‹ Esprit de l'économie politiqueChapitre 30 sur 52 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

La force était chez les Germains la hase et la mesure du droit, comme aussi le secret de l'organisation sociale. Le plus fort , celui qui protégeait le plus de monde, était roi, et sa racs était la plus nohie comme la plus puissante. Le plus faihle , celui qui n'avait aucun moyen d'attaque ni de défense, n'avait ni droits ni libertés, ni le droit d'outrnge, m hdevoir de la vengeance; il ne pouvait qne

s'abriter sous la protection du phis fort ,

et son droit se mesurait alors sur celui de son maitre. Les égaux en force étaient égaux eu droits ; c'étaient les hommes libres par excellence, et ils formaient TEtat proprement dit. On ne songeait à maintenir la paix qu'entre eux, parce qu'ils avaient seuls les moyens de la violer; car, malgré tout , le but de l'État était la paix, quoique la guerre fût Tordre constant. La force des armes était la seule puissance à laquelle on appelât en justice, même contre son souverain , la Providence étant censée régler le sort des combats. Au besoin, on invoquait celle-ci plus directement encoi^e par l'épreuve du feu. Chacun était le seul redresseur des torts dont il avait à se plaindre.

Quand les Germains, dans leurs migrations^ avaient pris possession d'une terre, ils la dédiaient à un de leurs dieux, et la soumettaient au prêtre, qui devenait le juge suprême du canton , et le chef des assemblées du peuple. A côté de cet établissement principal , il s'en formait parfois d'autres qui lui étaient sub*

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finlonnés dans radmiiiistration du cullo el d(^ h justice. Dans le cas où Immigration était conduite par un seul homme, il en était le cbef naturel, et devenait Je seul propriétaire^ de la terre dont on prenait possession. Seul il a\ait le droit de bâtir un temple, et seul il dJîilribuait les terres à ses compagnons ou vas-

Lorsqu'un État se formait par la conquête, le pays se partageait entre le chef de Tarmée, ou le roi et sa suite, et recevait une oi^anîsation oiilitaire; les chefs des différents corps d'arme devenaient les gouverneurs des différents comtés. Le roi avait la plus grande i>art du territoire, et ses compagnons d armes recevaient des alleux.

De même que les anciens prélats \isitaient leurs évéchés, ainsi les rois, aussitôt apivs leur intronisation y suivis de leurs magnats, dans des chars attelés de bœufs, faisaient le tour de leur pays, et y rendaient la justice.

I^roi devenait le grand prélrc« el les prétirs

devenaient de grands vassaux ; ils avaient en propre les terres de leur église, y exerçaient la juridiction, et concouraient à la fonnalion de l'armé^ du roi.

Dès l'origine, nous trouvons à la cour des rois francs les charges romaines et germaniques de trésorier, de connétable, de sénéchal, etc. Avec l'agrandissement de FÉtat et la multiplication des affaires, furent instituées les charges de comtes du palais y de majordomes et de référeri'. daires. Les premiers remplaçaient le roi aux tribunaux, les seconds étaient les chefs de sa suite, et les troisièmes référaient au roi de toutes les affaires principales du royaume. Les majordomes acquirent bientôt une telle importance, qu'ils exercèrent une grande influence même sur l'élection des rois; et comme la leur pro-. pre dépendait des nobles et des prêtres, ces deux ordres eurent par là même beaucoup de poids dans les affaires publiques. De sim-. pies employés du palais, les maires se firent

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cbtsfs de Tarmée ; et leur cliai*ge devint bientôt perpétuelle et héréditaire, de temporelle el élective qu'elle était dans le principe. Ils cons- I huèrent alors un pouvoir à part dans l'État : ^aus aux rois^ ils furent bientôt plus puissants qu'eux, et absorbèrent la royauté. Sons leur domination, les \x>i^ffii'néanfset chevelus n'étaient que des fantômes de rois, qui vivaient avec leurs concubines, sur une pension que leur GEQsaient les maires.

Les comtes formaient les placita refais, i\\\\ ooDseillaient les rois dans les mesures législatives. Au huitième et au neuvième siècle, les ordres formaient des assemblées générales qui se tenaient tous les ans deux fois; le peuple était consulté sur les capitulaires adoptés par le clergé et les nobles. Le clergé rtait le plus important de ces deux ordres ; sa puissance séculière était souveraine dans les évécliés; les prêtres possédaient seuls la puissance inlellecluelle, et leur autorité religieuse , habile.

ment secondée par le pape, venait renforcer leur pouvoir politique.

Le sacerdoce présentait un caractère dé-^. inocratique très-n]ai*qué , et a exercé une influence salutaire sur la liberté des peuples. La plupart des moines et des clercs étaient issus de la classe inférieure du peuple, dont ils conservaient les principes, en les relevant par les lumières qui étaient le partage exclusif du clergé au moyen âge. Les fonctions ecclésiastiques étaient électives , et on voyait fréquemment des hommes d'une basse extraction s'élever jusqu'à la papauté. Le petit clergé faisait de l'opposition aux suzerains, la papauté en faisait à la royauté, plus ou moins au profil du peuple. Le sacerdoce était séparé du pouvoir temporel il le réprimait et le tempérait.

La religion chrétienne était le seul lien commun entre les peuples du moyen âge, et , dan$ les mains habiles des papes, ce lien devini bienfaisant sous plus d'un rappoil. Cest sun^

tout à la fin du onzième siècle , sous le pontificat de Grégoire Vll^ que la papauté atteignit le faite de son pouvoir. Les rois el piinces étaient pour ainsi dire les vassaux du saint-siége, auquel ils payaient unedime; et l'empereur était son capitaine. Les papes intervenaient dans les aflaires intérieures des États, et décidaient leurs querelles extérieures. C'est ainsi que la trêve de Dieu fut leur œuvre, et que les croisades reçurent de Rome leur principale impulsion.

Cependant la féodalité s'organisait. Elle morcela le pouvoir y et l'affaiblit en le divisant au profit delà noblesse, mais au détriment du bon oindre. Elle éleva la dignité personnelle des nobles, au préjudice des escla>es et des serfs. Elle détruisit les assemblées générales, les vassaux ne voulant plus obéir aux rois, et constitua ainsi des Étals fédératifs.

Lorsque, en France, les rois de la troisième race s^avisèrent de faire sacrer leurs iils de leur vivant, ilsdétrnisirenl l'élection , inlnuiuisirrnl riiérédilé du lionc. et |Hirlèrrnl le premier

coup à Faristocratie , en lui enlevant la disposition de la couronne.

Au onzième et an douzième siècle , les bourgeois, préférant le poids de Tarmure au joug de la féodalité, prirent les armes contre leurs oppresseurs, et se constituèrent en com*

m unes.

La juridiction passe alors de la campagne aux villes, des comtes ou des évéques aux vicom^ tes. En Italie, les vicomtes émanaient des évoques; mais ils furent bientôt remplacés par les consuls, qui en étaient indépendants. Dès 1 1125 , on ti'ouve deux espèces de consuls, en Italie: consoles corn muni s et consules de plfi^ cilis. Les premiers avaient Fadministration de la police, les seconds étaient chargés de la juridiction des communes. Cette organisation fut imitée en Allemagne, où les consules communis s'appelèren t des proconsuls ou des bourgs mesires ; et en France , où les vicomtes et les (>aillis, qui étaient à la léte des éclievins et des

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pairs, furent remplacés par des Jurés, présidés par un maire.

A la fin du douzième siècle j à la suite des guerres avec l'Empire, le peuple s'empara définitivement des droits de la bourgeoisie dans les villes de l'Italie, et se constitua en une classe particulière, sous les ordres des capitaines^ des anziani délie arti ou des gonfalonicri. Dans les moments de danger, les maîtrises appelaient un seigneur étranger a leur tète.

Cest ce qui eut lieu à Floreivce en laSo, à la suite de la révolte des bourgeois contre les Gibelins. La confédération revêtit le nom Ûejjopo/Of et se donna un capitano cM popolo dans la personne d'Cberto de Lucques, avec un conseil de douze anciens, et sous douze bannières (gonfaloni).

A GÊNES, il y avait huit compagnies ou huit corporations, dont une moitié appartenait à la ville, et l'autre au boui*g, avec trois consules 6Xi/////ii//7/> pour chaque quartier, l^sconi-

pagnies distribuaient à leurs membres les roticlions publiques ; le pouvoir exécutir el le pouvoir judiciaire étaient entre les mains des podestats. Cette organisation détruisit Tancienne noblesse, mais en introduisit une autre à sa place, celle de la richesse et des emplois publics. Elle s'appela à Florence le popolo f^rasso; c'étaient les grandi de la bourgeoisie; les marchands de draps y jouaient le principal rôle. A Pise, les gouverneurs des pays conquis devinrent de véritables potentats , el surent même parfois transmettre leur pouvoir à leurs enfants. En i a 1 8 , on institua , à Gènes, /e collège des Huit y un membre pour chaque compagnie. Les citoyens influents des communes formèrent le consiglio générale , et l'assemblée du peuple s'appela la concio gênera-^ lis; on lui soumettait les décisions prises dans le collège.

Wenise, on avait soin de ne porter devant le grand conseil ou l'assemblée du peuple que

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des projets poiir lesquels ou était assure de son assentiment, ou qui ne pouvaient sVù passer y tels que les demandes d'impôts. On prenait à cet égard , a l'avance, des informatioDs auprès des hommes qui avaient de rinfluence sur le peuple; ils s'appelaient lex pegadi. Le conseil des Si\t y présidé par le doge, avait l'initiative dans toutes les affaires publiques. Le co/Irife des Quortutie était un corps intermédiaire entre le grand conseil et celui des Six; il délibérait sur les propositions de ce dernier, et avait à sa tête trois capL Le grand conseil désignait le magistrat qu'il cliargeail de Texécution de ses décrets, et le prenait dans l'un des deux premiers conseils, ou bien il en cliprgeait le doge lui-même. A toutes ces limites du pouvoir du doge se joignait encore rinfluence du clei^é, dont le patriarche avait une haute importance.

En Anglkterre, les rois bretons étaient électifs, et les rois saxons devaient soumettre

leurs lois à X assemblée des sages ^ composée des évéques et des seigneurs , et même à tine assemblée du peuple. — Après la conquête , la succession au trône ne Fut pas établie d'une manière fixe. I^ principe de l'hérédité s'y combattait avec celui de l'élection. Le frère et le fils, l'ainé et le cadet avaient des droits égaux au trône, et le conseil national disposa plus d'une fois de la couronne : c'est ce qu'il fit en faveur d'Etienne , de Mathilde, de Henri II. Mais à l'avènement de Jean sans Terre , le droit électif du conseil national fut posé en principe. La lâcheté et la débauche de ce roi amena la guerre des barons^ qui eut pour résultat la grande charte promulguée le 19 juin 121 5. Les impôts ne devaient plus être prélevés sans l'autorisation du conseil. Aucun homme ne pouvait être incarcéré ou puni sans avoir été jugé par ses pairs.

Les violations de cette charte par Henri III amenèrent l'institution des quatre barons con-^ servateurs de la liberté de la nation , et assu-

rèrent au pai-lenient l'élection de plusieurs hauts fonctionnaires, entre autres celle du chancelier et du grand justicier. L'an ii^SSJe parlement d'Oxford fit les provisions (tO.vfonl^ qui remirent le gouvernement à vingt-quatre barons, dont douze étaient élus par le conseil du roi y et les douze autres par le parlement. Le parlement devait s'assembler trois fois par an, et chaque comté s'y faisait représenter par un chevalier.

L'an i!i65, le parlement de Londres se composait de deux chevaliers pour chaque comté , de deux citoyens pour chaque ville, et de deux boui^eois pour chaque bourg; ce qui démontre à cette époque l'admission du liers état à la représentation nationale.

Sous le règne d'Edouard II, le parlement statua que le roi ne pourrait ni quitter le royaume ni faire la guerre, sans le conseil de ses barons; il alla même jusqu'à déposer le roi, comme incapable.

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