‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 21 sur 47 · Tome vrii · texte numérisé non relu

Tome vrii

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tice. Nos gens àe palais n'ont pas cette dëlicatessé. II cotir^ parait les sophistes aux oiseaux de nuit , dont la lumière blesse les yeux. Il expira à Taudience entre les bras d'un de ses parens , à la fin d'une cause cpi'il venait de gagner.

Gléobule de Linde , ville de l'île de Rhodes y avait éié remarqué par sa force et par sa beauté, avant que de l'être par sa sagesse. Il alla s'instruire en Egypte. L'Egypte a été le séminaire de tous les grands hommes de la Grèce. Il eut une fille appelée JEumétide ou CléobuUne , qui fit honneur à son père. H mourut âgé de soixante-dix ans , après avoir gouverné ses citoyens avec douceur.

Périandre , le dernier des sages , serait bien indigne de ce titre , s'il avait mérité la plus petite partie des injures que les historiens lui ont dites; son grand crime, à ce qu'il paraît, fut d'avoir exercé la souveraineté absolue dans Corinthe : telle était l'aversion des Grecs pour tout ce qui sentait le despotisme , qu'ils ne croyaient pas qu'un monarque pût avoir l'ombre de la vertu : cependant, à travers leurs invectives , on voit que Périandre se montra grand daUâ la guerre et pendant la paix , et qu'il ne fut déplacé ni à la tète des afiaires ^ ni à la tète des armées ; il mourut âgé de quatre-vingts ans , la quatrième année de la quarante-huitième olympiade: nous renvoyons à l'histoire ^e la Grèce pour le détail de sa vie.

Nous pourrions ajouter à ces hommes, Esope, Théoguis, Phocilide^ et presque tous les poè'tçs dramatiques; la fureur des Grecs pour les spectacles donnent à ces auteurs une influence sur }e gouvernement , dont nous n'avons pas l'idée.

Nous terminerons cet abr^ de la philosophie politi-que des Grecs par une question* Gomment est-il arrivé à

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h plupart des sages de la Grèce, de laisser un si grand nom après avoir fait de si petites choses? il ne reste d'eux aucun ouvrage important , et leur vie n'of&e aucune action éclatante; on conviendra que l'immortalité ne s'accorde pas de nos jours à si bas prix. Serait-ce que l'utilité générale qui varie sans cesse , étant toutefois la mesure constante de notre admiration , nos jugemens changent avec les circonstances? Que fallait-il aux Grecs à peine sortis de la barbarie? des hommes d'un grand sens, fermes dans la pratique de la vertu , au-dessus de la séduction des richesses et des terreurs de la mort , et c'est ce que leurs sages ont été : mais aujourd'hui c'est par d'autres qualités qu on laissera de la réputation aprè^ soi; c'est le génie et non la vertu qui fait nos grands hommes. La vertu obscure parmi nous n'a qu'une sphère étroite et petite dans laquelle elle s'exerce : il n'y a qu'un être privilégié dont la vertu pourrait influer sur le bonheur général y c'est le souverain ; le reste des honnêtes gens meurt » et l'on n'en parle plus : la vertu eut le même sort chez les Grecs dans les siècles suivans.

De la philosophie sectaire des Grecs. Combien ce peuple a changé ! du plus stupide des peuples ^ il est devenu le plus délié ; du plus féroce , le plus poli : &es premiers législateurs , ceux que la nation a mis^ au nombre de ses dieux , et dont les statues décorent ses places publiques et sont révâ'ées dans ses temples , auraient bien dé la peine à reconnaître les descendans de ces ^sauvages hideux qu'ils arrachèrent , il n'y a qu'im moment , du fond des forêts et des antres.

Voici le coup d'œil sous lequel il faut maintenant considérer les Grecs , surtout dans Athènes.

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Une partie, livrée à la superstition et au plaisir, sVchappe le matin d'entre les bras des plus belles courtisanes du monde, pour se répandre dan« les écoles des philosophes et remplir les gymnases, les théâtres et les temples : c'est la jeunesse et le peuple ; une autre , toute entière aux affaires de Fétat , médite de grandes actions et de grands crimes : ce sont les chefs de la république qu'une populace inquiète hnmole successivement à sa jalousie; une troupe, moitié sérieuse et moitié folâtre, passe son tems à composer des tragédies, des comédies , des discours éloquens et des chansons immortelles : ce sont les rhéteurs et les poètes ; cependant un petit nombre d'hommes tristes et querelleurs décrient les dieux, médisent des mœurs de la nation , relèvent les sottises des grands , et se déchirent entre eux 5 ce qu'ils appellent aimer la a)ertu et cfierclier la vérité : ce sont les philosophes , qui sont de tems en tems persécutés et mis en fuite par les prêtres et les magistrats.

De quelque côté qu'on jette les yeux dans la Grèce, on y rencontre l'empreinte du génie , le vice à côté de la vertu , la sagesse avec la folie , la mollesse avec le courage ; les arts, les travaux, la volupté, la guerre et les plaisirs : mais n'y cherchez pas l'innocence, elle n'y est pas.

Des Barbares jetèrent dans la Grèce le premier germe de la philosophie , ce germe ne pouvait tomber dans un terrain plus fécond. Bientôt il en sortit un arbre immense dont les rameaux , s'étendant d'âge en âge , et de contrées en contrées , couvrirent successivement toute la surface de la terre : on peut regarder l'école Ionienne et l'école de Samos comme les tiges principales de cet arbre.

De la secte Ionique. Thaïes en fut le chef. II introdui-

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sii clans la philosophie la méthode scientifique , et mérita ie premier d'être appelé philosophe , à prendre ce mot dans l'acception qu'il a parmi nous ; il eut un grand nombre de sectateurs ; il professa les mathématiques , la théologie, la morale, la physique et la cosmologie; il regarda les phénomènes de la nature , les uns comme causes , les autres comme effets, et chercha à les enchaîner. Ânaximandre lui succéda , Anaximène à Ânaximandre , Ânaxagoras à celui-ci, Diogène ApoUoniate à Ânaxagoras, et Archélaiis à Diogène.

La secte ionique donna naissance au socratisme et au péripatétisme.

Du Socratisme. Socrate, disciple d'Ârchélaus, Socrate, qui fit descendre du ciel la philosophie , se renferma dans la métaphysique, la théologie et la morale; il eut pour disciples Xénophon, Platon, Aristoxène, Démétrius de Phalère , Panétius , Callisthène , Saty rus , Eschine , Criton, Cimon, Cébès et Timon le misanthrope.

La doctrine de Socrate donna naissance au Cyrénaïsme sous Aristippe, au Mégar^sme sous Euclide, à la secte Eliaque sous Phédon , à la secte Académique sous Platon , et au Cynisme sous Anthisthène.

JDu Cyréncusme. Aristippe enseigna la logique et la morale ; il eut pour sectateurs Arété , Egésias , Annium , Pathée Théodore , Evémère et Bion le Bbristhénite.

Du Mégarisme. Euclide de Mégare , sans négliger les parties de la philosophie socratique , se livra particulièrement à l'étude des mathématiques; il eut pour sectateurs Eubulide , Alexine , Euphane, Apollonius , Cronus , Diodore et Stilpou.

De la secte Eliaque et JErétriaque. La doctrine de

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Phédon fut la même que celle de son mai Ire ; il cul pour disciples Ménëdéme et Asclépiade.

Du Platonisme. Platon fonda la secte académique; on y professa presque toutes les sciences, les mathématiques, la géométrie y la dialectique, la métaphysique , la psyco-. iogie y la morale , la politique y la théologie et la physique.

n y eut trois académies : l'acadânie pretDiëre ou ancienne 9 sous Speusippe , Xénocrate, Polémon , Gratès, * Grantor; l'académie nouvelle^ ou troisième, quatrième et cinquième y sous Caméade^ Clitomaque, Philon, Charmidas et Ântiochus.

Du Cynisme. Ânthistène ne professa que la morale ; il eut pour sectateurs Diogène, Onésicrite, Maxime, Cra* tes y Hipparchia, Métrocle , Ménédème et Ménippe.

Le cynisme donna naissance au stoïcisme ; cette secte eut pour chef Zenon, disciple de Cratès.

Du Stoïcisme. Zenon professa la logique , la métaphysique, la théologie et la morale; il eut pour sectateurs Persée, Arîston de Chio, Hérille, Sphèï-e, Athénodore, Clianthe, Grysippe, Zenon de Tarse, Diogène le babylonien , Antipater de Tarse , Panétius , Posidonius et Jason.

Du Péripatétisme. Ari«totç en est le fondateur. Montaigne a dit de celui-ci, qu'il n'y a point de pierres qu'il n'ait remuées. Aristote écrivit sur toutes sortes de sujets , et presque toujours en homme de génie; il pi'ofevssa la logique, la grammaire, la rhétorique, la poétique, la métaphysique, la théologie, la morale, la politique, l'histoire naturelle , la physique et la cosmologie : il eut pour sectateurs Théophraste, Straton dç Lampsaque , Lycon ,

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Ariston, Critolaiisy Diodore, Dicëarque, Eudème, He-* raclite de Pont, Phanion, Démëtrius de Phalëre , et Hiëronimus de Rhodes.

De ta secte Samienne. Pythagore en est le fondateur; on y enseigna l'arithmëtiquey ou, plus généralement^ la science des nombres , la géométrie, la musique , l'astroiio^ mie , la théologie , la médecine et la morale. Pythagore eut pour sectateurs Thélauge son fils, Aristée^ Mnésarque , Ecphante , Hypon , Empédocle, Epicarme, Ooellus, Tymée, Architas de Tarente, Alcméon, Hyppase, Phi<lolaûs et Eudoxe.

On rapporte à l'école de Samos la secte éléatique , lliéraclitisme , l'épicuréisme , le pyrrhonisme ou sceptî^ cisme.

De la secte Eléatique* Xénophanes en est le fondateur ; il enseigna la logique^ la métaphysique et la physique ; il eut pour disciples Parménide, Mélisse, Zenon d'Egée , Leucippe, qui changea toute la philosophie de la secte, négligeant la plupart des matières qu'on y agitait , et se renfermant dans la physique ; il eut pour sectateurs Démocrite , Protagoras et Anaxarque.

De tHéraclitUme» Heraclite professa la logique, la métaphysique, la théologie et la morale; et il eut pour disciple Hippocrate , qui seul en valait un grand nombre d'autres.

De VEpicuréiame. Épicure enseigna la dialectique, la théologie , la morale et la physique ; il eut pour sectateurs Métrodore, Polyène, Hermage, Mus, Timocrate, Diogène de Tarse , Diogène de Séleucie , et Apollodore.

Du Pyrrhonisme ou Scepticisme. Pyrrhon n'enseigna qu'à douter^ il eut pour sectateurs Timon et Enésidème.

ibi EsriiiT

Voilà quelle fut la filiation des différentes sectes qui partagèrent la Grèce , les chefs qu'elles ont eu j les noms des principaux sectateurs y et les matières dont ils se sont occupés.

Une observation qui se présente naturellement à l'aspect de ce tableau ^ c'est qu'après avoir beaucoup étudié , réfléchi, écrit, disputé, les philosophes, de la Grèce finirent par se jeter dans le pyrrhonisme. Quoi donc ! serait-il vrai que l'homme est condamné à n'apprendre qu'une chose avec beaucoup de peine ? c'est que son sort est de mourir sans avoir rien su.

Nous ne pouvons mieux terminer ce morceau que par un endroit de Plutarque qui nous montre combien Alexandre était supérieur en politique à son précepteur , qui fait assez l'éloge de la saine philosophie , et qui peut servir de leçon aux rois.

<( La police ou forme de gouvernement d'état tant estimée , que Zenon , le fondateur et premier auteur de la secte des philosophes stoïques , a imaginée , tend presque à ce seul point en somm:e , que nous , c'est-à-dire les hommes en général, ne vivons point divisés par villes, peuples, et nations, étant tous séparés par lois, droits et coutumes particulières , ains que nous estimions tous hommes nos bourgeois et nos citoyens , et qu'il n'y ait qu'un monde , ne plus ne moins que si ce fût un même troupeau paissant soubs même berger en pastis communs. Zenon a écrit cela comme un songe ou une idée d'une police et de lois philosophiques qu'il avait imaginées et formées en son esprit ; mais Alexandre a mis à réelle exécution ce que l'autre avait figuré par écrit; car il ne fit pas comme Aristote son prccepteiu* lui conseillait ^

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qu'il se portât envers les Grecs comme père , et envers les barbares comme seigneur , et qu'il eût soin des uns comme de ses amis et de ses parens, et se servit des autres comme de plantes ou d'animaux ; en quoi faisant , il eût rempli son empire de bannissemens , qui sont toujours occultes semences de guerres et factions et partialités fort dangereuses : ains estimant être envoyé du ciel comme UD commun réformateur , gouverneur , et réconciliateur de l'univers , ceux qu'il ne put rassembler par remon* trances de la raison , il les contraignit par force d'armes , et assemblant le tout en un de tous costés , en les faisant boire tous , par manière de dire , en une même coupe d'amitié; et meslant ensemble les vies, les moeurs^ les mariages et façons de vivre , il commanda à tous hommes vivans d'estimer la terre habitable être leur pays et son camp en être le château et donjon j tous les gens de bien parens les uns des autres, et les méchans seuls étrangers. Au demeurant , que le Grec et le Barbare ne seraient point distingués par le manteau ni à la façon de la targue ou du cimeterre, ou par le haut chapeau, ains remarqués et discernés le Grec à la vertu et le Barbare au vice, en réputant tous les vertueux Grecs et tous les vicieux Barbares; en estimant^ au demeurant, les habillemens communs^ les tables communes, les mariages, les façons ie vivre , étant tous unis par mélange de sang et communion d'enfans. »

Telle fut la politique d'Alexandre , par laquelle il ne se montra pas moins grand homme d'état qu'il s'était niontré grand capitaine par ses conquêtes. Pour accréditer cette politique parmi les peuples , il appela à sa suite les philosophes les plus célèbres de Grèce 5 il les

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répandît chez les nations à mesure qu'il les subjuguait. Ceux-ci plièrent la religion des vainqueurs à celle de& vaincus , et les disposèrent à recevoir leurs sentimens eu leur dévoilant ce qu'ils avaient de commun avec leurs propres opinions. Alexandre lui-même ne dédaigna pas de conférer avec les hommes qui avaient quelque réputation de sagesse chez les Barbares , et il rendit par ce moyen la marche de la philosophie presque aussi rapide que celle de ses armes.

Diderot.

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Grecs. ( UisL anc. et Littér. ) On ne cessera d admirer les talens et le génie de cette nation , tant que le goût des arts et des sciences subsistera dans le monde.

Parcourons l'histoire générale de ce peuple célèbre qu'il n'est pas permis d'ignorer; elle offre de grandes scènes à l'imagination , de grands sujets de réflexion à la politique et à la philosophie. Pe toutes les histoires du monde, c'est celle qui est la plus liée à l'esprit humain , et par conséquent la plus instructive et la plus intéressante : mais pour éviter la confusion , nous diviserons cette histoire en cinq âges différens , et nous considérerons les Grecs, i® depuis leur commencement jusqu'à la prise de Troye : 2° depuis la prise de Troye )usquaux victoires de Mycale et de Platée : 5° depuis celte époque jusqu'à la mort d'Alexandre : 4° depuis la mort de a prince jusqu^à la conquête que les Romains firent de h Grèce : 5° depuis cette époque jusqu'au règne d'Auguste

Premier âge de la Grèce. L'histoire des Grecs n( peut remonter qu'à l'arrivée des colonies , et conséquemj

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ment tout ce qu^ls ont débité sur les tems antérieurs est imaginé après coup. Mais dans quel tems du monde ces colonies se sont-elles établies dans la Grèce? M. Freret, dans un ouvrage très-curieux sur cette matière , a entrepris de déterminer cette époque : par une suite de calculs, il fixe celle dlnachus , la plus ancienne de toutes , à Tan 1970; celle de Cécrops à l'an 1657 ; celle de Cadmus à Fan 1594, et c«lle de Danaus à l'an i586 avant Jésus- Christ.

n semble que le nom de Pélasgea , regardé par quelques anciens et par les modernes comme celui d'un peuple d'Ârcadie qu'ils font successivement errer dans les îles de la mer Egée sur les côtes de l'Asie mineure , et sur celles de lltalie, pourrait bien être le nom général des premiers Grecs avant la fondation des cités; nom que les habitans de chaque contrée quittèrent à mesure qu'ils se policèrent , et qui disparut enfin quand ils furent civilisés- Suivant ce système , les anciens habitans de la Lydie , de la Carie , et de la Mysie 9 les Phrygiens , les Pisidiens , les Arméniens , en un mot presque tous les peuples de lÀsie mineure, formaient dans l'origine une même nation ayec les Pélasges ou Grecs européens : ce qui fortifierait cette conjecture, c'est que la langue de toutes ces nations asiatiques , la même malgré les différences qui catactérisaieut les dialectes^ avait beaucoup de rapport pour le fond avec celle des Grecs d'Europe , comme le. montrent les noms grecs donnés dans VIliade au:x Troyens et à leurs alli(^ , et les entretiens que les chefs ont sans interprètes : peut-être aussi que la nation grecque n'eu t. point de nom qui la désignât collectivement, n y eut entre autres divisions deux partis célèbres qui

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agitèrent lorig-ten^s la Grèce, je veux dire les Héraclides^ descendant d'Hercule, fils d'Amphytrion , et les Pélopides , descendans d'Atrée et de Thieste , fils de Pëlops , qui donna son nom au Péloppnèse ; la haine horrible de ces deux frères a cent fois retenti sur le théâtre. Atrée fut père d'Agamemnon et de Ménélas : ce dernier n'est que trop connu pour avoir épousé la fille de Tyndare , roi de Lacédémone , la sœur de Clytemnestre , de Castor , et de PoUux , en un mot la belle Hélène. Peu de tems après son mariage, elle se fit enlever par Paris, fils de Pria m, roi de la Troade : tous les Grecs entrant dans le ressentiment d'un mari si cruellement outragé , formèrent en commun l'entreprise à jamais mémorable de la longue guerre, du siège, et de la destruction de Troye. Les poésies d'Homère et de Virgile ont immortalisé cet événement , les femmes et les enfans en savent par cœur les plus petits détails. Ici finit le premier âge de la Grèce.

On appelle cet âge le tems héroïque , parce que l'on y doit rapporter les travaux d'Hercule , de Thésée , de Pyrithoùs, les voyages des Argonautes, l'expédition des sept capitaines devant Thèbes en faveur de Polynice, fils d'OEdipe , contre Etéocle son frère ; la guerre de Mines avec Thésée , et généralement tous les sujets que les anciens tragiques ont cent fois célébrés.

Second âge de la Grèce. Au retour de la fameuse expédition de Troye , la Grèce éprouva mille révolutions que les vicissitudes des tems amenèrent sur la scène; leurs rois , dont l'autorité avait été fort étendue à la tête des armées , tentèrent hautement dans le sein du repos de dépouiller le peuple de ses principales prérogatives : lani bilion n'avait point encore trouvé le secret de se cicguii

DE. l/F.VCYCr.OPjÉniE. iT»"

s(*r avec adresse, d'emprunter le masque de la modération , çt de marcher à son but par des routes détournées ; cependant jamais elle n'eut besoin de plus d'art et de ménagement. Sa violence souleva des hommes pauvres, courageux, et dont la fierté n'était point émoussée par cette foule de besoins et de passions qui asservirent leurs descendans.

 peine quelques états eurent secoué le joug , que tous les autres voulurent être libres ; le nom seul de la royauté leur fut odieux , et une de leurs villes opprimée par un tyran , devenait en quelque sorte un affront pour tous les (irccs : ils s'associèrent donc à la célèbre ligue des Ani- |)hi étions ; et voulant mettre leurs lois et leur liberté sous la sauve-garde d'un corps puissant et respectable , ils ne formèrent qu'une seule république. Pour serrer davantage le lien de leur union , ils établirent des temples communs et des jours marqués pour y offrir des sacrifices, des jeux , et fêtes solennelles , auxquelles toutes les villes confédérées participaient; mais il fallait encore à cette ligue un ressort principal qui pût régler ses mouvemens , les précipiter ou les ralentir.

Ce qui manquait aux Grecs , Lycurgue le leur procura, et le beau gouvernement qu'il établit à Sparte le rendit en quelque sorte le législateur de la Grèce entière : « Hercule , dit Plutarque , parcourait le monde , et avec sa seule massue il exterminait les brigands : Sparte avec sa pauvreté exerçait un pareil empire sur la Grèce ; sa justice , sa modération et son courage y étaient si considérés , que sans avoir besoin d'armer ses citoyens ni de les mettre en campagne , elle calmait par le ministère d'un seul homme , toutes les séditions domestiques , terminait

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les querelles élevées entre les villes , et contraignait la tyrans à abandonner l'autorité qu'ils avaient usurpée. »

Cette espèce de médiation toujours favorable à l'ordre , valut à Lacédémone une supériorité d'autant plus marquée , que les autres républiques étaient continuellemenl obligées de recourir à sa protection ; se ressentant tourà-tour de ses bienfaits , aucune d'elles ne refusa de se conduire par ses conseils. H est beau pour l'humanité de voir un peuple qui ne doit sa grandeur qu'à son amoui pour la justice. On obéissait aux Spartiates , parce qu'on honorait leur vertu : ainsi Sparte devint insensiblement comme la capitale de la Grèce ^ et jouit sans contestation du commandement de ses armées réunies.

Athènes , après Sparte , tenait dans la considération le premier rang ; elle se distinguait par son courage , ses richesses, son industrie 9 et surtout par son élégance de mœurs et un a^ément particulier que les Grecs ne pouvaient s'empèdier de goûter , quoiqu'ils fussent alors assez sages pour lui préférer des qualités plus essentielles. Les Athéniens naturellement vifs , pleins d'esprit et de talens, se croyaient destinés à gouverner le monde. Chaque citoyen regardait comme des domaines de l'état tous les pays où croissaient des vignes , des oliviers et du froment.

Cette république n'avait jamais joui de quelque tranquillité au-dedans , sans montrer de ^inquiétude au-dehors. Ardente à s'agiter , le repos la fatiguait , et son am* bition aurait dérangé promptement le système politique des Grecs ^ si le frein de son gouvernement n'eût tempéré ses agitations. Polybe compare Athènes à un vaisseau que personne ne commande , ou dans lequel tout le monde est le maître de la manœuvre ^ cependant cette compa-

DE L ENCYCLOPÉDIE. iSj

hison ii^a pas toujours été vraie. Les Âihénieus , par exemple , surent bien s'accorder pour le choix de leurs généraux , quand il fut question de combattre Darius.

Ce puissant monarque ayant entrepris de subjuguer la Grèce , en remit le soin à Mardonius , son gendre. Celuici débarqua dans l'Eubée j prit Erétrie , passa dans l'Attique , et rangea ses troupes dans la plaine de Marathon ; mais dix mille Grecs d'une bravoure à toute épreuve y sous les ordres de M iltiade , mirent l'armée des Perses en déroute, l'an du monde 3494 , et remportèrent une victoire des plus signalées. Darius termina sa carrière au moment qu'il se proposait de tirer vengeance de sa défaite. Xeroès toutefois , loin d'abandonner les vues de son prédécesseur , les seconda de tout son pouvoir , et ras* sembla pour y réussir toutes les forces de l'Asie.

Les Grecs de leur côté résolurent unanimement de vaincre ou de mourir ; leur amour passionné pour la liberté y leur haine envenimée contre la monarchie , tout les portait à préférer la mort à la "domination des Perses.

Nous ne connaissons plus aujourdliui ce que c'est que de subjuguer une nation libre : Xercès en éprouva l'impossibilité ; car il faut convenir que les Perses n'étaient point encore tombés dans cet état de mollesse et de corruption où Alexandre les trouva depuis. Cette nation avait encore des corps de troupes d'autant plus formidables , que le courage y servait de degrés pour parvenir aux honneiurs ; cependant^ sans parler des prodiges de va- U}^ de Léonidas au pas des Thermopyles , où il périt avec ses trois cents Lacédémoniens , la supériorité de Thémistocle sur Xercès , et de Pausanias sur Mardonius, empèclia les Grecs de succomber sous l'effort dçs armes

ifio KSPnîT

da plus puissant roi de FAsie. Les journées de Salaminr et de Platée furent décisives en leur faveur ; et pour com^ ble de gloire j Lëotichides , roi de Sparte , et Xantippe , Athénien , triomphèrent à Mycale du reste de l'armée des Perses. Ce fut le soir même de la journée de Platée^ Fan du monde 55o5 y que les deux généraux grecs , avant de donner la bataille de Mycale , dirent à leurs soldats : qu'ils marchaient à la victoire , et que Mardonius venait d*être défait dans la Grèce ; la nouvelle se trouva véritable , ou par un effet prodigieux de la renommée , dit Bossuet , ou par une heureuse rencontre; et toute l'Asie mineure se vit en liberté.

Ce second âge est remarquable par l'extinction de h plupart des royaumes qui divisaient la Grèce ; c'est aussi durant cet âge , que parurent ses plus grands capitaines , et que se formèrent ses principaux accroissemens , au moyen du grand nombre de colonies qu'elle envoya , tant dans l'Asie mineure que dans l'Europe; enfin c'est dans cet âge que vécurent les sept hommes illustres auxquels on donna le nom de sages. Quelques-uns d'eux n'étaient pas seulement des philosophes spéculatifs , ils étaient en* core des hommes d'état.

Troisième âge de la Grèce. Plus les Grecs avaient connu le prix de leur union pendant la guerre qu'ils soutinrent contre Xercès , plus ils devaient en resserrer les nœuds après leurs victoires; malhetureusement les nou* veUes passions que le succès de Sparte et d'Athènes leur inspira , et les nouveaux intérêts qui se formèrent entre leurs alliés , aigrirent vivement ces deux républiques lune contre l'autre , excitèrent entre elles une funeste jalousie : et leurs querelles en devenant le principe de leur ruine .

Vehgèreni , pour aimî dire j la Perse de ses tristes dé^ &ites^

Les Athéniens , fiers des journées de Salamine et de Platée ) dont ils se donnaient le principal honneur, vou-* lurent non-seulement aller de pair avec Lacédémone f mais même ils affectèrent le premier rang, tranchèrent, et décidèrent sur tout ce qui concernait le bien général f 6 arrogeant la prérogative de punir et de récompenser, ou plutôt agirent en arbitres de la Grèce. Remplis de projets de gloire qui augmentaient leur présomption au lieu (i augmenter leur crédit ; plus attentifs à étendre leur em« pire maritime qu'à en jouir ; enorgueillis des avantages de leurs naines ^ de la multitude de leurs esclaves , du nombre de leurs matelots ; et plus que tout cela , se glorifiant des belles institutions de Solon , ils négligèrent de les pratiquer, Sparte leur eût généreusenient cédé l'empire de la mer $ mab Athènes prétendait commander partout ^ et croyait que foixt avoir particulièrement contribué à délivrer la Grèce de l^oppression des Barbares , elle avait acquis le droit de l'opprimer à son tour. Voilà comme elle se gouverna depuis la bataille de Platée > et pendant plus de cinquante ans.

Pendant cet espace de tems ^ Sparte ne se donna que de fefbies mouvemens pour réprimer sa rivale : mais à la fin , pressée par les plaintes réitérées de toutes parts contre les vexations d'Athènes, elle prît les armes pour obtenir justice , et Athènes rassembla toutes ses forces pour ne la jamais rendre. C^est ici que commence la fameuse guerre du Péloponèse , qui apporta tant de changemens dans le^ intérêts', la ptiKtique , et les mœUrs de la Grèce , c'puîsA les deux républiques rivales , et les força de signer

ToMX VIII. 1 I

Un traite de paix qui remit les villes greeques-asiatîqttM dans une entière indëpendance. Thucydide et Xénophon ont immortalisé le souvenir de cette guerre si longue et si cruelle , par l'histoire qu'ils en ont écrite.

Tout faisait présumer que la Grèce allait jouir d^un profond repos , quand Thèbes parut aspirer à la domination. Jusques-là Thèbes unie tantôt avec Sparte , tantôt avec Athènes , n'avait tenu que le second rang , sans que l'on soupçonnât qu'un jour elle prétendrait au premier. On fut bien trompé dans cette attente. Les Thébains extrêmement aguerris , pour avoir presque toujours eu les armes à la main depuis la guerre du Péloponèse j et pleins d'un désir ambitieux qui croissait à proportion de leurs forces et de leur courage , se trouvèrent trop serrés dans leurs anciennes limites ; ils rompirent avec Athènes , attaquèrent Platée , et la rasèrent. Les Lacédémoniens 9 ir« rites 9 marchèrent contre eux , entrèrent avec une puissante armée dans leiu: pays , et y pénétrèrent bien avant : tous les Grecs crurent Thèbes perdue ; on ne savait pas quelle ressource elle pouvait trouver dans ua seul citoyen»

Epaminondas , que Cicéron regarde comme le premier homme de la Grèce , avait été élevé chez son père Polymne, dont la maison était le rendez- vous des savans, et des plus grands maîtres dans l'art militaire. Ce jeune héros défit totalement les Lacédémoniens à Leuctres , et leur porta même un coup mortel ^ dont ils ne se relevèrent jamais. Après cette victoire, il traversa l'Attique, passa TEurotas , et mit le siège devant Sparte ; mais considérant qu'il allait s'attirer la haine de tout le Péloponèse, s'il détruisait une si puissante république , il se contenta de l'humilier. Cependant ce grand homme ,

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plein d^une ambition démesurée pour la gloire de sa patrie y voulait lui donner sur mer la même supériorité, quand la fin de ses jours fit échouer un si grand projet , que lui seul pouvait soutenir. Il mourut d'une blessure qu'il reçut à la bataille de Mantinée , où il avait mis les ennemis en déroute.

On vit alors la Grèce partagée en trois puissances. , Thèbes tâckait de s'élever sur les ruines de Lacédémone ; Lacédémone songeait à réparer ses pertes ; Athènes , quoique en apparence dans le parti de Sparte j était bien aise de voir aux mains ses deux rivales, et ne pensait qu'à les balancer^ en attendant la première occasion d'accablex l'une et l'autre. Mais une quatrième puissance les mit d'accord /et parvint à l'empire de la Grèce : ce fut Philippe de Macédoine 9 un des plus profonds politiques , et des plus grands rois que le hasard ait placés sur le trône.

Élevé à Thèbes y chez le père d'Epaminondas , il eut la même éducation que ce héros ^ il y était en qualité d'otage, quand il apprit la consternation des peuples de Macédoine par la perte de leur roi Perdicas, son frère aîné, tué dans un combat contre les Illyriens. Â cette nouvelle 9 Philippe se déroba de Thèbes, i^rriva dans sa patrie, réduisit les Péoniens sous son obéissance, fr'ma la porte à Pausanias , prince du sang royal , vainqi^ Illyriens , et fit une paix captieuse avec Athènes. EïAAiaiv* par ces premières prospérités , il s'empara de Crénide , que les Thasiens avaient bâtie , et y ouvrit des mines ^ dont il employa le produit à entretenir un puissant corps de troupes étrangères , et à s'acquérir des créatures.

n avait visité les principales villes de la Grèce; il en avait étudié le génie , les intérêts , les forces et la fai-

blease. tl sarail c{ue la corrupiion s'ëtait glissëe partout f qu'en un mot la Grèce, dans cette conjoncture^ seùiblait ne demandai' quun maître. Convaincu de cette vërité, a^ès avoir long-tems médite son projet , et Tavoir caché avec une prc^oùde dissimulation, il vainquit les Grecs par les Grecs , et ne parut être que leuif instrument* Démosthëne leur parlait de l'amour de la gloire, de Tamour de la 'patrie , de l'amour de l'indépendance ; et ces belles passions n'€xistaient plus. Au lieu de s'unir très— étroitement y pour se garantir d'un ennemi si redoutable qui 'était à leurs portes 9 ils firent tout le contraire, et se déchirèrent plus que jamais par la guerre civile, ^u'on nommait la guerre sacrée.

Philippe vit avec plaisir cette guerre , qui affaiblissait des peuples dont il se promettait l'^npire « et demeura neutre , jusqu'à ce que les Thessaliens furent assez aveugles pour l'appeler à leur secours. Il y vola , chassa leur tyran , et «e concilia l'affection de ces peuples , dont l'excellente cavalerie jointe k la phalange macédonienne eut depuis tant de part à ses succès , et ensuite à ceux d'Alexandre. Au retour de cette entrepriâe, il s'empara du passage des Thermopyles, se rendit maître de la Phocide, se fit déclarer amphiction ^ général des Grecs contre les Perses, vengeur d'Apollon et de son temple; enfin, la victoire décisive de Chéronée , sur les Athéniens et les Béotiens, couronna ses autres exploits. Ainsi la Macédoine, jusqu'alors &ible> méprisée, souvent tributaire , et toujours réduite à mendier des protections, devint l'arbitre de la Grèce. Philippe fut tué par trahison, à l'âge de quaraftitensept a^s , Tan du monde 3648 ; mais il eut l'avantage de laisser à son fils un royaume craint

DB i.'bncyclopédtb. i65

et respecté , avec une armée disciplinée et victorieuse.* Alexandre n'eut pas plutôt pourvu au dedans de son royaume, qu'il alla fondre sur ses voisins. On le vit, en moins de deux ans, subjuguer la Thrace, passer le Danube , battre les Gètes , prendre une de leurs villes ; e\ repassant ce fleuve, recevoir les hommages de diverses nations , châtier, en revenant , les Ulyriens , et ranger ai| devoir d'autres peuples; de là, voler i Tbébes, qu'uii faux bruit de sa mort avait révolté contre la garnison macédonienne , détruire cette ville ; et par cet exemple de sévérité, tenir en bride le reste des Grecs ^ qui lavaient déjà proclamé leur chef.

Après avoir réglé le gouvernement de la Grèce, il pai^ tit pour l'Asie, l'an du monde 365o, avec une ai?mée de trente-huit mille hommes , traversa l'Hellespont , et s'avança vers le Granique , où il remporta sa première victoire sur les Perses. Ensuite il poussa ses conquêtes jusqu'à Sardes , qui $e rendit à lui; et parcourant 1^ côte de l'Asie , il continua à soumettre tout, jusqu'à la Cilicie et la Phénicie : de là , revenant par l'intérieur des terres , il subjugua la Pamphylie, la Pisidie, la Phrygie, la ]^aphlagonie, et la Cappadoce ; il gagna la bataille d'Issus, et bientôt après celle d'Ârbelles, qui coûta l'empire à Darius. On sait la suite de ses exploits. Ce prince conçut le dessein de conquérir les Indes ; il s'empara des royaumes de Taxile et de Porus; il continua sa route vers l'Océan, arriva sur les confins du Garman, subjugua les Cosséens , et mourut à B^bylone , l'an du mopde 366o. S'il est vrai que la victoire lui donna tout, il fit tout aussi pour se procurer la victoire ; et peut-être est-ce le seul usurpateur qui puisse s« vauter d'avoir fait répandre des

larmes de joie à la famille qu'il avait renversée du trône» C'est dans ce trobième âge de la Grèce qu'il faut admirer le nombre incroyable de grands bommes qu'elle produisit^ soit pour la guerre ^ soit pour les sciences , ou pour les arts.

Entre les poètes , Eschyle j Sophocle , Euripide , etc. ^ pour le tragique; Eu polis, Gratiuus^ Aristophane, etc., pour le comique , acquirent une réputation que la postérité leur a conservée. Pmdare , malgré la stupidité reprochée à ses compatriotes , porta l'ode à un degré sublime , qui a été plus admiré qu'imi^éi

Parmi les orateurs , on distingue singulièrement Dé-^ mosthène, Eschine^ Isocrate, Gorgias., Prodicus, Lysias , etc»

Entre les philosophes, Anaxagore, Mélisse, Empédocle, Parménide, Zenon d'Elée, Ésope, Socrate^ Euclide de Mégare^ Platon, Aristote, Diogène, Aristippe^ Xénophon , le même que le général et l'historien.

Entre les historiens ^ on connaît Hérodote , Ctésias ^ Thucydide, etc.

Le célèbre Méthon trouva l'ennéadécatéride ^ ou la fameuse période de 1 9 années ; découverte que les Athéniens firent graver en lettres d'or au milieu de la place publique.

Enfin, tous les artistes les plus célèbres^ dont nous parlerons plus bas , fleurirent dans le troisième âge de la Grèce; âge incomparable^ qui fit voler la gloire de cette nation jusqu'au bout du monde , et qui la portera jusqu'à la fin des siècles.

Quatrième âge de la Grèce. Alexandre mourut souverain d'un état qui comprenait la Thrace ,, h Macédoine ^

]>B L^£m:YCLOPÉDIE.^ iS^

rStyrîe , l'Épire , la véritable Grèce , le Péloponèse , les. Ûes de TArcbipel , la Grèce asiatique , l'Asie mineure y^la Phënicîe, la Syrie ^ l'Egypte, l'Arabie , et la Perse. Ce* états toutefois n'étaient rien moins que conquis solide-^ ment ; on avait cédtS aux forces , au courage , à l'babileté , ou si Ton veut , à la fortune d'Alexandre ; maïs il n'était pas possible qu'un joug si nouveau et si rapidement imposé /fut de longue durée : et quand ce monarque aurait eu un fils capable de lui succéder , il y a lieu de croire qu'il n'aurait pu long-tems contenir tant de peuples , si différens de mœurs , de langages , et de religions. Toujours est-il vrai que la division ne tarda guère de se mettre entre les prétendans à un si vaste empire : aussi viton que les principaux royaumes qui se formèrent des débris de la fortune de ce grand conquérant , au nombre de 1 2 ou i4 , se réduisirent enfin à trois : l'Egypte , la Syrie , et la Macédoine y qui subsistèrent jusqu'à la conquête des Romains.

Cependant, au milieu de tant de troubles, les Grecs ne surent se faire respecter de personne ; et , loin de pro* fiter des divisions des Macédoniens , ils en furent les premiers la victime ; on ne songea même pas à les ménager , parce que la faiblesse où la vengeance d'Antipater les avait réduits, les rendait presque méprisables. Leur pays servit de théâtre à la guerre, et leurs villes furent en proie à mille despotes , qui s'emparèrent successivement de l'autorité souveraine , jusqu'à ce que les Acbéens jetèrent les fbndemens d'une république^ qui fut le derniçr effort de la liberté des Grecs , et le fruit de la valeur d'Aratus, natif de Sycione.

Ce jeune guerrier n'avait que vingt ans , lorsqu'il forma

le dessein, magnanime de rendre la liberté à toutes les villea de I9 Grèce y dont la plus grande partie était opprimée par des tyrans et par des garnisons macédoniennes. U commença l'exécution de ce projet par sa propre patrie ; et plusieurs autres villes entrèrent dans la confédération, Ters l'an 5 1 1 de la fondation de Rome.

Les vues des Âchéens étaient de ne faire qu'une simple république de toutes les villes du Péloponèse, et Aratus les y encourageait tous les jours par ses exploits. Les rois de Macédoine 9 dont ce projet blessait les intérêts, ne songèrent qu'à le traverser^ soit en plaçant autant qu'ils le pouvaient, des tyrans dans les villes, soit en donnant à ceux qui y étaient déjà établis des troupes pour s'y main-^ tenir. Âratus mit toute son application à chasser ces gar^ nisons par la force , ou à engager par la douceur les villes opprimées à se joindre à la grande alliance. Sa prudence , son adresse et ses rares qualités contribuèrent extrêmement à le seconder; cependant il ne réussit pas. Les Eto^ liens et Cléomène, roi de Lacédémone, s'opposèrent si fortement à ses vues , qu'ils parvinrent à les faire échouer, EnGn les Açhéens , après avoir été défaits plusieurs fois , îippelérent Philippe II , roi de Macédoine , à leur secours, et l'attirèrent dans leur parti , en lui remettant la forteresse de Gorinthe ; c'est pour lors que ce prince dëclara la guerre aux Etoliens ; on la nomma la guerre des alliés^ sociale bellum\ elle commença l'an 554 de Rome, et dura trois ans.

Les Etoliens et les Athéniens réunis, mais également aveuglés par la haine qu'ils portaient au roi de Macédoine, invitèrent Rome à les soutenir , et Rome ne gardant plus 4^ mesure avçc Philippe , lui déclara la guerre. Les «!-•

DE l'encyclopédie, 169

ciennes injures quelle en avait reçues, et les nouveaux ravages qu^il venait de faire sur les terres des alliés en furent un prétexte plausible.

Rome alors enrichie des dépouilles de Carthage , pou- Tait suffire aux frais des guerres les plus éloignées et les plus dispendieuses : les dangers dont Ânnibal lavait me^ nacce , n'avaient fait que donner une nouvelle forée aux ressorts de son gouvernement. Tout était possible à Taeti* vite des Romains, à leur amour pour la gloire et au courage de leurs légions. Quelque l^^ère connaissance qu'oD ait de la seconde guerre punique, on doit sentir I étrange disproportion qui se trouvait entre le$ forces de la république romaine, secondes par uue partie des Grecs , et celles de Philippe. Aussi ce prince ayant été vaincu , fut obligé de souscrire aux conditions d'une hu-^ miliante paix qui le laissa sans ressource.yainement Persée se flatta de venger son père ; il fut battu et fait prisonnier Tau de Rome 696 , et avec lui finit le royaume de Macédoine.

Les Romains essayèrent dès -lors sur les Grecs cette politique adroite et savante qui avait déjà trompé et subjugué tant de nations; sous préte:itte de rendre à chaque ville 3a liberté , ses loi^ et son goureitiement , ila mirent réellement les Grecs dans l'impuissance de se réunir.

Les Ëtoliens s^étaient promis de grands avantages de la part des Romain9 9 çn favorisant leurs armes contre Philippe , et pour toute récompense , ih se virent obligés à ne plus troubler la Grèce par leurs brigandages , et à périr àe misère , s'ils ne tâchaient de subsister par le travail et l'industrie. Cet ét$it Iqur parut insupportable; mais comme

«1^ > SSPRIT

le joug était déjà trop |>esaiit pour le secouer sans un cours étranger^ ils engagèrent Antiochus , roi de Syrie , à prendre les armes contre la république. La défaite de ce prince lui fit perdre l'Asie mineure ; et toujs les Grecs ensemble se trouvèrent encore plus asservie par la puissance des Romains.

Remarquons ici, arec un des plus beaux génies de notre siècle, l'habileté de leur conduite après la défaite d'Ântiochus. Us étaient maîtres de l'Afrique, de l'Asie, de la Grèce, sans y avoir presque de villes en propre. semblait qu'ils ne conquissent que pour donner ; mais ils restaient si bien les maîtres, que lorsqu'ils faisaient la guerre à quelque prince, ils l'accablaient, pour ainsi dire, du poids de tout l'univers.

n notait pas tems encore pour les Romains de s'emparer des pays qu'ils venaient de conquérir. S'ils avaient gardé les villes prises à Philippe, ils auraient fait ouvrir les yeux à la Grèce entière. Si, après la seconde guerre punique ou celle contre Antiochus , ils avaient pris dés terres en Afrique ou en Asie , ib n'auraient pu conserver des conquêtes si faiblement établies. 11 fallait attendre que toutes les nations fussent accoutumâtes à obéir comme libres et comme alliées, avant de leur commander comme su)ètes, et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine , comme les fleuves vont se perdre dans la I mer.

Après la défaite de Philippe , de Persée et d'Antiochus, Rome prit l'habitude de régler par elle-même les différends de toutes les villes de la Grèce. Les Lacédémoniens,i les Béotiens , les Étoliens et la Macédoine ; les Athéniens, | sans forces par eux-mêmes, et sans alliés, n'étonnaîentl

DB l'eNCTCLOFÉDIB. Jkf\

plus le monde que par leurs basses flatteries ; et l'ou ne montait plus sur la tribune où Démosthène avait parlé\» que pour proposer les décrets les plus lâches. Les seuls Achéens osèrent se piquer d'un reste d'indépendance , lorsque les Romains leur ordonnèrent , par des députés ,. àe séparer de leur corps Lacédémone, Corinthe, Ârgos et Orcomènç d'Arcadie. Sur leur refus , le sénat leur déclara la guerre , et le préteur Métellus remporta sur eux deux victoires : Tune auprès des Thermopyles , et l'autre dans la Phocide. Enfin , Rome j bien résolue de faire respecter sa puissance et de pousser ses avantages aussi loin qu'il lui serait possible , envoya le consul Mummius avec- des légions^ pour se rendre maître de toute l'Acbaïe. Le choix était terrible , et le succès assuré.

Ce consul , célèbre par la rusticité de ses moeurs y par la violence et la dureté de son caractère , par son ignorance dans les arts qui charmaient la Grèce , défit pour la der* nière fois les Achéens et leurs alliés. Il passa tout au fil de l'épée, livra Corinthe au pillage et aux flammes. Cette riche capitale de l'Achaïe , cette ville qui sépara les deux mers , ouvrit et ferma le Péloponèse 5 cette ville de la plus grande importance , dans un tems où le peuple grec était un monde ^ et les villes grecques des nations ; cette ville , dis-je , si grande et si superbe , fut en un moment pillée ^ ravagée , réduite en cendres ; et la liberté des Grecs fut à jamais ensevelie sous ses ruines. Rome 9 victorieuse et maîtresse souveraine, abolit pour lors dans toutes les villes le gotivernement populaire. En un mot , la Grèce devint province romaine , sous le nom de prouince d^jiclidïe. Ce grand événement arriva l'an de Rome 608 et l'an du moiide 3858..

173 KSPJUT

Durant ce quatrième âge que nous venons de parcourir, la Grèce fit toujours éclore des hëros , mais rarçaieBl plusieurs à la fois , comme dans les siècles prëcédens. Lors de la bataille de Marathon , on avait vu dans un même tems Lconidas , Pausanias , M iltiades , Thémistocle , Aristide , Leoticbides , et plusieurs autres hommes du premier ordre. On vit dans cet âge-eî un Phocion , un Aratus , et ensuite un Philopœmen , après lequel la Grèce ne produisit plus de héros dignes d elle y comme si elle était épuisée. Quelques rois, tels que Pyrrhus d'Epire, Cléomène de Sparte , se signalèrent à la vérité par leur courage ; mais la conduite » les vertus et la morale ne répondaient pas en eux à la valeur.

Il se trouve dans cet âge quantité de philosophes célèbres , et entre autres Théophraste , successeur d'Aristote : Xénocrate , successeur de Platon et maHre de Polémon , dont Gratès fut le disciple : celui-ci forma Grantor , qui çut pour élève Ârchésilaûs , fondateur de la moyenne académie ; Epioure , disciple de Gratès , Zenon , fondateur de la secte des Stoïciens; Ghrysippe et Gléante , qui suivirent se$ sentimens ; Stratoh de Lampsaque , péripatéticien , successeur de Théophraste ; et Lycias , successeur de Straton. Je ne dois pas oublier Démétrius dePhalère, sorti de la même école, depuis fait archonte d'Athènes , qu'il gouverna pendant dix années , au bout desquelles le crédit de ses ennemis l'obligea de se sauver chez le roi Ptolomée : j'ajoute encore Diogène le stoïcien y difiPérent de Diogène le cynique : Gritolaùs , péripatéticien ; Garnéade9 , académicien ; Lacyde , fondateur de la nouvelle académie , etc.

Entre les poètes , on distingue Aratus , qui a traité de

OB L^ENCYCLOPÉUIE. 17S

Tastronomie en vers : Callitnaque, poëte <^l(^giaque; M^-* Handre , poë'te comique ; Tfaéocrite, Bioa eiMoseus^ poètes bucoliques.

L'historien Timée, le gëographe Eratosthène et qud'ques autres, se firent beaucoup de réputation par leurs ouvrages.

Mais il faut convenir qu'on s'apercevait dëjà de ladécadeuce des lettres ; aussi le cinquième âge dont nous parlerons très-brièvement , ne peut guère vanter que M<Çthrodore , philosophe sceptique ; Géminus , mathématicien ; et Diodore de Sicile , historien. Les sciences abandonnant la Grèce , prenaient leur vol vers l'Italie, qui produisit à • son tour la foule d'écrivains célèbres du siècle d'Auguste.

Cinquième âge de la Grèce, Pendant cet âge , qui cornmenra l'an du monde 3838 • et qui dura jusqu'à l'empire d Octave, c'est-à-dire 116 ans, les Romains apportèrent peu de changemens dans les lois municipales des villes grecques; ils se contentèrent d'en tirer un tribut annuel ^ et d'exercer la souveraineté par un préteur. Un gouvernement si doux , pour un pays épuisé par de longues guerres , retint la Grèce sous la dépendance de la république , jusqu'au règne de Mithridate , qui fit sentir à l'univers qu'il était l'ennemi de Rome , et qu'il le serait toujours.

De tous les rois qui attaquèrent la puissance romaine , Mithridate seul la combattit avec courage. U eut de grands succès sur les premiers généraux romains , conquit une partie de l'Asie , la Thrace , la Macédoine et la Grèce , et ne put être réduit à ses anciennes limites que par les victoires de Sylla.

Ce fameux capitaine, qui ternit par sa barbarie la gloire que ses grandes qualités pouvaient lui procurer, n'eut

pas plutôt obtenu, malgré Marius, le commandemeiit de l'armée contre le roi de Pont , qu'ayant appris qu'il avait fait d'Athènes sa forteresse et sa place d'armes , il résolut de s'en emparer; mais comme il n'avait point de bois pom*ses machines de guerre et que rien n'était sacré pour lui , il coupa les superbes allées de l'académie et du lycée j qui étaient les plus beaux parcs du monde ; bientôt après il fit le siège , et se rendit maître d'Athènes , où il abandonna le "pilla je à la licence de ses troupes, pour se concilier leur attachement. Il avait déjà pillé lui-même les trésors des temples d'Epîdaure , d'Olympie , de Delphes , etc. , auxquels ni Flaminius , ni Paul-Emile , ni les autres capitaines romains n'avaient osé toucher. Cependant « Mithridate , tel qu'un lion qui , regardant ses blessures , n'en est que plus indigné , formait encore le dessein de délivrer la Grèce , de porter la guerre en Italie, et d'aller à Rome avec les autres nations qui l'asservirent quelques siècles après et par les mêmes chemins ; mais, indignement trahi par Pharnace, son propre fils, et par une armée effrayée des hasards qu'il allait chercher , il perdit toute espérance et termina ses jours en roi magnanime. »

La prise d'Athènes, les victoires d*Orcomène et de Chéronée , toutes deux gagnées par Sylla , l'an 87 avant Jésus-Christ, et pour dire encore plus, la mort de Mithridate , rendirent la Grèce aux Romains , sans qu'elle ait essuyé de nouvelles vicissitudes pendant les dissensions de César et de Pompée. Enfin ^ après les guerres civiles qui firent passer l'empire du monde entre les mains d'Auguste, il créa trois préteurs l'an 727 de Rome , pour assurer davantage le repos de la Grèce , ou plutôt sa servitude, dont la durée /est perpétuée jusqu'à nos jours.

De l encyclopédie. iji

}e n'ai pas le courage de suivre les malheurs qu'elle a éprouvés sous les successeurs d'Auguste , et depuis la trans* latioa du siège impérial , de Rome à Bjzance. Je dirai seulement que mille fois envahie , pillée y ravagée ; ar cent nations différentes, Goths, Scythes, Alains, Gépides^ Bulgares y Africains , Sarrazins, Croisés , elle 'devint enfin la proie des Turcs au commencement du (quatorzième siècle. Toujours gémissante, depuis cette époque, sous le joug de la Porte Ottomane, elle n'offre actuellement à la vue des voyageurs , que des pays incultes, des masures ^ et de pauvres habitans plongés dans la misère , Pignoranca et la suj>erstition.

D IDEROT.

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Gkecs, ( Sciences et Aria. ) La Grèce a été l'un des plus beaux pays du monde , et habité par la nation la plus illustre de l'antiquité ; quoi qu'en dise un des judicieux écrivains de Rome , qui cherche à diminuer la gloire des Gfecs , en avançant que leur histoire tire son principal lustre du génie et de l'art des auteurs qui l'ont écrite. Peut-on s'empêcher de reconnaître que leurs citoyens s'élèvent quelquefois au-dessus de l'humanité? Marathon, les Thermopyles, Salamine , Platée , My cale, la retraite clés dix mille , et tant d'autres faits éclatans exécutés dans le sein même de la Grec * , pendant le cours de ses guerres domestiques , ne sont-ils pas dignes , ne sont-ils pas même au-dessus deslouanges que leur ont données les historiens ?

Mais un éloge particulier que mérite la Grèce , c'est d^avoir produit des grands hommes , dont l'histoire doit garder le souvenir, Rome ne peut rien opposer à un Ly-

1^6 ÈSPRtf

curgue À UA Soloû, à imTbémisto'Je , à un Ëpaittinotidas et à quelques autres de cet ordre. On ne voit guère de citoyens de Rome s^élever a&*-dessus de leur siècle et de leur nation , pour prendre un nouvel essor , et lui donner une face nouvelle. Dans la Grèce » ^u contraire, je vois souvent de ces génies vastes^ puissans et créateurs-, qui s'ouvrent un chemin nouveau ^ et qui, pénétrant FavenlTy se rendent les maîtres des événemens.

La Grèce abattue conserva même une sorte d'empire bien honorable sur ses vainqueurs ; ses lumières dans les lettres et dans les arts, soumirent l'orgueil des Romains. Les vainqueurs , devenus disciples des vaincus , apprirent une langue que les Homère, les Pindare , les Thucydide , les Xénophon , les Démosthène ^ les Platon , les Sophocle et les Euripide, avaient enrichie par leurs ouvrages immortels. Des orateurs qui charmaient déjà Rome, allèrent puiser chez les Grecs ce talent enchanteur de tout embellir , ce goût fin et délicat qui doit guider le génie , et ces secrets de l'art qui lui prêtent une nouvelle force.

Dans les écoles de philosophie , où les citoyens Tes plus distingués de Rome se dépouillaient de leurs préjugés , ils apprenaient à respecter les Grecs ; ils rappor-^ taient dans leur patrie leur reconnaissance et leur admiration; et leur république craignant d'abuser des droits de la victoire , tâchait par ses bienfaits de distinguer la Grèce des autres provinces qu'elle avait soumises. Quelle gloire pour les lettres , d'avoir ^argné au pays qui les a cultivées , des maux dont ses législateurs , ses magistrats et ses capitaines n'avaient pu le garantir ? Vengées du m(?pris que leur témoigne l'ignorance , elles sont sûres d'êlre respectées aussi long-tems qu'il se trouvera de

DE l'encyclopédie. 177

justes appréciateurs du mérite que Tétaient les Romains.

Si des sciences nous passons aux beaux-arts , nous nTiésîlerons pas d'assurer que les Grecs n'ont point eu de rivaux en ce genre. C'est sous le ciel de la Grèce y on ne peut trop le répéter, que le seul goût digne de nos hommages et de nos études, se plût à répandre salumière la plus éclatante* Les inventions des autres peuples qu'on y transportait , n'étaient qu'une première semence , qu'un germe grossier, qui changeait de nature et de forme dans ce terroir fertile. Minerve , à ce que disent les anciens , avait elle - même choisi cette contrée pour la demeure des Grecs ; la température de l'air la lui faisait regarder comme le sol le f^us propre à faire éclore les beaux génies* Cet éloge est une fiction, on le. sait; mais cette fiction même est une preuve de Tinfluence qu'on attribuait au climat de la Grèce , et l'on est autorbé à croire cette opinion fondée, lorsqu'on voit le goût qui règne dans les ouvrages de cette nation , marqué d'un sceau caractéristique , et ne pouvoir être transplanté sans souffrir quelque altération. On verra toujours , par exemple , entre les statues des anciens Romains et leurs originaux , une différence étonnante à . Tavantage de ces derniers. C'est ainsi que Didon avec sa suite , comparée à Diane parmi ses orcades , est une copie affaiblie de la Nausicaa d'Homère , que Virgile a tâché d'imiter. On trouve , il est vrai , des négligences dans quelques fameux ouvrages des Grecs qui nous restent : le Dauphin et les En&ns de la Vénus de Médicîs, laissent quelque chose à désirer pour la perfection ; les accessoires du Diomède de Dioscoride sont dans le même cas ; mais ces faibles parties ne peu* vent nuire à l'idée que l'on doit se former des artistes

TOMETIII. 1^

J78 ESPniT

grecs. Les grands mattres sont grands jusque dans leurs négligences, et leurs fautes mêmes nous instruîsent.Yoyons leurs ouvrages comme Lucien voulait que l'on vit le Jupiter de Phidias ; c'est Jupiter lui-même , et non pas son marche-pied , qu'il faut admirer.

Il serait aisé de faire valoir les avantages physiques que les Grecs avaient sur tous les peuples ; d'abord la beauté était un de leurs apanages : le beau sang des habitans de f>luâieurs villes grecques se fait même remarquer de nos jours , quoique mêlé depuis des siècles avec celui de cent nations étrangères. On se contentera de citer les femmes de rtle de Scio ^ les Géorgiennes et les Gircassiennes.

Un ciel doux et pur contribuait à laf»arfaite conformation des Grecs , et l'on ne saurait croire de combien de précautions pour avoir de beaux enfans , ils aidaient cette influence naturelle* Les moyens que Quillet propose dans sft Callipédie, ne sont rien en comparaison de ceux que les Grecs mettaient en usage. Ils portèrent leurs recherehes jusqu'à tenter de changer les yeux bleus en noirs ; ils instituèrent des jeux où l'on se disputait le prix de la beauté ; ce prix consistait en des armes que le vainqueur faisait suspendre au temple de Minerve.

Les exercices auxquels ils étaient accoutumés Aès l'en- &nce , donnaient à leurs visages un air vraiment noble, )X)int à l'éclat de la santé. Qu'on imagine un Spartiate né 'd'un héros et d'une héroïne , dont le corps n'a jamais éprouvé la torture des maillots , qui depuis sa septième année a couché sur la dure 9 et qui depuis son bas fige s'est tantôt exercé à lutter , tantôt à la course , et tantôt à nager ; qu'on le mette à côté d'un sibarite de nos jours et qu'on juge lequel d€s deux un artiste choisirait pour être le mo-

DE L*EVCYCL'oPÉDIE4 1 '-g

dèle (l*un Achille ou d'un Thésée. Un Thésée formé d après le dernier , serait un Thésée nourri avec des roses , tandis que celui qui serait fait d'après le Spartiate , serait un Thésée nourri avec de la chair , pour nous servir de l'expression d'un peintre grec qui définit ainsi deux représentations de ce héros.

Les Grecs étaient d'ailleurs habillés de manière que la tiatare n'était point gênée dans le développement des parties du corps ; des entraves ne leur serraient point, comme à nous, le cou, les hanches , les cuisses et les pies. Le beau sexe même ignorait toute contrainte dans la parure ; et les jeunes Lacédémoniennes étaient vêtues si légèrement , qu'on les appelait montre-hanches. En un mot , depuis la natasance jusqu'à l'âge fait , les efforts de la nature et de Tart tendaient chez ce peuple à produire , à conserver , et à orner le corps.

Cette prééminence des Grecs en /ait de beauté une fois accordée , on sent avec quelle facilité les maîtres de l'art durent parvenir à rendre la belle nature. Elle se prêtait sans cesse à leurs vues dans toutes les solennités publiques , les fêtes , les jeux , les danses , les gymnases , les théâtres , etc. Et comme ils trouvaient par-tout l'occasion de connaître cette belle nature , il n'est pas étonnant qu'ils l'aient si parfaitement exprimée. .

Mille antres raisons ont concouru à la supériorité de cette nation dans la pratique des beaux-arts ; les soins qn^elle prenait pour j former la jeunesse , la considération personnelle qui en résultait , celle des villes et des sociétés particulières rendue publique , par des privilèges distinctifs en faveur des talens ; cette même considération marquée d'une manière encore moins équivoque par le

l8o KAI'RIT

prix excessif des ouvrages des grands mattres : toutes ces raisons , dis-je , ont dû fonder la supériorité de ce peuple à cet égard sur tous les peuples du monde.

Il n'est point de preuves plus fortes de l'amour des beaux-arts , que celles qui se tirent des soins employés pour les augmenter et les perpétuer. Les Grecs voulant que leur étude fît une partie de l'éducation , ils instituèrent des écoles , des académies , et autres établissemens généraux , sans lesquels aucun art ne peut s'élever , ni peutêtre se soutenir. Tandis que les seuls enfans de condition libre étaient admis à ces sortes d'écoles , on ne cessait de rendre des hommages aux célèbres artistes. Le lecteur trouvera dans Pausanias et dans Pline le détail de ceux qu'Apelle reçut des habitans de Pcrgame , Phidias et Samophou des Eléens, INicias et Polignotle des Athéniens. Aristodème écrivit un livre qui ne roulait que sur ce sujet.

L'histoire nous a conservé le récit d'une autre sorte de reconnaissance , qui , quelque singulière et quelque éloignée de nos mœurs qu'elle puisse être , n'est pas moins la preuve du cas que les Grecs faisaient des beaux-arts. Les Crotoniates ou les Agrigentins , il n importe , avaient fait venir à grands frais le célèbre Zeuxis; ce peintre devant représenter Hélène 9 leur demanda quelques jeunes filles pour lui servir de modèle $ les habitans lui en présentèrent un certain nombre , et le prièrent d'agréer en don les cinq plus belles qu'il avait choisies.

Aimeriez-vous mieux d'autres témoignages d estime en faveur des artistes? Eh bien, on donnait , par exemple» à des édifices publics le nom des architectes qui les avaient construits ; c'est ainsi que suivant Pollux , il y avait dans Athènes une place qui portait le nom de l'architecte Mé-

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thicus ; c'est ainsi que suivant Pausanias , les Elëens avaient donné à un portique le nom de l'architecte Agaptus.

Les Grecs , non contens de leurs elForts pour entretenir l'émulation dans le grand , pensèrent encore à lexciter universellement. Ils établirent cbaque année des concours entre les artistes. On y volait de toutes parts , et celui qui avait la pluralité des suffrages, était couronné à la vue et avec l'applaudissement de tout le peuple ; ensuite son ou*^ vrage était payé un prix excessif , quelquefois était audessus de tout prix , d'un million , de deux millions , et même de plusieurs millions de notre monnaie. Qu'on ne dise point ici que les Grecs n'accordaient tant de faveurs ^ etbe semaient tant dorique pour marquer leur attachement aux divinités ou aux héros dont les artistes , peintres , et sculpteurs donnaient des représentations conformes à leurs idées. Ce discours tombera de lui-même » si l'on considère que les mêmes grâces étaient également prodiguées à toutes sortes de succès et de talens ; aux sciences comme aux beaux-arts.

Si l'amour-propre a besoin d'être flatté pour nourrir Fémulation, il a souvent besoin d'être mortiflépour produire les mêmes effets 5 aussi voyons-nous qu'il y avait des villes , où celui des artistes qui présentait le plus maU' vais ouvrage , était obligé de payer une amende. Cette coutume se pratiquait à Thèbes 5 et par-tout où ces sortes de punitions n'avaient pas lieu , Thonneur du triomphe et la honte d'être surpassé y était un avantage , ou bien une peine suffisante.

Peut-être que les divers alimens d'émulation exposés jusqu'ici^ sont encore au dessous de la considération des orateurs , des historiens , des philosophes , et de tous les

gens d'csprît , qui pénétrés eux-mêmes du mérite des beauxarts et du mérite des artitstes , les célébraient de tout leur pouvoir. Ily a eu peu de statues et de tableaux de grands maîtres qui n'aient été cbantés par les poètes contemporains , et ce qui est encore plus flatteur , par ceux qui ont vécu après eux. On sait que la seule vache de Miron donna lieu à quantité de pensées ingénieuses , et de 6nes épi' grammes ; l'anthologie en est pleine, il y en a cinq sur uu tableau d'Apelle représentant Vénus sortant de l'onde , et vingt-deux sur le Cupidon de Praxitèle. Tant de zèle pour conduire les beaux-arts au sublime i tant de gloire , d'honneur , de richesses , et de distinctions répandues sur leur culture, dans un pays où l'esprit et les talens étaient si communs , produisirent une perfection dont nous ne pouvons plus juger aujourd'hui complètement, parce que les ouvrages qui ont mérité tant d'éloges , nous ont presque tous été ravis.

Les Romains, en comparaison des Grecs, eurent peu de goût pour les arts ; ils ne les ont aimés , pour ainsi dire , que par air et par magnificence. Il est vrai qu'ils ne né* gligèrent rien pour se procurer les morceaux les plus rares et les plus recommandabjes ; mais ils ne s'appliquèrent point comme il le fallait à l'étude des mêmes arts , dont ils admiraient si vivement les ouvrages ; ils laissaient le soin de s'en occuper à leurs esclaves, qui par eux-mêmes étalent pour la plupart des étrangers; en uu mot, comme le remarque le comte de Caylus , dans son mémoire sur cette matière , on ne vit point chez les Romains ^ ni la noble émulation qui animait les Grecs , ni les productions sublimes de ces maîtres de Part , que les âges suivans ont célébrés , dont les moindres restes nou^

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sont si précieux , et qui , dans tous les genres , servent et serviront toujours de modèles aux nations civilisées capables de goût et de sentiment.

Le Chevalier de Jaucourt.

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