité sont immenses y mais sa gloire pourra éclipser dans cetle voie toutes les gloires anciennes.

Il ne s*agit pas ici de croisades contre la barbarie : elles pourraient ne [)as être plus heureuses que celles qu'on a faites dans la terre sainte. Il ne s'agit même pas de propagande , les lumières se répandent trop fcilemenl d'elles-mêmes; mais bien d'une position digne et énergique, d'une noble résistance contre les empiétements directs ou indirects, prochains ou éloignés, de la barbarie sur la civilisation.

Attendre ce résultat de la France, serait-cc trop augurer de sa puissance?

L'AMIQUITÉ.

Dans riRDB, le peuple était divisé en quatre castes : i* les prêtres, les bramins ou descendants de Brama; a" les guerriers ; 3" les agriculteurs et négociants; 4° les ouvriers et les serviteurs.

Plus tard y des mélanges des difTéren tes castes, il en résulta une cinquième, celle des vilains. Elle comportait plusieurs distinclions et subdivisions, dont la moins méprisée était celle qui provenait de la cohabitation des hommes de la première caste avec les Femmes de la seconde, et la plus mal famée celle qui descendait des hommes de la quatrième caste et des femmes de la première. Elle avait en partage les occupations les plus i*épugnantes ou les plus difficiles^ telles que les fonctions de bour^ reau et le métier découvreur. Les hommes des castes pures devaient éviter la rencontre de ces individus, et étaient exclus de leur caste s'ils entretenaient avec eux des rapports.

Les professions étaient strictementdistinctes pour chaque caste. Un homme d'une caste supérieure pouvait au besoin exercer le travail dévolu à une caste inférieure , mais le fait cou* traire ne pouvait avoir lieu: nul individu de la basse classe ne pouvait s'adonner au travail assigné aux castes supérieures.

Le fanatisme et la religion , la force et la différence des races, semblent avoir présidé à rétablissement de ces castes. La première a été plus blanche que les autres, et les n^res ne faisaient partie que de la caste impure.

Les droits des prêtres étaient exorbitants. LV&il était la seule peine qu'on pût leur infliger pour les plus grands crimes, tandis qn'un homme de la quatrième caste qui se serait permis de s'asseoir sur le tapis d'un bramin aurait été banni de son pays. Il était défendu aux prêtres de respecter un roi qui eût été originaire d'une caste inférieure.

Dans chaque commune ou village, on cultivait la terre en commun, et, sur les revenus , on soldait , outre les fonctionnaires publics , les ouvriers et les artistes, tels que le méde*cin f le poète, le musicien et la danseuse du village.

En Egypte, outre les quatre castes des Indiensy il y en avait trois particulières : celle des

interprètes qui servaient aux rapports avec les étrangers, celle des bateliei*s et celle des gardeurs de porcs; cette dernière était la caste in(&me.

Le territoire appartenait au roi et aux prêtres; les guerriers recevaient des terres en culture, et les agriculteurs ne pouvaient qu'affermer ou soigner les terres d'autrui. Les oc* cupations comme les castes étaient héréditaires, et la peine de mort attendait celui qui n'en avait pas. — La forme du gouvernement égyptien était une monarchie limitée par le sacerdoce, qui prescrivait au roi ses devoirs privés et publics.

£n PfiRSS, le despotisme était dans toute sa force. Le roi y était le dieu de la terre; mais comme tel, il était soumis aux ministres de la loi divine , aux mages qui formaient son grand conseil. Des provinces entières étaient affectées à chaque besoin particulier du roi. L'Éolie founlissait son pain, le désert d'Ammonium

DE LA POLITIQIE. 2i

son sel, leClialyboii son vin. Les gouverneurs et les employés avaienl pour appointements les revenus des provinces ou des terres qui leur étaient assignées. Les grands fonctionnaires de la cour étaient les membres du roi, et s'appelaient ses yeux et ses oreilles. Les favorites de son nombreux harem étaient toutespuiflomtes. — Quand on s'approchait du roi, il fidlait retenir son haleine comme chose impure.— La division décimale était en vogue: le peuple comme Tarmée était divisé en dilaines, centaines, milliers, etc., et ces catégories avaient chacune un chef particulier.

En GaicB, la tyrannie ne pouvait prospéi*er; bnature même du pays sV opposait. Dans les premiers temps, les fondateurs des États, les civilisateurset les hérosfurentinvestisdu pouvoir suprême, et le transmirent à leurs fils; mais la position naturelle du pays et les progi*ès de la civilisation mirent bientôt fin à leur domination. La vie des petites cités rapproche les

hommes, les unit, les égalise; et les Grecs aimaient trop la liberté et Tégalité pour re- Qonnaitre au-dessus d*eux un autre pouvoir que celui de la loi. Â.ussi les législateurs remplacèrent-ils bientôt les tyrans.

A Sparte 9 l'Etat absorbait tout, la la famille et l'individu. Tous les biens étaient publics ; la femme et les enfants appartenaient à rÉtat : il mariait celle-là et élevait ceux*ci. La force corporelle était le but principal de toute l'organisation publique. Les citoyens étaient ^ux^et s'assemblaient en corps pour débattre les mesures qu'on leur proposait , et pour nommer aux différents emplois de la république. On volait par acclamation. Une commission sous le nom degerusie, composée de vieillards sexagénaires, était chargée de préparer les questions que l'on portait devant l'assemblée générale du peuple. Celle-ci se réunissait^à l'époque delà pleine lune, et en plan air.

Les rois de Sparte avaient pour tout prîvi-

1^6 une portion double aux festins , la peau et le dos des victimes offeiies en sacrifice ; au sénat , leur voix comptait pour deux : encore Thucydide révoque-t-il en doute cettedernière assertion d'Hërodote. A la guerre, la place la plus périlleuse leur revenait de droit ; à leur mort, deux hommes parcouraient les rues, couverts de boue, et tout le monde s'écriait que le roi mort était le meilleur des rois.

Lorsque les mœurs devinrent plus dissolues, QD institua le corps des éphores , qui fui'ent chargés du contrôle des fonctionnaires et de la œnsure des mœurs. Mais il vint un temps où riqtérét individuel rompit cette digue artificielle etpritle dessus surTintérét général. Aloi-sTédifice de Lycurgue s'écroula tout entier.

AATHiHBS, les rois paraissent avoir élé limilén dnns leur pouvoir, dès leur origine, par les nohles et les communes, qui jusc|u'à Thésée furent au nombre de douze. L'an 10G8, les rois furent remplacés par des archontes héré-

ditaires^qui devinrent électifs Tan 714; en Tannée 684 leur nombre fut porté à neuf. — Solon fut appelé à organiser l'État, alors que les nobles et les riches pesaient sur les pauvres. Solon facilita h ceux-ci les moyens de s'acquitter; mais, loin de renverser le principe de la naissance, il ne fit que consolider celui de la richesse. Il divisa le peuple en quatre classes, d'après les revenus. La pi*emière devait avoir au moins six cents médimnes, la seconde trois cents, la troisième cent cinquante, et la quatrième comprenait ceux qui avaient moins. Les archontes ne pouvaient être que de la première classe; le conseil des quatre -cents n'était composé que des membres des trois premières classes.

Le droit de cité s'acquérait par naissance et par concession, mais les naturalisés ne pouvaient devenir ni archontes ni prêtres. L'infamie entraînait la privation des droits civiques. L'assemblée du peuple réunissait en elle le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le

D£ LA POUTIQUE. 25

pouvoir exécutif. I^s magistrats étaient tous électifs et responsables. Le conseil des quatrecents était un corps intermédiaire entre le peuple et les magistrats. Il élaborait les affaires à soumettre à l'assemblée générale^et conseillait les archontes. L'aréopage était le tribunal suprême en matière de crimes et de police; ses membres étaient nommés si vie.

Plusieurs institutions, en Grèce, servaient de lien commun à la vie éparse des différents États. Les jeux olympiques entretenaient des rapports fréquents et pacifiques parmi les peuples. La confédération d'Ampbictyon avait une haute portée politique.

V assemblée amphictyonienne résidait àThermopyle, et plus tard à Delpbes.Dans le principe elle se composait de douze peuples ; ce nombre s'accrut au point que, du temps des Romains, on comptait trente peuples confédérés. Chaque membre principal avait deux voix, et ëlail représenté par \\o\^pylas^irs. L^s asseni-

blées se tenaient deux fois par an , au prinlemps et en automne. Leur but était d'assurer les trésors sacrés de Delphes et l'existence récipro** que de chaque État confédéré. On s'obligeait par des serments terribles à ne pa3 s'eQti*e-dé* truire^et^en cas de guerre, à ne pas détourner les eaux des villes de la fédération. Mais on viola plus d'une fois ces serments, et l'importance de l'assemblée déchut de plus en plus; tellement qu'au second siècle de notre ère, le pouvoir des amphictyons se bornait à décer^ ner des couronnes dans les jeux publics.

Ijà, fédération dÉtolie s'assemblait tous les ans à Thermes, à l'équinoxe d'automne, sous la présidence d'un stratège, que la réunion choisissait parmi les apoclèies, qui formaient un collège administratif.

hàfédérathn achéenne se composai t de douze villes, et avait sa résidence à Helike. Après la dissolution de la ligue par les Macédoniens, elle fut transportée à i£gium. L'assemblée avait lieu deux fois par an. Un conseil de dix mem-

DE lA POUTIQUE. 37

bres préparait les aHaires qui devaient être aoumises à rassemblée générale, et était présidé par deux strat^es, dont l'un fut remplacé plus tard par un hipparche.

Athènes et Sparte étaient chacune à la tête d'une confédération. Celle crÂthènes fut oipinisëe à la suite de la guerre contre les Perses; die était maritime. Elle avait un conseil et des agontsqui étaient athéniens; elle se réunissait à Déloa, où se trouvait aussi la caisse fédérale, qui fut plus tard transportées Athènes. La ligue dorienneavait Sparte pour chef, et son roi pour général desesarmées.Les affaires extérieui-es, la guerre^ étaient le but principal de l'association; Ifli aŒûres intérieures de chaque État étaient de la compétence exclusive de son gouvernement; les assemblées générales consistaient dans la réunion des délégués de tous les États.

A C4HTHAG£, il y avait deux souf jetés u la lélede l'État, éligibles à vie et pi*ésidents du sénat. On ne référait au peuple que lorsqu'il y

28 HISTOIRK-

avait désaccord entre le sénat et les soufTèies. Le sénat se divisait en deux parties. H y avait en outre les cent, chargés de la haute justice. Les chaînes étaient vénales , mais les titulaires ne recevaient pas de rétribution ; ce qui fit de la classe des- fonctionnaires une noblesse trèsinfluente.

La royauté de Rome fut élective, et limitée par le sénat et le peuple. L'élection des rois se faisait par le sénat avec l'approbation du peuple, et leur pouvoir se bornait à rendre la justice et à commander les armées. Le sénat était investi du pouvoir l^islatif et du pouvoir exécutif. Il se composa d'abord de cent membres, divisés en dix décuries; mais, à la réunion desSabinsetdes Étrusques, il s'accrut de deux cents membres pris dans chacun deces peuples, et s'éleva ainsi à trois cents sénateurs, divisés en trente décuries. Les premiers de chaque décurie étaient appelés au pouvoir durant les interrègnes, chacun à son tour, jusqu'à Télec^

DK LA POLITIQUE. 29

lioudu nouveau roi qu'ils faisaient en commun.

Servius Tullius modifia cet ordre de choses. Ilëluda son élection au trône, et se dessaisit de la juridiction civile. Outre la division en tribus et curies, il divisa le peuple en classes et centuries, selon les revenus de chacun, et donna une voi\ à chaque centurie, ce qui fit passer la décision des affaires entre les mains des ]dus riches.

La république ne changea d'abord à Rome que les rois , en les remplaçant par les consuls. Il y en eut deux, et leur pouvoir ne durait qu'une année. L'an 5o i av. J. C. , à l'occasion de la guerre avec les Latins, fut créée la charge du dictateur, qui égalait le pouvoir royal, mais qui ne devait durer que six mois.

. Le sénat avait la disposition de tous les emplois , y compris celui des consuls, la propriété presque exclusive du territoire, et l'exemption des impôts. Les plébéiens n'avaient que des dettes^ qui les mettaient à l'entière disposition des nobles. Tant que Tarquin vécut et suscita

des ennemis à Rome, les patriciens eurent intérêt à ménager les plébéiens ; mais, le danger à peine passé, les prisons s'emplirent de dé*biteurs. Poussé à bout , le peuple se réfogia sur lé mont Sacré , et ne rentra dans la irille qu'après s'être donné des tribuns qui devaient le protéger et surveiller les magistrats, et des œdiles qui furent chargés de pourvoir à la subsistance publique (493 avant J. €.). Mais le sénat sutparalyser cette institution : en corrompant la majorité du collège des tribuns , il le rendit docile à ses projets. L'an 481 9 1^ pl^ béiens parvinrent à s'assurer Téiection d'un consul parmi les patriciens. L'an 47 ' y Publitis Valérius fit obtenir au peuple le droit d'élire ses magistrats. L'an 457, le nombre des tribnns fut porté de cinq à dix, et le sénat en eut désormais un nombre double à corrompre.

Afin d'assurerau peuple une part dans le pourvoir judiciaire, qui se trouvait entièrement entre les mains des patriciens,lestribunsinstituèriént, Fan 4s I , les dUeempirSj appelés à faire une tiou-

DE LA POIJÏIQI E. 31

vdle législalion. Ils eurent un président , qui s'appela c#u/to i/r&i>; toutes les auti*es charges furent suspendues pendant Tannée que devait durer leur mandat. Les lois qu'ils allaient promulguer devaient être adoptées par le peupie concurremment avec le sénat. Les décemvîri voulant perpétuer leur pouvoir, traînèrent kalois en longueuriet se firent conserver pour Tannëe suivante. Appius Claudius s'empara de la suprématie, et en usa en tyran. 11 fallut une antre Lucrèce pour renversercet autre Taix|uin.

Lesdécemvirs furent abolis, mais leurs lois conservées. Suivant ces lois, i élection des consuls passa aux plébéiens, sous la condition de n'être appliquée qu'aux sénateurs; la juridiction criminelle fut également confiée au peuple.

L'an 444» furent autorisés les mariages des plébéiens avec les patriciens, et on institua les iribîuis milUaireSy qui devaient alterner avec les consuls, et pouvaient être élus parmi les plébéiens. En même temps on créa les censeaiw^

dont la charge fut autant d'enlevé aux consuls.

L*an 4^0 av. J. C. , le nombre des questeurs fut ëlevé à quatre; leur charge devint accessible aux plébéiens Tan 403» et les questeurs en sortant de chaîne furent admis au sénat , qui s ouvrit ainsi au peuple. Bientôt même les censeurs eurent la faculté de compléter le sénat par des plébéiens. L'an 366, la charge de consul devint accessil^le au peuple. De cette manière la plupart des fonctions tombèrent à la difrposition des plébéiens , et leur fusion avec les patriciens s'opéra complètement.

Restait la réforme matérielle et économique; car tant que les richesses étaient à la disposition des nobles 9 l'indépendance du peuple n'était qu'apparente ; les votes appartenaient aux riches. Tibère Gracchus se chai^ea de rér former la propriété , et rappela une partie de la loi de Licinius. Il voulut qu'on fixât à cinq cents jugères le maximum de la propriété fon* cière, et que le surplus fût distribué aux pauvres.

Cette révolution échoua, et sa réaction fui lerrible. La liberté s abima dans cette nouvelle lutte. Les nobles, réduits à défendre ce qui leur restaitde pluscher, eurent recours aux moyens désespérés. l>es Gracques y perdirent la vie; tous les partisans du peuple eurent un sort affreux. Marins fut terrassé par Sylla, et avec lui écboua la cause populaire. Tout ce qu'elle avait conquis en tant d'années fut perdu tout d'un coup. La noblesse et le peuple se détruisirent Tun par l'autre; le pouvoir ne repassa pas du peupleaux patriciens, mais les uns comme lesaulres furent soumisau joug des tyrans. César cumula toutes les charges, et régna en maître. Il fut dignement continué par Octave. Auguste épura le sénat, et le rendit une arme docile i\ ses plans; il dépouilla le peuple du reste dt* ses droits, et amena le régime militaire en instituant la garde prétorienne. Le crime de lèsemajesté, avec ses dignes acolytes, la délation et la confiscation , apparut sous l'empire. La couronne était élective : l'empereur en dis-

posait à sa mort ; faute de quoi , le sénat lui nommait un successeur. Les légions s'en emparèrent plus tard , et la mirent même à l'enchère. Le principe de l'élection présenta tous les caractères du désordre et de la tvrannie. Les souverains disparaissaient et se remplaçaient parla violence; parvenus au trône, ils rivalisaient decruauté, et abusaient d'un pouvoir auquel ils n'étaient pas préparés. Le culte des empereurs avait remplacé le culte des dieux; les vertus républicaines avaient disparu avant même la république, et le vice devint si grand que les bons souverains ne purent y remédier: Dieu seul pouvait sauver le monde.

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